Élevage

Publié le 19/03/2020

Vendredi 6 mars, Comptoir Élevage a organisé une réunion technique à l’attention des éleveurs bovins. Au programme : transportabilité et bien-être animal, gestion des fortes chaleurs dans les bâtiments, introduction et préparation sanitaire des broutards... Avec en trame de fond le souci qu’ont les éleveurs de satisfaire les besoins physiologiques des animaux.

Depuis 2015, les animaux sont reconnus comme des êtres sensibles par le Code civil. Ces dernières années, la cause animale est devenue prégnante dans la société et les associations de défense des animaux prolifèrent. Mais certaines, sous couvert de vouloir défendre les animaux, semblent plutôt vouloir en finir avec l’élevage. Marc Peterschmitt, vétérinaire à Comptoir Élevage, appelle donc les éleveurs à « être vigilants ». Non seulement en respectant scrupuleusement la réglementation en vigueur, bien sûr, mais aussi en protégeant les élevages des intrusions malveillantes. La transportabilité, une notion subjective En matière de réglementation à respecter, la loi dit, par exemple, qu’il est interdit de transporter des animaux vivants inaptes au transport, comme des animaux malades, blessés ou présentant des faiblesses physiologiques. Par dérogation, des animaux légèrement blessés et transportables peuvent être acheminés vers l’abattoir s’ils sont accompagnés d’un certificat vétérinaire d’information (CVI) « animal vivant » établi par un vétérinaire sur le lieu de départ. L’arrêté du 5 juin 2018 portant sur la transportabilité des animaux pose aussi la coresponsabilité de l’éleveur, du transporteur et du vétérinaire sur la notion de transportabilité de l’animal. C’est néanmoins au vétérinaire qu’il revient de se prononcer sur l’aptitude au transport de l’animal lors de l’établissement du CVI. Or certains cas sont sujets à interprétation, et les avis des vétérinaires et des abattoirs peuvent diverger. En tout état de cause, transporter jusqu’à l’abattoir un animal inapte au transport expose à l’établissement d’un procès-verbal. Il est donc primordial de faire appel au vétérinaire pour établir un CVI, estime Marc Peterschmitt. La notion de transportabilité ne concerne pas que les animaux accidentés : Marc Peterschmitt prend l’exemple de la teigne ou de la gale. Des affections de la peau qui ne gênent pas le transport de l’animal, n’affectent pas la qualité de la viande, mais des animaux que les bouviers à l’abattoir doivent manipuler avec précaution pour ne pas attraper de champignons. Certains abattoirs refusent de prendre en charge ces animaux, d’autres pas. Marc Peterschmitt dénonce une certaine difficulté à trancher : « Les vétérinaires devraient intervenir dès qu’un animal pète de travers avec un document d’information. Les vétérinaires peuvent le faire, ce sont des actes rémunérés. Mais les éleveurs devraient aussi avoir leur mot à dire ». Car après tout, quand un animal n’est pas transportable, c’est à l’éleveur de se dépêtrer. Reste le cas des animaux accidentés non transportables : théoriquement, ces animaux peuvent être abattus à la ferme, mais à des conditions si restrictives qu’en pratique c’est quasiment impossible : « Cela revient à se refiler la patate chaude », regrette Marc Peterschmitt, qui précise que l’arrêté du 5 juin 2018 remet au goût du jour un CVI « carcasse » pour le transport d’une carcasse d’un animal abattu sur son lieu de détention à destination d’un abattoir. Refroidir les élevages pour le bien-être… L’une des cinq libertés fondamentales qui sous-tendent la notion de bien-être animal consiste à ne pas laisser les animaux « souffrir de contrainte physique grâce à un environnement approprié ». Dans un contexte de changement climatique, caractérisé par des épisodes de fortes chaleurs estivales, les équipes de Comptoir Élevage ont mené une campagne de mesures d’humidité et de température dans les étables de 25 éleveurs. Résultat : « Il fait parfois plus chaud dans les bâtiments qu’à l’extérieur, parfois même la nuit ». Des températures records de 70 °C ont été enregistrées sous des toitures en fibrociment, sachant qu’un bovin entre en stress thermique dès 24 °C. Dès lors, comment aménager les bâtiments pour limiter le stress thermique des animaux, néfaste tant à leur bien-être qu’aux performances économiques de l’élevage ? L’étude a montré que les ventilateurs permettent de réduire la température dans l’étable au-dessous d’un certain seuil, mais qu’en phase de canicule, ils deviennent inefficaces, et ne font plus que brasser l’air chaud. Dommage, car c’est là qu’ils seraient les plus utiles. Certains éleveurs arrosent le toit des étables. L’étude révèle que cette pratique permet surtout d’abaisser la température du toit, mais moins celle du bâtiment, et que pour être réellement efficace il faudrait commencer à arroser le toit avant même qu’il n’atteigne une certaine température. Autres éléments de réponse de l’étude : les qualités isolantes du bois sont confirmées, mais dans le mauvais sens, puisque ce matériau retient la chaleur, aussi bien en hiver qu’en été. À l’inverse, les bâtiments couverts de panneaux