Élevage

Publié le 19/02/2021

Depuis le 1er janvier, Louis Frischinger s’est officiellement installé sur l’exploitation ovine familiale. Son troupeau de 300 têtes se trouve à Fontaine dans le Territoire de Belfort. Mais il va perdre une partie de sa surface de travail en raison de l’extension de la zone industrielle voisine. Il cherche donc des terrains ou une ferme à acheter dans le Sundgau pour développer son activité. Il encourage d’ailleurs les éleveurs haut-rhinois à s’intéresser à la filière ovine qui se porte bien.

Ces premières semaines à gérer la ferme familiale sont positives. « J’ai un troupeau de 300 brebis, de race est à laine mérinos. Ce sont des animaux rustiques qui s’adaptent bien au climat de chez nous », explique le jeune homme de 23 ans. Par le passé, le cheptel a atteint les 1 500 brebis avant de diminuer progressivement. « J’ai voulu démarrer sur une base que je valorise mieux. Cette qualité de travail me permet d’avoir davantage d’agneaux par brebis », explique Louis Frischinger. Une pression foncière « terrible » Mais à peine installé, Louis est déjà en quête de nouveaux terrains ou d’une ferme à acheter. « Nous sommes à Fontaine depuis longtemps. Nous y avons environ 80 des 95 hectares de l’exploitation. Il y a également 10 hectares à Riespach et nous exploitons sur environ 5 hectares la citadelle à Belfort. Le problème, c’est que je vais perdre 50 hectares ici à Fontaine car ils développent la zone industrielle. On est sur un terrain précaire qui était utilisé par le passé pour l’ancien aérodrome. Je ne suis ni propriétaire, ni locataire. Je n’ai pas de bail, mais on me permet d’exploiter la moitié des lieux. Le site est également concerné par deux directives. La première, agricole, ne me concerne pas. La seconde, environnementale, me touche. Mais ils veulent me garder pour entretenir les lieux », indique le jeune éleveur. Ses recherches se concentrent sur le département du Haut-Rhin et tout spécialement dans le Sundgau. « C’est difficile pour moi de me projeter. Le prix du foncier est décourageant. Peu de monde veut vendre et les rares terrains reviennent aux paysans les plus grands. Cette pression foncière est terrible. Mais mon objectif est bien de rester dans la production ovine et de développer cette filière dans le département. Le marché français du mouton est intéressant et rémunérateur », ajoute Louis Frischinger. Il est d’ailleurs responsable ovin des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin. « Le département compte 30 000 brebis contre plus de 300 000 en Aveyron par exemple. Iic, il y a une dizaine de gros professionnels. Nous cherchons à installer des éleveurs. C’est une filière qui est intéressante car elle se porte bien et il y a moins d’astreintes que pour d’autres élevages », complète Louis Frischinger.   