Cultures

Piloter son exploitation maïsicole en 2017

« Il faut conserver une cohérence globale »

Publié le 18/01/2017

Après une année 2016 qui a vu 80 % des céréaliers français enregistrer un résultat négatif, l’heure est à la préparation de la campagne 2017 que tous les professionnels espèrent de bien meilleure facture. À ce titre, Arvalis-Institut du végétal a dévoilé, lors de sa journée technique régionale mardi 10 janvier à Sainte-Croix-en-Plaine, quelques préconisations pour piloter au plus juste son potentiel de production dans les mois à venir.

Quelle compétitivité pour les exploitations céréalières en 2017 ? Après quatre années caractérisées par la chute continue de leur chiffre d’affaires, les agriculteurs alsaciens - et français - sont certainement très nombreux à se poser cette question. Comment, après une année 2016, qui affiche un revenu courant avant impôt de - 30 000 euros par actif (estimation à mi-octobre 2016), aborder cette nouvelle année avec confiance et sérénité ? Si l’on se réfère aux données des quinze dernières années, cette situation qualifiée de « catastrophique » par tous les observateurs et les professionnels du milieu est en effet une première depuis le début des années 2000. Ce sont ainsi 80 % des exploitations céréalières françaises qui affichent un résultat négatif en 2016, soit bien plus qu’en 2013, 2014 et 2015 (un peu plus de 40 % des exploitations ces années-là). La faute, principalement, au produit des exploitations qui s’est écroulé par rapport à 2015 avec une récolte de blé très mauvaise, et une collecte de maïs trop faible. Le tout avec des prix toujours très bas, stimulés par une augmentation continue de la production céréalière dans le monde (lire en encadré). « En parallèle, il faut souligner une érosion des aides depuis plusieurs années, ainsi qu’une remontée des charges depuis trois ans. À noter néanmoins que celles-ci sont contenues par rapport à l’envolée qu’on a eue entre 2010 et 2014. Malgré tout, ces charges contenues ne peuvent pas pallier le recul du produit des exploitations », explique Nathalie Bigonneau, chef de région Est chez Arvalis-Institut du végétal. « Réfléchir en efficacité de l’euro investi » « Dans ces conditions, on peut se demander : comment piloter au plus juste sa culture en 2017 ? », s’interroge-t-elle. Si l’agriculteur ne peut influer sur les cours mondiaux ou les nuages dans le ciel, il peut en revanche effectuer plusieurs choix tactiques et stratégiques dans la gestion de son exploitation. Sur les parties « main-d’œuvre » et « charges de mécanisation (dont irrigation) » tout d’abord, qui représentent à elles seules 40 % des charges complètes d’une exploitation à dominante maïs (moyenne 2011-2015 issue de la fermothèque Arvalis-AGPM). « Ces charges sont liées aux choix de structure que l’on fait sur le moyen et long terme », indique la représentante d’Arvalis. Ensuite, il y a les frais de séchage qui représentent 12 % des charges totales, qui peuvent s’ajuster en fonction du choix des variétés, précoces ou moins précoces : « Il faut bien choisir une variété adaptée au potentiel climatique sans faire trop de paris sur les sommes de températures à venir pour optimiser les coûts de séchage. » Dans les autres charges, on trouve le fermage et les autres charges fixes qui représentent chacun 8 %, et enfin les charges opérationnelles qui constituent pas moins de 31 % du total. À l’intérieur de celles-ci, Nathalie Bigonneau distingue trois types de postes de charges à prendre en compte : les intrants « proportionnels » comme la densité de semis (à adapter au potentiel de la parcelle) ou l’azote, des postes sur lesquels il ne faudra pas « désinvestir » en 2017 au risque d’hypothéquer les rendements ; les intrants « seuil » qui peuvent avoir une réponse soit très forte, soit nulle, en fonction de la pression des risques (ravageurs, etc.) ; et les intrants dits de « capital », à savoir l’azote ou les fumures de fond, ou les herbicides qui ont comme fonction de préserver le capital de production pour les années futures. Sur ce point, Nathalie Bigonneau rappelle qu’il faut un programme avant tout « efficace » et qui ne « soit pas forcément le moins cher », et adapté à la flore et à l’infestation de la parcelle. « Dans tous les cas, il faut réfléchir en efficacité de l’euro investi, et aussi de manière pluriannuelle. On voit bien aujourd’hui les difficultés que l’on rencontre de plus en plus liées aux différents aléas, qu’ils soient économiques, ou productifs. »

