Cultures

Publié le 05/10/2017

La campagne betteravière a démarré le 12 septembre et se terminera début janvier 2018. Une campagne plus longue que les précédentes donc pour les planteurs qui approvisionnent l’usine d’Erstein, situés sur une vaste zone couvrant l’Alsace, la Moselle et les territoires frontaliers allemands. Une zone qui a d’ailleurs enregistré cette année une augmentation des surfaces dédiées à la betterave de 10 % en moyenne. À la fin de cette semaine (semaine 40), 20 % des surfaces auront été arrachées. Le rendement s’établit à ce jour à environ 78 tonnes à 16 ° à l’hectare, pour une richesse moyenne de 17,50 °, après une semaine remarquable à près de 18 °. Les betteraves qui ont jusqu’ici approvisionné la sucrerie sont propres, grâce aux très bonnes conditions d’arrachage fin septembre et au chargement par avaleurs. Les pluies annoncées sont cependant les bienvenues car les sols commencent à devenir très secs. C’est donc un bon démarrage de campagne pour la sucrerie d’Erstein.

Betteraves sucrières

Tous contre la cercosporiose !

Publié le 05/10/2017

Le service agronomique de Cristal Union et l’équipe agrobetteravière de la sucrerie d’Erstein, en collaboration avec les sociétés SESVanderHave et Syngenta, ont organisé une rencontre technique sur le thème de la cercosporiose dont la virulence croît chaque année en Alsace depuis quatre ans. Plus d’une centaine d’adhérents sont repartis avec de nouvelles clés pour maîtriser cette maladie en Alsace.

