Viticulture

Publié le 08/11/2018

À Marlenheim, Jérémie et Romain Fritsch ont assemblé riesling, pinot gris et gewurztraminer afin de faire ressortir la minéralité du terroir d’origine de ces trois cépages.

LE TERROIR. Entre les 36 ares de pinot gris à gauche, les 20 ares de riesling au milieu et l’hectare de gewurztraminer à droite, les trois parcelles ayant servi à l’élaboration de cette cuvée se répartissent sur environ trois cents mètres. Elles se situent dans la partie basse du grand cru Steinklotz. Le calcaire domine ces 40,6 ha exposés sud, sud-est, entre 200 et 300 m d’altitude. Il ne laisse que quelques miettes à la silice et au mica. La couche de terre est épaisse d’une quarantaine de centimètres avant d’être perturbée par des débris de roches. « C’est un sol plutôt caillouteux, maigre, qui gère bien la vigne en lui transférant très peu de vigueur. Il est drainant. Quelques heures lui suffisent pour ressuyer en surface après une forte pluie » note Romain Fritsch. Le Steinklotz se révèle aussi extrêmement réactif à toute arrivée d’humidité. « Si c’est plutôt un avantage en milieu de saison, cela peut se retourner en fin de cycle. La végétation peut redémarrer très vite. Les baies peuvent éclater » complète Romain. LA CONDUITE. Cette explosivité explique qu’en son temps (1982), Romain a fait le choix de maintenir dans tous les rangs un enherbement naturel. Avec Jérémie installé en 2009, il le gère avec un girobroyeur en fonction de la pluviométrie. « L’année a été assez facile, sans grande pression des maladies » se souviennent père et fils. Ils ont pratiqué quatre fauches. Seul aux commandes du domaine depuis deux ans, Jérémie a hérité de clones plantés en 1977 (riesling 47), 1983 (pinot gris 56) et 1985 (gewurztraminer 85) à 4 800 pieds/ha sur un SO4, le porte-greffe qui réussit le mieux dans ce type de sol. La vigne est conduite en guyot double avec des fils à vingt-cinq centimètres. Jérémie passe la prétailleuse une dizaine de jours après la chute des feuilles. Il taille en janvier avec un objectif de 22 yeux/m². À l’époque, les trois parcelles ont encore reçu en plein un engrais ternaire avec 15 à 20 unités d’azote afin d’entretenir l’herbe qui doit jouer son rôle de frein à l’érosion. Le cavaillon était encore désherbé sur trente centimètres avec des antigerminatifs auxquels le domaine a renoncé depuis au profit de disques émotteurs. Ils ont été adoptés définitivement après un test jugé concluant en 2018. Les parcelles ont été rognées trois fois sur cette saison-là. Elles ont été traitées sept fois dont deux fois avec des systémiques appliqués à pleine dose avant floraison. Cuivre, soufre et confusion sexuelle ont achevé de protéger le vignoble. 15 à 20 % des raisins ont été coupés en début de véraison. Un léger effeuillage manuel a été entrepris dix jours plus tard. Les trois parcelles ont été vendangées le même jour fin septembre. L’état sanitaire des raisins n’a nécessité qu’un très faible tri. Un vin tendance ! LA VINIFICATION. Elle s’est voulue classique avec un souci de limiter autant que possible les sulfites. Les raisins ont subi un léger foulage par la vis sans fin du conquet qui les a envoyés se mélanger dans le pressoir pneumatique de 35 hl en respectant une proportion de 60 % de riesling pour 20 % de pinot gris et 20 % de gewurztraminer. Ils ont été pressés pendant quatre heures trente jusqu’à une pression maximale de 1,6 bar. Le moût a été sulfité à 2 g/hl, enzymé à 2 g/hl avant débourbage statique de douze heures à une température de 14-15°. Il a été levuré avec 5 g/hl de 58W3. Après analyse, un léger bentonitage à 50 g/hl a été effectué. Le jus a fermenté trois semaines à 18-20°. Le taux de bourbes s’est limité à 6 %. 7 g/hl de SO2 ont été ajoutés au soutirage. Les traces d’amertume décelées à la dégustation ont été éliminées par une colle de poisson. Le vin est filtré sur kieselguhr en février. Il reçoit 3 g/hl de SO2 et encore une fois la même dose à la mise, sur plaques stériles en août 2010. Le SO2 total s’élève ainsi à 140 mg/l. « Ce vin a un rôle pédagogique. Il nous permet de juger de son évolution dans le temps en le comparant aux trois cépages vinifiés séparément » affirment Romain et Jérémie. LE VIN. Le blanc STZ 2009 a pris son temps. Ce vin pâle et rond à l’origine a mis cinq à six ans avant d’opter pour une couleur plus soutenue et abandonner une sucrosité « un peu dérangeante » selon Romain. « Ce vin s’est rééquilibré. Les sucres se sont fondus. Sa connotation variétale a fait place à une belle minéralité. C’était l’objectif de départ. Nous avons conçu un assemblage qui doit faciliter la compréhension du terroir » poursuit-il. La trame acide du riesling lui conserve de la nervosité. « Son nez restitue un aspect exotique. On y découvre un côté zeste d’agrumes et la note de pamplemousse laissée par le riesling » commente Jérémie. Le carafer deux à trois heures avant service sur une viande blanche par exemple, renforce sa complexité. Le STZ 2009 peut remplacer un rouge léger. Il figure sur la carte du domaine depuis 2014. « C’est un vin tendance. Il est vendu exclusivement au caveau car il faut accompagner ce vin par un conseil. On ne sait pas forcément avec quoi le boire » jugent Romain et Jérémie. « Les personnes qui aiment cuisiner verront plus facilement les associations qu’il permet. Mais son goût peut surprendre beaucoup de monde. Il est un peu en dehors des standards, des repères habituels du consommateur. C’est à nous de lui en fournir ».

