Viticulture

Publié le 22/10/2018

Dans le cadre de sa journée annuelle réservée aux professionnels, restaurateurs, grossistes et cavistes, la cave de Turckheim a présenté son nouveau crémant, Cousu Main, réalisé à quatre mains par Michel Lihrmann et William Arlotti.

Alors que les ors et les cuivres de l’automne habillent le vignoble alentour, le flacon du nouveau crémant de la cave de Turckheim se pare de rouge et de noir. Voici la cuvée Cousu Main, imaginée par William Arlotti, directeur artistique de ce projet et validée par l’ensemble du personnel et des vignerons de la cave. Cette bouteille se veut habillée et festive pour apporter l’élégance de ses bulles aux fêtes de fin d’année. Cette création inaugure une collection baptisée « Out fit of the day » (la tenue du jour), pour une mise en valeur originale des vins produits par la cave de Turckheim. William Arlotti est créateur de mode, styliste, et journaliste de mode. Pour habiller ce flacon, il s’est inspiré de l’Alsace dans son authenticité que ce Lorrain d’origine a appris à aimer. C’est tout naturellement que le costume traditionnel des Alsaciennes est devenu le fil conducteur pour la réalisation de cet habillage, avec un inversement des couleurs : du noir pour la robe et du rouge pour la coiffe. Son Alsacienne un peu mutine, toujours joyeuse, un brin mystérieuse s’inscrit pleinement dans le monde contemporain dans sa libération des codes traditionnels. Elle ne dévoile pas tout du premier coup et, derrière ses lunettes noires et rondes, se cache son regard sensuel qui pourrait transformer le jour en soir. Ses colliers et ses souliers s’envolent. Un lipstick dessiné, de-ci de-là, devient la promesse d’un doux baiser. La cave de Turckheim a confié la direction artistique à William Arlotti : illustrations, création de looks, photographies, tournages, vidéos, animation des réseaux sociaux, évènement. Avec son mannequin fétiche, Alexia Canova, aux origines italo-alsaciennes, il fait rayonner la nature autour de Turckheim avec ses vignes, et la ville avec ses maisons à colombage et le charme de ses ruelles. Le crémant Cousu Main a été créé à quatre mains avec Michel Lihrmann, l’œnologue de la cave, qui a élaboré un assemblage équilibré à partir de pinot blanc et de pinot gris issus d’un terroir graveleux et granitique. Le pinot blanc a été choisi pour sa fraîcheur, son fruité, son élégance et sa finesse, alors que le pinot gris apporte la puissance, la charpente et la structure du vin. Michel Lihrmann explique l’importance du dosage des deux cépages dans l’élaboration d’un vin rond, plus féminin avec une bulle harmonieuse. D’une robe dorée, cristalline, ce crémant d’Alsace brut a un nez très expressif de coing, cédrat confit et fruits rouges. La bouche particulièrement séductrice enveloppe son cœur fruité et sa rondeur s’équilibre par une agréable vivacité qui rafraîchit les papilles. Le flacon Cousu Main par William Arlotti est proposé à la vente au prix de 9,90 €.

Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace

Promouvoir une expression libre et créative

Publié le 19/10/2018

Pour la seconde année consécutive, les jeunes vignerons indépendants d’Alsace ont organisé une dégustation de vins de leurs terroirs. Lundi 15 octobre, 33 domaines ont présenté l’expression de leur travail et leur philosophie viticole aux professionnels, aux sommeliers et aux chefs étoilés d’Alsace.