photovoltaïques, parce qu’ils sont généralement bien isolés et ventilés pour optimiser le fonctionnement des panneaux, sont aussi des bâtiments où le mercure monte moins haut. … et les performances économiques Les équipes de Comptoir Élevage se sont en outre livrées à une analyse statistique en croisant les GMQ et les périodes d’entrée et de sortie des animaux. Résultat : « Entre les animaux qui connaissent une période estivale sur la période d’engraissement et ceux qui n’en connaissent pas, il y a une différence significative de 123 g/j de GMQ », rapporte Marc Peterschmitt. Qui souligne un biais possible : « Les animaux introduits en automne sont généralement de meilleure qualité bouchère que ceux introduits en hiver. Ces chiffres ne reflètent donc pas que l’impact de la chaleur sur la vitesse d’engraissement. » À noter aussi que les chiffres tendent à mettre en évidence un impact différent du stress thermique selon la phase d’engraissement. Il serait moins important durant les phases précoces que sur le milieu d’engraissement et la finition. Un constat en adéquation avec la physiologie : « Plus un animal est lourd et gras, plus il a de difficulté à évacuer la chaleur », rappelle Marc Peterschmitt. Face à ce constat, quelles solutions ? Les premières mesures à mettre en œuvre consistent à ouvrir les bâtiments dès que la température avoisine 20 °C, et à assurer l’accès à l’abreuvement. Mme Kiefer, éleveuse à Oermingen, au sein du Gaec Kiefer, a tenu à partager son expérience en matière de tubes de ventilation puisqu’elle en est pleinement satisfaite. Dans le bâtiment dédié aux veaux, les éleveurs ont investi dans des tubes en textile perforés dans lesquels un ventilateur propulse de l’air frais venant de l’extérieur. Cela engendre une surpression qui pousse l’air avarié jusqu’à l’autre bout du bâtiment. Le bâtiment des laitières a été équipé d’une gaine munie de buses orientables au-dessus de l’auge et des logettes. Une solution efficace pour améliorer le bien-être des bovins, mais qui a un coût, constate l’éleveuse. Laurent Boime, éleveur à Pfettisheim, confirme l’intérêt des systèmes de ventilation dynamique par surpression, inspirés de ceux qui équipent les élevages porcins : « Il y a 4 ans, nous avons investi avec la société Orela dans un système qui fonctionne avec un tube en PVC perforé », précise-t-il.   En visite au Gaec de la Source à #Wickersheim avec @comptoir_agri élevage au courq de la journée technique #bovins@EAVPHR #lagricultureelleassure pic.twitter.com/RyU4UFyUAq — Germain Schmitt (@germain_schmitt) March 6, 2020   L’aromathérapie à l’étude Lorsque la ferme du lycée agricole d’Obernai a commencé à fournir l’enseigne Leclerc en viande bovine, cela s’est traduit par une modification de la conduite d’élevage. En effet, afin de pouvoir sortir régulièrement des animaux finis, il faut aussi en introduire régulièrement. Une évolution qui a été l’occasion de tester de nouvelles pratiques d’introduction et de préparation sanitaire des broutards, notamment avec l’aromathérapie, en complément de la vaccination et vermifugation. « Le cadre réglementaire de mise en œuvre de l’aromathérapie est très strict, rappelle Marc Peterschmitt. Seules 21 huiles essentielles sont autorisées en élevage ». Au lycée agricole d’Obernai, les animaux ont été traités avec un mélange de cinq huiles essentielles appliqué à leur introduction sur la ligne du dos depuis septembre 2019. Leurs croissances, morbidité, mortalité sont suivies et vont continuer de l’être. Un essai contemporain comparatif n’était pas possible : en effet, étant donné la volatilité des huiles essentielles, pas sûr que les résultats obtenus pour ceux traités soient statistiquement différents de ceux de leurs congénères traités classiquement, par vaccination et vermifugation. Antibiotiques : pas automatiques, mais bien pratiques Autre étude en cours : le suivi de la température des animaux introduits au moyen d’une mesure rectale quotidienne. Première conclusion : la fièvre est presque plutôt une règle qu’une exception : « Il y en a sur 100 % des lots dès le premier jour, surtout sur les animaux les plus jeunes, à plus de 40 °C, et souvent persistante », rapporte Marc Peterschmitt. La cause de ces syndromes fébriles n’est pas établie, mais Marc Peterschmitt croit davantage à une origine infectieuse qu’au stress lié au transport et à la mise en lots. Une chose est sûre : la fièvre fait baisser le GMQ. Néanmoins, il a été décidé de ne pas traiter tous les animaux fébriles, « car si on n’avait pas pris leur température on n’aurait rien vu », mais seulement ceux qui toussent. Conclusion de Marc Peterschmitt : « Les antibiotiques, ce n’est certes pas automatique, mais sur un syndrome fébrile et pulmonaire à l’introduction, ça sert bien quand même ».   Journée #vaches allaitantes. Les leviers d'adaptation au changement climatique avec Julien Fortin et la présentation d'un coproduit de brasserie, les dreches, avec #Bonda Nutrition Animale @EAVPHR #lagricultureelleassure pic.twitter.com/CUttyYGtAd — Germain Schmitt (@germain_schmitt) March 6, 2020   A lire aussi : « Un exercice sous tension »

