Cultures

Publié le 16/01/2017

À la base de toute production agricole, il y a des semences ou des plants, qui constituent donc un levier d’innovation agricole. Et, en la matière, la France fait figure de leader, avec une filière performante, organisée autour du Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis).

« La production de semences est une pépite de la production agricole française, et elle a le vent en poupe », affirme Yves Amiet, délégué régional du Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis) pour la région Est. Une affirmation étayée par quelques chiffres : la filière française des semences et plants représente un marché intérieur de 1,8 milliard d’euros (Md€). Et la France en exporte aussi beaucoup. L’Europe est son principal marché (1,10 Md€), mais les semences et plants français s’exportent aussi en Amérique du Nord, au Maghreb, en Asie, au Proche Orient… Tant et si bien que la part des exportations s’élève à 47 % du chiffre d’affaires. Avec 353 000 hectares, soit 17 % de la surface européenne, la France est le premier pays producteur européen de semences d’espèces agricoles, loin devant l’Italie et l’Allemagne, qui consacrent respectivement 199 000 et 178 000 ha aux semences et plants. La France est également le premier exportateur mondial de semences. Sur la campagne 2015-2016, la filière semences et plants a généré un chiffre d’affaires de 3,30 Md€, et sa balance commerciale se solde par un excédent de 904 millions d’euros (M€). Un savoir-faire reconnu Comment s’explique cette performance ? Yves Amiet identifie plusieurs leviers : « La production de semences bénéficie d’une organisation dynamique, avec des acteurs diversifiés. Au sein du Gnis, toutes les professions de la filière sont représentées via cinq collèges - sélection, multiplication, production, distribution, utilisation - et chaque espèce fait l’objet d’une section, soit huit, chapeautées par un conseil d’administration. Les décisions sont prises lorsqu’elles font l’unanimité des collèges, ce qui requiert dialogue et concertation. » Le succès de la filière repose également sur « un savoir-faire historique en matière de sélection, des conditions pédoclimatiques favorables et des réseaux de production stables et sécurisés ». Et puis la filière doit approvisionner un marché national important : « La semence est le premier maillon de la chaîne agricole et agroalimentaire. Et, en France, les agriculteurs apprécient d’utiliser des semences contrôlées et certifiées. Se faisant ils misent sur la pureté de l’espèce et le renouvellement du matériel génétique. L’utilisation de semences certifiées correspond quelquefois à une exigence des transformateurs. C’est le cas des malteurs pour l’orge de brasserie par exemple. » La filière bénéficie d’une démarche de recherche et d’innovation, avec 131 stations de recherche, et un budget total consacré à la recherche de 375 M€, soit 13 % du chiffre d’affaires des entreprises. « L’objectif de cette recherche, c’est de pouvoir proposer un panel de semences certifiées qui répondent aux attentes des utilisateurs que ce soit pour l’alimentaire ou l’industrie. » Le catalogue officiel des espèces et variétés végétales continue de s’étoffer : 530 nouvelles variétés y ont été inscrites en 2015 en France. Il en contient désormais 6 000, contre 3 500 en 2000, l’augmentation des inscriptions étant plus marquée pour les semences potagères et de céréales à paille. Enfin, le succès de la filière repose sur la qualité des semences qu’elle procure. Une qualité obtenue grâce à l’inscription au catalogue officiel et aux contrôles de qualité des semences effectués par le Soc, service technique du Gnis, sous le contrôle de l’État, « et qui représente 70 % de l’activité du Gnis ». Ce savoir-faire français en matière de production de semences et plants est reconnu à l’international : « Des sélectionneurs étrangers viennent faire produire leurs produits en France, c’est notamment le cas de bulbes d’oignons hollandais », illustre Yves Amiet. Biodiversité et biotechnologies Pour rester sur cette dynamique, la filière devra relever plusieurs défis : « Il faut faciliter l’accès aux ressources génétiques tout en continuant à financer efficacement la recherche, et faciliter aussi l’accès aux biotechnologies vertes pour tous les sélectionneurs, y compris bios », indique Yves Amiet. Concernant l’accès à la ressource génétique, la position du Gnis est la suivante : « Nous considérons que la biodiversité doit être la plus accessible possible. Nous ne sommes donc pas pour le brevetage du vivant. Mais nous estimons que l’accès à cette ressource doit se faire de manière organisée. » Dans le cadre de la loi biodiversité, un décret doit préciser les modalités d’accès aux ressources génétiques, et des engagements internationaux sont en cours en la matière. En attendant, le Gnis, et l’ensemble de la profession, participent à la constitution et à la gestion de collections variétales visant à la préservation de ce patrimoine génétique. En parallèle, le financement de la recherche « qui vise à créer de nouvelles variétés répondant aux besoins des marchés, avec davantage de saveurs, de résistance », doit se poursuivre. Actuellement, le processus de sélection d’une nouvelle variété dure une douzaine d’années. L’utilisation de biotechnologies vertes, reposant notamment sur l’utilisation de marqueurs génétiques, permet de raccourcir ces délais. Pour créer un maximum de diversité génétique dans toutes les productions, le Gnis souhaite que l’ensemble des sélectionneurs aient accès à ces biotechnologies « dans un cadre réglementaire adapté, qui permette d’être le plus prudent et le plus respectueux possible de l’environnement ».

