Viticulture

Université des grands vins (UGV)

Nouveau comité, nouvelle formule

Publié le 30/01/2019

Florian Beck Hartweg, Jean-Claude Rieflé et Hélène Richard succèdent à Jean-Michel Deiss à la tête de l’UGV. Avec toujours la volonté de donner des clés de compréhension des vins de terroir et du message gustatif qu’ils délivrent, par des soirées conviviales et ouvertes à tous.

« L’Université des grands vins est née en 2013 de la volonté de vignerons alsaciens, rassemblés sous le nom de « groupe transversal Alsace », d’ouvrir les perspectives sur les vins de terroir et les grands vins », explique Florian Beck Hartweg. C’est ce jeune vigneron de Dambach la ville qui reprend les rênes de l’association, en tandem avec Jean-Claude Rieflé, vigneron à Pfaffenheim, et Hélène Richard, pour la partie œnophile ; l’université des grands vins fonctionne sur la rencontre de professionnels et d’amateurs. Ils succèdent à Jean-Michel Deiss. « Constatant l’inefficacité de son action politique », le groupe Transversal qui rassemblait une vingtaine de vignerons des trois familles, s’était « recentré sur une action philanthropique » et mué en association dont la vocation était « d’instituer au sein de la viticulture alsacienne, la culture des grands vins par la pratique de la dégustation géosensorielle et la rencontre des vignerons ». Aussi, au rythme d’une dizaine d’événements par an, depuis 2013, l’UGV a-t-elle permis de faire venir en Alsace des personnalités du vin tout aussi passionnées que réputées. Et permis de déguster des vins tout aussi renommés qu’inaccessibles. D’ailleurs le 4 février prochain, c’est le château Rayas qui sera à l’honneur, dans une soirée proposée à l’hôtel Europe à Horbourg-Wihr, avec les commentaires du géologue Georges Truc. Comprendre le message du lieu L’idée de la « dégustation géosensorielle » terme pouvant paraître comme abscons, repose sur « la compréhension du message du lieu délivré lors d’une dégustation d’un vin de terroir. Quelles sont les clés de lecture pour identifier ce message gustatif ? » Quelles perceptions sensorielles sont relatives à l’expression du lieu ? Les acquis en neurosciences des perceptions sensorielles et en génétique permettent de considérer qu’il y a deux types de dégustation : l’une plutôt hédonique car elle fait appel à des perceptions sensorielles très personnelles, parce qu’elle dépend de son parcours gustatif, de sa culture gustative, c’est la dégustation aromatique. L’autre dégustation, obligatoirement à l’aveugle, fait appel à un lexique de descripteurs sensoriels qui n’ont rien à voir avec les arômes, mais qui sont relatifs au toucher et aux représentations mentales induites. Exemple : rugueux, lisse, fin, épais, chaud, froid, courbe, droit, vertical, pointu, etc. Et tandis que la perception aromatique est une affaire très personnelle, en lien d’ailleurs avec son identité génétique, celle relative au toucher, dans la bouche en particulier, a un caractère universel. Concrètement, si un vin sent la fraise pour l’un, l’ananas pour un autre dégustateur, en revanche il y a consensus sur ses perceptions tactiles. Quel rapport avec l’expression du lieu ? C’est la géologie et la roche que les vignerons mettent de plus en plus en avant parce qu’elle renvoie à ces notions de perception tactile. La diversité, un remède à la surcompétition Selon Jean-Claude Rieflé, « si l’on veut redonner de la valeur aux vins d’Alsace, il faut redonner de la consistance aux discours des vins d’Alsace. Et ce discours ne peut passer que par le terroir », explique-t-il. Terroirs alsaciens, dont la diversité est unique au monde : « Nous sommes le seul vignoble au monde à détenir les trois grands types de roche : cristalline, sédimentaire et volcanique », rappelle Jean-Michel Deiss. Or l’expression de la diversité des terroirs dans les vins « est le seul remède à la surcompétition », estime Jean-Claude Rieflé. Pour les trois vignerons, « l’expression de cette diversité est l’une des clés de la survie des vins d’Alsace ». En 2019, l’UGV proposera plusieurs formules d’initiation à la dégustation géosensorielle : des formations en petits comités dans le cadre pittoresque de la cave des prélats à Sélestat et des soirées plus grand public, ouvertes désormais aux non-adhérents, avec toujours l’exigence conviviale d’apporter une bonne bouteille pour le repas final. Plusieurs thématiques sont actées : vins et cailloux, Toscane, vins et terroirs volcaniques, soirée Yquem. Grâce au soutien de la Ville de Sélestat et du Crédit Agricole Alsace Vosges pour la partie finances, le coût des soirées continuera d’être avantageux, au regard des vins dégustés et de la qualité de prestation générale.

