Le projet de recherche alsacienne Eureka sur les maladies du bois soulève des espoirs de solution parmi les vignerons. En 20 ans, la recherche a bien progressé pour comprendre ces maladies, tandis que se dessinent des solutions curatives et préventives.
« Curatif ou préventif, bio ou pas bio : mon propos c’est avant tout de trouver une solution », lance Christophe Bertsch. Il y aurait bien eu l’arséniate de soude, mais « il faut oublier car c’est trop toxique », poursuit le chercheur. En Alsace, c’est le projet Eureka qui a été retenu dans le cadre du plan national dépérissement. Ce projet pilote cinq thématiques.
Une première approche curative consiste à trouver une substance phytopharmaceutique, naturelle ou de synthèse qui serait introduite dans le tronc, ayant en quelque sorte un effet de « curetage chimique » de l’amadou, cette matière spongieuse dont la cohorte de champignons cause l’apoplexie de la vigne par embolie des vaisseaux de sève. Cette substance serait injectée par endothérapie dans la tête de saule du plant.
L’idée est donc aussi de réduire préventivement cette production potentielle d’amadou. C’est la deuxième thématique du projet Eureka. Et pour cela, l’une des solutions serait de trouver des bois résistants que l’on grefferait en remplacement du tronc qui est le réservoir des champignons pathogènes. L’équipe de Christophe Bertsch a procédé à l’identification de bois résistants, parmi lesquels un Vitis sylvestris de la vallée rhénane, déjà décrit d’ailleurs en son temps par l’ampélographe alsacien Chrétien Oberlin (1813-1916). Les chercheurs du laboratoire ont d’ailleurs commencé à comprendre que la capacité de résistance de ce V. sylvestris se situe - comme souvent dans les plantes - dans la rapidité d’activation de ses gènes de défenses naturelles face à la progression du pathogène : douze heures pour V. sylvestris, contre trois jours pour le gewurztraminer. « Nos vignes, ce sont des formules 1 pour les arômes, mais comme les chiens de race, elles ne savent pas se défendre », illustre Christophe Bertsch. Les pépiniéristes pourraient donc à terme proposer des plants racinés double greffés, mais pour l’heure, les chercheurs font du greffage en place de greffons de nos cépages sur V. sylvestris, lui-même greffé sur porte-greffe classique…
Avec autant de greffes, mieux vaut s’assurer d’une bonne continuité vasculaire des vaisseaux de sève. C’est le troisième volet du projet Eureka, piloté par Arthur Froehly. Il compare actuellement quatre greffes : anglaise, oméga, F2-Hébinger et le greffage sur place, avec des parcelles d’essais de riesling clone 49 sur SO4, une combinaison assez répandue… Les coupes et la surface de vascularisation donnent l’avantage à certaines greffes, avantage qu’il faudra confirmer…
À la frontière entre le préventif et le curatif, sont apparues grâce notamment aux formations du Sicavac à Sancerre et à son technicien missionnaire François Dal, les techniques de curetage, regreffage… Tel un dentiste sur une dent cariée, le vigneron décape le bois mort, non pas à la roulette mais à la tronçonneuse. Mais si la charpente est morte, souvent la partie porte-greffe est encore vivante. On regreffe dessus un greffon sur place pour profiter du capital temps d’enracinement. Ces travaux sont fastidieux. Arthur Froehly apportera des éléments de réponse technico-économiques à ces nouvelles solutions.
Quinze années après sa création, l’observatoire régional des maladies du bois (30 viticulteurs, avec chacun une parcelle de gewurztraminer, une d’auxerrois et une de riesling, et 300 pieds notés dans chaque parcelle) constitue une masse de données. Même si certains paramètres manquent, comme l’effet clonal : « On n’a pas de diversité suffisante ». En l’état, ces données pourraient renseigner sur le rôle des multiples facteurs en cause, parmi les pratiques culturales, les typologies de parcelles, de type d’exploitation… « On observe pour un même cépage et même âge, qu’on a des parcelles à 3 % et d’autres à 30 % de pieds malades. On a donc un effet des pratiques », introduit Céline Abidon de l’IFV. C’est Solène Malblanc, étudiante en dernière année d’ingénieur à l’École supérieure d’agricultures d’Angers, qui effectue ce travail d’analyses statistiques où l’on entrevoit déjà quelques informations : la sensibilité de certains cépages, l’unité de sols avec des terres lourdes moins affectées, le gradient de contrainte hydrique et, plus surprenant, la distance d’interrang. Restera encore à vérifier ces observations statistiques par des mesures sur le terrain. D’ailleurs, ces résultats viennent confirmer ou infirmer certains ressentis sur le terrain. Par exemple, chaque année de rendements élevés engendre l’année suivante de la mortalité. Autre questionnement : pour l’heure, il reste à démontrer l’effet agrégation spatiale de pieds morts dans une parcelle.