Viticulture

Publié le 14/02/2019

À Riquewihr, Daniel Jung pilote la prochaine cessation d’activité de l’exploitation qu’il a dirigée avec lucidité et sans amertume.

« La viticulture est un métier dans lequel je me suis accompli. J’ai eu la satisfaction d’exercer une activité globale. Elle m’a procuré du plaisir. C’est bien plus important que l’argent que j’en ai retiré pour vivre ». Daniel Jung aurait pu ne jamais embrasser une carrière viticole. Au début des années 1980, il occupe un poste de gestionnaire et de commercial chez un négociant en vins. Mais en 1995, il décide de succéder à son père, Jules, sur une surface à peine moins importante qu’aujourd’hui. « C’était un choix d’indépendance, pas financier. À l’époque, des touristes achetaient encore trente-six bouteilles à la fois » se souvient Daniel. À 65 ans aujourd’hui, il s’est officiellement retiré de l’affaire en 2017 mais aide Katya, son épouse, qui en a repris les rênes en 2016. Sauf retournement de situation, aucune succession n’est envisagée. « Il faudrait tout vendre en bouteille à un tarif valorisant. La tendance est donc de céder progressivement plus de raisins et de vinifier moins. La décision d’arrêter est prise depuis deux ans. La seule chose qui reste à fixer, c’est la date. Pour les vignes, il y a assez d’amateurs » indique Daniel. Le couple a peu d’atomes crochus avec les vins effervescents. Il préfère des vins secs, « authentiques » à moins de 5 g/l de sucre résiduel. Sa carte est une juxtaposition de cépages mais encore plus de millésimes comme ce quatuor de riesling Schœnenbourg 2007, 2009, 2010 et 2015. « Beaucoup de nos vins sont à rotation lente » précise Daniel. Il les produit avec des vignes de trente ans de moyenne d’âge, les plus récentes plantées avec un SO4 plutôt qu’un 3309, pour leur conférer une meilleure résistance à la sécheresse. « Pour traiter moins, il faut sortir à la bonne date. Je suis avec attention les prévisions météo et j’observe beaucoup. J’accorde une importance particulière à la durée pendant laquelle le feuillage reste humide après une pluie. S’il sèche vite, le risque diminue. Je le constate chaque année sur une de mes parcelles. Tant qu’elle était bien ventilée, j’avais peu de soucis. Aujourd’hui elle est enclavée au milieu de bâtiments. Je dois avoir l’oïdium à l’œil. L’effeuillage mécanique mais surtout manuel, m’évite aussi les entassements, donc les conditions favorables à la pourriture ». En cave, Daniel sulfite peu et levure rarement. Il soutire une fois ses vins avec peu de sucre, deux fois s’ils sont plus riches. En août pour la mise, la chaîne est installée sur les pavés de la rue. « Les bouteilles sont livrées à 8 h. Il y a beaucoup de manutention. Le soir, il faut que la place soit de nouveau nette » détaille Daniel. « Nous retrouver en quelques clics » Un tel chantier confère un certain charme au domaine, mais révèle également son handicap. Dans cette maison alsacienne, espace de pressurage, cave et caveau tiennent sur une centaine de mètres carrés sur deux niveaux. Aux vendanges, il faut faire traverser le caveau aux bottiches de raisins jusqu’au pressoir sur roues et sur rehausses qui peut recevoir jusqu’à 2 t de matière première. « Il y a trente ans, cette organisation n’était pas un problème. Aujourd’hui, c’est devenu marginal. Cela renchérit le coût de production. On ne peut rien modifier ici sans faire de gros travaux. Et cela n’aurait pas beaucoup de sens », confie Daniel. Dans une rue adjacente à la rue principale, le domaine ne capte qu’une faible portion du flux de touristes qui visitent habituellement la cité viticole. « Le passage est tombé à moins de 10 % des ventes du caveau. Les achats se limitent à deux ou trois bouteilles par tête. Pour vraiment vendre, il faut disposer d’un local sur l’artère passante de Riquewihr », assène Daniel. « Au début des années 2000, le domaine n’avait pas assez de grands crus. Aujourd’hui, il en a trop ». Daniel s’est constitué une clientèle de particuliers, mais aussi de restaurateurs et de cavistes en prospectant en Lorraine, en Franche-Comté grâce à des adresses recueillies auprès d’acheteurs réguliers. Il a cessé de faire cet effort il y a environ quatre ans, car « les retombées ne viennent pas avant deux-trois ans. Les personnes qui se présentent au domaine parce qu’elles ont apprécié votre vin au restaurant sont toujours moins nombreuses. De vendre davantage de raisins a fait baisser ma marge. Mais tout expert-comptable vous dira que globalement sur le vignoble, le gain net par bouteille diminue régulièrement depuis quinze ans ». En revanche jusqu’au bout, Daniel n’économisera pas pour entretenir la dynamique de son site en ligne. « Ce n’est pas qu’il nous procure de nouveaux clients. Mais il nous permet de ne pas en perdre. C’est tellement simple pour des personnes dont la mémoire flanche parfois de nous retrouver en quelques clics ! »

Kaysersberg Vignoble

Le syndicat nouveau est arrivé

Publié le 06/02/2019

Le 31 janvier, les syndicats viticoles de Kientzheim-Kaysersberg et Sigolsheim ont fusionné pour donner naissance au syndicat viticole de Kaysersberg Vignoble, la commune nouvelle créée en 2016. Un regroupement « logique » qui va permettre de concrétiser plus efficacement les dossiers propres à ce secteur du vignoble alsacien.