Filière semences et plants dans l’est de la France

Un potentiel grainier qui ne demande qu’à essaimer

Publié le 16/01/2017

Cette année, la délégation régionale Est du Gnis tenait sa réunion de fin de campagne 2015-2016 en Alsace, région où la surface dédiée à la production de semences a plus que doublé en quatre ans, du fait du lancement d’une filière maïs semences par le Comptoir agricole. Et la production de semences a encore un bel avenir devant elle…

La délégation régionale Est du Gnis couvre la région Grand Est, la région Bourgogne Franche-Comté (à l’exclusion de la Saône-et-Loire), et le département de Seine-et-Marne. La région cultive le tiers des surfaces nationales en production de semences de céréales à paille et de protéagineux, avec 52 700 hectares en céréales et 3 500 ha en protéagineux. Elle couvre également 20 % des surfaces en multiplication de fourragères avec plus de 8 000 ha. Les oléagineux couvrent un peu plus de 1 300 ha. Il s’agit de tournesol en Alsace (476 ha), et plutôt de colza dans les autres départements. Ces surfaces sont à peu près stables depuis cinq ans, sauf dans deux départements où elles augmentent. Le département de la Meuse a augmenté de 20 % ses surfaces en céréales à paille. Le Bas-Rhin a démarré la production de semences de maïs avec 27 ha en 2013, pour atteindre 1 102 ha à la récolte 2016. Désormais, 1 538 ha sont consacrés à la production de semences en Alsace (776 dans le Bas-Rhin et 762 dans le Haut-Rhin). Une belle progression, mais cela reste peu par rapport aux deux départements qui produisent le plus de semences au sein de la délégation : la Marne arrive en tête avec 18 806 ha, suivie par la Seine-et-Marne, avec 11 044 ha. « Dans ces deux départements, les agriculteurs ont l’habitude de produire des semences. Jusqu’à récemment ce n’était pas le cas en Alsace. Mais depuis quatre ans le Comptoir agricole a investi dans la production de semences de maïs, qui représente une diversification à haute valeur ajoutée pour les agriculteurs », commente Yves Amiet, délégué régional du Gnis pour la région Est. Autre évolution à venir au sein de la délégation, le Jura, département où la production de lait AOC est importante, est engagé dans une dynamique de production de semences fourragères adaptées au terroir afin de faciliter l’entretien, la restauration, ou le remplacement des prairies. « La production de semences fourragères est assez tributaire du climat, mais les règles d’isolement, et les besoins en main-d’œuvre sont peu contraignants », note Yves Amiet. Opération communication En 2017, le Gnis Est va poursuivre sa mission de mise en œuvre de la convention phytosanitaire qui consiste, pour le compte du Service régional de l’alimentation (Sral), à contrôler et émettre les passeports phytosanitaires des semences et plants qui partent à l’export et qui certifient que les marchandises sont exemptes de maladies ou d’organismes nuisibles. Le Gnis Est se fixe également pour objectif d’intensifier ses actions de communication sur la filière semences et plants auprès des agriculteurs, de l’enseignement, des Organisations professionnelles agricoles, des collectivités locales et du grand public. Il sera présent à la foire de Châlons-en-Champagne et à celle de Sedan, ainsi qu’au Salon Agrimax à Metz. Le Gnis va aussi poursuivre son partenariat avec les établissements agricoles, auxquels il fournit les semences nécessaires à l’installation de collections fourragères qui permettent aux élèves d’observer ces espèces à différents stades de développement dans les conditions pédoclimatiques locales. Le Gnis organise également un concours sur le thème des prairies à destination des élèves des établissements agricoles. Le jury du concours prairies se tiendra cette année le 20 juin à Reims. Un projet de rénovation des prairies permanentes Le Gnis Est va poursuivre son projet de rénovation des prairies permanentes en Lorraine, en Franche-Comté et dans la partie montagne vosgienne d’Alsace. Un projet né du constat d’une certaine dégradation de ces prairies, donc de l’intérêt de les rénover pour des éleveurs qui ont par ailleurs investi dans le potentiel génétique de leur troupeau, et qui ont donc tout intérêt à valoriser des prairies à potentiel alimentaire élevé. Ce qui passe par du sursemis ou la rénovation avec des mélanges fourragers de qualité. Ce projet, bâti en partenariat avec Arvalis-Institut du végétal, les Chambres d’agriculture du Jura, du Doubs, des Vosges et de la Moselle, donnera notamment lieu à une journée sur le thème « Mieux connaître les prairies pour mieux vendre des semences » le 2 février à Mirecourt.

