Conférence « Vigne, Vin et Vignerons en Alsace »
L’atout patrimoine des routes des vins
Conférence « Vigne, Vin et Vignerons en Alsace »
Publié le 27/01/2019
La conférence « L’offre culturelle sur les routes du vin : valorisation du patrimoine français vitivinicole français » a ouvert la série de rencontres proposée par la Faculté de marketing et d’agrosciences (FMA), le Laboratoire vigne, biotechnologies et environnement (LVBE) et le Service universitaire de l’action culturelle (SUAC) au Biopôle de Colmar.
Sophie Lignon-Darmaillac est maître de conférences en géographie à l’université Lettres Sorbonne à Paris. Elle est également l’auteure de l’ouvrage L’Œnotourisme en France : nouvelles valorisations des vignobles. Elle part d’un constat : « En France, l’aide à l’œnotourisme est timorée, tardive et incomplète. La première publication d’Atout France (NDLR : agence de développement touristique) date de 2010. D’autres pays viticoles avaient déjà des statistiques et une meilleure connaissance du terrain pour savoir comment développer cette activité. » Elle a notamment étudié l’offre œnotouristique de trois pays. « L’Espagne est arrivé tardivement à l’œnotourisme. Elle a pourtant donné l’idée aux touristes de faire de l’œnotourisme, principalement dans la région de la Rioja, grâce à une volonté politique forte et une campagne de communication nationale. En Italie, les parcours œnotouristiques se sont toujours appelés « routes du vin et des saveurs » associant les produits du terroir (truffes, riz, citrons) ». L’alliance de la gastronomie et du vin est une des caractéristiques de l’œnotourisme que la France applique également. « Aux États-Unis, l’œnotourisme est marketé. On a créé les wineries pour produire du vin, mais surtout pour y attirer les consommateurs. » « Le vin est un objet de culture » La visite de caves est une tradition française ancienne. Jusque dans les années 1990, l’offre s’arrêtait là. « Je n’appellerais pas cela du tourisme du vin, c’est de la vente directe. Pour que ce soit du tourisme, il faut pouvoir proposer plus et accueillir également les personnes du groupe qui ne boivent pas, dont les enfants. » Aujourd’hui, il n’y a pas un seul vignoble qui ne développe pas l’œnotourisme. « Le vin est un objet de culture et ce sont les Espagnols qui l’ont revendiqué les premiers. En 2003, ils ont inscrit dans la constitution que « la vigne et le vin sont indissociables de notre culture ». Il a fallu plus de dix ans pour que la France se réveille et que le vin apparaisse comme objet de culture dans une loi de 2014 : « Le vin, produit de la vigne, les terroirs viticoles, ainsi que les cidres et poirés, les boissons spiritueuses et les bières issues des traditions locales au patrimoine culturel, gastronomique et paysager protégé de la France ». L’Unesco s’est fait le porte-parole de cette reconnaissance en classant des vignobles européens au patrimoine mondial de l’humanité. De la visite de cave à la Cité du vin Des musées cherchent à valoriser l’histoire, la culture et l’architecture qui accompagnent le vin. Cela va de la salle d’exposition dans le caveau familial aux pôles œnologiques. On en trouve partout en France : il y en a 72, selon le site winetourisminfrance.fr. « Le plus visité est le musée du vin de Paris, rue de l’eau, au pied du Trocadéro. On le visite car ce sont des caves voûtées qui se louent pour des fêtes. » C’est en Alsace qu’un musée s’est ouvert pour la première fois aux vins. En 1927, le musée Unterlinden aménage ses caves pour en faire des salles consacrées aux vins. Le premier musée du vin est créé à Beaune en 1947. Malgré ses 40 000 visiteurs par an, il ne s’est pas adapté aux nouvelles normes interactives. Le troisième est le musée des vins de Touraine à Tours (1975). Il rouvrira ses portes en avril 2019 après restructuration. Il n’y en a pas d’autres avant les années 1990 et le développement de l’œnotourisme. En 1993, on abandonne le nom « musée », avec l’Œnoparc en Beaujolais ou Hameau du vin. C’est le premier parc de la vigne et du vin, avec restauration, petit train, musée traditionnel, jardin des sens. Son offre est renouvelée régulièrement. « L’imaginarium, la magie des bulles » fait encore plus original en 2006 en s’installant près du péage de l’autoroute de Nuits-Saint-Georges. Ce musée inspiré du Cassisium, à Nuits-Saint-Georges également, comprend bien sûr, l’exposition d’objets, mais aussi une visite dans le noir, guidée par des flashs lumineux et des jeux interactifs adaptés aux enfants (41 000 visiteurs en 2017). La même année, la Maison du syndicat des vignerons d’appellation Bordeaux intègre l’œnotourisme avec des propositions « multisensorielles et ludiques ». Il s’agit de Planète Bordeaux avec 13 000 visiteurs par an. « Le grand musée du vin aujourd’hui est la Cité du vin à Bordeaux, avec un bâtiment phare, symbole de la ville. On a volontairement exclu le terme de musée pour viser un large public et atteindre les 400 000 visiteurs par an. Elle est inspirée du musée Vivanco de la culture du vin situé dans un petit village de la Rioja en Espagne (100 000 visiteurs par an). Cette structure s’inscrit dans un tourisme culturel de masse. » L’œnotourisme à l’échelle des grands domaines Au-delà de ces structures institutionnelles, des châteaux valorisent la dimension culturelle. « Aujourd’hui, nous faisons appel à des architectes renommés pour construire nos chais à l’instar de ce qui a été initié dans les années 1980 en Californie et 1990 en Espagne. Les salles de dégustation pour les touristes sont au sommet, toutes vitrées, avec une vue panoramique sur l’ensemble du vignoble. » Sophie Lignon-Darmaillac cite en exemple les 112 ha du Château d’Arsac, racheté en 1992, repeint en bleu pour rappeler le traitement au cuivre. Depuis 1994, la maison investit 100 000 euros par an pour acheter une œuvre d’art. Le Château La Coste en Provence racheté par un Irlandais en 2004 (200 ha dont 125 ha en vignes) allie art et vin. « Des architectes internationaux sont sollicités pour un centre d’accueil, l’hôtel, un chai (Jean Nouvel) aux normes technologiques adaptées à une culture bio et un auditorium pour des concerts ou des représentations théâtrales. La visite coûte 15 € pour un parcours d’une heure à travers vigne, garrigue et œuvres d’art. » Aux portes de Bordeaux (Pessac Leognan), le Château Smith Haut Lafitte s’oriente vers le tourisme de bien-être. À côté des caves, de la tonnellerie et des salles de dégustation, un complexe est dédié aux produits cosmétiques Caudalie. Un troisième espace s’oriente vers la vinothérapie. « Pour certains, c’est le Disneyland de l’œnotourisme. » Sophie Lignon-Darmaillac évoque enfin la partie événementielle, apparue également dans les années 1990 : la percée du vin jaune (35 000 visiteurs en 2016), Habits de lumière en Champagne (50 000 visiteurs) ou Bordeaux fête le vin (60 000 visiteurs). Sans oublier la Foire aux vins d’Alsace, rappelée par l’un des participants. Elle conclut : « La culture est devenue un élément revendiqué de l’œnotourisme. Il se décline à l’échelle de tous les vignobles et tous les types de propriété. La chance de la France par rapport aux vignobles du Nouveau monde est d’être un peu moins marketée, mais d’être infiniment plus riche dans sa longue histoire pour décliner toutes les formes d’œnotourisme culturel ». Le mot d’ordre : originalité avant tout.