Après la commune nouvelle, le syndicat nouveau. Depuis le 31 janvier, les syndicats viticoles de Kientzheim-Kaysersberg et de Sigolsheim sont unis sous la même bannière, celle de Kaysersberg Vignoble, commune nouvelle créée en 2016. Une évolution « logique » pour son président Patrick Schiffmann, et l’un de ses trois vice-présidents, Philippe Tempé. « Entre nos trois communes, les dossiers étaient les mêmes : entretien des chemins, dégustations et suivi du Plan local d’urbanisme intercommunal. Cela devenait redondant de faire plusieurs fois la même chose. » Par ailleurs, cela faisait vingt ans que Philippe Tempé était président du syndicat de Sigolsheim. Il souhaitait passer la main, mais personne ne voulait reprendre le flambeau. « Du coup, la création de ce nouveau syndicat était l’opportunité de faire évoluer les choses », explique-t-il. La naissance de ce nouveau syndicat a été précédée de plusieurs réunions préparatoires afin d’établir les contours de la nouvelle entité. C’est la première association à fusionner à l’échelle de la commune nouvelle. Avec ce regroupement opportun, le nouveau syndicat viticole permet à Kaysersberg Vignoble de devenir la plus grande commune viticole d’Alsace en termes de surface avec 670 hectares sur une longueur d’un peu plus de 7 km, de l’entreprise DS Smith à la Fecht. Il regroupe une centaine de viticulteurs issus de toutes les familles professionnelles et dispose de quatre grands crus : le Schlossberg, le Mambourg, le Furstentum et une partie du Marckrain. Avec une telle surface, le nouveau syndicat viticole doit composer avec une grande diversité de reliefs, de topographie, de sols et des microclimats. « Clairement, il y a de quoi faire ! », souligne Patrick Schiffmann. Se « rapprocher » de la population Le premier chantier qui va être concrétisé dans les prochains mois est celui de la mise en place de la confusion sexuelle comme moyen de lutte contre le ver de la grappe. Une démarche qu’avait déjà entreprise le syndicat viticole de Sigolsheim en 2018 sur 80 ha du Mambourg jusqu’à la route départementale. Dans les mois à venir, ce moyen de lutte intégrée va être étendu jusqu’à la rue du Stade, au plus près des habitations, avec 20 ha supplémentaires. Les enjeux d’une telle démarche sont multiples, rappelle Philippe Tempé. « À Sigolsheim, il y a eu des plaintes de plusieurs nouveaux habitants par rapport aux traitements phytosanitaires des vignes. Avec la confusion sexuelle, on évite ce genre de problèmes. » Rapprocher la profession viticole des habitants fait partie des souhaits du nouveau syndicat de Kaysersberg Vignoble. Dans un contexte où le foncier se fait rare, avec des parcelles de vigne attenantes aux pavillons, la mise en place d’un « dialogue » entre les différentes parties a du sens. « On souhaite mettre en place une charte entre les vignerons, les élus et les habitants dans laquelle on expliquerait notre travail, la nécessité de respecter des horaires de traitement, mais aussi de ne pas se perturber les uns et les autres. C’est une démarche citoyenne et responsable, un appel au bon sens de la part de tout le monde », indique Patrick Schiffmann. Toujours dans cette idée de « rapprochement » avec la population environnante, le syndicat entend créer un grand sentier viticole de Kaysersberg à Sigolsheim. Ce dernier a déjà été refait en 2012, mais celui de Kientzheim doit être refait et il manque la liaison jusque Kaysersberg. « C’est une réflexion à moyen terme que nous menons sur le développement œnotouristique dans le secteur », précise Patrick Schiffmann. Dans cette optique, le syndicat entend également être plus présent dans les différentes manifestations populaires et touristiques de la commune nouvelle afin de mettre davantage le vin en avant. « C’est important de montrer qu’on est là et qu’on est des partenaires des autres acteurs locaux. » Le Tour de France, qui passera sur la commune le 10 juillet prochain, est ainsi dans le viseur. À cette occasion, le syndicat aimerait faire « quelque chose » pour « marquer le coup ». Des actions collectives « facilitées » Sur les dossiers plus techniques, le syndicat viticole de Kaysersberg Vignoble entend mener à bien ses projets établis dans le cadre de la hiérarchisation du vignoble : la création des premiers crus Patergarten et Altenbourg à Kientzheim et Vogelgarten à Sigolsheim. Ensuite, l’inscription du pinot noir dans le cahier des charges du grand cru Mambourg est également souhaitée. « Agronomiquement, on s’est rendu compte que les terroirs calcaires réussissaient bien avec les rouges. Sur le Mambourg, on a toujours remarqué une dimension tannique grâce à la forte proportion de calcaire présente dans le sol. Du coup, une telle évolution du cahier des charges aurait du sens », estime Patrick Schiffmann. Enfin, sur le PLUi, qui est toujours en discussion en sein de l’intercommunalité, le syndicat entend proposer une solution « équilibrée » dans les trois communes, avec le minimum d’impact pour les viticulteurs, notamment dans le dossier du nouvel Ehpad qui pourrait voir le jour en remplacement des deux Ehpad d’Ammerschwihr et de Kaysersberg. Si la concrétisation de ces dossiers va prendre plus ou moins de temps en fonction de leur complexité, elle sera en tout cas facilitée par ce nouveau « super » syndicat viticole. « Avec l’évolution structurelle du vignoble, le parcellaire devient de plus en plus dense. Pour faire certaines actions collectives, cela complique les choses. En étant regroupé, la mise en place de projets comme l’irrigation ou la mécanisation sera bien plus aisée le cas échéant », conclut Patrick Schiffmann.

