Le 16 décembre, l’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco) se retrouvait enfin en présentiel pour son assemblée générale annuelle. Un moment attendu qui a permis de tirer les leçons d’une année 2021 éprouvante pour l’ensemble de la filière haut-rhinoise avec une campagne de maïs grain passée à deux doigts de « l’accident industriel ».
L’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco) a enfin pu tenir son assemblée générale en présentiel le 16 décembre dernier à Sainte-Croix-en-Plaine. Un soulagement pour son président, Thomas Obrecht, heureux de retrouver physiquement ses collègues céréaliers, mais aussi heureux de terminer une année 2021 qui aura donné des sueurs froides à l’ensemble de la filière. Cela avait tout d’abord démarré avec la récolte de céréales d’hiver et des colzas, minée par le gel, l’excès d’eau et, au final, une hétérogénéité en qualité et quantité « qui en a surpris plus d’un ». Si le soja a ensuite « bien survécu » dans son ensemble avec une récolte réalisée dans les temps, c’est la moisson du maïs grain qui a donné du fil à retordre. « Les anciens diront que c’était normal il y a trente ans. Mais pour moi, c’est une première », témoigne Thomas Obrecht.
Les « limites » de la tardivité
L’accident industriel n’est en effet pas passé loin avec une récolte bien plus tardive que les années précédentes, un taux d’humidité très limite par endroits, et un rendement globalement moyen. « Et cela ne reflète pas la grande diversité des résultats qu’on a pu observer entre le Jura alsacien et le Ried », précise-t-il. Heureusement pour les céréaliers, la « chance » a un peu souri, permettant d’amortir des résultats moins bons qu’à l’accoutumée : l’augmentation du prix de vente des céréales, liée à la hausse des cours mondiaux, a permis de « masquer » le désagrément du rendement, de la qualité et des frais de séchage. « Nous devons cependant être plus que jamais vigilants. Le vécu de cette année doit nous obliger à prendre la bonne direction et les bonnes décisions », prévient le président.
L’une d’elles concerne le choix des variétés à implanter. Les très tardives, plébiscitées ces dernières années par bon nombre de maïsiculteurs, ont probablement montré leurs limites en 2021 sous les effets d’une météo globalement plus froide et pluvieuse que les campagnes précédentes. « Cette année, beaucoup d’agriculteurs ont très mal dormi à cause des variétés très tardives qu’ils avaient semées », observe Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis - Institut du Végétal. Conséquence : des taux d’humidité élevés dans beaucoup de parcelles, entraînant de fait une hausse exponentielle des coûts de séchage. « À 30 % d’humidité en 2021, cela représentait 378 euros la tonne », note Didier Lasserre. Et ceci dans un contexte où le coût de l’énergie continue de progresser d’année en année. « Le problème est que nous sommes en concurrence avec des pays qui ne sèchent pas leur maïs, ou très peu. Cela constitue un avantage concurrentiel très important sur notre maïs alsacien », continue l’ingénieur d’Arvalis.
Malgré ces déboires, la plante majeure dans la SAU alsacienne a encore largement de l’avenir dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. « Notre territoire est fait pour ça, c’est indéniable. Ce n’est pas pour rien que nous avons d’excellents rendements. On s’est peut-être dit que le climat serait toujours favorable. Cette année nous a prouvé que non. Il n’y a rien de dramatique à mon sens. Par contre, cela doit nous inciter à réfléchir différemment. Des variétés précoces G2 semées fin mars, début avril, avec un engrais starter, une floraison en juin, pourraient être intéressantes dans certaines parcelles. C’est en tout cas un challenge intéressant », pointe Didier Lasserre.
Sans qualité, plus de débouchés
Pour Thomas Obrecht, il est désormais impératif de rester « raisonnable » collectivement sur le choix des variétés implantées. « C’est la filière maïs tout entière qui en dépend, pour nos céréaliers, nos éleveurs, et pour l’ensemble des professionnels qui gravitent autour. Nous devons être capables d’offrir des produits d’une qualité irréprochable aux marchés. Nous devons tous être responsables. » Chez les industriels, en effet, le maïs livré doit respecter un cahier des charges très strict. « Et quand ce n’est pas le cas, ils ne sont pas contents et nous le disent, explique Michèle Waegele la directrice générale d’ECU, la société de commercialisation commune à la Coopérative Agricole de Céréales et la ZG Raiffeisen. Cette année, nos clients hollandais nous ont demandé, en début de campagne, des analyses d’aflatoxines de nos maïs. C’est la première fois qu’on nous le demande car il y a eu un scandale en Hollande en 2020. On doit donc être encore plus vigilants sur la qualité de nos céréales. »
Quand la qualité n’est pas là, la confiance s’en va. « On se retrouve avec des semouliers qui résilient leurs contrats. Ils se tournent alors vers d’autres marchés et reviennent difficilement en arrière du moment que la logistique est bien établie », prévient Michèle Waegele. « Heureusement, nous avons plusieurs leviers à activer pour assurer la qualité de nos maïs : le climat, des terres fertiles, l’irrigation, une technicité éprouvée. Mais c’est vrai que le choix variétal joue beaucoup. La situation s’est beaucoup dégradée à cause d’indices de plus en plus tardifs qui ont un impact direct sur le risque mycotoxines et l’humidité. Quand on voit ce qu’on perd en euros/tonne à l’arrivée, comme cela s’est produit en 2014 par exemple, on peut légitimement se demander si le risque en vaut le coup », ajoute la directrice générale d’ECU.