Louis Frischinger est diplômé d'un bac #STAV depuis 2016, il reprend l'exploitation familiale en élevage ovins. Retrouvez son témoignage ! L'aventure du vivant Région Grand Est Alsace Alim'agri Publiée par Lycée de Rouffach sur Dimanche 2 février 2020   Local mais pas bio En attendant de trouver de nouveaux terrains, le jeune éleveur est toujours bien installé à Fontaine. Son cheptel se trouve sous des serres en hiver, de décembre jusqu’en mars. « Je les laisse dehors au maximum. Même si avec les intempéries et le froid en ce moment, ce n’est pas possible. Ma seule crainte, ce sont les chiens errants. C’est pour cela que j’ai un chien, un Patou qui dort avec les moutons et surveille le troupeau. J’ai également des clôtures mobiles et je clôture tous mes terrains. » Louis veille au quotidien à la bonne santé des animaux et à leur bien-être. « Je tente de faire en sorte que les brebis développent de l’auto-immunité. Je ne traite plus et je ne donne plus rien en préventif. Je fais du curatif en utilisant un vermifuge deux à trois mois après le pic de l’infection prévu chez les moutons. Ils sont en effet très sensibles aux parasites. J’ai également réduit les antibiotiques à tel point que je n’en ai pas encore utilisé cette année. Mon père avait déjà des pratiques d’une agriculture raisonnée. Je suis dans la même démarche même si je ne peux pas passer au bio qui est très coûteux. Je n’ai pas besoin de label. Chacun est responsable et le consommateur se fait sa propre image de nos produits. Le local est une démarche suffisamment pertinente », conclut Louis Frischinger. Louis écoule directement ses animaux. Cela lui permet de maîtriser son prix de vente. Il consacre une partie de ses agneaux, plus de 200 l’an passé, aux fêtes religieuses, mais aussi pour une autre partie via Terre d’Elsass, le groupement d’éleveurs alsaciens. Les produits, vendus sous forme de caissettes, permettent de proposer plusieurs types de morceaux de viande. « Depuis que je suis chez Terre d’Elsass, mon chiffre d’affaires est en augmentation. C’est là que je réalise mes plus grandes marges. Le fonctionnement est bon, mais cela nécessite du temps. Il faut aller à l’abattoir à Cernay et suivre toute la chaîne. Par ailleurs, j’ai la chance d’avoir de bons agneaux car je les engraisse à l’herbe. Cette façon de procéder est moins coûteuse et permet d’avoir un goût de la viande qui est différent », précise Louis Frischinger. Les dernières bêtes sont vendues à différentes autres coopératives.   Avec Louis Frischinger?? et Nicolas Dieterich??? Publiée par Terre d'elsass sur Samedi 13 février 2021   Des frais de tonte importants Toujours dans l’objectif de veiller au bien-être animal, l’éleveur fait tondre ses moutons. Une prestation qui s’élève à 2,35 euros par brebis et par tonte, un coût financier important. Chaque année, il récolte une tonne de laine. Or, elle était stockée depuis deux ans. « Je viens enfin de réussir à la vendre. Deux tonnes à une coopérative de Haute-Marne au prix de 0,15 euro le kilo ! J’ai donc reçu 300 euros. Cela ne me paie même pas les frais de tonte. Mais le marché de la laine est totalement fermé. La seule usine française a fermé en 2005 et il n’y a que deux marchands de laine dans le Grand Est », regrette Louis Frischinger. Pour compléter ses revenus, l’éleveur réalise des prestations de déneigement en hiver et d’entretien d’espaces verts en hiver pour les industries. Notamment celles présentes à Fontaine. Un marché développé depuis de nombreuses années par son père.

