Viticulture

Publié le 01/03/2019

À Guebwiller, les domaines Schlumberger ont relégué le filtre à plaques aux oubliettes au profit du filtre lenticulaire. Il a permis d’économiser un pompage et de réaliser un gain de temps.

Les domaines Schlumberger pratiquent une mise tardive, décalée d’un an sur la récolte. Ils filtrent donc leurs vins en deux étapes, à douze mois d’intervalle. « Avant 2000, les vins passaient d’abord sur kieselguhr. L’année suivante, ils étaient envoyés sur le filtre à plaques. Trois membranes en difluorure de polyvinyle (PVDF) à 0,65 µ achevaient l’opération avant la mise. Une chambre de renversement était installée au milieu du filtre à plaques. Il y avait donc trois pompages au total » détaille Alain Freyburger, maître de chais de l’entreprise depuis 2000. La décision d’arrêter le kieselguhr motive l’achat d’un filtre tangentiel en 2002 et le montage d’un préfiltre à 1 µ afin de passer en cascade à 0,65 µ. Avec cinq modules de 30 pouces en 1 µ et trois de 30 pouces en 0,65 µ, le débit augmente de 1 500/1 600 bouteilles/heures à environ 3 000 bouteilles/h sur la palette de filtration avant la mise en bouteille. Le filtre à plaques est conservé jusqu’en 2012. Mais « le bâtir et le débâtir une fois par semaine consomme du temps et du vin. Les fuites font facilement perdre 50 litres par tirage » estime Alain. L’équipement est remplacé par un filtre lenticulaire avant la mise. « Il est beaucoup plus compact qu’un filtre à plaques. Il ne perd pas de vin, n’a besoin ni de composés de cellulose, ni de terre de diatomée, ni de perlite. Et le nombre de pompages a été abaissé à deux ». Un ensemble de critères explique ce choix. « Le montage est simple. Les modules sont conçus de manière à ce qu’on ne puisse pas mal les emboîter. Ils sont sous cloche et il n’y a pas de fuite. Le filtre peut être laissé sous eau en fin de journée. Il est rincé toujours dans le même sens et à trois reprises » indique Alain. La première intervient à l’eau froide, la deuxième à l’eau tiède 25-30° et la troisième à l’eau chaude 70°. Cette dernière reste dans le circuit jusqu’à la reprise du travail le lendemain. Le caviste chargé de l’opération dispose d’un ballon de 600 l équipé d’un mitigeur. L’eau est changée tous les deux jours pour éviter tout croupissement et le développement éventuel de moisissures. « C’est le côté contraignant » juge Alain. L’eau du vendredi demeure en place le week-end. Elle est renouvelée le lundi. Alain n’y ajoute aucun produit, ni SO2, pour s’épargner tout risque de résidu. Aux domaines Schlumberger, les modules lenticulaires sont remplacés tous les 2 000 hl environ. Un exemplaire revient à 179 € pour une durée de vie de trois bons mois contre une dépense de 78 € par semaine avec un filtre de soixante plaques. Une filtration douce Le type de vins détermine l’usage du filtre lenticulaire en N + 1. Tous les cépages avec plus de 5 g de sucre résiduel sont filtrés en double couche, c’est-à-dire avec deux seuils de porosité, afin d’arriver sur les membranes de la palette de filtration avec un seuil de rétention de 1 µ. Les pinots noirs, les riesling grand cru secs passent à travers une membrane cellulose simple proche de 1 µ mais non testable, avant d’être directement envoyés sur la tireuse. « Auparavant ils passaient sur un kieselguhr, deux fois sur le filtre à plaques et une fois sur une membrane. Ils perdaient en matière » se souvient Alain. « Ce sont des vins naturellement stables, mais quand on exporte une grande partie de sa production, il ne faut pas prendre de risques. Ce n’est pas grave s’il reste quelques levures sur ce type de vins » assure Alain. « Cette filtration est douce. La pression maximale en frontal n’excède pas un bar. Les vins restent à 7/8°. Ils ne s’échauffent pas contrairement à un passage par un tangentiel. Le vin est moins dépouillé, même si organoleptiquement il n’y a pas de différence à la dégustation entre un vin filtré en lenticulaire et un autre sur plaques. Le filtre lenticulaire c’est comme un filtre à plaques sauf que les plaques sont sous cloche. En revanche il n’y a pas photo côté travail. Il y en a beaucoup moins. L’hygiène est respectée à un coût moins élevé ». Au total, Alain évalue la facture de consommables en lenticulaire à quelque 1 000 € par an. « La filtration lenticulaire sépare de manière fiable les matières en suspension et retient correctement les colloïdes. Mais elle convient mieux aux vins secs » résume Alain. Un bémol toutefois : « l’équipement n’autorise pas, comme les membranes, d’effectuer un test d’intégrité qui vérifie que le média filtrant ne laisse pas passer les levures ». La technique pourrait cependant encore gagner en volumes. À long terme, les Domaines Schlumberger envisagent de cesser la filtration tangentielle sur vins sans sucres résiduels et de passer l’ensemble sur un filtre lenticulaire avec des seuils de porosité adaptés. Avant cela, un budget pour l’automatisation du nettoyage devra être prévu.  

