Publié le 20/12/2018
À Orschwihr, Isabelle et Michel Meyer se sont constitué une clientèle en s’appuyant sur les entrées qu’ils pouvaient avoir dans le monde associatif et professionnel.
De l’organisation de la production au terrain : voilà en raccourci le parcours de Michel Meyer. Ingénieur agronome, il débute sa carrière comme chef du centre INAO de Nantes. Il reste en poste onze ans, jusqu’à ce que la succession le rappelle en Alsace. Nous sommes en 1993. Michel reprend les 5,5 ha sur lesquels Pierre, son père, s’était évertué à augmenter la part de la bouteille. Il porte la surface à 7 ha en louant et en plantant des friches. Il y a trois ans, il remet 15 ares de sylvaner en place. « J’avais arraché mes 20 derniers ares en 2000. Comme j’ai assez de mes autres cépages et que deux boutiques m’en réclamaient, je n’ai pas hésité. L’offre actuelle fait la part belle aux vins trop puissants, trop concentrés, trop moelleux. Il faut aussi des vins plus légers avec lesquels on se fait plaisir en mangeant ». N’ayant ni pinot blanc ni auxerrois dans son encépagement, Michel s’en affranchit en vinifiant son pinot noir en blanc. « Je le vendange assez tard et je le presse de suite. Je n’enzyme, ni ne levure. C’est un vin qui ressort très légèrement tâché. Ce n’est pas gênant ». Michel défend une vision raisonnée de la conduite de la vigne. Il conserve un rang sur deux naturellement enherbé. Il pratique en général trois fauches par an. Tous les cinq ans, il laboure pour couper les racines de surface. Il désherbe le cavaillon avec un foliaire. En 2018 il a traité cinq fois en faisant quatre fois confiance à des produits conventionnels pénétrants, des « molécules chimiques longues qui se dégradent sur la durée, à la différence du cuivre qui s’accumule dans le sol au fil des interventions ». En taillant sur deux baguettes, Michel obtient en moyenne 70 hl/ha. Il est passé de lui-même, sans formation particulière, à la taille Poussard en 2015 car ses rieslings et ses gewurztraminers plantés à 6 000 pieds/ha sont les grandes victimes des maladies du bois. « Je pense que le guyot double et les rendements élevés fragilisent les plantes. Pourquoi ne pas tailler en guyot simple, réduire la surface foliaire pour l’adapter au terroir et à sa réserve hydrique ? Menons un essai pour vérifier si c’est un moyen de mieux contrôler l’esca et de résister à la sécheresse ». Des marges de sécurité inutiles Michel a pour objectif de produire des « vins typiques » à 2 g de sucre résiduel sur un riesling, de 7 à 8 g sur un pinot gris. Aux vendanges, il réalise des pressées de deux à trois heures et demie en montant jusqu’à 1 750 millibars. Il sulfite le moût à 2 g/hl et débourbe vingt-quatre heures. Depuis 2000, il a « levé le pied » sur l’enzymage et le levurage parce que « de tels choix procurent des marges de sécurité inutiles ». Il réserve les levures à son seul pinot noir « pour qu’il démarre vite ». Il lui ajoute aussi des bactéries lactiques pour lui faire faire la malo. S’inspirant du muscadet, Michel élève ses vins sur lies fines jusqu’au printemps et les fait filtrer sur kieselguhr par un prestataire à partir de mars. Il s’est redonné de l’air en investissant dans une chaîne d’embouteillage. « À façon, j’étais obligé d’avoir dix vins prêts pour la date fixée. Là je peux travailler de manière plus souple. C’était également une question de coût. Acheter son groupe n’est pas si dénué de sens. Il s’amortit en trois ans » calcule Michel. Comme à leur habitude, Isabelle et Michel auront des lots de vrac à vendre début 2019. « Nous travaillons avec un courtier et nos vins vont souvent chez le même négociant » expliquent-ils. « La tendance est que de plus en plus d’opérateurs se couvrent par l’achat de raisins. Nous n’avons pas encore fait d’offres pour la campagne à venir. Mais le niveau de prix évoqué par la rumeur nous inquiète ». Pour ses ventes en bouteille, le couple essaie de compenser l’érosion naturelle de sa clientèle de particuliers en adoptant une politique de prix sages, révisés tous les deux ans. Il s’est appuyé sur ses connaissances pour bâtir un réseau de diffusion. Ses vins se retrouvent ainsi dans une grande surface locale, plusieurs boutiques et restaurants. « Le relationnel est une clé qui nous a ouvert des portes » confirme Isabelle. Le fait que Michel soit membre de diverses associations et confréries gastronomiques aide aussi. En outre, il anime des soirées pour un restaurateur en Bretagne, un autre en Moselle. Depuis quinze ans, il collabore avec des coachs d’entreprise. « Ils font appel à moi pour parler du vin. Un des travaux pratiques des participants est de réaliser leur propre assemblage avec les vins que je fournis » raconte-t-il. Mises bout à bout, toutes les petites ventes qui résultent de ces multiples activités finissent par peser dans le chiffre d’affaires.