Marie-Noëlle et Jean-Jacques

Éternels adolescents

Publié le 11/02/2021

En couple au village et au champ, Marie-Noëlle et Jean-Jacques Muller, éleveurs laitiers en Gaec à Hirschland, s’aiment depuis le lycée. Complémentaires et complices, ils travaillent en amoureux depuis 2016… Sauf quand les enfants se ramènent ! Et pour le bonheur de leurs parents, cela arrive souvent.

« On s’est rencontré à 17 ans, au lycée agricole d’Obernai, en 1ère bac techno sciences et techniques, spécialité productions animales », commence à raconter Jean-Jacques Muller. « C’est lui qui m’a draguée », balance Marie-Noëlle, dans un éclat de rire. Et ça a mis quelques mois à aboutir, cette drague, confient-ils. À l’époque, c’est sûr, les internats sont bien gardés. Pas de visite nocturne ! Alors, comment Jean-Jacques a séduit Marie-Noëlle Wendling, de son nom de jeune fille ? « Il prédisait l’avenir. Il se voyait aujourd’hui ! » « Moi, je cherchais une femme pour le futur. Mon objectif était de trouver une personne qui me suive, après les études, parce qu’il était prévu que je reprenne l’exploitation de l’oncle célibataire. Je savais qu’une fois à Hirschland mes chances de rencontrer une jeune fille seraient minces. Et je cherchais une compagne capable de me seconder, sans que ce soit mon associée… puisqu’il y avait encore mon oncle », explique Jean-Jacques. Marie-Noëlle ne s’en offusque pas, au contraire. « Les filles d’éleveurs, on était très recherchées dans ces classes ! Si ça n’avait pas été moi, ç’aurait été une autre. Moi, je voulais travailler dans le para-agricole, pas être agricultrice. Et c’est ce qu’il s’est passé : j’ai travaillé quinze ans au contrôle laitier de 2007 à 2015, en Alsace et en Moselle. Et je donnais des coups de main sur la ferme », enchaîne Marie-Noëlle, originaire de Dauendorf. Comme du p’tit lait La production laitière, c’est leur point commun, leur rêve professionnel. Ils passent quatre ans ensemble, dans la même classe, jusqu’à la fin du BTS Acse (analyse, conduite et stratégie de l’entreprise) ; quatre ans durant lesquels ils côtoient les mêmes amis, chaque jour aussi. « Au lycée agricole d’Obernai, on entre dans une grande famille », dit Jean-Jacques. « Quand il foutait le bordel, je me faisais engueuler parce que je n’arrivais pas à le raisonner », s’amuse Marie-Noëlle. « Elle était sage, au premier rang », enchérit son mari. Tout se sait. Les élèves sont même parfois invités aux mariages des enseignants. Aujourd’hui, les Muller voient toujours leurs amis communs. « Et on était tous solidaires, se souvient Jean-Jacques, avec délectation. Si on décidait qu’on irait en cours à 9 h 30, même si le prof était là à 9 h, que pouvait-il faire ? On savait délirer mais, quand on se mettait au boulot, on y allait. Ils vont se marrer les potes du lycée, quand ils liront ça ! » Une vision autoréalisatrice Marie-Noëlle est devenue amoureuse du projet de Jean-Jacques, de reprise de l’exploitation de l’oncle, avec la moitié des surfaces en herbe, tout en développant le sien. Après le BTS, elle s’est formée en alternance, jusqu’à devenir conseillère élevage. Elle n’a jamais exercé sur leur secteur mais « tous les soirs, elle rentrait, et m’informait de ce qui réussissait ailleurs. C’était très enrichissant », déroule Jean-Jacques. « Mon but, c’était tout de même de me rapprocher d’ici », confie Marie-Noëlle. Le couple s’est marié en 2006. Il fêtera ses quinze ans de mariage, cette année, mais aussi leurs 40 ans, et les 20 ans de la fin du lycée. Leur premier enfant, Emma, est né en 2008 ; Victor en 2011, et Mathilde en 2015. Les Muller ont construit à côté de l’exploitation. « Puisque j’habitais à côté, je