La première édition avait connu une belle réussite. Elle a donc été renouvelée. Le concept est simple. Les jeunes vignerons sont réunis dans une même salle (à l’hôtel Val Vignes à Saint-Hippolyte), placés par ordre alphabétique. Sur une table, un document présente le domaine avec une photo du vigneron. Juste à côté, des vins avec cinq formules. Et les viticulteurs attendent les visites des professionnels. La dégustation et les échanges se déroulent simplement et dans la convivialité. « Les jeunes vigneron (ne) ont tous (toutes) moins de 35 ans ou moins de 10 ans d’installation. Le syndicat des vignerons indépendants d’Alsace se charge de la logistique. Chaque vigneron est là avec ses vins. Nous avons envoyé pas moins de 800 courriers aux restaurateurs alsaciens. Nous avons également convié des sommeliers, des étudiants des CFA de Colmar et d’Illkirch et les chefs étoilés d’Alsace », explique Alain Renou, directeur du Synvira. Une aide bienvenue qui doit permettre aux jeunes vignerons de trouver de nouveaux débouchés, d’organiser leurs contacts et de mettre en place leurs futures ventes de vins d’Alsace. L’un des premiers à avoir répondu présent est Michel Husser, président de l’association des Étoiles d’Alsace depuis septembre 2017. « Je suis venu pour une première prise de contact. Nous sommes en relation tout au long de l’année. Les jeunes vignerons accompagnent les chefs étoilés avec la « formule jeunes ». C’est avec cet état d’esprit que je suis venu faire de nouvelles rencontres, découvrir des vins et enfin faire ma sélection. Chaque vigneron a son propre style. Je fais donc mon travail. Tout au long de l’année, nous avons tous de moins en moins de temps. Cette journée est idéale pour le prendre, et discuter entre passionnés. Je viens de déguster un pinot gris de Denis Hebinger. C’est une première belle découverte », assure Michel Husser. Priorité au collectif Denis Hebinger, jeune vigneron d’Eguisheim, se définit comme le responsable et/ou le porte-parole des jeunes vignerons indépendants d’Alsace, structure informelle. « Notre force, notre état d’esprit, c’est le collectif », précise-t-il. Avec d’autres, il a été à l’initiative de ce groupe, fondé il y a deux ans et demi. « Nous sommes là pour défendre les vins d’Alsace et de terroir, nés d'une agriculture raisonnée. Nous sommes quasiment tous en production biologique, en conversion ou en biodynamie. Nous assumons des vins à petits rendements avec une maturité un peu poussée. Notre objectif est de faire des vins secs car nous estimons que les vins d’Alsace doivent refléter leurs terroirs qui sont divers. Nous assumons pleinement cette extrême diversité qui s’exprime par les cépages, mais aussi par les terroirs. Enfin, notre groupe s’oppose aux VCI et au projet d’irrigation ». Il donne en exemple sa propre bouteille où cépage et terroir sont mis en avant sur l’étiquette de la même façon. Il se félicite de la réussite de cette dégustation depuis deux ans. « Ce partenariat avec les chefs étoilés est une excellente chose. C’est pertinent que les vins des jeunes vignerons soient mis en valeur auprès de nos futurs clients. Pour nous, c’est une passerelle intéressante pour l’avenir. Nous sommes là pour valoriser notre image et proposer des vins de qualité », ajoute Denis Hebinger. Un travail précis Les jeunes vignerons présents sont originaires de toute la route des vins d’Alsace : de Westhoffen à Soultz en passant par Mittelwihr. C’est dans cette commune viticole que Laurent Scheidecker, 28 ans, est installé sur le domaine familial depuis 2014. « Il est important de participer à une telle manifestation pour promouvoir les vins d’Alsace et faire connaître nos vins aux professionnels. Les vins que je présente sont réalisés après un travail très précis. Plutôt qu’un désherbage total des vignes, je préfère l’alternance du labour et de l’enherbement des rangs. De telles pratiques culturales obligent la vigne à plonger ses racines plus profondément dans le sol et, par conséquent, à exprimer au mieux la complexité du terroir. Ce terroir que l’on retrouve dans les vins présentés ». Il propose un riesling Grand Cru Mandelberg 2016 sec : « Il représente parfaitement l’image de Mittelwihr avec son climat particulier », assure-t-il. À côté, un muscat Grand Cru Froehn 2017 de Zellenberg : « Je veux montrer qu’un muscat travaillé peut exprimer la typicité du cépage et la puissance du terroir », complète le jeune vigneron qui insiste enfin sur son rouge. « Il s’agit d’un pinot noir Rouge d’Alsace 2016 sec. Le rouge est en plein essor dans la région. De tels vins ont leur place dans la gastronomie française », conclut Laurent Scheidecker. Cette journée réussie sera complétée par deux dégustations pour le grand public, qui se dérouleront le jeudi 25 octobre aux Catherinettes à Colmar et le jeudi 15 novembre à l’hôtel du département à Strasbourg.

Millésime 2018

Climat, comment réagir ?

Publié le 17/10/2018

Le réchauffement climatique à nouveau perceptible en 2018 rebat les cartes de manière semble-t-il de plus en plus accélérée. Comment y adapter le vignoble ? L’Ava comme les familles professionnelles n’ont pas encore arrêté de position officielle. Leurs présidents s’expriment ici à titre personnel.

