Sportifs et viticulteurs
Travailler la vigne et les muscles
Sportifs et viticulteurs
Publié le 31/08/2020
Clarisse Salomon, Pierre Bernhard et Pierre Schaffner sont travailleurs de la vigne et aussi passionnés de sport. Après des années de pratique et de vie professionnelle, ils parviennent à cumuler leurs activités respectives et ont développé une routine.
Ils sont viticulteurs… et athlètes de longue date. Clarisse Salomon, 48 ans, est coureuse et coopératrice à la Cave du Roi Dagobert, à Traenheim. Pierre Schaffner, 28 ans, cogérant des pépinières viticoles Schaffner à Ergersheim, est aussi apporteur de raisin à la coopérative de Traenheim, mais, lui, a choisi un sport collectif : il est footballeur depuis une vingtaine d’années. Le gérant du domaine Bernhard Reibel à Châtenois, Pierre Bernhard, 52 ans, est un ancien champion de saut en hauteur et toujours l’actuel recordman d’Alsace. Aujourd’hui, sa discipline de prédilection est le trail, de la course à pied sur de longues distances en pleine nature. Avec le temps, chacun a ajusté son quotidien, conjuguant métier et passion pour le sport. De sacrées organisations, avec des avantages ou des inconvénients. « Je faisais 20 à 25 courses par an » Viticultrice depuis 2005, Clarisse Salomon exploite 6 ha de vignes à seulement 1 km de la Cave du Roi Dagobert. En grande sportive qu’elle est, c’est sur son vélo qu’elle se rend à la cave où il lui arrive d’aider pour les permanences. Mais c’est sans roue que Clarisse fait le plus de sport. Amatrice de course à pied, elle était en club à Strasbourg jusqu’en 2013-2014 afin de « pouvoir prétendre aux titres », explique-t-elle. Au top de sa forme, entre 2010 et 2014, elle a été championne d’Alsace de 10 km. « Mon meilleur chrono était à Strasbourg en 2012, j’ai terminé les 10 km en 37 minutes et 32 secondes », précise-t-elle fièrement. Elle cumule plusieurs participations à des semi-marathons et a même remporté celui de Strasbourg. « Je faisais 20 à 25 courses par an, affirme Clarisse. Certains me disaient que c’était un peu trop. » Publiée par Clarisse Salomon sur Dimanche 9 février 2020 Lourdement blessée en 2016, après une chute à ski, elle a arrêté de prendre des licences. Aujourd’hui, elle est membre de l’association Les coureurs de l’Eichelthal, où son entraîneur actuel évolue. Clarisse fait principalement des courses vallonnées et participe encore à plusieurs compétitions chaque année, comme le Trophée de la vigneronne à Colmar, le Marathon du vignoble, Vignes et remparts à Ribeauvillé, etc. Toute l’année, pour s’entraîner, Clarisse enchaîne la course dans la foulée de son travail, surtout l’hiver. « Il ne faut pas que je m’arrête sinon je ne repars pas », dit-elle. Et malgré ses blessures - car celle de 2016 n’était pas la seule -, sa routine n’a pas changé. Mais avec son métier physique et prenant, Clarisse a dû lever un peu le pied. « Mon entraîneur me disait que je ne pouvais pas faire autant de séances d’entraînements que d’autres dans la semaine. Je ressentais le besoin d’écouter mon corps », explique-t-elle. « Besoin de compétition » Avant d’être le gérant des vins Bernhard Reibel à Châtenois, Pierre Bernhard a eu plusieurs vies. Pour l’épreuve de sport du baccalauréat, Pierre a choisi le saut en hauteur et dépasse les 1 m 83. « J’avais eu une super note ! », se souvient-il. Une passion est née. Seulement un an après le bac, il dépasse les 2 m 06 ; mais son ultime record date de 1991 et a été réalisé à Lucerne en Suisse. C’était 2 m 26. « Mon record n’a toujours pas été battu en Alsace », ajoute Pierre, fièrement. Il n’est jamais parvenu à se qualifier pour les Jeux olympiques mais le sportif a été champion de France de national 2 en 1990, médaillé de bronze aux Jeux de la francophonie à Paris en 1994, sur cinq podiums en