Publié le 28/02/2019

Martine Becker est entrée à la confrérie Saint-Étienne « par la petite porte » en 1978. Quarante ans plus tard, elle est devenue le Grand Maître de cette institution, et la deuxième femme à occuper cette fonction. Une expérience qui s’est terminée le 25 janvier dernier avec beaucoup de satisfactions à la clé.

L’Est Agricole et Viticole-Paysan du Haut-Rhin (EAV-PHR) : Martine Becker, vous êtes la deuxième femme, après Cécile Bernhard Reibel, à avoir occupé la fonction de Grand Maître au sein de la confrérie Saint-Étienne. Cela vous a-t-il aidé pour préparer votre mandat ? Martine Becker : « J’avais beaucoup regardé ce que Cécile avait fait avant moi. Mais elle a un style que je n’ai pas. Du coup, j’ai cherché ce qui me définissait le plus. Et j’en suis arrivée à la conclusion que je connaissais très bien trois choses : la femme, la bio et le riesling. Des thématiques osées et engagées mais qui ont été au final maîtrisées puisqu’elles n’ont pas si mal réussi. » EAV-PHR : Commençons par le riesling, qui a été l’objet de votre premier chapitre. Pourquoi avoir choisi ce cépage plutôt qu’un autre ou un grand cru ? MB : « Même si j’aime tous les cépages, c’est vrai que j’ai une affection toute particulière pour le riesling qui remonte à mon adolescence. À l’époque, mon père était souvent à la maison avec d’autres vignerons dans un contexte de tensions entre l’Ava et l’Adiva. Tous ces gens d’un certain âge buvaient du riesling. Aujourd’hui, j’ai le même âge et je me rends compte que le riesling reste le meilleur choix pour accompagner des plats dans bien des circonstances. C’est ce qu’on a voulu démontrer en l’associant aux cuisines des cinq continents lors de notre premier chapitre du mois de juin. » EAV-PHR : Vous avez ensuite tenté le pari du bio pour votre second chapitre, au mois de septembre. Une thématique qui a fortement séduit au final malgré vos doutes de départ… MB : « En effet, au début on m’avait dit que la bio n’intéressait personne, sans compter les personnes qui sont contre. Je pensais qu’on n'aurait que cinquante personnes à cette soirée. Au final, cent invités sont venus, dont plusieurs personnalités. En faisant appel à Martine Holweg, le seul chef assermenté en bio en Alsace, nous avons pu démontrer qu’on peut avoir une cuisine d’un niveau étoilé tout en étant bio. Elle a réussi à concocter un repas très innovant, un vrai poème. Et sur le vin, de nombreuses personnes ont découvert que le vin bio pouvait aussi être un vin de conservation. » EAV-PHR : Votre dernier chapitre consacré à « la femme divine » a attiré un peu plus de 190 personnes, soit la meilleure affluence des trois chapitres de 2018. Qu’est-ce que cela vous inspire ? MB : « Cela démontre, je pense, la place grandissante que jouent les femmes dans le monde de la viticulture. Aujourd’hui, on constate qu’il y a davantage de femmes de vignerons qui veulent rejoindre la confrérie. Je pense que ce mouvement va continuer cette année avec Céline Stentz, qui officiera en tant que Major. À titre personnel, je dirais que cela m’a permis de prouver qu’une femme n’est pas forcément une rivale dans l’ancienne Herrentstube. » EAV-PHR : Ce troisième chapitre a aussi été une excellente opération d’un point de vue financier… MB : « Oui c’est vrai. Aujourd’hui, j’ai au moins la satisfaction d'avoir un bilan qui a plus apporté que coûté (rires). Blague à part, c’est grâce à une gestion rigoureuse et planifiée du Grand Conseil que la confrérie ne perd aujourd’hui plus d’argent. Elle a même la chance d’en recevoir par le biais de la fondation Bern dans le cadre du loto du patrimoine, sans oublier les aides des élus et le sponsoring des entreprises. Et il y a les soirées dégustation organisées par le Major qui affichent complet à chaque fois. Tout cela contribue à une dynamique financière qu’il faut maintenir à tout prix pour que nous devenions, encore plus, le rendez-vous incontournable des vins d’Alsace. » EAV-PHR : Comment, justement, susciter l’envie du grand public de franchir les portes du château pour venir à votre rencontre ? MB : « Déjà, on peut souligner que la confrérie dispose d’une image très positive auprès de connaisseurs émérites ou d’amateurs de vins. On rencontre de plus en plus de personnes qui veulent apprendre à déguster, avoir ce minimum social en leur possession. En parallèle, je pense qu’il y a encore du travail à faire vis-à-vis du grand public. Lorsque nous avons ouvert nos portes lors du dimanche du patrimoine, les visiteurs ont pu découvrir que notre maison n’était pas close ou sectaire. C’est un patrimoine alsacien qui a besoin des Alsaciens. » EAV-PHR : Humainement, que retirez-vous de cette expérience de Grand Maître ? MB : « J’ai eu la chance d’être épaulée dans cette mission par des personnes aussi gentilles que dévouées comme mon Major, Ignace Kuehn, mais aussi le Chancelier Receveur, Jean-Paul Goulby, les anciens Grands Maîtres et les futurs. J’ai eu la chance de faire des rencontres exceptionnelles comme celle du frère de l’empereur du Japon, d’ambassadeurs, de cosmonautes, et je suis devenue membre de la chaîne des rôtisseuses entre autres. J’ai également pu estimer le travail de nos salariés ainsi que de l’ensemble des intermittents du spectacle qui ont su animer avec brio nos soirées. Et j’ai pu voyager un peu, chose que je n’ai quasiment jamais faite durant toute ma vie puisque j’ai toujours donné la priorité à l’entreprise familiale. » EAV-PHR : Le 25 janvier, vous avez passé la main à Jean-Louis Vézien au poste de Grand Maître. Que lui souhaitez-vous pour l’année à venir ? MB : « Jean-Louis, c’est un ami de longue date que j’apprécie beaucoup. C’est une pointure qui a une vue d’ensemble du vignoble alsacien. Il a un côté philosophe qui nous manque parfois. Il a une approche très masculine et cartésienne dans sa façon d’aborder les choses. Ce sera évidemment différent de ce que j’ai fait. Et c’est une excellente chose pour la confrérie de changer un peu chaque année. Cela lui permet de continuer à innover tout en restant fidèle à ses traditions. »

