Publié le 27/03/2019
Le durcissement de la réglementation environnementale en France va obliger la filière viticole à revoir très rapidement ses pratiques. Il lui faut des solutions techniques, de la formation, des investissements et du… temps !
C’est un tableau de l’Union pour la protection des plantes, l’UIPP. Il dénombre 164 fongicides, herbicides et insecticides autorisés à l’heure actuelle. Si l’on en retire les spécialités classées cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR), les perturbateurs endocriniens, celles nécessitant le port d’un équipement de protection en rentrée à date, il en subsiste vingt-cinq ! Si cette perspective se réalise, « il y aura forcément des trous dans la raquette de protection de la vigne. Sous la pression sociétale, le pouvoir politique ne prend aucun risque et fait jouer le principe de précaution à fond » prévient Eric Chantelot, expert Ecophyto, s’exprimant au colloque de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), consacré le 21 mars à Colmar à la transition écologique. Le bilan qu’il dresse a de quoi faire s’interroger. Le glyphosate serait interdit dès janvier 2021 et le cuivre reste dans le collimateur. La dose admise est descendue à 4 kg/ha/an avec un lissage sur sept ans. L’instauration d’une « ZNT riverains » à 50 m d’une limite de propriété et l’obligation du port d’un équipement de protection dès qu’une parcelle a été traitée, même au cuivre, sont des mesures envisagées. Depuis janvier 2019 la fin des remises rabais et ristournes et la hausse de 11 à 65 €/ha selon le vignoble de la redevance pollution diffuse promet déjà de gonfler la facture des viticulteurs. « Maintenir une viticulture basée sur le recours systématique aux phytosanitaires n’est pas d’avenir. La logique actuelle est de s’orienter vers moins ou pas de phytosanitaires du tout » conclu Eric Chantelot. Et « d'ici 2030, tout viticulteur souhaitant produire des vins de qualité devra détenir une certification environnementale. L’objectif est d’en avoir 50 % en 2025 » ajoute Bernard Angelras, président de l’IFV. Des alternatives au glyphosate existent. Mais le bât blesse toujours quelque part. « Elles sont globalement plus chères et moins pratiques avec une persistance moindre » résume Christophe Gaviglio, de l’IFV Sud-Ouest. Commençons par le temps passé. Enherber, c’est le multiplier par trois. Travailler mécaniquement par disques émotteurs ou étoiles Kress, c’est quatre fois plus, le thermique, six fois plus. Le terrain ne facilite pas toujours le recours à ces techniques qui demandent un investissement élevé à moyen. Une bonne technicité est exigée en désherbage mécanique. Le bilan carbone est mauvais sauf pour l’enherbement. Le désherbage électrique qui fait passer un arc électrique par les racines et les feuilles des plantes dont on souhaite se débarrasser semble une solution prometteuse mais des essais complémentaires sont nécessaires pour évaluer son impact éventuel sur la microfaune et son bilan carbone. Si la formation à ces techniques suppose un important effort, il reste un autre écueil de taille : aucun industriel n’est actuellement en capacité de fournir le marché en appareils si la surface interdite de glyphosate passe à 80 % du vignoble français dans les délais annoncés par les pouvoirs publics. Près de 500 spécialités de biocontrôle La diminution du volume de produit utilisé est une autre priorité fixée aux professionnels. Des outils d’aide à la décision (OAD) les secondent. Optidose préconise gratuitement des réductions de 25 à 50 % de la dose homologuée au viticulteur qui aura renseigné quatre critères : stade phénologique, développement végétatif, pression parasitaire et sensibilité parcellaire. En Alsace, six viticulteurs exploitant en conventionnel entre Wangen et Bergholtz ont ainsi baissé de 30 % en moyenne leur IFT (indice de fréquence de traitement) en six ans. Le logiciel Decitrait intègre des paramètres supplémentaires comme les données météo prévisionnelles, les observations de terrain, la rémanence des traitements passés et la qualité de la pulvérisation pour proposer la dose et la date du prochain traitement. Il va être testé en Alsace. La qualité de la pulvérisation est un autre levier pour agir. « Les buses à injection d’air sont un bon moyen de réduire la dérive » signale Céline Abidon, de l’IFV Alsace. Elles produisent des gouttelettes plus grosses qui font preuve d’une inertie plus importante et pénètrent bien le feuillage. Le jet porté est donc à privilégier contrairement au pulvérisateur pneumatique qui ne convient pas. Même s’ils sont difficiles à manier, les panneaux récupérateurs permettent de recueillir 70 % du volume pulvérisé en début de végétation et 40 % en moyenne sur la saison. La meilleure piste pour diminuer l’usage des phytosanitaires est encore de s’en passer. Pourquoi ne pas les remplacer par des produits de biocontrôle qui activent des mécanismes naturels de défense ? Un peu moins de 500 spécialités sont répertoriées pour lutter contre les maladies cryptogamiques et les ravageurs. Elles impactent peu l’environnement, sont dispensées de ZNT et peuvent faire l’objet de publicité et de rabais à l’achat. L’essai PEPSVI mené en Alsace de 2014 à 2018 a montré que le rendement pouvait être maintenu en combinant huiles essentielles d’agrumes, purins, soufre et de 0,4 à 1,5 kg/ha de cuivre métal par an. L’essai BEE est allé plus loin en expérimentant la possibilité de faire l’impasse à 100 % sur cuivre et soufre sur des parcelles situées à Châtenois et Ribeauvillé. Mais « en cas de forte pression, des doses suffisantes de cuivre et de soufre restent nécessaires » constate Lionel Ley, de l’Inra de Colmar.