La cercosporiose. C’est la bête noire des betteraviers alsaciens. Car la maladie est désormais très présente sur l’ensemble du territoire, et particulièrement dans les secteurs irrigués. En outre, les fortes attaques de 2016 et 2017 ont mis à jour des souches de champignon résistantes aux fongicides. L’homologation du cuivre pour lutter contre la maladie aide beaucoup les betteraviers. Mais il faut aller plus loin, notamment en matière de génétique. « De nouvelles variétés arrivent sur le marché, avec des différences de comportement importantes. Il nous a donc paru important de faire le point sur la maladie », indiquait Michel Butscha, adjoint au responsable du service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein, en préambule de cette rencontre technique. Des outils de suivi de la maladie existent, comme CercoTOP, mais « doivent encore être optimisés pour accroître leur précision dans la détermination de l’apparition de la maladie, ce qui permettra d’améliorer le positionnement des traitements parfois trop tardifs ». En effet, pour lutter efficacement contre la cercosporiose, il s’agit de commencer à traiter avant même l’apparition des symptômes : « Si on voit des taches, il est trop tard, on ne fera plus que courir derrière la maladie », commente Michel Butscha. Autre problème : la cercosporiose n’est pas le seul ennemi de la betterave. « On ne peut pas relâcher la pression sur les autres parasites. Il s’agit donc de privilégier des variétés qui cumulent plusieurs tolérances », estime Michel Butscha. Et donc aussi accepter la baisse du potentiel de rendement de ces variétés multitolérantes. « C’est un virage à prendre pour être plus serein à l’avenir. Car sachant que la multiplication des traitements n’est pas une solution envisageable, ce n’est que par la génétique que la lutte progressera », estime Michel Butscha. Qui déroule une série de scénarios, avec des variétés plus ou moins tolérantes, des stratégies de traitements plus ou moins coûteuses et plus ou moins efficaces. Et dont il ressort que la marge est plus intéressante dans les stratégies utilisant des variétés tolérantes à la cercosporiose. Car leur moindre productivité est compensée par des traitements moins coûteux et/ou par une perte de rendement imputable à la cercosporiose moins importante qu’avec une variété sensible. Résistance multigénique Camille Barre, sélectionneuse au sein de la société SESVanderHave, a détaillé le mode d’action de l’agent pathogène, qui entre dans les plantes en passant par les stomates, puis se développe entre les cellules. Avec la lumière et la chaleur, le champignon va produire de la cercosporine, une phytotoxine qui va tuer les cellules des feuilles. Le champignon se développe d’abord dans les feuilles les plus anciennes, puis sporule et s’attaque aux feuilles nouvellement émises par la betterave. Mais pour produire de nouvelles feuilles, la betterave puise dans ses réserves, d’où les pertes de rendement enregistrées. Pour élaborer de nouvelles variétés, combinant tolérance à la cercosporiose et rendement, la société SESVanderHave met à profit les avancées permises par les nouvelles technologies. Les notations sont effectuées à partir d’images acquises par des caméras embarquées dans des drones. La présence de gènes de résistance dans le matériel végétal est vérifiée par des analyses moléculaires, ce qui permet d’accélérer le cycle de sélection. « Notre objectif est d’aboutir à une résistance multigénique, avec plusieurs gènes qui font barrière à l’agent pathogène. Il s’agit d’une résistance plus stable, plus difficile à contourner, mais aussi plus lente à transférer », indique Camille Barre. C’est pourquoi regrouper des gènes de résistance dans du matériel végétal constitue l’un des axes de travail du projet Aker, qui vise à améliorer la compétitivité de la betterave. Une résistance aux strobilurines exponentielle Si la lutte génétique progresse, la lutte chimique reste un complément indispensable. Il est donc nécessaire de gérer les problèmes de résistance aux fongicides afin de maintenir la productivité de la culture. « Des isolats de l’agent pathogène résistants à différentes familles chimiques existent naturellement, indique Frédéric Cannaert, chef de marché betterave chez Syngenta. C’est la pression de sélection exercée par certaines pratiques agricoles qui peut faire basculer l’équilibre entre les différents isolats, conduisant au développement de résistances et à une baisse d’efficacité des fongicides. » Un phénomène qui peut être accéléré par une mauvaise utilisation des fongicides. Il s’agit donc de veiller à les utiliser « au bon moment, à la bonne dose, à la bonne cadence, et avec une bonne qualité de pulvérisation ». (NDLR : lors de cette réunion, les coopérateurs ont d’ailleurs pu observer, grâce à un dispositif de démonstration, comment optimiser la qualité de pulvérisation et limiter les effets de la dérive.) Malgré ces mesures de précaution, la résistance de l’agent de la cercosporiose aux strobilurines est exponentielle : « De 9 % d’isolats résistants en 2013, nous sommes passés à 88 % d’isolats résistants en 2017 », indique Frédéric Cannaert, sachant que les prélèvements sont effectués là où des cas sont soupçonnés. Afin d’élargir l’éventail des solutions de lutte chimique, Syngenta a déposé une demande d’autorisation de mise sur le marché pour un produit phytosanitaire associant deux formes de cuivre à d’autres matières actives présentant différents sites d’action dans la cellule. Un produit qui pourrait être commercialisé en 2019, voire avant. Un paquet génétique lourd à porter Ce produit, qui vient d’obtenir une dérogation temporaire pour cet usage, a d’ailleurs été testé cette année dans un essai portant sur la stratégie de lutte fongicide réalisé à Schoenau. Si l’essai a confirmé l’efficacité du produit, il n’en reste pas moins que son application correspond à une forte dose de cuivre, dont le devenir dans le sol pose question. Des alternatives au cuivre ont donc été testées, avec parfois des résultats encourageants, constituant autant de pistes à creuser. Conduits par William Huet, responsable du département agronomie et services aux adhérents du groupe Cristal Union, les planteurs ont ensuite pu visiter la plateforme qui présente plus de 88 variétés : « Cette parcelle a dû être traitée, sinon on n’aurait rien vu tellement la pression en cercosporiose était importante, a-t-il indiqué. Il faut surtout regarder ce qui a été perdu au niveau des feuilles, parce qu’une betterave peut être verte parce qu’elle a émis de nouvelles feuilles. Mais cela se traduira par une perte de richesse. » Au fil des variétés, il commente : « En plus d’être tolérante à la cercosporiose, la variété idéale devrait aussi l’être au rhizoctone, à la rhizomanie, aux nématodes… Ça fait un paquet génétique lourd à porter. »

Publié le 29/09/2017

L’engouement pour la farine et les produits qui en sont issus incite l’abbaye de l’Oelenberg à Reiningue, près de Mulhouse, à accorder plus de surface au blé dans l’assolement de sa ferme et à en revoir le stockage.