Campagne Pomme de terre 2016

Rendements corrects et prix fermes

Publié le 12/01/2017

La pomme de terre n’a pas trop été à la fête au champ cette année. Elle est pourtant l’une des rares cultures à tirer son épingle du jeu en 2016.

Le printemps donne des frissons aux planteurs dès la plantation : la pluie l’a décalé de deux semaines à mi ou fin mai sur les quelque 1 500 ha réservés à la culture par un peu moins de 800 producteurs. Dans le Ried, certaines parcelles inondées n’ont jamais été plantées. L’excès d’eau compacte les sols et ralentit la croissance des tubercules. Dans certains cas, elle oblige à replanter ou à rebutter. Le mildiou exerce une pression record dès le mois de juin, obligeant à renouveler les traitements tous les quatre à cinq jours. Un feuillage bien développé fait le bonheur de l’alternaria. À l’exception des toutes premières plantations, la tubérisation est conséquente. Gale argentée et dartrose affectent la qualité visuelle des tubercules fréquemment creusés en parcelles non irriguées. Limaces et taupins ajoutent leurs dégâts sur les arrachages qui interviennent jusqu’à la mi-octobre. Le taux de matière sèche élevé ainsi que l’alternance de température et d’hygrométrie en fin de cycle rend la conservation des tubercules délicate. De bons prix Les rendements alsaciens fluctuent selon le contrôle du mildiou au printemps, l’irrigation estivale et la structure du sol. Ils sont en retrait de la moyenne nationale. Ils restent cependant corrects, voire meilleurs en variétés tardives et résistantes au stress hydrique. Les variétés primeurs reculent de 25 t/ha en 2015 à 20 t/ha en 2016. Les demi-tardives et les chairs fermes maintiennent leur score de l’année passée à respectivement 40 et 30 t/ha. Sur un marché national qui enregistre une hausse de ses surfaces de 5,3 % à 125 250 ha, l’offre reste dans une moyenne basse. En l’absence de gros stocks en conservation, les prix se raffermissent. Ils gardent leur niveau de 250 €/t en primeur et de 200 €/t en demi-tardives. À 350 €/t, les chairs fermes gagnent 50 €/t sur 2015. La marge brute hors stockage, conditionnement et autres frais spécifiques, diminue de 100 €/ha à 3 190 € en primeur, s’établit à 4 190 €/ha en demi-tardives et grimpe à 6 500 €/ha en chair ferme, soit, pour ces dernières, 1 275 € de mieux que l’an passé !  

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