Gaec du Lindenhof (Haut-Rhin)
La méthanisation version micro
Gaec du Lindenhof (Haut-Rhin)
Publié le 02/04/2023
À Hagenthal-le-Haut, le Gaec du Lindenhof exploite depuis fin 2022 une unité de micro-méthanisation conçue et installée par la société belge Biolectric. Une première dans le Sundgau qui démontre que la production de biogaz à partir d’effluents d’élevage peut être réalisée à échelle réduite tout en restant pertinente économiquement.
Plus petite, plus personnalisée et tout aussi efficace. À Hagenthal-le-Haut dans le Haut-Rhin, le Gaec du Lindenhof a fait le pari de la micro-méthanisation pour valoriser les effluents d’élevage de son troupeau de 240 vaches prim’holstein et montbéliardes. C’est la première exploitation agricole du Sundgau à faire le choix d’un tel format pour produire du biogaz. Ce concept « micro » a été développé par la société belge Biolectric qui propose des unités de méthanisation de 11 à 74 kW. Le principe est simple : calibrer le méthaniseur en fonction des effluents d’élevage disponibles sur l’exploitation agricole. Une aubaine pour le Gaec du Lindenhof et ses cinq associés (Angélique Pfendler, Jonathan Menweg, Charles Schmidt, Pierre Pfendler et Pierrette Litzler) qui avait été initialement démarchés pour faire partie d’un gros projet collectif de méthanisation avec d’autres exploitations alentour. « C’était intéressant mais ce n’était pas adapté à notre structure. Nous avons des sols argileux, et nous avions déjà du mal à épandre notre lisier. On ne se voyait pas épandre encore plus », retrace Angélique Pfendler. L’idée suit son chemin jusqu’à la rencontre avec Biolectric qui confirme aux agriculteurs sundgauviens la faisabilité d’un micro-méthaniseur aux abords de leur étable. Le chantier démarre à la fin de l’année 2021 et se termine début décembre 2022, sans difficulté particulière. « On fonctionnait déjà avec des racleurs et des pompes automatiques pour récupérer le lisier. En fait, nous n’avons rajouté qu’une étape entre la pré-fosse et le séparateur », détaille Charles Schmidt. Toute la partie administrative (demande de permis de construire, etc.) a été intégralement gérée par un bureau d’études local mandaté par Biolectric. Le biogaz produit est converti en électricité qui est injectée sur le réseau et valorisée par EDF via un contrat d’achat de vingt ans. La chaleur générée est récupérée pour chauffer l’eau de la salle de traite et les bâtiments. D’autres sources de valorisation sont étudiées pour récupérer la chaleur restante. « Pour l’instant, on en produit bien plus qu’on en consomme », pointe Angélique Pfendler. L’accueil « très favorable » des habitants Ce sont 24 m3 de digestats, liquide et solide, qui sont générés chaque jour par le micro-méthaniseur via quatre cycles de pompage de lisier de vaches de 6 000 litres chacun, plus un apport de fiente de volailles quotidien d’environ 400 kg. S’ajoutent à cela les résidus végétaux des silos de maïs et d’herbe. « Ce qui veut dire qu’on valorise entièrement tous nos déchets organiques et végétaux », se félicite Charles Schmidt. Les digestats produits sont intégralement valorisés sur les 370 ha de terres (prairies, maïs, blé, orge, soja, avoine) que compte l’exploitation. Ils peuvent être stockés sans problème entre sept et huit mois, ce qui permet de les épandre au moment le plus opportun, là où l’azote est le plus assimilable par la végétation. La partie liquide est utilisée principalement sur les prairies entre les coupes d’ensilage, tandis que la partie solide sert à fertiliser les champs de cultures, les chaumes, et les parcelles situées à proximité des habitations. « Le digestat solide sent bien moins que du lisier traditionnel. C’est un plus pour nous dans un secteur où les maisons ont tendance à s’approcher de plus en plus des terres agricoles », souligne la jeune éleveuse de 23 ans. Un argument qui a d’ailleurs facilité l’acceptation du projet par les habitants du village qui auraient pu voir ce méthaniseur d’un mauvais œil. « Au contraire, on leur a bien expliqué que cela allait être une petite structure qui resterait à l’échelle de notre exploitation. Ils l’ont bien compris et se sont même montrés très favorables envers notre initiative », poursuit Angélique Pfendler. Un suivi à distance permanent Après trois mois d’utilisation, les cinq associés se disent très satisfaits de leur investissement. La centrale fonctionne 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 et demande très peu d’entretien. Toutes les 800 heures, il faut procéder à une maintenance qui se résume à la vidange des moteurs et au changement des filtres à charbon, soit une heure environ. Pour le reste du temps, le micro-méthaniseur est surveillé en continu via une application installée sur les téléphones et les ordinateurs. « On reçoit une alerte en cas d’évènement anormal. Après trois mois, on n’a pas constaté de problème technique particulier à part des niveaux de gaz trop élevés ou trop bas ou un défaut de pompage. Rien de grave en somme », explique Charles Schmidt. En cas de problème grave ou de surplus de gaz, une torchère de purge permet d’absorber l’excès de méthane pour le brûler aussitôt, ce qui écarte les risques de pollution de l’air. Vers l’autonomie énergétique Sur le plan économique, le retour sur investissement (500 000 euros terrassement et maçonnerie inclus) devrait être atteint en dix ans maximum. « Heureusement, on a signé le projet avant la forte inflation que nous connaissons depuis plusieurs mois. C’est juste dommage que nous n’ayons pas pu bénéficier de subventions qui restent pour l’instant réservées aux plus grosses unités de méthanisation », indique encore Angélique Pfendler. Pas de regret cependant, car cette installation s’inscrit dans un plus vaste et ambitieux projet : devenir le plus autonome possible en énergie. Une démarche lancée en 2011 avec la pose d’une installation photovoltaïque sur le toit de l’étable, et une production électrique entièrement injectée sur le réseau. « La méthanisation était l’étape d’après. La prochaine sera d’installer une autre installation photovoltaïque, cette fois entièrement destinée à l’autoconsommation, sur les bâtiments que nous avons construits l’an passé », conclut l’agricultrice.