Les meules du moulin de l’abbaye de l’Oelenberg écrasent le grain depuis près de deux siècles. Un temps largement suffisant pour faire la réputation de sa farine. Chaque année, cet outil « à l’ancienne » produit environ 1 100 t de farine aux six céréales et aux trois graines, complète, de type 45 et 55. Les trois quarts de la matière première proviennent actuellement des collecteurs locaux qui garantissent la provenance alsacienne des grains. Cette proportion devrait baisser à l’avenir. Le blé cultivé sur la ferme est promis à une plus belle place. François Dietsch, chef de cultures depuis 1989, l’implante après labour et passage d’un rouleau spire et d’une herse rotative dans des parcelles bien pourvues qui lui permettent de faire l’impasse sur P et K. Il sème en ligne à 320 grains/m² autour du 15 octobre. Il répartit le risque d’une mauvaise récolte avec les quatre variétés que sont Absalon, Cellule, Fructidor et Aplomb. « La palette disponible est suffisante. Il n’y a pas besoin de revenir en arrière avec des variétés plus anciennes » estime François. En apportant un total de 185 à 190 unités d’azote dont 40 en sortie d’hiver, 120 au stade épi 1 cm et le solde en mai, il vise un taux de protéines de 11,5, un niveau qu’il a mesuré dans la trémie de la moissonneuse en 2017. Le blé répondant aux critères meuniers souhaités est stocké à plat avant transfert au moulin en fonction de ses besoins. Le projet de l’abbaye est d’acheter un peu moins de charges de blé « prêt à moudre » pour au contraire en stocker jusqu’à 400 t dans de nouveaux silos, le double de la capacité actuelle, et de réaliser des mélanges en propre. Le blé va gagner sur le maïs grain qui se passe d’irrigation. François en échelonne pour l’instant la récolte grâce à six variétés entre 270 et 320 d’indice. « Je ne sèmerai plus les plus précoces » dit-il. D’habitude, il pratique un labour d’hiver et reprend deux fois au vibro avant de semer à 92 000 grains/ha, d’apporter 150 kg de 18-46 sur la ligne en starter, de 80 à 100 unités de potasse au stade 4-5 feuilles et 350 kg d’urée en plein. Un anti pyrale est appliqué sur 40 ha. Mais « ces dernières années, c’est devenu compliqué. Les parcelles alluvionnaires sans réserve utile et les talus autour de l’abbaye se révèlent très séchants en l’absence d’une pluviométrie suffisante ». François juge que la régression de la sole maïs ne sera pas forcément pénalisante pour la ferme. Le retour du colza l’érode elle aussi. Après une pause de vingt-cinq ans, François a semé au 25 août dernier 12,5 ha de Delphi dans les alluvions. Il mise sur 35 à 40 q/ha qui permettront de tester la fabrication d’huile. « Nos clients ont confiance » La pomme de terre conserve sa place. François plante six variétés à chair ferme (Charlotte et Dita), rouge (Manitou et Mozart) et blanche (José et Toscana). Elles sont conditionnées à façon, majoritairement en sacs de 10 kg. « Il y a une forte demande en magasin » explique Philippe Lizier, responsable des activités économiques de l’abbaye depuis cet été. Ce constat vaut également pour les produits élaborés sur place : pâtes, nouilles aux neuf œufs frais (et locaux), petits fours, cakes, fruits et légumes, farines… « Nos clients ont confiance. Ils viennent du secteur, comme d’Allemagne, de Suisse, des Vosges et jusqu’à Lyon ! Ils achètent beaucoup de produits du quotidien. Ils affirment que notre farine est exceptionnelle. Elle donne du goût aux gâteaux. C’est le savoir-faire du meunier. Nous effectuons une dizaine d’expéditions par semaine » se félicite Philippe. Des restaurateurs, une douzaine de grandes surfaces locales en sont également acheteurs. La boutique de 360 m² inaugurée en 1995 reçoit en moyenne chaque jour la visite de 160 personnes. Elle propose 38 % de produits élaborés sur place et bénéficiant du label « monastic ». Le solde de la gamme, du vin aux cosmétiques, des miels aux produits laitiers, provient d’autres monastères avec lesquels les échanges de marchandises sont hebdomadaires. L’objectif est d’augmenter le nombre de références en ajoutant par exemple de l’huile de colza. « L’alimentaire constitue 60 % des ventes. Nouilles et gâteaux ont de plus en plus la cote. Les gens savent qu’ils sont fabriqués artisanalement avec des matières premières locales produites sur place ou à proximité. Le prix moyen est un peu plus élevé que dans le commerce traditionnel car il inclut une grande part de travail manuel. Nous vendons une manière de travailler et un savoir-faire » précise Philippe.

Pages

Les vidéos