Publié le 18/03/2020

Suite à une hausse de la demande des abatteurs en veaux montbéliards, des animaux sont mis en place dans les élevages. L’occasion d’évoquer les bonnes pratiques d’élevage des veaux, et notamment la délicate adaptation de leur alimentation à leurs besoins physiologiques très évolutifs.

Être expulsé de son jacuzzi chauffé avec alimentation en continu pour atterrir sur le plancher des vaches n’est sans doute pas une partie de plaisir pour les petits mammifères. Rien de telle qu’une bonne prise de colostrum pour se réchauffer, booster son système immunitaire, rapidement mis à rude épreuve, et constituer sa flore intestinale avec les bons microbes de sa génitrice. Pour un petit veau des temps modernes, Bruno Martin, technicien bovin viande chez Lallemand Animal Nutrition, préconise une dose a priori gargantuesque pour un si petit animal : 4 l de colostrum. Il s’explique : « les vaches laitières actuelles ont été sélectionnées pour faire beaucoup de lait tout de suite, donc les anticorps contenus dans le colostrum sont dilués ». Les veaux doivent ensuite recevoir une alimentation lactée. « Il faut éviter le lait présentant des résidus d’antibiotiques, car l’antibiorésistance est une réalité », souligne le technicien de Lallemand. Le lait entier produit par les vaches laitières n’est plus forcément adapté aux besoins des jeunes veaux car la sélection génétique a modifié les taux protéiques et butyreux, pour produire du lait gras où les minéraux sont dilués. Aussi Bruno Martin préconise le recours aux aliments d’allaitement, « plus adaptés », mais aussi plus chers. Chez les ruminants, il est primordial de stimuler le développement des papilles du rumen, ce qui passe par l’introduction de concentrés lors du sevrage, qui s’accompagne d’un changement de flore important. Bruno Martin incite donc à ménager les veaux en ne leur imposant pas un changement d’ambiance simultané. Le spécialiste préconise d’être « intensif et libéral » sur la consommation de concentré par les jeunes animaux : « C’est là qu’on fait la marge par rapport à un animal âgé. Parce que c’est la fermentation du concentré qui fait le rumen, et parce que 60 % de ce qui est ingéré passe au niveau des papilles ». Mais attention, un veau ne rumine pas encore beaucoup, il existe un donc un risque de subacidose. Pour s’en prémunir, l’animal doit aussi avoir accès très facilement à des fibres. « La menue paille est très efficace pour stimuler la digestion », note-t-il. « La flore intestinale met trois semaines à s’adapter à une nouvelle ration » Autre ingrédient qui doit être hyperaccessible : l’eau, en plus du lait, car cela a un effet sur la digestibilité de la ration, et améliore nettement les GMQ. En outre, les veaux ont besoin de sel. À noter que la mise à disposition d’argile alimentaire permet de mieux passer les phases délicates, comme le sevrage, en agissant comme du Smecta, pour un coût modéré. Plusieurs méthodes de sevrage sont envisageables. Bruno Martin cite celle du « step down », qui consiste à donner beaucoup de lait au départ puis à diviser la dose par deux à 45 jours pour inciter les veaux à consommer du concentré. De manière générale, les essais tendent à montrer que plus les veaux consomment de lait plus longtemps, meilleur est leur GMQ. Pour ce qui concerne la transition des veaux sevrés montbéliards, Bruno Martin observe que « la flore intestinale met au moins trois semaines à s’adapter à une nouvelle ration ». Pour faciliter l’adaptation à la ration d’engraissement, il préconise donc d’y incorporer un peu de maïs grain entier, car c’est un aliment auquel les veaux sont habitués chez les naisseurs. Ensuite, « les besoins ne sont pas les mêmes en fonction de l’évolution du poids vif. En outre, les animaux font d’abord du muscle et ensuite du gras, donc leurs besoins alimentaires évoluent ». Deux solutions s’offrent alors aux éleveurs : « Ou préparer deux remorques mélangeuses, une pour les plus jeunes et une autre pour les plus âgés. Ou préparer une ration unique et la compléter avec un complément azoté pour les plus jeunes ».   A lire aussi : « Aux petits soins avec les bovins »