Au Comptoir des Vignes à Volgelsheim

De savoureux accords mets et vins

Publié le 05/11/2018

Le Comptoir des Vignes à Volgelsheim accueillait, jeudi 18 octobre, le chef Xavier Henny à l’occasion de la cinquième édition de l’opération « Un chef en cave » dans le cadre de la semaine du goût.

Le Comptoir des Vignes participait pour la seconde fois à l’opération « Un chef en cave », incontournable rendez-vous des amoureux de vins et de bons plats. Le chef de La Boîte à Sel, Xavier Henny, et sa sœur, Katia, ont décliné de savoureux accords mets et vins avec Anne-Sophie, responsable du Comptoir des Vignes, secondée par Lisa. Le chef a rappelé, lors de la présentation des plats cuisinés, son souci de se fournir chez des producteurs locaux dont il apprécie la recherche qualitative. Il a offert à la dégustation entre autres un foie gras de canard poêlé déglacé au vinaigre de cidre et sa compotée de pommes coings accompagnés d’un cidre de glace du Québec et du Gentilice de la maison Demazet, un paleron de veau et ses légumes confits mariés avec Octobre Rouge, un Costière de Nîmes du château Valcombe, des figues rôties, crème anglaise et mousse au romarin servies avec des Vendanges d’octobre de la cave des vignerons ardéchois. Cette soirée a été l’occasion pour Gilles Pierrat, responsable des magasins du groupe Abedis dont fait partie le Comptoir des Vignes, de rappeler que le groupe a intégré le réseau C10 qui gère 200 entrepôts dans l’hexagone et dispose de 800 à 2 000 références de vins et spiritueux. C10, qui a développé le concept Comptoir des Vignes, qui représente 50 magasins en France.

Publié le 31/10/2018

À Ribeauvillé, Bernard Schwach travaille et veille sur l’histoire de Ribeauvillé en général, celle de son vignoble et de ses viticulteurs en particulier.