Bilan de campagne maïs 2016

Une année « mitigée »

Publié le 18/01/2017

Lors de sa journée technique, Arvalis-Institut du végétal est revenu sur les points marquants de la campagne maïsicole 2016 en Alsace. Une année très moyenne au final malgré une qualité sanitaire saine, peu d’attaques de ravageurs et des rendements légèrement meilleurs qu’en 2015.

C’est la « bonne surprise » de ce début d’année : le rendement moyen en maïs grain en Alsace pour 2016 s’établit à 104 q/ha, soit 4 q/ha de plus de ce qui avait été annoncé à la fin de l’année dernière dans les différentes assemblées générales. Une information dévoilée au retour des vacances par le responsable de la filière céréales à FranceAgriMer Alsace, Jean-François Lacour, à Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis. « Il m’a expliqué qu’il se basait sur des enquêtes effectuées chez des agriculteurs pour obtenir ces chiffres, explique ce dernier. Du coup, c’est mieux qu’on croyait, même s’il nous manque toujours des quintaux. » Dans le détail, cela donne, pour la campagne maïscicole 2016, 103 q/ha dans le Bas-Rhin (114 q/ha en irrigué et 100 q/ha en non irrigué), et 106 q/ha dans le Haut-Rhin (122 q/ha en irrigué et 90 q/ha en non irrigué). La collecte est en retrait de 5 % avec 1,26 million de tonnes, tout comme les surfaces qui reculent de 4 % pour s’établir à 121 000 hectares. « C’est de plus en plus dur » Sur ces trente dernières années, Didier Lasserre fait remarquer que l’évolution des rendements en maïs grain en Alsace a tendance à augmenter de 0,81 q/ha/an. Mais si on réduit cet intervalle de temps à vingt ans, l’évolution des rendements n’est plus « que » de 0,69 q/ha/an. Et sur les dix dernières années, le constat est par contre bien moins reluisant avec une baisse observée de 0,44 q/ha/an malgré les deux années exceptionnelles que furent 2011 et 2012. « Il y a pourtant un progrès génétique qui est indéniable. Mais on voit de plus en plus les effets accrocs climatiques. Du coup, c’est de plus en plus dur. » L’année 2016 en est une très bonne illustration avec un printemps très pluvieux et un été très sec. « Il y a eu trois vagues de semis : la première vers le 10 avril, la deuxième vers le 20 avril, et la troisième début mai. Sans compter les parcelles qui n’ont carrément pas pu être semées dans le Ried ou le Sundgau. Dans ma carrière, c’est la première fois que je vois qu’on a abandonné les semis », révèle Didier Lasserre. À l’inverse, le manque d’eau pendant l’été a obligé les maïsiculteurs irrigants à effectuer de cinq à sept passages. « Une période intense qui a permis de sauver les rendements et d’établir des records à 140 ou 150 q/ha. » De très bons résultats qu’on retrouve sur certaines parcelles non irriguées qui ont bénéficié de forts orages. « Sur notre essai de Westhouse par exemple, nous avons atteint sans mal les 140 q/ha », souligne l’ingénieur d’Arvalis. Une année calme du côté des ravageurs Malgré une fin d’été et un automne plutôt sec, la récolte s’est étalée sur plusieurs semaines. La faute à une humidité qui ne baissait pas, stimulée par des températures de plus en plus fraîches. Un phénomène d’autant plus accru par la présence de variétés plus tardives semées début mai. Au final, les maïs rentrés ont 2 à 3 °C d’humidité de plus - et ce dans toutes les séries - qu’en 2015. « Heureusement, la qualité sanitaire a été saine. On n’a par exemple pas observé de contamination de fusariose. » Malgré tout, le bilan de la campagne maïsicole alsacienne 2016 reste encore et toujours meilleur que la moyenne nationale avec un écart de rendement d’environ 15 q/ha et, surtout, des secteurs bien « pires » où le niveau de précipitations a été de deux à trois supérieur à celui enregistré dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. Enfin, du côté des ravageurs, la campagne 2016 a été calme. Le cycle de la pyrale a été chaotique avec un vol perturbé par un temps frais et humide, et moins de pontes. Concernant la chrysomèle, 4 166 individus ont été capturés sur 136 pièges. Et même si cela représente plus du triple qu’en 2015 (1 249 captures), cela reste « négligeable » à l’échelle une région comme l’Alsace aux yeux de Didier Lasserre. « Surtout que, si l’on regarde de plus près, on s’aperçoit que 90 % des captures sont concentrées sur deux pièges. Ce qui nous indique aussi que le confinement fonctionne plutôt bien. » À titre de comparaison, ce sont 18 000 chrysomèles qui ont été capturées en Allemagne, réparties sur une cinquantaine de pièges, dont certains concentrent également le gros des captures.

