Technique
« Je fabrique mon propre matériel »
Technique
Publié le 19/04/2017
Rémy Jung s’est formé afin de pouvoir construire lui-même un semoir et une désherbineuse qui correspondent à ses besoins en culture.
« Il est rare qu’un matériel ne voit pas le poste à souder avant qu’il ne fête son premier anniversaire de présence sur le domaine » rigole Rémy Jung. Le chef de culture du domaine Bott-Geyl à Beblenheim part du principe que « c’est à la machine de s’adapter au vignoble et pas l’inverse ». Électromécanicien de formation, il avait déjà « bricolé » l’une ou l’autre machine et avait demandé à un constructeur de lui confectionner un pulvérisateur spécifique. En 2015, il suit un stage organisé par Vignes Vivantes avec l’Atelier paysan (voir encadré). Il y apprend les différentes techniques pour travailler le métal. À l’issue de ces trois jours, il est prêt à construire un semoir qui doit servir dans des vignes conduites en biodynamie enherbées un rang sur deux. « Le projet est de semer en juillet-août dans les parcelles les plus vigoureuses des mélanges d’herbes qui sont chargés de pomper l’eau, de fournir de l’ombre, d’éviter que le sol ne se réchauffe trop vite et que des espèces invasives comme des mousses, du ray-grass ou du pissenlit, ne colonisent l’interrang. Jusque-là, j’utilisais une charrue à disques équipée d’une trémie. Mais les disques remuaient trop la terre » raconte-t-il. Rémy s’inspire d’un modèle de semoir jurassien semant sur une largeur de un mètre. Il comprend cinq fins disques ouvreurs suspendus sur une queue-de-cochon et cinq dents semeuses réglables, positionnées en décalé sur deux rangées (trois à l’avant, deux à l’arrière). Cinq roues de rappui placées derrière chaque dent referment la ligne de semis. La trémie peut charger de 20 à 200 kg de semences. Un système de cannelure permet de s’adapter à la taille de la graine. Rémy affirme avoir un matériel qui sème à une profondeur régulière. Il a consacré quatre jours à le construire à partir « de bouts de ferraille et de quelques pièces achetées ». Le coût de son œuvre ? Environ 3 000 €, trémie comprise. « Cela laisse de l’argent pour acheter des outils plus sophistiqués ! » commente Joseph Templier, co-gérant de l’Atelier paysan. Entre-temps, les plans du semoir ont un peu changé. Les nouveaux modèles à fabriquer soi-même possèdent des dents plus efficaces et la durée de fabrication a été raccourcie d’une journée. Fidèle à sa philosophie de faire évoluer en permanence les matériels fabriqués, l’équipe de l’Atelier paysan songe à remplacer les roues plombeuses par un rouleau souple… Désherber à 5-6 km/h Rémy Jung n’en est pas resté là. Il a également construit en trois jours pour un budget d’à peine 900 € la troisième évolution d’une désherbineuse à étoiles destinée à l’entretien du cavaillon. Elle remplace un combiné disques/interceps avec lequel il pratiquait buttage et débuttage. L’outil consiste en une roue crénelée sur laquelle ont été greffés vingt-et-un boudins en caoutchouc de 250 mm de long (1) montés sur des tirefonds. Il travaille très en surface. « La terre est remuée. L’herbe qui est plus ou moins arrachée s’enracine moins facilement » indique Rémy qui passe habituellement cette machine en avril et fin mai tant que les herbes ne sont pas trop hautes. « Cela marche tout seul. Un chauffeur non qualifié peut l’utiliser. On peut rouler à 5-6, voire 8-10 km/h contre 3 km/h maximum avec un interceps classique. Son avantage est qu’il n’y a pas besoin (à l’inverse de l’interceps) d’un gros système hydraulique qui consomme beaucoup d’huile. Un simple tracteur fait l’affaire ». Une fois montée sur un châssis réglable en largeur et en hauteur grâce à deux chandelles et à un parallélogramme, cette désherbineuse épouse tous les terrains. « On peut travailler les terrasses, les dévers, en pente inversée » précise Joseph Templier. L’engin se monte à l’avant comme à l’arrière du tracteur. Rémy préfère cette seconde solution. Il travaille avec des disques entre les roues qui projettent sous le rang de la terre qui est de suite lissée par les boudins. « J’obtiens un rang de roulement plat alors que l’interceps me laisse des monticules » juge-t-il. « A chaque viticulteur de l’apprivoiser dans son contexte » résume Joseph. La nature du sol pose sans doute la limite de l’exercice. En terre légère, la désherbineuse intervient sans difficulté et plutôt de manière précoce en saison. En sol lourd, la fenêtre d’intervention est étroite. La date d’intervention est déterminante pour avoir l’efficacité souhaitée.












