Cultures

Publié le 27/02/2017

À Urschenheim, Stéphane Bellicam reste fidèle aux pratiques de fumure qui lui procurent des rendements de bon niveau. Mais il est attentif au moindre ajustement qui peut améliorer son bilan agronomique et/ou environnemental.

Pourquoi modifier une recette qui fonctionne correctement depuis 2008 ? C’est la réflexion de Stéphane Bellicam quand il parle de la stratégie de fumure qu’il applique à ses deux cultures principales : maïs grain et betterave. Le jeune agriculteur a intégré l’exploitation comme salarié en 2009 et en est devenu le cogérant avec sa mère Alice en 2013. Son parcellaire regroupé sur le village est intégralement irrigué à 60 % par des enrouleurs et 40 % par pivot ou rampe. Ses sols argilo-limoneux légers rencontrent le gravier à cinquante, voire même déjà à trente centimètres. La rotation se résume à cinq ans de maïs suivis d’un an de betterave. Le soja ne rentre vraiment dans ce circuit qu’en 2017. Stéphane décide de sa fumure sur maïs en se référant à un historique d’analyses répétées tous les trois ans pour juger de l’évolution des taux de phosphore et de potasse. « Si je constate une carence, mon but est de recréer l’équilibre. Dans les faits, je sème des variétés de plus en plus tardives. Elles donnent des plantes costaudes qui restituent beaucoup de potasse à la récolte. De plus l’engrais ternaire de printemps en fournit 50 unités. De ce côté, je suis assez tranquille. En phosphore, j’apporte tous les ans une dose d’entretien de 90 unités/ha sur toute la surface en maïs » précise le jeune agriculteur. Il définit la dose d’azote en se basant sur un rendement objectif déjà atteint par le passé. En quelques années, le potentiel génétique l’a incité à monter de 235 à 250 u/N/ha. Ce volume est fractionné en trois. 55 u/ha sont amenés fin mars par l’engrais ternaire. Le solde est réparti en deux parts égales fin mai et vers la mi-juin. Le premier est sous forme de granulés d’urée, le second sera, cette année, conditionné avec un retardateur de nitrification. Stéphane a testé cette possibilité en 2016. Il l’adopte en 2017 sans pouvoir chiffrer l’intérêt de la chose, la différence constatée se limitant surtout à une impression visuelle. Deuxième poste des charges opérationnelles En betteraves, Stéphane se contente de 50 u/ha de phosphore et de 207 u/ha de potasse. « Je me permets ces niveaux car j’estime que mes sols ne sont pas bloqués » dit-il. Il se montre très pointu sur l’azote. Il effectue une analyse de reliquat chaque année. Il prend l’échantillon en sélectionnant un endroit mêlant terre et cailloux. Il prélève en une dizaine d’endroits à deux horizons, à 30 cm et plus profond si le terrain s’y prête. Il fixe son objectif de l’année en se calant sur la moyenne des cinq dernières campagnes. En 2016, Stéphane a amené un total de 180 u/N/ha. Il a commencé par mettre son ternaire la troisième semaine de mars après un passage de vibroculteur et au plus proche de la date de semis. Il a complété cette dose initiale de 35 unités N/ha par deux apports égaux d’urée fin avril et à la mi-mai. En 2017, sa troisième formule contiendra également un retardateur de nitrification. « Même s’il y a un surcoût et si le résultat final ne montre pas d’écart avec l’urée classique, j’essaie de répondre au mieux aux besoins de la plante avec un maximum d’efficacité de l’engrais apporté. D’un autre côté, je me dis que c’est un plus pour l’environnement. Quand je discute avec des promeneurs, je constate qu’ils apprécient que les agriculteurs prennent des initiatives pour adopter des pratiques qui vont dans le bon sens ». Stéphane commande individuellement et s’approvisionne toujours chez un même fournisseur. Il charge sa benne au dépôt et épand son chargement dans la foulée. Il a renouvelé son épandeur en 2013. Ce matériel porté qui projette les granulés à 24 m est équipé pour la coupure des tronçons. Stéphane l’a choisi pour éviter les surdosages par recouvrement. Le poste fumure constitue sa deuxième dépense en charges opérationnelles, après l’irrigation, mais avant les semences et les produits phytosanitaires. L’évolution de ce coût d’une année sur l’autre reflète surtout les variations du cours des engrais plus que des choix techniques. Le contexte de rentabilité actuel des productions végétales le pousse à travailler de manière à éviter tout gaspillage. S’il a diminué les doses de P et de K encore courantes sur maïs en 2000, il n’ira pas jusqu’à faire l’impasse sur sa fumure de fond. « Un de mes voisins l’a fait, apparemment sans conséquence sur le rendement. Mais je suis réticent à cette idée. En abuser, c’est, je pense, prendre un risque. S’il est un jour avéré, il faudrait énormément de temps pour recréer un équilibre ». À l’avenir, Stéphane estime que tôt ou tard il s’équipera d’un matériel capable de moduler les doses au sein d’une même parcelle en fonction d’une cartographie.

Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), Arvalis-Institut du végétal, Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles (FRSEA Grand Est)

Le rendez-vous des irrigants

Publié le 20/02/2017

Organisé à Offendorf, Fessenheim et à Ebersheim les 6, 7 et 9 février, le premier rendez-vous des irrigants a attiré plusieurs centaines d’agriculteurs de la région. L’occasion de s’informer sur la réglementation, mais également sur de nouvelles méthodes de travail.

Pour irriguer, il faut que les conditions météorologiques le nécessitent. Et, sur ce point, l’année 2016 a été particulièrement atypique. Pour le blé, après un printemps frais et humide, il n’y a pas eu besoin d’irriguer. Les rendements moyens en Alsace ont été de 51 quintaux. Pour le maïs, l’humidité pendant les semis a posé de nombreuses difficultés. Mais, après une grosse période pluvieuse, la sécheresse a nécessité, à partir de début juillet, une irrigation jusqu’au mois de septembre. Les rendements moyens ont été de 100 q tous secteurs confondus. Mais, l’irrigation a été variable selon les secteurs. Elle a souvent démarré dans les sols superficiels, puis dans les sols plus profonds. Il a fallu entre quatre et dix tours d’eau selon les secteurs géographiques. Pour le soja, la même période de sensibilité que pour le maïs, de début juillet à fin août, a requis des besoins en eau inférieurs. Pour informer les agriculteurs, le « Flash Irrigation » est désormais un outil d’aide à la décision particulièrement utile et performant. Il informe de la météo et du besoin en eau par culture (réel et prévisionnel), propose un réseau de suivi tensimétrique et donne le conseil du moment par secteur et par type de sol tout en assurant un suivi sur l’humidité du maïs en fin de saison. Pour s’abonner, il faut, au préalable, adhérer au « Pack Essentiel ». 88 % de l’irrigation vient de la nappe phréatique Concernant la philosophie générale de l’irrigation, en Alsace, elle ne pose aucune difficulté « morale » dans la mesure où 88 % de l’approvisionnement vient de la nappe phréatique, 9 % des canaux de la Hardt alimentés par le Rhin, 3 % des rivières vosgiennes gérées par des syndicats d’eau. « Il n’y a pas de soucis de quantité d’eau en Alsace », a-t-on précisé. En revanche, les agriculteurs peuvent influer sur les coûts de leur irrigation car en moyenne, l’énergie représente 50 % de la charge d’irrigation. « Les paramètres qui influencent cette consommation énergétique concernent les caractéristiques de la station de pompage (niveau de l’eau, performances de la pompe), les canalisations d’amenée d’eau (diamètre, longueur, matériaux, coudes) et l’enrouleur (longueur, diamètre, pression au canon, débit). Le débit est donné par le diamètre de la buse et la pression de service ; l’augmentation de pression va créer des gouttelettes qui vont accentuer la sensibilité au vent. Concernant les pertes de charges ou de pression, il faut distinguer les pertes singulières (coudes, vannes) et les pertes linéaires (frottement dans les conduites) qui vont dépendre du diamètre. Plus il sera petit, plus la perte de charge sera importante. Elles vont également dépendre de la longueur d’amenée, mais également du débit », explique Jonathan Dahmani, conseiller irrigation à la CAA. Il y a une grande variabilité en fonction du système d’irrigation utilisé. La Chambre a ainsi mené une série de tests pour connaître la différence de coûts. Quatre systèmes ont été étudiés : enrouleur avec énergie thermique, enrouleur avec énergie électrique, pivot une rampe avec énergie thermique et pivot une rampe avec énergie électrique. Lorsque la ressource est non limitante comme en Alsace avec la nappe phréatique, il faut s’interroger sur le choix et le type de buse de l’enrouleur. Enfin une pompe ou un moteur fatigué a beaucoup plus d’influence sur la consommation que la cylindrée. Redevance sur l’eau Concernant les points réglementaires, à Ebersheim, le secrétaire général de la Fdsea du Bas-Rhin Gérard Lorber a précisé les contours réglementaires de la redevance pour l’eau. « Elle a été mise en place il y a longtemps et elle est régie par la loi sur l’eau. Un arrêté précise que toute personne qui pompe de l’eau est censé la mesurer. Il fallait donc une mesure de captage direct. Les compteurs horaire ou volumétrique sont autorisés sauf pour les rivières. Il y a également obligation pour les exploitants de tenir un registre. Les compteurs qui ont plus de neuf ans sont à changer pour la campagne 2018 ». Enfin, Patrice Denis et Jonathan Dahmani ont évoqué la directive Nitrates dans le cadre du cinquième programme, spécifiquement sur la couverture des sols.