Groupement de défense sanitaire (GDS) des animaux d’Alsace

BVD : de l’éradication à la surveillance, un processus qui questionne

Publié le 09/03/2020

Lancé en 2015, le plan d'éradication de la Diarrhée virale bovine (BVD) Est entame sa quatrième année de mise en oeuvre dans le Grand Est. À ce stade, des allègements de procédure devraient pouvoir être envisagés, pour atténuer le coût de la lutte. Mais il reste des freins et des inquiétudes à lever.

La Diarrhée virale bovine (ou BVD pour Bovine viral diarrhea) fait partie des maladies à fort impact économique. « Il est estimé entre 46 et 83 € par bovin et par an », pointe Céline Zuber, directrice du GDS d’Alsace. Aussi, au courant de l’hiver 2015, tous les GDS du Grand Est se sont engagés dans un plan d’éradication de la maladie. Une décision qui faisait suite à l’engagement de la Suisse, de l’Allemagne et de la Belgique dans de telles démarches. Or les virus ne s’arrêtant pas aux frontières, il était logique que la région Grand Est, transfrontalière de ces pays, emboîte le pas. Le programme d’éradication doit se dérouler en plusieurs phases. La première phase consiste à assainir un maximum de cheptels en mettant en œuvre des mesures prophylactiques obligatoires dans les élevages. Pour résumer, cela passe par le dépistage des veaux à la naissance, au moyen de la pose d’une boucle permettant le prélèvement de cartilage auriculaire sur lequel est pratiquée une analyse virologique. C’est donc bien la présence du virus qui est détectée par ce procédé. Les animaux diagnostiqués Infectés permanents immunotolérants (IPI) doivent être éliminés rapidement (lire en encadré). À cela s’ajoute la vaccination des animaux reproducteurs selon le statut de l’élevage, et le contrôle du statut des bovins introduits. Lors de l’élaboration du plan, la phase de bouclage était prévue pour une durée de quatre ans. À ce stade, le statut de quasiment tous les bovins devait être connu. Et cette première phase, si elle est efficace en termes d’assainissement des élevages, est coûteuse en analyses. Il était alors prévu de passer à une surveillance sérologique des troupeaux. Cette fois-ci, ce n’est plus le virus qui est recherché mais ses anticorps spécifiques, soit par des analyses de tank de lait en élevage laitier, soit par des analyses de sang sur des animaux sentinelles en élevage allaitant. Entre-temps, en 2019, un arrêté ministériel a rendu la lutte contre la BVD obligatoire dans tous les cheptels de France. L’arrêté précisait des mesures à mettre en œuvre dans les cheptels infectés : obligation d’éliminer les individus IPI sous quinze jours, restriction des mouvements d’animaux en cas d’IPI, vaccination des animaux reproducteurs… Un arrêté qui donnait satisfaction aux GDS du Grand Est, précurseurs en matière de plan d’éradication de la maladie. Sauf qu’un nouvel arrêté a été publié, six mois plus tard, supprimant les restrictions de mouvement des animaux. Une décision incompréhensible puisqu’incompatible avec la maîtrise de la maladie. Patrick Bastian, président du GDS, commente : « En Alsace, nous continuerons à appliquer le 1er arrêté. Sinon, l’argent injecté jusqu’ici dans la lutte contre la BVD est perdu. » Des analyses coûteuses Reste qu’après quatre années de mise en œuvre de la première phase du plan d’éradication en Alsace, Patrick Bastian analyse : « Nous avons pris de l’avance sur la maladie mais la méthode par analyse virologique sur cartilage auriculaire représente un coût qu’il faut pouvoir supporter ». Céline Zuber, directrice du GDS, confirme : « Les analyses constituent notre poste de dépense le plus important. » L’exercice 2019 du GDS d’Alsace est marqué par le plan d’éradication de la BVD : il se clôt sur un déficit de 73 000 €. Et Patrick Bastian et Céline Zuber annoncent d’ores et déjà des résultats déficitaires pour les prochains exercices, car il y aura, au moins pendant un certain temps, cumul du bouclage pour analyse virologique et surveillance sérologique des troupeaux. « Il faut trouver des solutions moins onéreuses sans pour autant laisser la