Publié le 29/01/2019

À Dambach-la-Ville, Mathilde et Florian Beck-Hartweg misent sur l’équilibre de leurs vignes pour réduire drastiquement l’usage du cuivre, voire le supprimer totalement.

Pour Mathilde et Florian Beck-Hartweg, n’importe quelle vigne ne se prête pas à une stratégie de protection à dose réduite ou nulle de cuivre et de soufre. « Il faut l’y préparer très en amont » disent-ils. « La santé d’une plante ne passe pas par des traitements qui ne sont qu’une roue de secours. C’est l’ensemble des conditions dans lesquelles le vigneron met sa vigne ainsi que son environnement qui déterminent son comportement ». Leur approche est donc globale. Elle débute dès la mise en place de la vigne. Ils laissent pousser les couverts indigènes sur 80 % de la surface. Les 20 % restants sont semés avec des légumineuses comme du pois ou du trèfle. Ils préparent le rang à planter sans labour profond. Ils piochent la portion de sol qui reçoit le pied, pour bien l’aérer. Ils font confiance à du matériel végétal issu de sélection massale. « Il donne des grappes plus lâches, moins sensibles au botrytis » précise Florian. Ils choisissent un porte-greffe 3309 dans les sols riches et un 34 EM qui résiste mieux à la sécheresse dans les sols plus superficiels. Ils maîtrisent l’herbe sur le cavaillon en combinant le passage de disques avec le broyage des sarments d’abord, la scarification de l’interrang avec des dents de semis direct ensuite et le rolofaca à la floraison de la vigne. « Ce matériel préserve davantage la biodiversité. L’herbe couchée conserve plus d’humidité et de fraîcheur au sol ». Florian se bat contre les entassements, sources de problèmes de ravageurs et/ou de maladies. Afin d’obtenir des vignes qui ne soient pas trop denses, il les ébourgeonne au printemps. Il les palisse à la main pour bien répartir la végétation. Il les effeuille au cas par cas. « Les raisins ne doivent pas être noyés dans les feuilles » précise-t-il. Il ne rogne pas non plus ses rangs. Mais il tresse les branches du haut avant de les encastrer dans le dernier fil. « Cette option évite la formation d’entre-cœurs qui sont d’abord à l’origine d’un foisonnement végétatif et qui se révèlent poussants après coup. J’économise un passage de pulvérisateur en fin de saison » affirme Florian. « Je remarque que l’arrêt de croissance est plus précoce et la vigne se concentre davantage sur ses fruits. Ils sont plus mûrs avec moins de sucre ». Précisons également que les parcelles du domaine ne reçoivent ni engrais, ni amendement depuis vingt ans au moins. Défenses activées Cette vigueur contrôlée débouche sur un rapport feuilles/fruits classique mais avec moins de l’un comme de l’autre. Elle est le préalable à la stratégie de protection mise en œuvre par Mathilde et Florian. En saison, leurs vignes présentent souvent des feuilles plus jaunes. Cette couleur ne les inquiète pas. Au contraire. « Des mesures de l’INRA ont montré que leur taux de chlorophylle était identique à celui de feuilles plus vertes. Ce jaune indique simplement que la vigne a activé une famille de molécules chargées de la défendre ». Pareille levée de boucliers ne dispense pas d’appliquer des traitements à base de plantes, récoltées fraîchement dans les parcelles juste avant intervention, ou séchées de l’année précédente. Mathilde et Florian s’appuient sur cinq végétaux. Pissenlit et consoude en purin stimulent l’activité du sol. L’ortie en purin favorise la croissance de la vigne. L’achillée en décoction renforce l’action des autres plantes tout en activant les mécanismes de défense de la vigne comme les tisanes d’ortie et de prêle. En purin, cette dernière assèche et durcit les parois cellulaires des feuilles de vigne. « Cuivre et soufre sont seulement notre dernier recours » constate le couple. Une année moyenne correspond à quatre/cinq traitements intégrant ces deux éléments mélangés au purin ou à la tisane de plantes. « Le cuivre est le plus souvent sous forme de bouillie bordelaise, mais en 2016 j’ai utilisé de l’hydroxyde en raison de la pression mildiou. La dose varie habituellement entre 100 et 300 g pour une moyenne annuelle de 600 g. En 2018, j’en ai fait trois à 150, 200 et 250 g. En 2016, je suis monté à 3,5 kg et dix passages. J’incorpore le soufre mouillable à raison de 4 à 8 kg/ha » détaille Florian. L’an passé, il a comparé un protocole de trois passages plantes/cuivre à cinq passages de plantes seules sur 10 ares de riesling. Un traitement ortie/prêle/achillée avec préparat 500P au stade 4-5 feuilles étalées et un second prêle/achillée avec préparat 501 en fin de saison, ont complété son programme. « Aucune différence n’était visible » signale Florian. Il envisage de tester cet itinéraire sans cuivre sur 1 ha en 2019. « Le coût des intrants est faible, mais il est certain que le temps de travail augmente. Il faut donc valoriser correctement auprès de sa clientèle les vins à forte identité qu’on obtient ».

