Syndicat des producteurs de myrtilles de France
La drosophile suzukii, ce « fléau »
Syndicat des producteurs de myrtilles de France
Publié le 02/04/2017
Le 24 mars, le syndicat des producteurs de myrtilles de France s’est réuni dans les locaux d’Alsace Appro, à Sigolsheim, pour faire le point sur les méthodes de lutte contre la drosophile suzukii. Un « fléau » de plus en plus inquiétant pour le petit fruit violet.
C’est l’histoire d’une petite mouche qui aime trop le violet. Apparue en France en 2009, et hypermédiatisée en Alsace en 2014 pour les ravages causés dans le vignoble, la drosophile suzukii a fait de la myrtille l’un de ses autres plats favoris. Comme l’ensemble des producteurs de fruits touchés par ce « fléau », les producteurs de myrtilles français sont à l’affût de toutes les solutions permettant de lutter contre cet insecte venu d’Asie. C’est dans cette optique que le syndicat des producteurs de myrtilles de France (SPMF) a souhaité rencontrer des représentants des Fredon Alsace et Lorraine, de la Chambre d'agriculture d’Alsace et du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL), le 24 mars dernier à Sigolsheim, la veille de son assemblée générale qui s’est tenue à Guewenheim. Comme le rappelle la présidente du SPMF, Caroline Barbier, les enjeux sont immenses pour la filière myrtille, aussi petite soit-elle dans le paysage agricole français : « Certains d’entre nous ont perdu 25 % de leur production à cause de cet insecte, avec une perte de chiffre d’affaires qui peut s’élever à 50 000 €. » Un montant important qui illustre assez bien l’inquiétude des producteurs de myrtilles français au sujet de cette mouche. Des méthodes de lutte inégales Reste à faire le tri entre les traitements homologués - et pas toujours efficaces à 100 % -, les traitements plus efficaces - mais non homologués en France -, la lutte préventive à base d’addition de saccharose, et des solutions plus « artisanales » comme l’augmentation du nombre de cueillettes dans une même semaine. « Idéalement, il faudrait que cela soit fait tous les deux jours pour limiter les risques de contamination par la drosophile. Ce serait plus efficace que de traiter une fois par semaine », explique Stéphanie Frey, conseillère en arboriculture à la Fredon Alsace. Une méthode de lutte « difficilement applicable » pour la trentaine de producteurs de myrtilles présents. « Ça peut convenir à la framboise. Pour la myrtille, c’est plus compliqué, notamment en libre cueillette. Même dans des fruits pas mûrs, il y a déjà des larves qui bougent. Du coup, à moins que le fruit serve pour la transformation ou la congélation, c’est difficile de vendre ça aux clients. Il ne faut pas se faire d’illusion : un fruit frais et mûr, c’est difficile à obtenir avec cet insecte dans les parages », témoigne l’un des membres du syndicat. Une autre stratégie de lutte évoquée est celle du « push pull » qui consiste à attirer la drosophile suzukii vers des plantes à baies sans émergence. « Cela veut dire que les œufs ne s’y développent pas, enrayant ainsi le processus de reproduction », explique Marie-Laure Schnell, de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Une idée séduisante sur le papier, mais qui pose un problème de taille dans la pratique : trouver une plante qui fructifie en même temps que la myrtille. « Notre culture vient après les autres petits fruits, du coup, cela complique la donne », indique un autre membre du syndicat. Par contre, les producteurs de myrtilles peuvent sans mal appliquer certaines mesures comme une bonne aération des plantations par le biais de la taille, ou le maintien de l’enherbement au ras du sol afin de diminuer l’humidité au sein de la parcelle. « Si l’herbe est haute, la drosophile va rester là tout le temps », fait remarquer Marie-Laure Schnell. Un insecte « opportuniste » Cet insecte est en effet friand d’eau, mais sait aussi résister au froid, au grand dam des producteurs. « On en observe en milieu sauvage à plus de mille mètres d’altitude », déplore l’un des membres vosgiens du syndicat. Elles semblent aussi s’accoutumer assez bien aux températures négatives. « En Lorraine, on a observé des vols à - 10 °C dans les forêts et les vergers. Elles ont le même comportement qu’en été, même si elles sont présentes en plus faible nombre », développe l’animatrice arboricole de la Fredon Lorraine, Marie Laflotte. Néanmoins, le coup de froid ressenti au mois de janvier permet, selon elle, d’espérer un départ de population plus calme. « Mais c’est vrai que c’est un insecte qui supporte assez bien les longs hivers, contrairement aux alternances de températures qu’il a plus de mal à gérer », poursuit-elle. La drosophile suzukii est également « opportuniste » si l’on se fie aux observations de terrain effectuées par les techniciens. « Grâce à plusieurs capteurs, cette mouche peut sentir les dangers. Du coup, quand elle se sent attaquée, elle va se réfugier dans le gui. Ce qui la met à l’abri de toute menace. C’est un insecte vraiment très opportuniste », complète Marie-Laure Schnell. Reste la solution de rendre la drosophile suzukii vulnérable à ses prédateurs naturels, que sont les oiseaux. Une option retenue par Bernard Gsell, arboriculteur à Sigolsheim, pour protéger son verger d’arbres fruitiers contre les ravageurs provenant de la forêt voisine. Son installation est récente, il n’a donc pas de recul à l’heure actuelle pour juger de son efficacité. Par contre, il observe que les oiseaux nichés dans la forêt plongeaient au niveau du filet pour reconstituer leur garde-manger. « On ne peut rien en déduire pour le moment, mais c’est un ballet qu’on observe quotidiennement », témoigne l’arboriculteur. Et si la petite mouche devenait le plat principal de son histoire ?