Colza en difficulté en sortie hiver

Conserver ou remplacer

Publié le 19/02/2017

Dans de nombreux secteurs de Lorraine où l’eau a manqué en août et septembre, les conditions difficiles d’implantation du colza ont fortement pénalisé les levées ou retardé les semis.

Certains colzas, levés tardivement, sur la deuxième quinzaine de septembre, présentaient souvent une faible biomasse et un stade inférieur à huit feuilles au début de l’hiver. Les conditions très froides de janvier ont pu aussi impacter les petits colzas avec des pertes de plantes car les plantes peu développées présentent des niveaux de tolérance au froid inférieurs à un colza bien développé. La sortie d’hiver est la bonne période pour réaliser un diagnostic de conservation ou remplacement de la culture. Évaluer le potentiel du colza Avant toute chose, retourner un colza est rarement rentable. Il est donc nécessaire d’évaluer le potentiel réel du colza en place avant de prendre toute décision de retournement. Différents critères entrent en considération comme le peuplement et la biomasse. Le contexte de la parcelle - hydromorphie, enherbement, défaut d’enracinement et dégâts de ravageurs qui sont des facteurs aggravants - est aussi important à prendre en compte. Les tableaux ci-contre aideront à prendre la décision de conserver ou remplacer le colza. Un colza avec une densité comprise entre 5 et 10 pieds/m2 et une très faible biomasse (< 100 g/m2) peut éventuellement être conservé en sol profond si aucun autre facteur aggravant n’est présent, avec une altération du potentiel. En sol superficiel, il est préférable d’envisager un retournement du colza, le potentiel de la culture ne sera pas suffisant. C’est à partir d’une densité de 10-15 pieds/m2 que la culture ne doit pas être, a priori, retournée, tout dépendra de la présence de facteurs parcellaires aggravants (attaque sévère de ravageurs, enherbement). Au-delà d’une biomasse de 600 g/m2, le colza doit être conservé. Et les parcelles hétérogènes ? Et les cultures désherbées ? On observe souvent des parcelles dont une partie comporte des peuplements et des stades corrects alors qu’un peu plus loin la population de colza est faible avec des plantes chétives (zones argileuses). La règle de décision proposée dans le tableau ci-dessus vaut aussi pour les conditions intra-parcellaire : inutile de laisser des surfaces en mauvais état à l’intérieur des parcelles car elles risquent de se salir rapidement au printemps et ont un potentiel de rendement très limité. Si une décision de remplacement de la culture du colza est prise, toutes les cultures ne sont pas possibles. Le choix de la culture de remplacement doit être raisonné selon le désherbage réalisé sur la parcelle.

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