Viticulture

Publié le 18/01/2019

À Dambach-la-Ville, Anne-Rose, Michel et Ronan Silber s’appliquent à travailler leur surface de manière rationnelle. Améliorer la part des ventes en bouteille est le prochain défi à relever.

En 1996-1997, la réunion de l’exploitation de Michel Silber avec celle de son beau-père propulse la surface de la nouvelle entité à un niveau confortable : 16 ha, étalés entre Itterswiller et Scherwiller. Il subsiste de cet épisode deux sites distants d’une grosse centaine de mètres. « Tout était en double. La simplification des installations s’est vite imposée » se souvient Michel. La réception des raisins et la vinification sont maintenues dans les bâtiments situés dans la rue adjacente. Les vins finis sont ensuite ramenés en citerne de 30 hl sur le site qui a pignon sur la rue principale pour y être embouteillés, étiquetés, stockés et vendus. « C’est de la manipulation en plus, mais nous n’avons pas trop le choix » confie Michel. À l’époque, il hérite aussi de vignes larges, les premières enherbées dans le secteur à avoir été plantées à deux mètres. Cela convient à Michel, comme à Ronan qui a rejoint le domaine comme salarié en 2008 et associé en 2013. « C’est un vrai rang enherbé où nous prenons plaisir à travailler un peu plus rapidement qu’ailleurs. Le tracteur ne roule pas sur de la terre, mais sur de l’herbe ». Père et fils adaptent en fonction du type de sol les espèces d’un mélange de graminées, de pois et de luzerne qu’ils sèment tous les rangs dans les vignes de 2 m, et un rang sur deux si l’écartement n’atteint que 1,75 m. « Le semis, c’est plus facile à maîtriser. Nous passons trois fois le girobroyeur à largeur variable. Nous sommes certains de pouvoir rouler. Nos vignes absorbent plus de soleil. Nous ne remarquons pas de différence qualitative » argumentent-ils. Ils désherbent le cavaillon au glyphosate et envisagent une solution mécanique pour préparer son interdiction effective. Ils taillent sylvaner et muscat sur une arcure, les autres cépages sur deux. Ils encadrent la fleur avec un systémique. Ils ont ainsi traité cinq fois en 2018, six fois en 2017. Avec leurs deux pulvérisateurs, traîné de 500 l et porté de 300 l, ils ont besoin d’une « grosse journée » pour passer partout. Ils visent les 70-80 hl/ha et récoltent 80 % de leurs vignes avec leur propre machine à vendanger traînée. « C’est souple d’utilisation. Nous pouvons récolter des bouts de parcelle. Si ça ne suit pas au pressoir, nous arrêtons. En 2018, nous avons travaillé de 6 h à midi pour rentrer une vendange la plus fraîche possible. Entre matin et après-midi, l’écart de température des jus peut atteindre près de 10° » explique Ronan. Des vins finis dès janvier Les viticulteurs chargent leurs deux pressoirs pneumatiques de 35 hl pour des pressées de trois heures jusqu’à 1,8 bar pour la plupart des cépages. En fin de journée, ils montent à six heures avec du muscat, du sylvaner, voire du gewurztraminer. Les jus refroidis entre 7 et 10° sont sulfités, enzymés, levurés, débourbés en une nuit avant de les laisser fermenter entre 18 et 20° pendant environ trois semaines avec leurs bourbes filtrées. « Notre objectif est de produire des vins structurés, gastronomiques, réguliers en qualité. Dans le même temps, nous voulons avoir dès janvier, des vins collés, filtrés, prêts à la mise » indiquent Michel et Ronan qui vendent deux tiers de leur production en vrac. « Nous disposons de lots importants d’une qualité irréprochable qui remplissent un semi complet en une fois. C’est apprécié de nos acheteurs. Cet atout nous a toujours permis de trouver des acquéreurs. Mais la campagne qui démarre est très incertaine ». Les associés se félicitent de travailler en totale autonomie, sans l’intervention d’un prestataire, y compris pour le crémant. « Cela se répercute favorablement sur le prix de revient du kilo de raisin, du litre de vin, de la bouteille. Nous nous contentons d’une analyse avant la mise. L’œnologue passe seulement pour déguster. Je pars du principe que si mon nom figure sur l’étiquette, je suis censé savoir comment vinifier. J’endosse sans problème cette responsabilité » déclare Michel. En s’investissant autant à la production et à la transformation, il reste peu de temps pour la vente en bouteille. C’est le domaine d’Anne-Rose, qui se partage entre son bureau et le caveau qui le jouxte. L’atout de l’endroit, c’est d’être quasiment le premier quand on pénètre dans l’enceinte fortifiée de Dambach par le bas de la ville. L’emplacement fleuri en été, éclairé en hiver, génère du passage. Anne-Rose parle couramment anglais et allemand. Le caveau écoule deux tiers des bouteilles. Les particuliers forment sa clientèle privilégiée, là, ainsi que sur deux marchés de Noël et une opération portes ouvertes dans une exploitation agricole. Dix restaurants en Alsace et en Moselle complètent cette clientèle. « Les difficultés à venir sur le vrac doivent nous inciter à vendre plus en bouteille. La moitié serait déjà bien » anticipe Ronan. Cette perspective pourrait passer par l’embauche à moyen terme d’une personne dédiée au développement commercial.

Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin. Canton viticole

Programme commun pour les jeunes viticulteurs alsaciens

Publié le 17/01/2019

Les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin du canton viticole ont été convoqués en assemblée générale le 11 janvier à la Maison des vins d’Alsace à Colmar. Le représentant des jeunes viticulteurs du Bas-Rhin était lui aussi convié.

« Pour commencer, je vous souhaite à tous une bonne gelée pour 2019 ! » Quentin Blanck, président des Jeunes Agriculteurs du canton viticole depuis un an, entame son rapport moral par une touche d’humour. « 2018 a été une très belle année, nous avons tous eu plaisir à croiser un confrère vigneron pour lui parler de nos exploitations dans la vieille parcelle de sylvaner plantée par le grand-père. Cette vendange était belle tant en quantité qu’en qualité, mais j’ai l’impression que c’est un problème, voire le plus grand problème de notre appellation : avoir des caves pleines et de qualité. Un comble. Pourtant, c’est seulement 3 000 hectolitres de plus que la production du millésime 2016. Étant donné que nous ne nous trouvons pas capables de vendre ce que peut produire notre appellation, on parle déjà de baisse de rendement. Des discours au pessimisme non dissimulé. Pour éviter cela, il faut commencer par la base : restez fermes sur la valeur de nos vins, ne les bradez pas, même si la vente doit être repoussée de quelques semaines. N’oubliez pas que le prix du vrac et le prix du vin sont en corrélation directe. Les efforts faits sur le prix du vin depuis dix ans ne doivent pas être vains. Nous avons un beau défi à relever : vendre aussi bien que l’on sait produire. » En 2018, les JA ont participé ou organisé quatre événements principaux : le JA’s day 31 mars, l’Afterwork le 30 avril au bar Le Murphy’s à Colmar, l’Opération sourire 19 au 21 mai et la JA’s night le 24 novembre. « Cette année, l’Afterwork se fera avec les JA de Munster », prévient Quentin Blanck. La date reste à définir. « Nous ne participerons plus au JA’s day, car les visiteurs ne se rendent pas à cette manifestation pour acheter du vin. Nous réfléchissons plutôt à notre participation au marché paysan organisé par les JA de Munster ». L’opération Sourire aura lieu du 8 au 10 juin. « Unir nos forces entre 67 et 68 » Dans le prolongement des intentions annoncées en 2018, le grand projet pour 2019 est « commun », annonce Nicolas Pernet Clog, président du groupe vin 67. « Dans le Bas-Rhin, les JA fonctionnent différemment. Chaque JA est rattaché à un secteur, donc les agriculteurs et les viticulteurs sont mélangés. À côté de cela, nous avons un « groupe vin ». Ce que l’on cherche à terme, c’est unir nos forces entre le 67 et le 68 pour créer un JA Viti Alsace pour un meilleur fonctionnement et une meilleure visibilité. » Des dates sont prévues pour réunir les jeunes des deux départements : « Le 27 février, le concours de taille se déroulera à Scherwiller. Les JA du canton de Sélestat s’occuperont de la restauration et de la buvette. Une première dans le Bas-Rhin. Le 4 mai, nous organiserons à Dambach-la-Ville, une démonstration de travail du sol. » Nicolas Pernet Clog cite un autre exemple d’initiative qui pourrait intéresser les JA Viti Alsace, comme le Réseau interrégional international (RI2) : groupement transfrontalier agri-viticole (Alsace, Bade Wurtemberg, Grand-Duché du Luxembourg, Lorraine, Rhénanie-Palatinat, Sarre, Wallonie). « Une première rencontre a eu lieu à Sélestat puis une deuxième à Fribourg sur l’avenir de la Pac qui bénéficie plus aux viticulteurs allemands. » En tant qu’ancien président des JA, Gilles Ehrhart félicite les deux présidents : « Nous avons tous essayé de faire un groupe vin Alsace, ça ne s’est jamais fait auparavant ».

