Céréales
2016 : Année de la double peine
Céréales
Publié le 04/01/2017
Les céréaliers n’ont ni les rendements, ni les prix qui leur sont nécessaires pour obtenir des résultats d’exploitation positifs.
Le blé est le premier à annoncer la couleur. La moisson française est la plus mauvaise depuis des décennies. Le bel aspect visuel des parcelles prêtes à être fauchées n’est que poudre aux yeux. Les moissonneuses ne rentrent que 25,5 Mt à des années-lumière du volume (exceptionnel) de 41 Mt de 2015. Le manque de luminosité au printemps, les pluies de mai et de juin qui ont fait le lit de la septoriose et de la fusariose ont laminé les rendements sur les 52 500 ha, 4 600 de plus qu’en 2015, consacrés cette année à la céréale à paille. Résultat : des épis avec peu de grains, des grains eux-mêmes fusariés donc mal remplis et légers, des mycotoxines. En juillet, des orages suivis de coulées de boue comme dans le secteur de Wasselonne ainsi que des trombes d’eau augmentent localement le manque à gagner. Dans le Bas-Rhin, le rendement rétrograde de 40 % sur 2015, dans le Haut-Rhin le recul est évalué à 35 %. En pratique, il se moissonne entre 48 et 60 q/ha contre 75 à 80 q habituellement dans la région. Les poids spécifiques sont très bas à 71 de moyenne. Ils descendent parfois à 66… Les taux de protéine sont corrects à 12 %. L’orge d’hiver s'en tire un peu mieux que le blé de cette première moitié d’année arrosée. Les agriculteurs en ont semé sur 4 300 ha. Il ressort à 55 q/ha de moyenne et jusqu’à 60 q dans le Haut-Rhin. Son PS s’établit à 60. Parmi les céréales secondaires, les 1 650 ha de triticale boivent eux aussi le bouillon avec à peine 41 q/ha alors qu’à 57 q en 2015 il tutoyait la barre des 60 q. 670 ha d’avoine à 39 q/ha, 550 ha d’orge de printemps à 38 q/ha, 160 ha de seigle à 40 q/ha et 220 ha de sorgho grain à 89 q/ha complètent ce tableau peu glorieux des performances 2016 des céréales à paille. Le maïs déçoit Après cette défaillance générale, le regard des céréaliers s’est naturellement reporté sur le maïs. Hors surfaces de multiplication et ensilage, le grain occupe 124 700 ha au lieu de 128 500 ha en 2015. Mais lui aussi déçoit. La moyenne de rendement régionale retenue par FranceAgriMer le situe à 99 q/ha alors que les organismes stockeurs évaluent son score à 101 q/ha dans le Bas-Rhin et 97 q/ha dans le Haut-Rhin où des parcelles pourtant irriguées restent parfois sous leur potentiel habituel. Une chose est certaine : ces chiffres restent loin des 109 q/ha de 2015 et encore plus des 121 q/ha (de moyenne !) de 2014. Ils cachent de grands écarts : de 50 à 140 q/ha. Que s’est-il passé ? Les nerfs des maïsiculteurs ont été mis à rude épreuve dès le semis dans des terres ayant déjà dû boire jusqu’à plus soif. Si les premiers semoirs sortent au 10 avril, le gros des chantiers se déroule début mai. Dans le Sundgau ou le Ried inondé, certains bouclent seulement cette opération début juin. Les choix de précocité doivent être adaptés. Mais tous les acteurs sur le terrain ne s’y résolvent pas. Au trop-plein d’eau succède le manque d’eau. Il commence à s’exprimer début juillet, trois semaines plus tard que dans une année classique. Les situations disparates débouchent sur des campagnes d’irrigation de durée très inégale. Dans la Hardt et en Alsace centrale, quatre tours d’eau suffisent. Ailleurs, il en faut huit à dix pendant deux mois et demi. Dans les secteurs cultivés en sec, comme le Piémont, l’Alsace Bossue ou le Sundgau, les parcelles inondées deviennent séchantes et font virer précocement au brun des pieds à l’enracinement trop superficiel. En zone irriguée, les plantes refont leur retard, mais dans l’ensemble le miracle n’a pas lieu. La moisson démarre le 28 septembre, s’étale et se traîne jusqu’à début décembre. Les humidités n’en baissent pas forcément pour autant. C’est même parfois le contraire qu’on observe. Dans les séchoirs, elles sont extrêmement variables et compliquent la tâche des opérateurs. La qualité sanitaire inquiète sur certains lots rentrés tardivement mais reste correcte dans l’ensemble. La chrysomèle s’installe tranquillement. 4 166 insectes ont été pris dans le réseau de 137 pièges qui maille le territoire. Pas de quoi alarmer à l’échelle de la région, mais le rappel que la menace s’étend, surtout si l’on sait que deux pièges distants de cinq mètres ont capturé à eux seuls plus de la moitié des individus coincés cette année… Offre mondiale pléthorique Si par le passé mauvais rendements ont rimé avec prix en hausse, ce n’est pas le cas en 2016. Les cours sont depuis quelques années maintenant passés en mode mondial. Et pour le malheur des céréaliers alsaciens (et français), c’est une quatrième année consécutive de prix insuffisants à couvrir les charges. Car ailleurs, sur la planète les récoltes sont bonnes, voire très bonnes. En blé, l’offre de sans doute 743 Mt bat tous les records. Et les silos américains, brésiliens, hongrois, ukrainiens, regorgeront ou regorgent déjà de maïs ! Les spécialistes écartent l’idée d’une hausse marquée et durable. L’acompte versé à la moisson se contente de 149 € la tonne de blé meunier (a minima 76 de PS, 220 de Hagberg, 11 % de protéines et a maxima 1 250 ppb de DON et 100 pbb de Zea). En 2015, il s’agissait encore de 166 €/t. En cas de déclassement en fourrager, le prix baisse de 10 €/t. Rappelons que le coût de production d’une tonne est estimé à 220 €, rémunération du céréalier incluse. En maïs, les collecteurs payent un acompte de 147 €/t, 3 €/t de moins qu’en 2015, alors que le prix de revient est estimé à 159 €/t. Un tel niveau de prix rend presque inutile de grands calculs pour connaître le résultat financier de la majorité des exploitations pour l’exercice en cours. Le rouge est mis. Les solutions préconisées pour se maintenir à flot se nomment : optimiser les charges, refinancer sa dette, prudence dans ses investissements… En 2016, selon les chiffres provisoires de début décembre de FranceAgriMer, la collecte totale alsacienne de céréales promet de reculer de 11 % à 1 482 740 t.












