Lors de l’assemblée générale de l’Apco, Étienne de Saint Laumer, du service marketing de Horsch, a présenté les dernières innovations techniques du constructeur allemand, capables d’améliorer le semis de maïs et, in fine, les rendements.
Avant de penser au rendement, il faut (bien) penser au semis. Il y a la variété choisie bien sûr, la période à laquelle on le fait, mais il y a aussi la pression qu’exerce le semoir à prendre en compte. C’est en tout cas cette conviction qui a poussé le constructeur allemand Horsch à développer le système AutoForce pour ses semoirs. Grâce à un capteur au niveau des deux roues de jauge d’un élément, ce dispositif régule la pression sur l’élément semeur en fonction des conditions de sol. « Cette innovation est née suite à plusieurs essais que nous avons effectués sur différents types de sols », explique Étienne de Saint Laumer, responsable des essais maïs France au sein du service marketing de Horsch.
Concrètement, lorsque les disques de semis pénètrent facilement le sol, la pression sur les roues de jauge augmente. L’AutoForce réduit alors la pression sur l’élément. Et inversement, quand les disques ont plus de mal à pénétrer (sols durs ou caillouteux), la pression sur les roues de jauge diminue et le dispositif augmente la pression sur l’élément. L’ajustement de la pression s’effectue par un vérin monté sur le parallélogramme de chaque élément. Le réglage de l’automatisme s’effectue depuis le terminal en indiquant une valeur cible pour la pression sur les roues de jauge. Chaque mètre, la pression est ajustée automatiquement par le système.
Tous les grains à la même profondeur
Chiffres à l’appui, Étienne de Saint Laumer a détaillé les observations faites sur le terrain avec ce système AutoForce lors de l’assemblée générale de l’Apco. Dans le premier cas, en mettant 350 kg de pression sur un sol caillouteux, on obtient 10 % de pieds en plus et 1,5 tonne de rendement supplémentaire. Sur un sol argileux en revanche, c’est le contraire : la forte pression donne les moins bons résultats. « Avec 150 kg de pression, on constate que toutes les petites racines sont mieux développées qu’à 350 kg, indique Étienne de Saint Laumer. Le rendement est également meilleur, le sol est moins stressé et il y a plus de rangs. » Aussi, lorsque la pression est « optimale » et que le tassement est évité, les racines descendent-elles tout droit et vont-elles plus vite chercher les nutriments. « On le remarque encore davantage dans les années très sèches où le maïs est un peu limite. Ça permet d’être plus performant pour aller chercher les ressources du sol. »
Lors de ses essais, Horsch a aussi pu mesurer l’importance d’avoir tous les grains semés à la même profondeur. « On a constaté qu’on avait 1,5 t de rendement en plus, juste parce que tous les grains sont à la bonne profondeur. Donc, l’objectif numéro deux, après la régulation de pression, est de placer tous les grains à la même profondeur de manière à ce qu’il y ait une levée homogène. Si ce n’est pas le cas, un pied sera sous l’ombre de son voisin et recevra moins d’énergie du soleil. Il y aura donc un retard de développement. » À partir de cette observation, les techniciens de Horsch se sont demandé s’il fallait forcément que tous les pieds de maïs soient espacés de la même distance, ou s’il fallait plutôt qu’ils soient en priorité à la même profondeur. « Et clairement, même si la régularité de la distance des semis est importante, la profondeur régulière l’est encore plus », poursuit-il.
Casser la compaction du sol avec des roulettes « spéciales »
Étienne de Saint Laumer et ses collègues ont ensuite creusé le sillon sur environ 2 kilomètres pour voir comment les graines avaient été semées. Ils y ont découvert des tunnels sous le lit de semences, des sillons non refermés et des racines qui suivaient le sillon au lieu de pénétrer le sol. « On s’est demandé pourquoi ? Du coup, on a décidé de tester différentes roulettes de fermeture pour évaluer leur impact sur le semis. » Lors d’un essai effectué chez un maïsiculteur dans le secteur d’Angoulême, il est vite apparu que les rangs ayant tendance à jaunir avaient été semés avec des roulettes standards, tandis que les rangs les plus verts avaient systématiquement été semés avec au moins deux roulettes à pics ou à doigts. « En fait, l’explication est simple : les doigts de la roulette cassent la compaction du sol, la racine a plus de libertés pour sortir du sillon. »
Ces résultats visuels ont été confirmés par les chiffres au moment de la récolte : 13,5 t pour le rang semé uniquement avec des roulettes standards, environ 14 t avec deux roulettes à doigts, et plus de 15 t avec une roulette à doigts associée à une roulette standard. « Le problème avec deux roulettes à doigts à l’arrière est que vous n’avez aucun moyen de contrôler à quelle profondeur le semis est effectué. C’est pour ça qu’il faut toujours conserver une roulette en plastique à côté d’une roulette à doigts de manière à toujours bien déplacer le sol », note Étienne de Saint Laumer. Horsch a effectué le même type d’essais dans d’autres régions productrices de maïs comme la Beauce ou l’Ukraine. À chaque fois, les résultats observés en Charente se confirment dans les sols argileux, moins dans les sols limoneux. Au final, ces essais effectués sur plusieurs années ont permis à Horsch de développer deux types de roulettes « spéciales » : l’une à doigts incurvés, plus agressive, pour les sols argileux ; l’autre à piques, moins agressive, pour les sols limoneux. Le dernier facteur à prendre en compte au moment du semis, et capable d’influencer positivement le rendement final, c’est l’écartement entre les rangs.
Réduire l’écartement
Horsch s’est ainsi demandé pourquoi le maïs est la seule culture semée avec un écartement de 75 ou 80 cm. « Du coup, on a essayé avec des écartements plus réduits pour voir si cela avait un effet ou non. » Pour tester ce cas de figure, les ingénieurs de Horsch ont construit un semoir adapté. Là encore, des résultats tangibles n’ont pas tardé à apparaître. Sur trois essais effectués dans le sud-ouest de la France, avec des écartements allant de 80 à 45 cm, la moyenne des rendements obtenue était en hausse de 6 %. En revanche, plus ces essais étaient effectués dans le nord du pays avec des variétés à indices courts, et moins le gain de rendement se faisait sentir. Ce qui reste tout de même positif aux yeux d’Étienne de Saint Laumer, qui constate qu’aucune perte de rendement n’a été observée et ce, quelle que soit la situation. Alors, réduire l’écartement de ses rangs de maïs, c’est bien. Mais jusqu’où peut-on aller sans que cela devienne contraignant ? « Il faut rester pragmatique. Il faut encore pouvoir passer les roues et les équipements », souligne-t-il.
Mais réduire l’écartement de son semis a aussi des conséquences sur son parc matériel. Outre le semoir à changer, il y a les roues du tracteur, la bineuse pour celui qui bine, ainsi que le matériel de récolte. « C’est vrai, c’est un saut important. Mais il faut avoir à l’esprit qu’un tel semoir peut être utilisé aussi bien pour le maïs, que pour le colza, la betterave, le soja ou le sorgho. Du coup, on peut utiliser le semoir sur des périodes plus longues et ainsi mieux le rentabiliser. »