À Hunawihr, Christophe Mittnacht traite ses marcs sur l’exploitation depuis huit ans, et en biodynamie depuis cinq ans. L’apport de ce compost à la structure et à la vie du sol lui importe davantage que sa valeur fertilisante.
Jusqu’en 2010, le domaine Mittnacht Frères suit la voie classique pour traiter ses marcs : il les envoie en distillerie. Le conflit qui éclate à l’époque au sujet du coût de la prestation le pousse à explorer d’autres pistes. « Avec Marc, mon cousin, qui gère le domaine avec moi, nous nous sommes informés et formés. Durant l’hiver, nous avons passé deux journées au CFPPA de Rouffach pour apprendre les bases du compostage, autrement dit comment piloter le tas en fonction de l’humidité et de la température recherchées » raconte Christophe Mittnacht. « Mais les pratiques restent assez empiriques. Pour par exemple estimer la température, je plonge ma main dans le tas. La décision de couvrir le compost avec un géotextile respirant mais étanche, et, à partir de 2013, d’y rajouter des préparations biodynamiques ont été les deux changements majeurs intervenus au cours des années ».
Les viticulteurs ont choisi un pré facile d’accès, central par rapport à la situation des parcelles où le compost final est épandu. Il est à une distance certaine du plus proche cours d’eau. Il est localisé le long d’un chemin en ligne droite à quelques centaines de mètres du siège de l’exploitation. La bande de sol qui accueille les marcs reçoit au préalable un préparat à base de bouse de corne (500P). Les bennes peuvent être ensuite déversées aisément sur plusieurs dizaines de mètres de long pour deux mètres de large. Ils restent en l’état de deux à trois mois, le temps qu’ils terminent de fermenter. Dans leur prolongement, Christophe stocke deux remorques de 10 t de fumier de chèvre et de brebis qui lui coûtent 216 € les 10 t et une dizaine de bennes du fumier pailleux dont il débarrasse (gratuitement) un centre équestre à proximité. Il attend janvier pour mélanger marcs et fumiers. La première année, Christophe a confectionné son mille-feuille à l’aide d’un chargeur qui s’est révélé peu pratique. Il a ensuite eu recours au retourneur d’andain d’un prestataire. « Les composants étaient mieux déchiquetés. Mais comme l’entrepreneur venait pour plusieurs chantiers dans la même journée, c’était complexe à organiser. En plus il y avait un coût » signale Christophe. En 2017, le domaine achète pour 700 € un vieil épandeur. Christophe y charge les matières. Elles se mélangent en étant recrachées.
Un cycle vertueux
Une fois le tas en place, Christophe le perfore de chaque côté en diagonale avec un pieu. Les trous sont espacés de deux mètres en décalé de façon à pouvoir enfoncer alternativement à un mètre de distance des boulettes d’environ 5 cm de diamètre préparées avec de l’achillée millefeuilles (502), de la camomille (503), de l’ortie (504), de l’écorce de chêne (505) et du pissenlit (506). La valériane (507), la seule sous forme liquide, est pulvérisée sur le tas à l’aide d’un atomiseur. « Mon compost est plus homogène qu’auparavant. Il y a davantage de vers de terre, d’autres insectes aussi. C’est bénéfique » juge Christophe avant d’ajouter : « ce n’est pas si simple d’avoir un tas qui fonctionne bien ». Il s’en est aperçu durant la campagne 2017. « Il a fait trop sec. Nous ne sommes pas équipés pour arroser. La vie était peu active dans les 30 à 40 cm supérieurs du tas. Je vais surveiller davantage cette année. J’envisage également de protéger le tas. L’hiver dernier, des sangliers l’ont visité. J’ai mis une demi-journée à démêler la bâche et à refaire l’andain ».
Christophe calcule deux journées de travail à deux personnes pour installer son tas de compost d’un mètre de large pour quatre-vingts de long et le retourner deux fois. Après les vendanges, le tour de ses parcelles, l’épaisseur du bois, le souvenir de la couleur du feuillage et de la taille des grappes l’aident à décider lesquelles bénéficieront d’un apport et de la dose appliquée. Épandre le produit final sur 3 à 4 ha à la sortie de l’hiver lui prend cinq journées alors qu’il n’en programme qu’une pour apporter du fumier de fientes bio sur la même surface. « Je n’ai pas l’intention d‘y renoncer pour autant. C’est un cycle vertueux. Je rends à la vigne une partie de ce qu’elle a donné. Il y a l’aspect pratique de ne plus avoir à livrer les marcs. Enfin, mon approche est d’amener de la vie dans le sol. Je réserve en priorité cet apport aux vignes jeunes et à faible vigueur. Il a pour objectif de structurer le sol et de favoriser la vie microbiologique. En termes de vigueur, l’impact reste faible. Il m’arrive de compléter avec des fientes de volaille bio 4,5-3-3. Le but est d’amener 30 unités/ha d’azote ».