Sucrerie Cristal Union d’Erstein

Verdict final : 77,6 t/ha à 16 %

Publié le 17/01/2017

La campagne betteravière 2016 n’a pas été de tout repos : les excès climatiques ont eu raison des rendements et réduit la durée de la campagne. Le résultat n’est pas à la hauteur des espérances des planteurs.

Surfaces en hausse, tonnages en baisse : la campagne betteravière 2016 se solde par un bilan mitigé. 6 745 hectares de betteraves à sucre ont été plantés en Alsace l’an dernier, indique René Schotter, vice-président de Cristal Union. Le rendement utile s’est élevé à 69,8 t/ha, pour une richesse de 17,44 %. Ramené à 16 %, le rendement s’établit donc à 77,6 t/ha. « Nous avons constaté de gros écarts de rendement et des décrochages », explique-t-il. « Vous avez produit 523 000 tonnes de betteraves, dont 411 000 t de betteraves du quota », précise Laurent Rudloff, responsable du service agrobetteravier de l’usine d’Erstein. Une partie des betteraves industrielles sera transformée en betteraves du quota, ce qui permet d’améliorer la rémunération des planteurs. « Au final, suite à la compensation, 78 % des betteraves seront payées au prix des betteraves du quota. » Le bâchage a encore montré son efficacité, cette année, indique René Schotter : « Nous avons bâché 1 100 ha, soit 18 % des betteraves, pour un coût de 0,10 € pour toutes les tonnes chargées. » Par contre, la tare déchet/NL (10,2 %) est plus élevée que d’habitude, en raison de la présence de feuilles et de liseron. « Si nous ne contrôlons pas suffisamment le liseron, nous aurons des problèmes avec les entrepreneurs, à l’avenir. Essayons de suivre les conseils des techniciens qui préconisent de traiter les parcelles de maïs de manière à se débarrasser du liseron pendant deux ou trois ans. » Une campagne sucrière courte Conséquence de la baisse des rendements, la durée de la campagne sucrière a été relativement courte : « Le 20 décembre, nous avions terminé et nettoyé l’usine », explique René Schotter. L’an prochain, la campagne devrait durer plus longtemps, du fait de l’augmentation substantielle des surfaces : « Nous dépasserons allégrement les 100 jours. » La cadence de l’usine était moins régulière qu’en 2016, suite à quelques pannes de la chaudière et l’épierreur. « Par contre la cristallisation a été moins performante. Ce point particulier sera étudié de près durant l’intercampagne afin d’améliorer les performances de cet atelier. » Le prix des pulpes de betterave surpresssées a été revu à la baisse (près de 10 %) pour être en phase avec les prix des céréales, souligne René Schotter.

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