Publié le 11/01/2019

Les boutiques des cavistes sont un débouché pour un peu plus de 2 % des vins d’Alsace. Ces professionnels sont attachés à des Alsace typés sec. Cinq d’entre eux expriment ici leurs attentes.

A Strasbourg, l’Art du vin ne peut décemment se priver de vins d’Alsace. « Beaucoup de touristes nous en demandent » déclare Xavier Iung, en poste depuis dix ans chez ce caviste indépendant. Les grands crus forment la colonne vertébrale de l’offre. « Nous ne voulons pas de vin standardisé. La diversité des terroirs est une richesse que nous voulons mettre en avant, comme le millésime. Chaque année donne des vins différents et c’est tant mieux » poursuit Xavier. Il sélectionne les vins lors de portes ouvertes ou mieux, lors de salons. « Le caractère sec est un critère. Mais en fonction de l’acidité, j’accepte qu’un riesling présente de 5 à 10 g de sucre résiduel ». Le prix est un garde-fou. « Les Alsace retenus ne dépassent pas les 30 €/col sauf pour les fêtes ». D’année en année, le magasin conserve environ 60 % de sa gamme. « Les clients qui veulent de la nouveauté, le viticulteur qui monte ou le domaine qui vient d’être repris par la nouvelle génération sont les éléments qui peuvent ouvrir un chemin vers une place en rayon forcément limitée. En fin de circuit, une rotation de deux à trois semaines est idéale : elle permet d’avoir une recette avant le paiement légal à trente jours ! « Je connais bien les Alsace. J’ai obtenu mon BTA à Rouffach et j’ai passé les diplômes de dégustation du Civa » enchaîne Johan Valleton, de la cave Les Domaines à Nancy. Ce fan de riesling recherche des Alsace « minéraux », « tendus », « gustativement secs ». « L’Alsace a beaucoup progressé dans ses pratiques viticoles. La culture bio ou biodynamique magnifie les terroirs. A 30-40 €/col on peut s’offrir ce qui se fait de mieux » estime Johan. Cela dit, « dans la tête des gens, l’Alsace reste un vignoble très compliqué. Sans pictogramme, ils sont encore davantage perdus. Chaque producteur devrait indiquer la sucrosité de son vin sur l’étiquette. La dose de sulfites peut être un renseignement complémentaire. Les consommateurs deviennent demandeurs ». Les Domaines privilégient le partenariat avec des vignerons indépendants. « Notre relation de confiance nous engage sur un volume non contractuel et nous y restons fidèles » résume Johan. Depuis 2012, il ne manque aucune édition du salon Millésime Alsace qui lui permet de découvrir « un maximum d’opérateurs ». Les Domaines les invitent aussi en Lorraine chaque troisième week-end d’octobre aux Rencontres œnologiques à Pont-à-Mousson. Trois milles personne défilent en deux jours et demi devant une cinquantaine de viticulteurs venus présenter leur propre vin. La différence est qu’il est sélectionné par le caviste (et non le producteur). « Le client décide d’acheter ou non en sortant » précise Johan. Chaque édition accueille deux ou trois domaines