maladie regagner du terrain », estime Patrick Bastian. Car la BVD n’est pas la seule maladie infectieuse que le GDS a à gérer : en plus des maladies endémiques du territoire, il y en a de nouvelles qui apparaissent, comme la besnoitiose, qui a été détectée pour la première fois en Alsace cette année. Vers un dépistage plus « light » Depuis le lancement du plan d’éradication, « le nombre de veaux IPI a effectivement baissé dans le Grand Est mais il reste des positifs. Et le nombre de cheptels infectés ne baisse plus sur la dernière année. Ce qui révèle qu’il y a des points que nous ne maîtrisons pas, comme les pâtures, les introductions d’animaux », décrit Céline Zuber. Cependant, il est désormais envisageable d’aller vers un dépistage plus « light », avec un statut de cheptel au lieu d’un statut pour chaque individu. Pour tester la faisabilité de cette transition, le GDS Alsace a identifié des zones géographiques exemptes de circulation de BVD depuis deux ans. Des sérologies sur le lait y sont effectuées. En l’absence de contamination détectée, les analyses se poursuivent sur le lait. En cas de résultat positif à la BVD sur le lait, les jeunes animaux sont dépistés par des analyses sanguines. Un protocole certes plus « light » et moins coûteux, mais non sans limites. Il est peu adapté aux petits troupeaux car il est difficile d’y identifier des animaux sentinelles qui soient statistiquement représentatifs. Il manque souvent de matériel de contention adapté aux jeunes animaux dans les élevages. Enfin, il peut y avoir des interférences, avec de possibles résultats positifs liés à vaccination. En matière de circulation des animaux, les GDS proposent aussi quelques évolutions à l’introduction des animaux : « Ne plus contrôler le statut des bovins de moins de trois mois introduits par prise de sang, puisqu’ils sont déjà garantis non IPI. Et, entre deux éleveurs du Grand Est qualifiés IBR (pour rhinotrachéite infectieuse bovine, ndlr) et non suspects en termes de BVD, on peut aussi se passer de la prise de sang à l’introduction », décrit Céline Zuber. L’exemple belge Jean-Yves Houtain, directeur du département encadrement sanitaire à l’Agence régionale de santé et d’identification animales (Arsia) en Belgique, était invité à décrire le programme d’éradication de la BVD en Belgique, qui atteint un peu avant le Grand Est la phase délicate d’allégement du dépistage avec maintien de l’efficacité du dispositif : « Après cinq années de lutte, il nous reste du chemin à parcourir avant de crier victoire », pose d’emblée Jean-Yves Houtain. Il rappelle que la base légale du programme d’éradication est l’arrêté Royal, qui date de 2014. Le plan est entré en vigueur en 2015, avec, un peu comme en Grand Est, un dépistage obligatoire des veaux à la naissance, des restrictions de déplacement… À partir de 2019, il a été décidé d’alléger le dépistage à la naissance, et de passer en dépistage sérologique. Dans cette phase d’allégement actuelle, un troupeau peut être qualifié indemne de BVD sous certaines conditions (que des animaux non IPI…), ce qui lui permet de déroger au dépistage systématique, « sauf pour les femelles achetées pleines, dont le veau doit être testé en sérologie ». Si les conditions ne sont pas remplies, la qualification se poursuit grâce à des bovins sentinelles, qui ne sont pas vaccinés et nés dans le troupeau, sur lesquels sont réalisées des analyses sérologiques annuelles par prise de sang. Selon les résultats des analyses, la qualification est prolongée, suspendue (avec un monitoring sérologique sur une cohorte de veaux), ou bien, lorsque deux à quatre animaux sont positifs, se met en place une procédure de confirmation, avec un test Elisa plus spécifique. Et s’il y a un résultat positif à ce test, un nouvel échantillonnage sur les positifs est réalisé. Si tous les résultats sont négatifs sur ce nouvel échantillonnage, le doute est levé, sinon un double test Elisa est réalisé. Lorsqu’un élevage perd sa qualification d’indemne parce qu’un individu IPI y est détecté, une enquête épidémiologique est