Viticulture

Vendanges 2018

Précoces et de qualité

Publié le 30/08/2018

C’est parti depuis quelques jours pour les vendanges 2018 en Alsace. Au domaine Fahrer-Ackermann, elles ont démarré mardi 28 août sur une parcelle de 28 ares située sur le ban de la commune de Rodern, au lieu-dit Wannen.

L’histoire du domaine Fahrer-Ackermann démarre il y a environ vingt ans. Vincent Ackermann rachète l’entreprise viticole de son patron à Rorschwihr en démarrant de presque rien. Aujourd’hui, le domaine compte 10 hectares de vignes, dont 9,5 ha en production, sur les bans de six communes : Rorschwihr, Rodern, Kintzheim, Orschwiller, Bergheim et Saint-Hippolyte. Depuis son installation, Vincent Ackermann travaille en lutte raisonnée, en labourant le sol et en utilisant le moins de produits phytosanitaires possible. Il s’interroge sur la possibilité de passer en production biologique. Un tiers du vin est commercialisé en bouteilles, un tiers en vrac et un tiers en raisin. La partie commerciale reste compliquée selon les années et la situation économique du moment. « Le vrac permet de garder les meilleurs lots et de les vendre quand nous avons besoin de trésorerie », souligne le vigneron indépendant. En complément de la partie viticulture, l’épouse de Vincent Ackermann, Muriel, a développé une activité œnotouristique. « Elle s’occupe de la vente au caveau et des deux gîtes et quatre chambres d’hôtes que nous avons aménagés nous-mêmes, précise Vincent Ackermann. Nous sommes situés sur la route des vins. Cette proximité, qui nous permet de proposer aux touristes différentes activités, la quiétude des lieux et les dégustations ont contribué à fidéliser la clientèle. » Une très bonne acidité Pour ces vendanges 2018, Vincent Ackermann a décidé de démarrer mardi 28 août sur une parcelle de 28 ares située sur le ban de Rodern, à 250 mètres d’altitude, au lieu-dit Wannen. « C’est une parcelle de pinot auxerrois que j’ai rachetée à de la famille cette année, spécialement dédiée au crémant. L’altitude favorise la production de crémant, car nous avons une belle acidité. L’état sanitaire est exceptionnel. Cela faisait longtemps que je n’avais pas connu une telle qualité. Nous récoltons à 10,5°. Pour les crémants, c’est très bien. En revanche, ce n’est pas la même chose pour la parcelle vendangée jeudi 30 août, où l’auxerrois a subi le stress hydrique : la vigne a stagné. » Vincent Ackermann consacre environ 15 % de sa production au crémant d’Alsace. Un pourcentage qui est stable dans le temps pour un crémant qui se vend très bien. La suite des vendanges ? « C’est prévu la semaine prochaine avec des parcelles AOC de pinot noir et auxerrois. J’ai goûté les raisins : pour les pinots noirs, les pépins sont déjà bien mûrs. L’auxerrois présente une bonne densité. Comme pour le crémant, ce sont les parcelles les plus précoces », commente Vincent Ackermann. Ensuite, il marquera une pause dans ces vendanges 2018. « Nous allons attendre un peu. Il ne faut jamais se précipiter. En général, nous vendangeons ici quatre à six semaines. Nous travaillons toutes nos parcelles différemment, ce qui nous permet d’avoir des vins différents. On peut se le permettre. Les maturités ne sont jamais les mêmes d’une parcelle à l’autre et dépendent de nos sols granitiques et calcaires. La preuve, lundi 27 août, j’ai visité une parcelle de gewurztraminer qui n’avait pas encore véré. On enchaînera donc en fonction des maturités de chaque terroir. J’en cherche d’assez importantes, car j’élabore des vins assez puissants, équilibrés. On revient sur des vins plus secs que par le passé », constate le vigneron indépendant. Du travail Vincent Ackermann vendange essentiellement à la main et utilise la machine à vendanger pour ses parcelles situées en plaine. C’est sans doute la première fois qu’il vendange un 28 août. « C’est peut-être arrivé en 2003, mais je n’en suis plus certain. C’est impressionnant car, désormais, tout s’enchaîne. On est toujours dans le stress. Il y a le palissage, la mise en bouteilles et directement les vendanges. Par le passé, nous avions un laps de temps pour nous reposer un peu et faire autre chose », commente le vigneron. Autre difficulté : trouver des vendangeurs. « J’ai passé une annonce via Alsace Vendanges. Mais, personne ne m’a appelé. Mais j’ai la chance de pouvoir faire confiance aux mêmes personnes depuis plusieurs années : des amis, des connaissances fidèles, des membres de la famille. » À commencer par la fille aînée de Muriel et Vincent Ackermann, Théa, 19 ans. L’avancée de la date des vendanges lui permet d’être là. « Je suis étudiante. Je prépare un Deust Métier de la forme à Strasbourg. Je suis encore en vacances. Faire les vendanges me plaît. C’est un moment convivial », explique la jeune femme. Pour autant, elle ne se voit pas, pour l’instant, succéder à ses parents à la tête du domaine familial. « C’est une activité professionnelle très compliquée qui prend beaucoup de temps. À 19 ans, travailler à ce point, tous les jours, n’est pas ce qui m’attire le plus. On verra à l’avenir. » Un peu plus loin dans les vignes, Michel, âgé de 63 ans. Il habite Saint-Étienne. Cela fait 17 ans qu’il vient en Alsace et 10 ans qu’il vendange chez Vincent Ackermann. « J’ai d’abord connu le gîte, que nous avions réservé avec mon épouse. Nous avons sympathisé. Ils sont très accueillants et surtout travailleurs. Du coup, nous revenons chaque année pour vendanger. C’est une activité intéressante. On voit le boulot. J’en profite pour approfondir mes connaissances. C’est important pour moi qui ai travaillé dans un bureau d’études. En tout cas, ces vignerons se battent pour faire évoluer leur entreprise et leur vin est de qualité », conclut le jeune retraité.