Première dégustation des Sigilles d’Alsace de 2019

 

Moins de maisons mais plus d’échantillons

Publié le 24/02/2019

La première dégustation des Sigilles d’Alsace a eu lieu le 14 février dernier. Si moins de maisons étaient représentées par rapport à l’an passé, le nombre d’échantillons a lui sensiblement augmenté, avec une proportion croissante de vins de terroir (grands crus et AOC).

C’est ce qu’on appelle un pari gagnant. En donnant une dimension plus marquée au terroir dans la dégustation d’attribution des Sigilles d’Alsace il y a quatre ans, la confrérie Saint-Étienne a visé juste. La dernière session qui a eu lieu le 14 février dernier l’a une nouvelle fois démontré. Avec, cette fois-ci, l’obligation d’inscrire les grands crus exclusivement dans la catégorie « Terroir ». Si le nombre de maisons représentées a baissé par rapport à janvier 2018 (45 contre 54), le nombre d’échantillons a lui sensiblement augmenté passant de 224 vins à 260, dont 115 vins en catégorie « Terroir ». L’ensemble des vins présentés (grands crus, AOC, crémants) était issu du millésime 2017. Seules les vendanges tardives (9 échantillons) et les sélections de grains nobles (3 échantillons) étaient des millésimes 2017 et antérieurs. Malgré la baisse du nombre de domaines en compétition due à un millésime 2017 « très faible en quantité » souligne le grand maître de la confrérie, Jean-Louis Vézien, les jurés désireux de départager les candidats au très convoité Sigille étaient une nouvelle fois très nombreux. Quinze tables de trois à quatre professionnels de la vigne étaient établies, dont sept rien que pour les vins en catégorie « Terroir ». Il faut dire que cette dégustation revêt un certain prestige. Contrairement à d’autres concours, le Sigille départage uniquement des vins déjà embouteillés, donc « parfaitement finis » rappelle Jean-Louis Vézien. Ceux qui reçoivent la note minimum de sept dans les critères de qualité intrinsèque et de typicité dans l’appellation et le millésime iront garnir l’œnothèque de la confrérie Saint-Étienne, riche de 65 000 bouteilles. Un véritable « musée » du vignoble qui permet de prouver régulièrement un aspect de plus en plus reconnu des vins d’Alsace : leur capacité de garde. Comme l’explique le chancelier-receveur de la confrérie, Jean-Paul Goulby, les fréquents ateliers de dégustation de millésimes anciens organisés au château ou pendant la foire aux vins de Colmar font systématiquement salle comble. « Nos vins savent très bien vieillir, et il est très important de le prouver. » De ce fait, les jurés qui départagent les potentiels Sigilles d’Alsace doivent donner une estimation du potentiel de garde (en années) en plus de suggestions d’accords mets-vins. Un critère qui a son importance, notamment pour les plus grands vins qui « demandent du temps » selon plusieurs jurés présents à cette première dégustation des Sigilles de l’année.

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