Viticulture

Publié le 07/12/2018

À Hunawihr, Christophe Mittnacht traite ses marcs sur l’exploitation depuis huit ans, et en biodynamie depuis cinq ans. L’apport de ce compost à la structure et à la vie du sol lui importe davantage que sa valeur fertilisante.

Jusqu’en 2010, le domaine Mittnacht Frères suit la voie classique pour traiter ses marcs : il les envoie en distillerie. Le conflit qui éclate à l’époque au sujet du coût de la prestation le pousse à explorer d’autres pistes. « Avec Marc, mon cousin, qui gère le domaine avec moi, nous nous sommes informés et formés. Durant l’hiver, nous avons passé deux journées au CFPPA de Rouffach pour apprendre les bases du compostage, autrement dit comment piloter le tas en fonction de l’humidité et de la température recherchées » raconte Christophe Mittnacht. « Mais les pratiques restent assez empiriques. Pour par exemple estimer la température, je plonge ma main dans le tas. La décision de couvrir le compost avec un géotextile respirant mais étanche, et, à partir de 2013, d’y rajouter des préparations biodynamiques ont été les deux changements majeurs intervenus au cours des années ». Les viticulteurs ont choisi un pré facile d’accès, central par rapport à la situation des parcelles où le compost final est épandu. Il est à une distance certaine du plus proche cours d’eau. Il est localisé le long d’un chemin en ligne droite à quelques centaines de mètres du siège de l’exploitation. La bande de sol qui accueille les marcs reçoit au préalable un préparat à base de bouse de corne (500P). Les bennes peuvent être ensuite déversées aisément sur plusieurs dizaines de mètres de long pour deux mètres de large. Ils restent en l’état de deux à trois mois, le temps qu’ils terminent de fermenter. Dans leur prolongement, Christophe stocke deux remorques de 10 t de fumier de chèvre et de brebis qui lui coûtent 216 € les 10 t et une dizaine de bennes du fumier pailleux dont il débarrasse (gratuitement) un centre équestre à proximité. Il attend janvier pour mélanger marcs et fumiers. La première année, Christophe a confectionné son mille-feuille à l’aide d’un chargeur qui s’est révélé peu pratique. Il a ensuite eu recours au retourneur d’andain d’un prestataire. « Les composants étaient mieux déchiquetés. Mais comme l’entrepreneur venait pour plusieurs chantiers dans la même journée, c’était complexe à organiser. En plus il y avait un coût » signale Christophe. En 2017, le domaine achète pour 700 € un vieil épandeur. Christophe y charge les matières. Elles se mélangent en étant recrachées. Un cycle vertueux Une fois le tas en place, Christophe le perfore de chaque côté en diagonale avec un pieu. Les trous sont espacés de deux mètres en décalé de façon à pouvoir enfoncer alternativement à un mètre de distance des boulettes d’environ 5 cm de diamètre préparées avec de l’achillée millefeuilles (502), de la camomille (503), de l’ortie (504), de l’écorce de chêne (505) et du pissenlit (506). La valériane (507), la seule sous forme liquide, est pulvérisée sur le tas à l’aide d’un atomiseur. « Mon compost est plus homogène qu’auparavant. Il y a davantage de vers de terre, d’autres insectes aussi. C’est bénéfique » juge Christophe avant d’ajouter : « ce n’est pas si simple d’avoir un tas qui fonctionne bien ». Il s’en est aperçu durant la campagne 2017. « Il a fait trop sec. Nous ne sommes pas équipés pour arroser. La vie était peu active dans les 30 à 40 cm supérieurs du tas. Je vais surveiller davantage cette année. J’envisage également de protéger le tas. L’hiver dernier, des sangliers l’ont visité. J’ai mis une demi-journée à démêler la bâche et à refaire l’andain ». Christophe calcule deux journées de travail à deux personnes pour installer son tas de compost d’un mètre de large pour quatre-vingts de long et le retourner deux fois. Après les vendanges, le tour de ses parcelles, l’épaisseur du bois, le souvenir de la couleur du feuillage et de la taille des grappes l’aident à décider lesquelles bénéficieront d’un apport et de la dose appliquée. Épandre le produit final sur 3 à 4 ha à la sortie de l’hiver lui prend cinq journées alors qu’il n’en programme qu’une pour apporter du fumier de fientes bio sur la même surface. « Je n’ai pas l’intention d‘y renoncer pour autant. C’est un cycle vertueux. Je rends à la vigne une partie de ce qu’elle a donné. Il y a l’aspect pratique de ne plus avoir à livrer les marcs. Enfin, mon approche est d’amener de la vie dans le sol. Je réserve en priorité cet apport aux vignes jeunes et à faible vigueur. Il a pour objectif de structurer le sol et de favoriser la vie microbiologique. En termes de vigueur, l’impact reste faible. Il m’arrive de compléter avec des fientes de volaille bio 4,5-3-3. Le but est d’amener 30 unités/ha d’azote ».

Publié le 24/11/2018

À Rosenwiller, Sonia et Clément Huck jouent la carte des raisins à crémant et misent sur trois modes de vente pour valoriser au mieux la production d’une surface modeste.