Vendanges : la sécheresse au coeur du débat

Viticulteur à Châtenois et président du syndicat viticole local, Damien Schmitt nous a accueillis le premier jour des vendanges. Le secteur est particulièrement impacté par la sécheresse cette année, au point que ses confrères et lui débattent au sujet de l’irrigation. De l’autre côté de la frontière, l’irrigation est autorisée. Rencontre avec le directeur de l’équivalent de l’INRA en Allemagne, Rolf Steiner...

Association des viticulteurs d'Alsace

Des vendanges de plus en plus en plus précoces

Publié le 22/08/2018

Et un vignoble qui meurt de soif... Les vendanges 2018 pour le crémant d’Alsace ont démarré officiellement mercredi 22 août. Celles de l’appellation d’origine contrôlée sont fixées au lundi 3 septembre. Lors de l’assemblée générale de l’Association des viticulteurs d’Alsace, lundi 20 août, il a été beaucoup question de conditions climatiques et de leurs conséquences. Avec une question : faut-il irriguer le vignoble ?

Une assemblée générale de l’AVA qui se déroule un 20 août, c'est exceptionnel. Tout comme le millésime qui s’annonce. Du côté d’Ammerschwihr, on a  vendangé dès le 17 août ! « Tout avait pourtant bien débuté, le débourrement était normal. Mais il y a eu cette chaleur et cette humidité au printemps. Puis cette sécheresse persistante depuis le début de l’été. La vigne souffre. Ici ou là, il faut s’attendre à des pertes de récolte, qui pourront être conséquentes. » Une commission irrigation en place En ouvrant l’assemblée générale, le président de l’AVA, Jérôme Bauer, n’a pas éludé les difficultés actuelles. « On parle d’irrigation. La presse s’en fait l’écho. La question n’est pas nouvelle. Nous avons été sollicités sur le sujet au début du printemps par le syndicat viticole de Colmar-Houssen. Nous avons décidé de mener une réflexion : une commission irrigation a été mise en place, mais ses travaux n’ont pas pu démarrer avant les vendanges. Elle se réunira à leur issue. Il y a une réglementation et certainement une modification du cahier des charges à réaliser. Nous sommes en AOC. Il faut être équitable envers tous les vignerons, trouver des solutions collectives et viables et détenir tous les éléments pour mener à bien ce dossier », explique Jérôme Bauer. Avant de faire un parallèle avec le maïs. Cette année, les parcelles irriguées vont afficher des rendements allant jusqu’à 140-150 quintaux. Celles qui ne peuvent pas l’être ne dépasseront pas les 50 q. « On le voit, irriguer, ce n’est pas évident. Cela peut engager la survie de certaines exploitations. En tout cas, il faut envisager cette possibilité. Mais dans le cadre d’une réflexion globale. » Lors du tour des sous-régions qui a suivi pour fixer la date des vendanges 2018, plusieurs intervenants ont donné leur point de vue sur le sujet. Jacques Stentz, pour la sous-région de Wintzenheim, constate qu’il y a des secteurs très hétérogènes et que la vigne a soif. Pour lui, ce débat est nécessaire. Il distingue cependant irrigation et arrosage. « Mais il faut agir vite », prévient-il. Philippe Gocker, de la sous-région de Kaysersberg, est du même avis. Il ressent un pessimisme chez les professionnels qu’il n’avait jamais observé jusqu’à présent. « Il y a eu le gel l’an passé, la sécheresse cette année. Pour l’arrosage, il faut aller vite pour prouver que cela va faire des produits de qualité. Car on a des surfaces bloquées qui ne seront certainement pas vendangées. » Des pertes de potentiel de production Plusieurs intervenants ont interpellé les responsables de l’AVA pour pouvoir acidifier ou même chaptaliser. « On est le 20 août ! », a réagi, excédé, Jérôme Bauer. Le secteur de Châtenois est également dans une situation