Personne ne nie la véracité du dérèglement climatique. « L’effet combiné d’un déficit pluviométrique et de pics de chaleurs est de plus en plus compliqué à maîtriser. C’est une évidence pour tous les viticulteurs » constate Pierre-Olivier Baffrey, président de la section des caves vinicoles d’Alsace à Coop de France. « Nous allons vers des événements climatiques plus violents. Ne nous affolons pas. Assumons-le en nous y préparant, peut-être en plantant plus les versants nord et plus en altitude » renchérit Pierre Heydt-Trimbach, président du Groupement des producteurs négociants du vignoble alsacien. « Pour l’instant, le dérèglement qui fait rentrer des raisins plus mûrs que certaines années passées est plutôt favorable au viticulteur, mais les aléas climatiques inquiètent. En 2018, le phénomène de sécheresse a été accentué par la charge. Ceux qui ont vendangé en vert fin juillet n’ont pas eu les blocages de maturité remarqués par d’autres. La vigne n’est plus à cultiver comme on la cultivait » remarque Jérôme Bauer, président de l’Association des viticulteurs d’Alsace. Il est rejoint par Pierre Bernhard, président du Syndicat des vignerons indépendants. « D’autres pratiques s’imposent. Un parterre végétal qui tapisse le sol en réduisant l’évaporation, mais qui pourrait aussi pomper l’excès d’eau est une de ces pistes ». Parmi les outils pouvant compenser un régime de précipitations de plus en plus chaotique, difficile de ne pas penser à l’irrigation. « Gestion du stress hydrique dans un souci de maîtriser la qualité me semble le bon terme » rectifie Jérôme Bauer. « Mais ce n’est qu’une partie de la solution. D’autres réponses peuvent être apportées par le travail du sol, la gestion de l’enherbement, la conduite de la vigne, la remontée du taux de matière organique des sols légers afin qu’ils retiennent mieux l’humidité ». « Il faudra certainement passer par là pour sauver la viticulture dans les bassins de Scherwiller ou de Colmar » estime Pierre Heydt. La porte semble ouverte en sachant qu’il est hors de question d’influencer le rendement. « L’eau doit permettre de maintenir le potentiel de production, de garder nos pieds, d’arriver à les faire grandir. Il est prouvé qu’arroser au bon moment diminue l’amertume des vins » envisage Pierre-Olivier Baffrey. Au Synvira, certains pensent que « le terroir se suffit à lui-même. D’autres sont prêts sous condition à imaginer le goutte-à-goutte dans les rangs. L’irrigation peut être vue comme une forme d’assurance récolte » résume Pierre Bernhard. Gare à l’identité des vins d’Alsace ! À plus long terme, les professionnels imaginent-ils un vignoble qui aurait adapté son encépagement à une nouvelle donne climatique ? « Sur le principe, ce serait idiot de ne pas tester de nouveaux cépages. J’ai goûté la syrah. C’est sympathique. Je suis personnellement assez pour. Mais le riesling restera le cépage emblématique du vignoble. Si l’Alsace l’abandonnait, l’Alsace n’existerait plus » déclare Pierre Heydt. « Expérimenter n’engage à rien » rebondit Pierre-Olivier Baffrey. « L’Alsace produira certainement de très bons vins avec d’autres cépages. Mais la question est de savoir quelle est l’âme de l’Alsace ? Quel est son projet commun à moyen et à long terme ? ». « Planter des cépages du sud de la France n’est pas une solution. Il faut travailler les nôtres pour en avoir de plus tardifs et de moins alcoogènes. Quarante cépages jugés non qualitatifs dans les années soixante-dix auront été plantés d'ici 2019 dans le conservatoire de Herrlisheim-près Colmar. Cette génétique recèle peut-être des caractères intéressants. Il faut surtout ne pas oublier que l’identité alsacienne passe par ses cépages ». Pierre Bernhard ne dit pas autre chose. « Considérons toutes les réponses disponibles. Voyons déjà ce que l’Alsace possède comme cépages adaptés. En sol filtrant, un riesling sur un porte-greffe 3309 c’est compliqué, alors qu’un pinot blanc ou un chardonnay tiennent mieux. Et on reste dans l’appellation ! » Les cépages résistants au mildiou, aptes à satisfaire des demandes environnementales et sociétales vers moins de traitements phytosanitaires semblent en revanche être une carte à jouer. Si dans l’immédiat, Pierre Bernhard évoque les alternatives que peuvent procurer des haies de protection, l’intervention de drones ou la mise en service de pulvérisateurs avec panneaux récupérateurs de bouillie, rien n’est écarté à plus long terme. « La viticulture est sous l’œil des hygiénistes, de ceux qui traquent les résidus même infimes dans les vins. Ces éléments sont toujours cités à charge, alors que la viticulture c’est un patrimoine de la France. Il est donc important et urgent d’agir dans ce domaine » argumente Pierre Heydt. « Les viticulteurs sont-ils prêts dans leur tête à une telle mutation ? Comme le consommateur a toujours le dernier mot avec son acte d’achat, pouvons-nous nous lancer commercialement ? » interroge Pierre-Olivier Baffrey. Jérôme Bauer se rassure : « l’Inao est en train d’ouvrir la voie pour déroger à l’obligation de 100 % du même cépage dans une bouteille revendiquant par exemple « riesling ». Dans ces conditions, les cépages résistants qualitatifs deviendront une alternative en ZNT cours d’eau et riverains ».

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