À 47 ans, Clément Huck a déjà une belle carrière de viticulteur derrière lui, mais il n’est installé à temps plein que depuis quatre ans. « J’ai repris en 1992 l’hectare et demi de vignes que mon père René vendait en vrac et en bouteille. En 1996, une demande de JA m’a permis de planter 70 ares. J’ai aussi acheté du foncier. Au fur et à mesure que l’exploitation s’est montée, j’ai diminué progressivement mon activité d’ouvrier viticole jusqu’à la cesser complètement en 2014. Ce travail a financé mon projet » détaille Clément. En 2016, il a pu louer 50 ares de plus. Ses 6 ha de vignes à dominante argilo-calcaire sont au plus éloignées de cinq kilomètres du domaine, ce qui n’est pas un luxe une fois que l’on sait qu’elles sont réparties en trente îlots. « La surface pourrait être un peu plus grande, mais pour Sonia et moi, ça va » assure Clément. Le viticulteur se donne pour cadre le seul cahier des charges de l’appellation Alsace avec des fils à 35 voire à 30 cm et des objectifs de rendement proches de la limite autorisée. Il ne revendique pas le lieu-dit Westerberg où il exploite. « Je n’y ai que du gewurztraminer. Faire deux fois le même vin en générique et en lieu-dit n’apporterait rien » dit-il. Il ne fait pas davantage constater la surmaturité pour d’éventuelles vendanges tardives. Mais il s’y réfère pour récolter un sylvaner et un gewurztraminer. « Je m’évite les problèmes de stock. Ce sont des produits que je vends bien. Je n’y perds rien. Le client non plus » résume Clément. Tous ses rangs sont enherbés naturellement. Le cavaillon est désherbé une première fois avec 1,5 l/ha de glyphosate. « Dès l’année prochaine je devrais trouver une alternative au glufosinate que j’utilisais pour le deuxième passage. Il me faudra tôt ou tard passer au mécanique. Deux matériels seront au minimum nécessaires en fonction du stade et des conditions climatiques. Les étoiles sont intéressantes car elles ne déplacent pas trop de terre. Tout cela risque de revenir cher » analyse Clément. Comme il a renoncé aux herbicides de prélevée, aux insecticides et aux anti-botrytis, et se contente de deux systémiques en encadrement de la fleur, il a bon espoir de décrocher le label HVE (Haute valeur environnementale) pour lequel il veut être candidat en 2019. « Le bio serait plus compliqué. J’ai trop de vignes étroites » dit-il. « Le vrac, c’est ma souplesse » Clément et Sonia et leurs aides vendangent exclusivement à la main. Clément presse les raisins quatre, voire six heures. Il enzyme les jus car ses conditions font que son temps de débourbage se limite à vingt-quatre heures. Il levure dans la foulée. La plupart des fermentations se terminent en quatre semaines. Il effectue alors deux soutirages à huit jours d’intervalle, pour éliminer successivement les lies grossières puis celles encore en suspension. Il laisse les lies fines jusqu’en janvier et l’ultime soutirage avant filtration qu’il fait faire à façon, comme l’embouteillage. Il passe presque systématiquement tous ses sylvaners à la bentonite. Clément conserve moins de 5 g/l de sucre à ses entrées de gamme, tolère le double ou le triple sur pinot gris et gewurztraminer. Il appose une étiquette jaune traditionnelle sur la plupart de ses vins et réserve la bleue au crémant et à ses cuvées spéciales de sylvaner et de gewurztraminer. Le couple équilibre ses ventes en cédant en raisins 2,2 ha de crémant, de sylvaner et de pinot gris contractualisés sur cinq ans avec une coopérative et un négoce. Il vend du vin de base crémant, des lots de 30 à 40 hl de vrac, mais aussi parfois seulement 10. « Le vrac, c’est ma souplesse » commente Clément qui cherche un acheteur pour un solde de 15 hl de muscat de la récolte 2017. Il a vendu l’essentiel de ce millésime en février 2018 à un prix « satisfaisant », mais le dernier lot n’a été chargé que fin août. « C’est inhabituel » dit-il. « Aujourd’hui je m’inquiète du niveau des cours - en forte baisse - dont j’ai eu connaissance pour le 2018. J’ai l’impression qu’il y a une volonté politique derrière tout cela ». Reste la bouteille. Sonia et Clément ont remonté ce circuit de vente en profitant quasiment exclusivement du bouche-à-oreille et de prix très sages qui plaisent aux particuliers, à une supérette et aux associations. Le couple participe à un marché annuel et à deux marchés de Noël. Il profite d’être le dernier domaine de la commune qui propose de la bouteille pour accueillir dans son caveau d’une quinzaine de places les touristes qui séjournent dans les gîtes du village. Clément se fait un point d’honneur à actualiser les tarifs figurant le site internet. Depuis un an, Sonia poste régulièrement des photos légendées sur sa page facebook. « Elles suscitent des commentaires. C’est bon signe » sourit-elle.

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