très difficile avec le gel de 2017 et la grêle de cette année. Enfin, pour la sous-région de Barr, Didier Pettermann fait état de vignes qui, dans certains secteurs, ne seront pas récoltées. Patrick Schiffmann prévient. « Pour ces dates de vendanges, la commission Crinao doit, avant de se réunir, sortir dans les vignes pour constater le problème. La vigne a soif. » Il est relayé par Romuald Bohn qui demande un dossier de catastrophe naturelle pour étayer la cause de l’irrigation. « On parle de sauver des pieds de vigne. On risque de perdre notre potentiel de production », souligne Pierre-Olivier Baffrey, président de Bestheim car au-delà d'une récolte, certaines vignes ne survivront pas à cette nouvelle sécheresse. Les professionnels sont inquiets, ils souhaitent savoir par quoi remplacer les cépages actuels qui ne supportent plus ces dérèglements climatiques. Un débat qui agace le président honoraire de l’AVA, Raymond Baltenweck. « Ce débat ne nous sert pas. Nous avons de bons vins. Ne donnez pas toujours la tribune à ceux qui ont fait les mauvais choix. » Et Jérôme Bauer d’enchaîner. « J’ai mes convictions et je les exprime. Mais quand des décisions sont prises collectivement, je les assume et je les défends au nom du vignoble alsacien. Par contre, quand ça ira trop loin, je dirai stop ! Nous ne devons pas perdre nos valeurs et tomber dans le productivisme industriel. Je ne veux pas en être responsable. Mais il faut rappeler que ces dernières années, la qualité des vins d’Alsace est constante, et même s’améliore. La véritable question est : notre vignoble est-il un vignoble d’appellation ? À la Saint-Vincent, en janvier prochain, il faudra en débattre et afficher notre positionnement », prévient Jérôme Bauer. L’assemblée générale passe au vote pour définir la date des vendanges : le mercredi 22 août pour le crémant et le lundi 3 septembre pour l’AOC. Contractualiser pour sécuriser Sur la revendication syndicale des prix, Jérôme Bauer a rappelé que l'AVA n’est plus en capacité de publier quoi que ce soit, après l’interpellation de l’autorité de la concurrence. Sur le plan économique, s’il y a eu des blocages sur les vins en vrac avec des prix en chute, la situation s’améliore. « Mais l’avenir passera par la contractualisation pluriannuelle qui assurera une sécurisation financière. » Enfin, Jérôme Bauer a rappelé qu’il avait été réélu à la présidence de l’AVA en juillet dernier pour un troisième mandat. « J’ai souhaité me représenter pour faire aboutir des dossiers que nous avons engagés. Il n’y avait pas d’autres candidats. Il y a un conseil d’administration et une assemblée générale qui valident les décisions. J’ai un style qui passe ou pas, mais je ne changerai pas. Nous avons remporté des combats syndicaux en étant solidaires. Il n’y a pas deux types de viticulture en Alsace. Toutes les forces vives du vignoble sont invitées à jouer collectif. » Un collectif nécessaire, en matière de commercialisation, à l’heure où les vins d’Alsace semblent avoir passé le cap le plus difficile. « On voit des prémices de reprise pour ces premiers mois de 2018 », observe le directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, Gilles Neusch, statistiques à l’appui. Fin juin 2018, les disponibilités en vins d’Alsace étaient de 1,7 million de litres (en baisse de 2,7 % sur un an et en hausse de 5,2 % sur trois ans). Toutes AOC, en 2017, les commercialisations concernaient 241 949 hl à l’export (- 1 % sur un an) et 700 431 hl en métropole (- 2,1 % sur un an), soit 942 380 hl. Un point sur les contrôles de maturité a ensuite été effectué par Arthur Froehly, qui a constaté une forte baisse de l’acidité.

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