réalisée. Parmi les causes avérées de recontamination, Jean-Yves Houtain cite l’achat d’une femelle gestante porteuse d’un fœtus IPI, un contact indirect d’un individu sain avec un individu IPI d’un autre élevage par le biais d’un visiteur. Pour le déterminer, les enquêteurs ont fait séquencer l’ADN des souches de virus issus de deux cheptels qui partagent des mêmes intervenants (marchand, vétérinaire…). Résultat : les souches sont analogues à 100 % entre les deux cheptels. Autres sources potentielles d’IPI cités par Jean-Yves Houtain : le partage de prairie, les achats issus de cheptels ayant récemment été en contact avec un IPI. Sans oublier des suspicions d’erreurs de qualification liées à des faux négatifs. Les remontées du terrain, suite à la mise en place du processus d’allégement, montrent que les éleveurs et les vétérinaires préfèrent le monitoring virologique : « Certes, il est plus coûteux que le monitoring sérologique, mais il est plus rassurant, car il permet de lever rapidement les craintes de réinfection. Et puis, comme pour l’instant il est soutenu financièrement et que le processus de certification est automatisé grâce à la centralisation des résultats d’analyses dans une base de données nationale, c’est confortable ». Le monitoring sérologique reste peu utilisé, surtout à cause de difficultés de mise en œuvre liées à la contention et aux pratiques de vaccination. « Il apparaît plus complexe, ce qui entraîne appréhension et réticence », indique Jean-Yves Houtain. Pour l’instant, le choix du monitoring est laissé au détenteur. « Mais il y a d’autres programmes à financer, donc les financements vont se réduire, ce qui va peut être inciter à aller vers la sérologie ». Les données disponibles ont aussi permis de modéliser l’évolution du nombre d’IPI, afin d’estimer à quel moment ils auront été éradiqués. « Les résultats sont peu rassurants, confie Jean-Yves Houtain. Surtout parce qu’il y a encore des cheptels où naissent des IPI alors qu’ils sont qualifiés indemnes ». Il nuance : « L’assainissement du cheptel a été moins rapide que prévu, mais la progression va dans le bon sens ». Le monitoring aura toujours un coût « Chez nous, c’est compliqué, mais ailleurs ce n’est pas facile non plus », constate Patrick Bastian, à l’issue de cette intervention. Il reconnaît que le système de prélèvement auriculaire constitue une garantie, et assure : « On ne forcera pas les éleveurs à arrêter du jour au lendemain. Mais pour le GDS, gérer les deux systèmes au choix de chacun va être un enfer ». Vétérinaire à Sarre-Union et éleveur, Jean-Philippe Weinstein donne son avis sur la question : « Lorsqu’on compare le coût du dépistage par virologie à la naissance et de la protection de la mère par vaccination, soit une quinzaine d’euros, au coût alimentaire quotidien, d’environ 2 €/j, et quand on connaît les conséquences financières de la maladie, on ne se pose pas de question très longtemps. » Un autre intervenant rappelle que, quel que soit le type de monitoring, il aura toujours un coût, mais qui reste inférieur au coût de la maladie. Enfin, des éleveurs s’inquiètent de voir les règles de dépistage s’assouplir. Pour eux, il n’aura alors « servi à rien d’injecter autant d’argent dans un plan d’éradication pendant quatre ans ». Ultime question de Philippe Caussanel, responsable du service Élevage à la Chambre d’agriculture d’Alsace : « Ne pourrait-on pas profiter du prélèvement auriculaire pour réaliser d’autres analyses ? » Histoire de rentabiliser le prélèvement ? Pour l’instant, ce n’est pas le cas en Belgique. Mais cela pourrait constituer une alternative aux deux procédés actuellement dans la balance.   Assemblée Générale du #GDS #Alsace Groupement de Défense Sanitaire. L'intervention du jour par Jean-Yves Houtain portera sur la #BVD @EAVPHR #lagricultureelleassure pic.twitter.com/G9IvZPoReT — Germain Schmitt (@germain_schmitt) March 3, 2020   A lire ausi : « « Le sanitaire doit être prioritaire » », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.  

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