alsaciens. Rosé d’Alsace contre côte de Provence A Lyon, Le pressoir n’a pas changé un iota à la formule qu’il a inauguré à son ouverture en 2004. « Je travaille avec un seul fournisseur alsacien, toujours le même. Son tarif est compétitif » indique le sommelier, Nicolas Gerbe. « Je mets régulièrement ces vins en avant, été comme hiver. Le rosé fait joliment contrepoids à un côte de Provence. Avec lui, j’ai créé l’étonnement. Sa rotation est bonne. Le pinot noir léger vinifié en cuve inox passe bien sur les raclettes, le saumon ou le thon. On revient en racheter ». Son partenaire ne l’a « jamais déçu », mais en y réfléchissant, « il y a un travail à faire sur la sucrosité, entrées de gamme comprises. Je vends plus de riesling et de pinot blanc que de pinot gris, qu’il faudrait passer de demi-sec en sec, et de gewurztraminer qui gagnerait à descendre de moelleux à demi-sec. Mais je ne veux pas m’immiscer dans les choix de vinification, sinon je contribue à uniformiser l’offre ». Il apprécie l’apparition depuis peu d’une échelle de sucrosité sur l’étiquette de son fournisseur. En revanche, rentrer une bouteille d’Alsace dans un carton cadeau à plat de six cols, reste un problème. « L’Alsace est la seule à dépasser. Je dois donc proposer une autre origine. De l’Alsace en BIB ne me dérangerait pas. Bien d’autres vignobles prestigieux conditionnent leur vin comme ça ».   « L’Alsace possède de beaux terroirs et produit de beaux vins. Mais nous en vendons au compte-gouttes toute l’année, un peu plus pour les fêtes. La région doit faire un effort de notoriété » souligne Thomas Allaria, de l’enseigne les Vins gourmands à Lille, avant de poursuivre. « Nous écoulons dix fois plus de vins de Loire. Il est vrai que nous en référençons plus de dix domaines contre deux réguliers en Alsace. Les accords en Loire paraissent plus faciles à notre clientèle. Ce sont aussi des vins un peu moins cher. Un sauvignon démarre à 5 € ». Pour l’Alsace, la demande spontanée est « rare ». Thomas doit donc « l’accompagner ». Les clients recherchent des vins secs. Il y a deux ans environ, l’enseigne a cessé de travailler avec un viticulteur bas-rhinois. « Son riesling était trop sucré. En fait, c’est toute sa gamme qui n’allait plus » glisse Thomas. Un domaine haut-rhinois l’a remplacé. « Seul l’un de mes deux fournisseurs principaux fait figurer une échelle de sucrosité sur l’étiquette. Ce serait bien que le second s’y mette aussi ». Un peu curieusement, le gewurztraminer constitue la première vente d’Alsace en grillant assez fréquemment, aux dires de Thomas, la politesse pour l’apéritif à un côte de Gascogne. Le crémant vendu en carton de six, est aussi sur une bonne dynamique. Installé en centre-ville, fréquenté en permanence, le magasin n’invite pas ses fournisseurs à animer ses rayons. « Mais si quelqu’un se propose, il est le bienvenu » rigole Thomas.

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