donnais des coups de main le soir. Exactement ce qu’il avait prédit. » Mais les journées de Marie-Noëlle sont longues, puisqu’elles commencent à 4 h et finissent après la traite. Savoir et savoir-faire font la paire En 2012, à la faveur du développement de la production laitière, avec Unicoolait, Marie-Noëlle intègre la ferme sur laquelle est installé son époux depuis 2003. Elle y travaille à mi-temps. En 2015, l’oncle de Jean-Jacques part à la retraite. Marie-Noëlle devient l’associé de Jean-Jacques en 2016. « Ça devenait une évidence, au fil des années, de rester sur l’exploitation, d’autant plus qu’il y avait les enfants. Au final, le rêve est devenu réalité », s’exclame-t-elle. Avec son expérience, c’est elle qui s’occupe intégralement de la gestion du troupeau. « Pendant quinze ans, elle a enseigné aux éleveurs comment obtenir la meilleure bonification. En 2020, on l’a eue. On a réalisé moins de 200 cellules, moins de 50 000 germes et moins de 800 spores butyriques, sur douze mois consécutifs. On a reçu une prime de 6 € aux 1 000 l de lait », développe Jean-Jacques. Cette bonne performance est aussi due à son travail aux champs. « C’est un travail commun. Je dois rentrer des fourrages sans terre. Elle fait attention aux mamelles des bêtes », énumère l’agriculteur. « Je surveille aussi l’installation de traite. Je veille à ce qu’il n’y ait pas de fromage », ajoute Marie-Noëlle. Le couple a mis en application tout le savoir de Marie-Noëlle. La qualité au rendez-vous « On arrive aussi à notre rythme de croisière, enchaîne Jean-Jacques. Sans acheter de bêtes à l’extérieur, on a développé notre élevage. On était borné à augmenter la production. Maintenant, on peut mieux se concentrer sur la qualité. » En 2003, la ferme produisait 340 000 l de lait, avec cinquante prim’holsteins, pures. En 2015, 780 000 l de lait, avec 100 laitières. Et en 2020, 1 150 000 l avec 130 VL ! Et toujours la même surface : 131 ha, dont la moitié en herbe. Les vaches ne sortent pas. « On a intensifié au maximum », note Jean-Jacques. Sur l’exploitation, chacun a son travail mais les décisions sont communes. « C’est vite réglé, si c’est bénéfique pour la ferme. Et, quand il y a besoin, pour le boulot, on s’entraide », précise Marie-Noëlle, qui est quand même à la comptabilité ce que Jean-Jacques est à l’entretien des machines : la seule intervenante. Mais tout cela aurait moins de sens s’il n’y avait pas les enfants, estime Jean-Jacques. De futurs associés ? Les Muller sont gâtés. Mathilde, Victor et Emma sont surinvestis. À table, le samedi midi, toutes les discussions tournent autour de l’exploitation. « Ils parlent avec nous comme s’ils étaient nos associés », se réjouit Marie-Noëlle. Emma connaît les numéros et les noms de chacune des vaches, ainsi que la filiation. Elle suit la reproduction, lit les notes du vétérinaire si elle est en classe le jour où il passe. Victor, lui, a des suggestions pour l’amélioration générale de la ferme. Il donne le lait aux veaux les week-ends. « Ça fait chaud au cœur. Ils se donnent à fond », constate Jean-Jacques. « Ils sont passionnés et se responsabilisent », observe Marie-Noëlle. Ils savent que l’argent a une valeur, assure la maman. « On va construire une nouvelle nurserie, glissent les parents, plus accessibles pour eux. » Ils tiennent aussi leurs promesses en matière de loisirs ou de cadeaux. « Les enfants nous rendent service. On le leur rend bien. Je pense qu’on a réussi notre couple quand on voit comment ils évoluent dans le domaine. Ça leur donne des bases, une rigueur, la notion du travail, même s’ils ne s’installent pas », remarque Jean-Jacques. À couple réussi, famille unie !

