L’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco) a célébré mardi dernier les quarante années de son existence au parc des expositions de Mulhouse. Son président, Thomas Obrecht, a placé cet « âge de raison » sous le signe de la prospective en listant les différents défis que devra relever la filière céréalière départementale pour continuer à exister dans un contexte de plus en plus complexe, que ce soit d’un point de vue climatique, économique ou sociétal.
On entend souvent dire que « 40 ans, c’est l’âge de raison ». Mais « être raisonnable » est-il compatible avec le fait de défendre et d’imaginer quotidiennement l’avenir de l’agriculture ? Une interrogation soulevée par Thomas Obrecht, président de l’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco). Devant lui, un parterre de professionnels agricoles, de partenaires et de représentants de l’État venus assister au quarantième anniversaire de cette organisation autonome particulière dans le paysage agricole français. Quarante années de « complémentarité » avec la FDSEA du Haut-Rhin qui ont permis à la céréaliculture départementale d’évoluer et de s’adapter progressivement aux enjeux environnementaux, économiques et sociétaux qui sont venus bousculer - et bousculent encore - le quotidien de la profession.
L’eau, un « rêve pour certains »
L’année 2018 est, à ce titre, un très bon exemple. Une année qui a « bousculé » les agriculteurs de par ses agitations climatiques « d’une rare intensité », en témoigne une sécheresse qui n’en finit plus d’impacter de nombreux éleveurs. Dans ces circonstances, la problématique de l’accès à l’eau est devenue une « urgence qui doit être portée par tout le monde », estime Thomas Obrecht. État, collectivités territoriales et associations environnementales doivent selon lui adopter le « bon sens paysan » et laisser de côté le « serpent administratif ». Car l’urgence est là pour les exploitations qui n’ont pas un accès facilité à l’eau. Une forme de paradoxe pour le département du Haut-Rhin alors que gît dans son sol une nappe phréatique « conséquente » qui, pour certains agriculteurs, est une « évidence ». Pour d’autres, malheureusement, cela reste un « rêve ». « C’est pour cela que nous devons rapidement apporter une solution à ces entreprises dont l’équilibre est tellement fragile qu’elles ne supporteraient pas une année supplémentaire de sécheresse. L’assurance climatique n’est pour eux plus la solution au regard de la moyenne olympique. »
Le « défi » des basses eaux du Rhin
Moins d’eau dans le ciel, moins d’eau dans les sols et moins d’eau dans le Rhin. Beaucoup moins d’eau, et de plus en plus souvent. Derrière, c’est toute la filière maïsicole qui s’inquiète. Pêle-mêle, elle doit affronter des coûts logistiques supérieurs, a du mal à maintenir les contrats-cadres, et voit même certains contrats comme Costimex être annulés. « Il faut agir, et vite. Nous sommes sans arrêt en train d’alerter les pouvoirs publics sur la nécessité de trouver une solution à ce problème. La compétitivité de notre département en dépend et cela touche l’intégralité des secteurs d’activité qui ont choisi le Rhin comme voie d’expédition. » Ce « défi » doit impérativement être « gagné » souligne le président de l’Apco car, en face, de nombreux pays producteurs de céréales accentuent leur concurrence avec des coûts de transport moins élevés que ceux appliqués au maïs alsacien. « Tout doit être mis en œuvre pour approvisionner durablement nos clients européens. D’autant plus que, dans ce cas précis, ce transport fluvial du maïs représente un cas « concret » de la volonté de l’État français de diminuer les empreintes carbone. À sa charge maintenant de montrer que l’engagement politique a encore un sens, et que l’axe franco-allemand est efficace. »
Communiquer, encore et toujours
Pour les années à venir, l’Apco, aux côtés de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), a comme ambition d’exposer, d’expliquer et de faire comprendre les atouts du maïs, son adaptation à certains contextes pédoclimatiques comme celui de l’Alsace par exemple, et sa capacité à être cultivé en monoculture. Pour Thomas Obrecht, cela serait un « non-sens » de ne pas cultiver un maximum de maïs. « C’est une plante qui valorise au mieux les atouts de notre territoire, et qui concourt à maintenir des exploitations de taille moyenne, ce qui s’inscrit complètement dans la définition du développement durable. » Si l’Apco défend l’ensemble des filières - blé, colza, soja, betterave sucrière - elle est persuadée que le maïs reste sa production phare. « C’est la seule qui permettra, comme hier, d’assurer la viabilité de notre agriculture. Elle seule est adaptée à nos sols, à notre climat, à nos élevages. Elle seule répond aujourd’hui clairement à un déficit commercial de l’Europe. » Reste à convaincre une opinion publique qui a plutôt tendance à décrier cette plante. Pour y arriver, la profession doit « redoubler d’énergies » et montrer ce qu’il est possible de faire avec le maïs. « Quand nous le faisons, l’œil étonné des citoyens en dit suffisamment. »
Redonner « confiance » dans la science
Pour produire du maïs « au maximum », les agriculteurs devront être en mesure de faire face « efficacement » aux ravageurs, pyrale et chrysomèle en tête. Pour gérer ces pressions, comme celles des maladies qui pourraient survenir, les professionnels haut-rhinois souhaitent avoir accès à des moyens techniques « efficaces » et à « prix raisonnable » comme cela est le cas pour leurs concurrents. « Malheureusement, le retrait successif de nombreuses matières actives, et la mise en place de règles très restrictives, conduisent à une raréfaction des moyens de lutte. Ceci entraîne une explosion de nos charges et un risque de déclassement sanitaire de nos productions. Rajoutons à cela l’augmentation du prix des carburants, celle de la redevance pour pollution diffuse des produits de protection des plantes, ainsi que l’effet sournois de la séparation de la vente et du conseil… Le grand écart pour équilibrer nos comptes risque d’être des plus sportifs », déplore Thomas Obrecht. Sans oublier la « chasse aux sorcières franco-française » qui est faite actuellement sur les produits de synthèse et leurs utilisateurs. « C’est d’autant plus insupportable quand on sait que ces personnes qui tapent sur notre agriculture ne réagissent jamais face aux étals de marchandises à base de produits interdits chez nous. » Il ne comprend d’ailleurs pas le raisonnement politique qui « pousse le politique à nous mettre en difficulté face au reste du monde. » « Toutes les études vont dans le même sens : nous sommes le pays qui a la meilleure traçabilité, le plus de contrôles sanitaires, et nous avons réalisé d’extraordinaires efforts en dix ans. » Des éléments que la profession souhaite encore et toujours faire savoir à travers une meilleure communication, et ainsi « redonner confiance » dans la science.
« La solidarité, notre meilleure arme »
Face à tous les défis qu’il vient d’évoquer, Thomas Obrecht considère que seule la solidarité entre les professionnels de la filière permettra d’accompagner la céréaliculture - et l’agriculture dans son ensemble - vers les nombreux défis qui l’attendent. Il en veut pour exemple ce qui a été réalisé au cours de l’année 2018 aux côtés de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs, que ce soit pour l’opération « paille de maïs » qui est venue soutenir les éleveurs du Doubs, et pour le contrat collectif qui a permis de réduire les coûts électriques de ceux qui y ont adhéré. « Je sais bien que certains se sont offusqués à l’idée de devoir adhérer à la FDSEA. Mais peut-on vraiment croire qu’on peut tout régler avec des comportements individuels ? Notre agriculture dépendra demain de vos adhésions à un réseau. Et quand je compare notre contrat électrique, je peux aisément affirmer que c’est l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur de l’Hexagone », se satisfait le président de l’Apco.