championnat de France de national 1, champion universitaire à trois reprises et sélectionné à huit reprises en Équipe de France. Finalement, Pierre dresse le bilan : « Il y a eu des réussites et des déceptions. » En 1996, à l’approche de la trentaine, « j’ai arrêté car ça ne me permettait pas de vivre », conclut-il. Diplômé de l’IECS, Pierre est ensuite parti travailler dans l’industrie automobile à Paris jusqu’en 2001. Cette année-là, il se dit que « ça aurait été bien que mon frère ou moi revenions sur le domaine familial ». Alors, de retour en Alsace, il suit une formation professionnelle à Rouffach et reprend les rênes de l’affaire familiale. Aujourd’hui, son exploitation compte 23 ha de vignes biologiques et cinq employés à temps complet. À côté de ça, pour le plaisir, Pierre pratique le trail depuis deux ans. Pour lui, « le trail est un sport super convivial. Ce n’est pas contraignant et facilement praticable ». Toujours animé par l’esprit de compétition, il a fait deux courses en 2019 : le trail du Haut-Koenigsbourg de 25 km et la course de Barr. « L’objectif est avant tout de rester en forme, mais je ressens toujours ce besoin de compétition », complète-t-il. Du côté d’Ergersheim, Pierre Schaffner court aussi mais avec un ballon aux pieds et ce, depuis une vingtaine d’années. Il a notamment joué seize ans à Ernolsheim-sur-Bruche où il évoluait en excellence. En benjamin, lui et son équipe ont été champions d’Alsace. Et plus récemment, en 2017, il a remporté la coupe du Crédit Mutuel. Pierre Schaffner évolue depuis deux ans à Duppigheim. Publiée par Pierre Schaffner sur Mardi 11 juin 2013 En 2013, il s’associe à son frère Joël pour gérer les pépinières viticoles Schaffner d’Ergersheim, l’entreprise familiale de père en fils depuis les années 1940. Leur exploitation compte 12 ha de vigne, « soit 900 000 plants greffés annuellement, avec un taux de réussite oscillant entre 50 et 65 % », détaillent les frères. Il faut ajouter à cela 8 ha de grandes cultures en maïs. Pour concilier son sport et son métier, ce n’est pas le temps qui pose problème mais la charge physique. « Les entraînements sont le soir après 19 h 30. C’est souvent difficile d’y aller après une journée de travail », avoue Pierre. « Une échappatoire » Si tous semblent s’en sortir au mieux pour concilier leur activité professionnelle et leur sport, cette routine a ses hauts et ses bas. Avant tout, chacun tire le positif de son sport. Pour Pierre Bernhard, c’est un choix réfléchi : « La course, c’est ce qu’il y a de plus simple. J’ai essayé le vélo mais ça demande de faire de trop longues distances ; et la natation, c’est trop difficile en hiver. » Pierre Schaffner, lui, apprécie le rythme de la compétition : « Les matchs sont le dimanche et, en général, on ne travaille pas donc ça va. » Le sport est aussi un moyen pour eux de s’évader. « Pour moi, la course à pied est une échappatoire, ça me permet de voir du monde », affirme Clarisse Salomon. Pour Pierre Schaffner, « une fois qu’on y est, ça fait du bien, ça nous permet de voir un peu autre chose, de se vider la tête, de se dépenser ». Viticulteur de métier, Pierre Bernhard explique que le sport est bénéfique dans sa situation. « Nous avons souvent des opportunités pour goûter des vins ou manger dans des bons restaurants : ça fait grossir. Le sport permet de réguler tout ça », plaisante-t-il. Le cumul sport et métier d’agriculteur peut aussi avoir un effet néfaste. Pour Clarisse Salomon, son sport ne l’a jamais aidé dans son métier, et inversement. « J’ai quand même eu une bronchite à cause de ça », déplore-t-elle. Être sportif nécessite aussi souvent de faire des sacrifices. « Il faut forcément en faire, affirme Clarisse. Quand on fait du sport de haut niveau, il faut avant tout une bonne hygiène de vie. »