Gaspard et Lauren

Coup de foudre aux Embetschés

Publié le 11/02/2021

L’histoire de Gaspard et Lauren a le doux parfum des comédies romantiques qui font rêver, en cette période de Saint-Valentin. Des plaines du Wisconsin aux montagnes vosgiennes, il aura fallu des chèvres, quelques heureux hasards, saupoudrés d’une dose d’aventure, pour que ces deux-là se trouvent.

Lauren Engel, 33 ans, a grandi dans les plaines du Wisconsin, État au nord des États-Unis, au bord du lac Michigan. Capitale : Madison. Elle choisit d’étudier le marketing, s’installe à Chicago, puis à Washington. Elle devait s’établir à Denver mais il y a eu un léger changement de programme. Car, voyez-vous, Lauren a la vingtaine aventureuse. En 2013, elle prend son sac à dos à la découverte de l’Europe. Fille d’horticulteur, elle opte pour le wwoofing. Ce mode de voyage alternatif en est alors à ses débuts : contre le gîte et le couvert, des bénévoles s’initient pendant quelques semaines à l’agriculture biologique en prêtant main-forte sur une exploitation. Lauren passe par l’Irlande, l’Angleterre, l’Espagne. Mais la jeune femme a aussi « très envie d’apprendre à faire du fromage mais pas n’importe quel fromage » : du fromage français, pardi ! Elle contacte un petit élevage de chèvres bio dans les Vosges… « D’habitude, 5 à 6 mois à l’avance, les places étaient prises ! Mais quand Lauren a appelé, une place venait de se libérer ! », se souvient Gaspard, encore étonné de ce hasard. Gaspard Schmitt, 40 ans, a grandi sur la ferme familiale, avec sa petite sœur Salomé. Il a étudié l’agronomie à Nancy, puis l’aménagement et le développement du territoire à Pau. Il rejoint l’exploitation en 2004, s’installe en 2008. Frère et sœur sont aujourd’hui cogérant de l’EARL Chèvrerie des Embetchés, avec Thierry Hager, associé historique de leurs parents. Dominique et Élisabeth Schmitt ont fondé la ferme en 1978, débutant avec seulement huit chèvres. Aujourd’hui, l’activité s’est diversifiée. Aux chèvres qui se comptent aujourd’hui au nombre de 130, se sont ajoutés 95 moutons, 100 cochons, ainsi qu’un élevage de 30 chevaux, des poneys welsh pour la plupart ; et enfin des chiens bergers australiens. Tout ce beau petit monde est élevé en plein air, sur une exploitation de 100 ha. Côté bâtiments, à chaque élevage le sien. On en dénombre trois principaux, plus l’écurie, pour environ 1 500 m2 en tout. Aux Embetschés, c’est un véritable petit hameau qui s’est développé au fil des années, mêlant bâtiments agricoles et maisons familiales. 5 semaines ensemble Mais revenons à notre histoire. C’était en 2013. Lauren passe alors cinq semaines aux Embetschés. Assez pour que les jeunes amoureux s’engagent dans une valse, entre Alsace et Wisconsin. Pendant un an, ils font des allers-retours. Lauren envisage de s’installer en France. « J’avais dans l’idée de vivre à Paris ou à Strasbourg, de faire les trajets. Mais on a vite compris que ça ne marcherait pas », se souvient-elle. La distance n’est pas le seul obstacle. Lauren ne parle pas français, pas facile non plus d’avoir un visa. Pour résoudre ce détail administratif, le couple se marie rapidement, le 28 août 2015. Et puis, Gaspard a déjà deux filles, Carmen et Marjane, aujourd’hui 8 et 11 ans. « Devenir belle-mère, ça faisait partie du deal, souligne Lauren. Ça n’a pas toujours été simple mais elles m’ont appris tellement de choses. » À commencer par la langue. C’est à travers des livres pour enfants, avec pour professeurs intransigeantes Carmen et Marjane, que Lauren a appris. Elle parle aujourd’hui parfaitement français, gardant une touche d’accent qui a son charme. « Lauren leur offre aussi toute une ouverture sur le monde », affirme Gaspard. Ainsi qu’une nouvelle famille outre-Atlantique. Sa famille, Lauren ne l’a d’ailleurs pas vue depuis plus d’un an maintenant, à cause de la pandémie de Covid-19. Elle attend avec impatience de pouvoir les voir, autrement qu’à travers un écran. « Ils sont fascinés par la vie à la ferme, parfois plus intéressés d’avoir des nouvelles des chèvres que de moi », s’amuse Lauren. Là-haut Les 120 000 l de lait de chèvres produits annuellement sont transformés en fromage sur la ferme. La fromagerie, c’est d’ailleurs le prochain grand chantier. Elle doit doubler pour atteindre 160 m2. Mais ne parlez pas à Gaspard d’expansion, c’est avant tout pour améliorer leurs