Millésime 2018
Vendanges hors d’aire
Millésime 2018
Publié le 05/10/2018
À Breuschwickersheim, ils sont une demi-douzaine à posséder quelques ares de vigne qui leur produisent le vin de l’année. Comme dans le vignoble, leur récolte 2018 a été excellente.
En sortant de Breuschwickersheim vers Osthoffen, une colline au sol argileux, aux pentes agréables et boisées, s’étire doucement d’ouest en est. C’est là, au bout de la ligne de crête, que Michel Hoffmann soigne ses cinq ares d’auxerrois et de muscat. Les deux cépages se répartissent les onze rangs sur la base d’un rapport 70/30 %. Michel taille le premier sur deux sarments, le second sur un seul, en visant les dix à douze yeux. Il a semé dans le mètre d’interrang du gazon qu’il tond quatre à cinq fois par an. Il désherbe le rang à la pioche. « Cela me prend trois heures deux fois par an. Je n’ai plus le droit d’acheter d’herbicides, ni de produits systémiques. Je me contente de cuivre et de soufre mélangé à un adjuvant. En cas de forte pression mildiou, je passe tous les neuf à dix jours avec un pulvérisateur à dos d’une capacité de 10 litres » détaille Michel. En saison, il n’hésite pas à se rendre aux rendez-vous en bouts de parcelle de l’ADAR du vignoble car il juge intéressant de faire régulièrement le point sur les maladies et les ravageurs. « Je ne me considère pas comme un viticulteur. Mais finalement, pour moi comme pour lui, c’est le même travail ». Quand il se promène dans le vignoble, Michel a toujours l’œil pour repérer la manière dont les professionnels taillent leurs pieds. Pour faire ses choix de conduite, il a pris conseil chez son beau-frère, apporteur de raisins aujourd’hui retraité. Il les a lui-même transmis à Étienne Brun, autre habitant de Breuschwickersheim. Étienne s’occupe depuis peu des quatre rangs de vigne de 200 mètres de long de son beau-père, désormais trop âgé. « Je m’y mets petit à petit » dit-il. En s’appliquant. « Je sors traiter le soir ou à six heures du matin voire avant. J’interviens dès le stade 2-3 feuilles ». L’année lui laisse un petit regret. « C’est une belle récolte. Comme je suis curieux, je contrôle mes oechslés. En 2018, j’en avais 74 en sortie de pressoir. J’aurais dû couper des raisins en vert ». Le vin de tous les jours Michel et Étienne vendangent alternativement l’un chez l’autre. Deux à trois heures suffisent à la famille pour couper le raisin. Cette année, c’était le 7 septembre chez l’un, le lendemain chez l’autre. « C’est une belle journée entre nous. La tradition dans le temps, c’était de déguster un jambon dans les vignes. Mais depuis quelques années nous rentrons manger à la maison » raconte Étienne. En sortie de pressoir il sulfite de suite à 4 g/hl. En fin de fermentation, il effectue un soutirage et stoppe la sortie du jus dès qu’il change de couleur. Il élimine les lies, remet le moût dans la cuve nettoyée, redonne 6 g/hl de SO2 et en rajoute 3 g/hl au vin tous les deux à deux mois et demi. « C’est le seul ajout. Mais sinon, il ne se conserverait pas » commente Michel chez qui l’itinéraire de vinification est le même. Il prend « ce qui vient » mais juge les deux derniers millésimes de cette forme d’edelzwicker « un peu trop sucrés » à son goût. Il conserve ses vins dans des cuves de plastique blanc. Il lui en reste 200 litres de 2017. Il en a rentré quelque 700 litres en 2018, contre 450 d’habitude. « C’est trop par rapport à la parcelle » estime-t-il. Étienne garde environ 200 l de marcs dans des bonbonnes de 10 à 15 l. Tous les deux à trois ans, il les distille. « Si j’arrive à mes 21-22 litres, je suis content » lâche-t-il. Dans l’absolu, Michel se serait bien vu embrasser une carrière de viticulteur. Sa parcelle n’est finalement qu’à quelque cinq cents mètres des premières vignes de l’aire d’appellation. Michel ne prétend pas pour autant produire du vin d’Alsace. Il se fait plaisir en tirant son « vin de tous les jours » directement de la cuve pour le servir à table ou à Martien, son voisin, qui l’apprécie en connaisseur. « On ne le trouve pas mauvais. Il accompagne bien les tartes flambées » glisse pour sa part Étienne. L’avenir de ces vignes se profile sous forme de pointillés. Au fil des ans, les surfaces ont baissé. Étienne comme Michel vous cite spontanément le nom du dernier en date qui a arraché sa parcelle. Étienne n’est du reste pas certain de persister. Il ne replante pas les plants qui dépérissent. Au contraire de Michel qui remplace chaque année la dizaine ou la douzaine de pieds qui trépassent. Lui, n’est pas prêt à abandonner sa passion. Mais après lui, plus rien n’est pour l’instant garanti…