Publié le 06/02/2019

Une boutique de vins en ligne est un canal de plus en plus utilisé par les particuliers qui souhaitent commander en priorité chez des viticulteurs qu’ils connaissent déjà. L’exemple de Vincent Stoeffler à Barr.

Vincent Stoeffler a déjà fait actualiser à trois reprises son site en ligne. La dernière modernisation remonte à 2013. Le principal objectif était de le rendre compatible avec les smartphones. La boutique en ligne a été ajoutée à cette occasion. Elle présente 48 vins au total avec un commentaire court ou long, au choix de l’internaute. « Avec un tel nombre de références, il fallait que ce soit clair pour tout visiteur dès le premier coup d’œil » assure Vincent. Un bandeau les classe en huit catégories hors eaux-de-vie. Les « vieilles vignes » ne réunissent que trois vins, mais « ils sont issus de raisins surmûris ». Les pinots noirs sont les seuls à pouvoir dans plusieurs catégories « tradition » « lieux-dits » et « vins nature ». Le concepteur du site avec lequel Vincent travaille depuis la première heure s’est chargé de faire des photos lumineuses de bouteilles qui se découpent bien sur un fond clair. « Je lui laisse carte blanche car son travail ne m’a jamais déçu » poursuit Vincent. La version actuelle lui offre la possibilité de réaliser des mises à jour simples depuis son bureau. Un soulagement ! « Je peux ajouter ou retirer un vin, rectifier un prix ou un millésime. Cela me demande à peine une minute » avoue le viticulteur. Chaque vin s’affiche au même tarif qu’au caveau. Le prix figure directement sous la bouteille « par souci de clarté ». « L’idéal serait peut-être de pratiquer un prix plus élevé. Mais je préfère évoluer doucement » confie Vincent qui répugne à mettre un vin en avant ou à faire une offre commerciale car « si je baisse le prix, le client se dit qu’il se fait avoir le reste du temps ». Pour « encourager un peu la vente », il préfère accorder une première remise à partir de 450 € d’achat. Un ascenseur à droite de la page rappelle les différents pourcentages. Il signale également les frais de transport de 20 € jusqu’à 24 bouteilles. Un tarif dégressif est prévu ensuite jusqu’à l’expédition franco au-delà de 200 bouteilles. « Le principe est de ne pas freiner le client. C’est pourquoi je ne répercute seulement qu’une partie de ce coût. Je considère que la partie des frais que je garde à ma charge, c’est du temps que je gagne à ne pas être au caveau à faire déguster mes vins ». À la place du courrier, du téléphone ou du courriel Aux yeux de Vincent, la boutique en ligne ne se substitue pas au caveau dont la fréquentation s’est maintenue. « C’est d’abord un moyen rapide de trouver toutes les informations qu’on peut rechercher pour quelqu’un qui apprécie l’un de mes vins ou qui en entend parler sur un forum. C’est ensuite davantage un complément, un service rendu au client, un lien qui donne la possibilité d’acheter. À 90 % ce sont mes clients particuliers qui commandent par ce biais. La boutique remplace le courrier, le téléphone ou le courriel, notamment à Noël » constate Vincent. « La tendance à tout vouloir faire en ligne est lourde. Je me dois de le proposer et de faciliter la tâche au client qui est de plus en plus habitué à ce que tout puisse se faire en quelques clics ». « La boutique en ligne ne fait pas de miracles » analyse encore Vincent. « Elle ne génère pas forcément plus de ventes. Ce n’est pas un site marchand qui va me faire doubler mon chiffre d’affaires ! C’est une nouvelle partie d’un tout au même titre que le caveau, la citation dans un guide ou de figurer sur la carte d’un restaurant. Aujourd’hui c’est un passage obligé. Il y a d’autant moins d’excuses que la création d’un site ne correspond plus à un coût prohibitif comme il y a quelques années. Pour moins de 2 000 €, on a quelque chose de fonctionnel et d’agréable ». Lui-même songe déjà à la prochaine version de son site. Il donnera quelques pistes à son concepteur. « Je ne suis pas toujours convaincu par ses idées au début. Mais je me rends souvent compte après coup qu’il est dans le vrai ».  

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