conditions de travail que chaque changement est envisagé. Un agrandissement pour laisser plus de place aux cochons par-ci, un autre pour faciliter le travail par-là. « Je veux optimiser plutôt que développer », tranche Gaspard. Il cite en exemple le faible taux de renouvellement de ses chèvres, entre 15 et 20 %. « Certaines ont 15 ans ! En bio, c’est important de compter sur ces animaux qui gagnent en résistance », explique-t-il. Les trois cogérants se dégagent aujourd’hui un salaire, après plusieurs années dans le rouge à chercher le bon équilibre. Le circuit court, et en particulier la commercialisation d’une bonne partie des produits au Cellier des montagnes à Lapoutroie, est une des clés. Gaspard est d’ailleurs le président de ce magasin coopératif, qui incite à l’investissement de tous les producteurs dans son fonctionnement, c’est la raison de sa réussite selon l’éleveur. 70 % des fromages sont aussi vendus dans plusieurs magasins bio, chez Leclerc et Grand frais. L’élevage de porc doit lui, ses débuts au restaurant étoilé Buerehiesel à Strasbourg qui cherchait un producteur de qualité pour sa table. « C’était aussi un moyen de valoriser le petit lait des chèvres », précise Gaspard. Les porcs sont abattus à Cernay, l’éleveur se charge de la découpe. Une partie de la production est sous-traitée à des bouchers pour être transformée en lard fumé et autres boudins. La viande de porc, mais aussi celles de chevreau et d’agneau, sont commercialisées au Cellier des montagnes. Un bonheur n’arrive jamais seul Pour sa part, Lauren télétravaille pour Quantis, une entreprise qui accompagne des organisations comme Nestlé, Danone ou Unilever, vers le développement durable. En ce moment, Quantis développe, par exemple, un outil pour aider les grandes cultures à mieux maîtriser leur empreinte carbone. Un emploi pas si éloigné des préoccupations de la ferme finalement. « Que la ferme soit en bio, c’était important pour moi, explique Lauren. C’est aussi bien que Gaspard comprenne ce que je fais. Le soir, on peut discuter de notre travail, échanger. » Et il faut écouter Gaspard parler de son travail pour voir tout ce que Lauren lui a apporté. « À 33 ans, je me suis demandé dans quelle mesure je changerai. Je savais que j’étais raide amoureux », se souvient Gaspard, qui ne porte toujours pas de chapeau de cow-boy. « Finalement, je suis plus organisé, et ça a un vrai impact professionnel. Je suis très admiratif de Lauren, elle m’a appris qu’en faisant bien les choses, on laisse de la place aux rêves. » Il cherche surtout à se dégager du temps libre. « Le but ultime, ce sont les 35 heures », rit Gaspard. Si pour un éleveur, cela relève de l’utopie, le fonctionnement de l’exploitation permet à Gaspard et Lauren de partir quelques semaines aux États-Unis, tous les deux ans. « Là-bas, il y a des fermes immenses, comme on les imagine. Les grands céréaliers alsaciens font pâle figure à côté. Mais il y a aussi une grande communauté amish qui pratique une agriculture plus traditionnelle », témoigne l’éleveur. Pour Lauren, c’est à n’en pas douter le sourire de Gaspard qui l’a séduite. « Il m’a rendu ma bonne humeur, ce n’est pas le cas de tous les Français, rougit la jeune femme. Je suis impressionnée par son travail sur la ferme, sa vision, sa détermination. » Et de conclure : « En venant ici, je percevais une vie drôle et aventureuse. Surtout, je n’avais besoin de renoncer à rien de ce que je suis. On a créé un bel équilibre, on apprend toujours l’un de l’autre. » P.S. I love you Les Embetschés accueille toujours des wwoofeurs, comme depuis une dizaine d’années. Un carrefour du monde, sur les hauteurs de Lapoutroie, qui donne lieu à de belles rencontres. Parfois pour quelques jours, parfois pour la vie. « Le monde vient à nous », dit Gaspard. « Pour moi, c’est l’occasion de continuer à croiser de nombreuses nationalités », enchérit Lauren. « Mais c’est assez fatigant de toujours réexpliquer notre travail aux bénévoles, peut-être que cela se fera moins souvent à l’avenir. » Et Lauren de compléter avec un regard complice : « Alors j’ai vraiment eu beaucoup de chance. »       ? TÉMOIGNAGE Pauline est venue faire du wwoofing à la ferme des Embetschés alors que s'annonçait tout juste le deuxième... Publiée par la chevrerie des Embetschés sur Jeudi 3 décembre 2020  

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