« Tout y est ! ». En faisant parcourir au visiteur les deux étages de l’ancienne sous-préfecture aux rayonnages copieusement garnis d’ouvrages en tout genre, Bernard Schwach s’extasie comme s’il redécouvrait à chaque passage toute la richesse de l’histoire de Ribeauvillé, sa ville. Il ne renie pas à se qualifier un peu lui-même de « gardien du temple ». D’ailleurs il en connaît tous les coins et les recoins. Et surtout l’endroit où il convient d’aller chercher ici, telle pépite, là tel trésor, comme les cartes de toutes les parcelles de vignes de la commune éditées en 1829 ! Bernard s’intéresse à tout le passé local. Né dans une famille de viticulteurs, il a un petit faible pour l’histoire du vin et celle des hommes qui l’élaborent. « Connaissez-vous le Casino ? » interroge-t-il malicieusement. « Non ? Eh bien, au XIXe siècle c’était une société de bourgeois protestants qui souhaitait que la population essentiellement viticole à cette époque, soit éduquée. Elle invitait de grands conférenciers, avait constitué un fonds bibliothécaire et donnait des cours du soir. La ville lui doit en partie sa renommée viticole ». Sans se prétendre « spécialiste du vin », notre homme a travaillé son sujet. Pour rendre hommage à son père, il a édité en 2014 la chronique de la viticulture à Ribeauvillé entre 1400 et 1900. « Un retour aux sources » dit-il. « Dans ces années-là, le vin n’était pas le même qu’aujourd’hui. En 1648, il est plus doux que fort. Il est souvent mélangé à des liqueurs, comme la menthe. Le vin de paille de Ribeauvillé se retrouvait sur les tables de toutes les cours d’Europe. Jusqu’au XVIIIe siècle, le cépage unique est interdit. Les viticulteurs complantaient afin d’avoir une floraison étalée. C’était une mesure de prévention contre les gelées et une manière de sécuriser un volume de récolte ». Le vin n’était pas seulement une boisson, mais une référence. Son prix est toujours gravé dans un cartouche de l’ancienne mairie de Ribeauvillé : en 1544, un foudre de 1 080 litres valait 90 florins, en 1574 plus que 82 florins. En 1696, il était monté à 132 florins. « Au XVe et au XVIe siècle, les travailleurs étaient payés moitié en argent, moitié en vin, vin qu’il leur arrivait fréquemment de revendre » complète Bernard. Edelwein, Schenckwein, Hunique et Trinkwein Quatre qualités de vin existaient du XIVe au XVIe siècle. Des gourmets étaient chargés de les classer selon leur goût et de décider de leur destination finale. L’Edelwein (ou Kaufwein) était le meilleur. Il était réservé aux nobles et embarquait à Illhaeusern en direction de Strasbourg et plus loin, la Scandinavie. Le Schenckwein, de qualité moyenne, à la production contrôlée, était servi dans les cabarets, c’est-à-dire les auberges. Le Hunique (ou hoenisch) était à consommer sur place et pour les invités. Ce monocépage plutôt acide et au rendement pléthorique a été interdit après le retour de l’Alsace dans le giron français après 1648. Le Trinkwein ou Bemmer était volontiers mélangé à de l’eau (à l’époque souvent impropre à la consommation) et additionné de sucre pour le rendre buvable… « Les ouvriers qui travaillaient la vigne en buvaient quotidiennement jusqu’à cinq litres. Au XVIIe siècle, la consommation moyenne s’établissait à 1,5 litre/jour, vieillards et nourrissons compris » complète Bernard. Le monocépage s’impose par la volonté politique qui souhaite « un vin plus pur ». Parmi la génétique disponible, il y a le schwarzlamers ou le kleinrauschling, mais aussi le traminer et, déjà, le riesling. En 1850, les viticulteurs ont le choix entre quatre rouges et neuf blancs dont le sylvaner, le tokay, le muscat, le riesling, le knipperlé. Les archives n’ont pas fini de parler. Bernard a accès à des fonds de viticulteurs, autrement dit à l’histoire de domaines sans successeurs comme celui d’Alphonse Schmittganz, en son temps viticulteur et à la tête d’un débit de boissons. « Toute l’histoire de cette exploitation est là. Comme celle de certaines autres » glisse Bernard en désignant un petit tas de documents soigneusement réunis dans une chemise. Il y a aussi toute la collection reliée de la Revue des vins d’Alsace depuis 1925, un don de Raymond Baltenweck, ancien président de l’Ava. Une source vitale de renseignements pour Bernard Schwach qui s’est donné pour but de compléter sa chronique en se penchant sur la période 1900-1950. Il a déjà amassé ses premières notes de lecture. « Les années 1920 à 1925 sont très compliquées » constate-t-il. L’Alsace est redevenue française. Francisation et autonomisme s’affrontent. La région est submergée de vins bon marché du sud de la France qui arrivent par wagons entiers. « En 1930, on pouvait s’acheter au choix, pour le même argent un frigo ou un hectare de vignes ! L’Alsace a failli y laisser son vignoble ». Il est préservé grâce à la reconnaissance de la spécificité alsacienne sous l’impulsion du président du Conseil, Alexandre Millerand. Bernard Schwach en est certain : « dans un verre de vin, il y autant d’histoire que de terroir ».  

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