Certification Haute valeur environnementale (HVE)

Le Synvira et la Chambre d'agriculture s’unissent pour former

Publié le 29/01/2019

C’est nouveau dans le paysage des formations viticoles régionales : le Synvira et la Chambre d’agriculture s’unissent pour former les viticulteurs en demande de certification HVE, tremplin pour répondre aux défis environnementaux.

Il n’y a quasiment plus de vignerons aujourd’hui pour contester que des défis environnementaux lourds sont à relever. Seulement, ils préféreraient les relever à leur façon, plutôt que d’une manière imposée par le consommateur. « Avec la certification HVE, au moins je n’ai pas perdu de clients », explique Éric Casimir, du domaine Metz à Itterswiller, 80 000 bouteilles écoulées bon an mal an, et certifié HVE depuis trois ans. Se disant « plutôt bio-sceptique », Éric Casimir estime néanmoins qu’il va devoir se conformer aux exigences d’un consommateur très orienté sur le bio. Et la certification HVE lui permet d’être « psychologiquement prêt ». « Il faut par exemple convaincre ses salariés de la nécessité de retarder la fauche dans les vignes pour la biodiversité », fait observer le vigneron, ce qui ne soulage pas les travaux en vert manuels pour des salariés devant arpenter les vignes. Selon Éric Casimir, la certification HVE présente une ouverture plus globale que le cahier des charges bios, extrêmement centré sur la question des produits phytosanitaires et des engrais. La certification HVE prend aussi en compte la biodiversité, la gestion de la ressource en eau. Mais on notera qu’il n’y a pas de concurrence entre les deux labels puisque 9 % des exploitations bios sont certifiées HVE et 22 % d’entre elles l’envisageraient. De surcroît, trois niveaux de qualification sont proposés selon les efforts environnementaux pour s’engager dans la certification HVE. Elle s’inscrit dans une démarche à points permettant de progresser sur le plan de ses pratiques. Toutefois, le logo HVE et « la mention valorisante » ne sont possibles que lorsque le niveau 3 est atteint. Les sessions de formation en vue d’obtenir la certification HVE ont débuté début janvier avec une quinzaine de vignerons issus des trois familles : négoce, coopérateur et indépendant. Les sessions se tiennent dans les locaux du Synvira à Colmar, car le Syndicat des vignerons indépendants est associé à la Chambre d’agriculture, dans cette formation en vue d’obtenir la certification HVE. Ce sont Marie-Noëlle Lauer, Clémence Bailly et Jérôme Attard, les techniciens conseils de la Chambre d'agriculture, qui interviennent en tant que formateurs. Ils accompagneront également sur le terrain chaque entreprise sur la voie de la certification. « Car ça oblige à plus de rigueur de traçabilité », explique Éric Casimir. Pour l’heure, 1 000 entreprises sont certifiées, dont 40 % de vignerons indépendants.

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