Pratique

Restaurant Julien Binz à Ammerschwihr

Les quadratures gastronomiques

Publié le 23/12/2017

Depuis qu’il a posé ses valises de cuisine à Ammerschwihr, le synesthète Julien Binz, l’une des étoiles montantes de la gastronomie alsacienne, voue un culte immodéré aux quadratures gustatives. Et allie l’imprévu à l’improbable, avec la rigueur et la précision d’un horloger.

C’est un chef perfectionniste. Ses pairs disent de lui qu’il est un stakhanoviste du piano, il dit en tout cas aimer magnifier la matière vivante. Chef de partie chez Antoine Westermann, puis second de Marc Haeberlin, Julien Binz peut enfin s’adonner à sa créativité avec la précision d’un horloger. Sa signature ? Réaliser d’improbables quadratures gastronomiques comme ce filet de bar accompagné d’un jaune d’œuf enfermé dans des feuilles d’épinards pour satisfaire la pointe ferrugineuse d’un riesling de schistes du Rheingau d’Eva Fricke. « Je propose une cuisine traditionnelle évolutive », explique le chef, qui apprécie de cuisiner à l’huile d’olive, par exemple avec des pointes de gingembre, citronnelle, des goûts vifs et frais. « Il faut de la mâche, de la souplesse, de la douceur. J’aime le produit vrai, non dénaturé, travailler sur les acidités, la fraîcheur, les textures, les couleurs », en témoigne sa « noix de saint jacques, sur palet de riz croustillant, chutney d’ananas, sauce crustacés thaï, émulsion citron vert - coco »… À peine a-t-il été fondé avec sa compagne Sandrine Kauffer, que le restaurant a obtenu début 2017 une première reconnaissance par une étoile au guide Michelin. Et c’est à Ammerschwihr ! Un retour aux sources pour cette étoile montante mais déjà bien couronnée de la gastronomie alsacienne. « Première rencontre, première claque » Car l’histoire du chef Julien Binz a commencé juste en face, chez Philippe Gaertner, aux Armes de France. Après un BEP et un stage en forme de révélation dans un 2 étoiles à Grenade sur Adour - le restaurant Pain, Adour et Fantaisie, du chef étoilé Didier Oudill -, il poursuit en bac pro, mais ne termine même pas son cursus : « Je voulais sortir de la blanquette et du rôti ». Il rejoint illico le chef d’Ammerschwihr : « Première rencontre, première claque », lance-t-il. Une année après, Philippe Gaertner le recommande à Antoine Westermann à Strasbourg. Il restera cinq années au Buerehiesel durant lesquelles ce sera « une remise en question quotidienne et de la rigueur. On fait et refait jusqu’à ce que ce soit bien fait. » L’appel du service national vient interrompre ce curriculum vitæ prometteur, mais il est affecté comme chef au mess du palais du Gouverneur. Jusqu’à 4 mois de la quille, où d’impénétrables voies gustatives en très haut lieu viennent interrompre son service national, afin qu’il puisse intégrer l’équipe de Paul Haeberlin. « J’avais envoyé un CV, j’ai d’abord essuyé un refus. Subitement, il a fallu que je me présente un lundi à « L’Auberge ». Tous les papiers étaient prêts pour sortir… » À Illhaeusern, il découvre « une tout autre ambiance, une équipe et une maison familiale »… D’abord commis, il finira au terme de cinq années bras droit du chef triple étoilé avant d’aspirer à de nouvelles responsabilités : « Je cherchais une place de chef ». Après s’être essayé dans une brasserie, il s’installe à L’Auberge d’Artzenheim où il propose la cuisine de terroir qu’il affectionne. « Mais je n’avais pas d’assise financière pour reprendre l’affaire ». Marqués par leur limite d’âge, ses tenanciers s’arrêtent. On le retrouve au château d’Isenbourg à Rouffach où il peut parfaire sa notion des chiffres et des ratios, puis il se consacre à un projet d’hôtel de luxe sur le mont Scharrach à Scharrachbergheim qui ne verra jamais le jour, il s’est installé ensuite plus durablement comme chef du Rendez-vous de chasse - le Bristol à Colmar aux côtés de Richard Riehm où il récupère une étoile Michelin, et assure un intérim au Relais de la Poste à La Wantzenau. « Je fais les choses comme elles me font plaisir » Le changement de propriétaire du Bristol, avec l’arrivée de Jean-Pascal Scharf, signe pour lui le besoin d’ouvrir de nouveaux horizons plus personnels. Et c’est donc à Ammerschwihr, anciennement L’Arbre vert, que le couple a trouvé chaussure à son pied : « On s’y est tout de suite senti bien ». Mais un imprévu administratif l’oblige à se conformer aux normes les plus actuelles. Après de lourds travaux, le restaurant ouvre le 16 décembre 2015. Pour la carte des vins, il s’est adjoint les services de Pascal Leonetti, dont les choix viniques exigeants font régulièrement l’objet de soirées dites « harmonie » : « Dans ce cas, avec Pascal, on identifie les typicités et on compose le plat autour. » Mais Julien Binz mise également sur des incontournables comme ses « médaillons de homard, ravioles d’épinard, bouillon de gruyère ». Homard et gruyère : là encore un style gastronomique en forme de quadrature ! « Je fais les choses comme elles me font plaisir. Mes créations se nourrissent des goûts de saison, d’expériences personnelles ou de réminiscences. » Aux cuisines, l’ambiance avec ses quatre mousquetaires Alexandre, Maelig, Éli et Olivier, est des plus concentrées… Pour Julien Binz, l’histoire continue de s’écrire avec des étoiles dans la tête. Reconnu par une première étoile, le chef compte bien être un jour consacré. Avec Sandrine Kauffer, journaliste spécialisée dans la restauration avec son journal des Nouvelles gastronomiques, qui dispose d’une tour d’observation avec vue imprenable sur la gastronomie française, le couple peut raisonnablement nourrir des ambitions pour surprendre les papilles par d’incroyables accords.

Publié le 02/12/2017

Journaliste pour RTL2 et Radio Dreyeckland, Pascal Kury habite depuis toujours à Altkirch. Il est bien placé pour témoigner sur l’évolution de la foire de la Sainte-Catherine lui qui, souvent dans ses reportages, met en avant le monde agricole et viticole.

Journaliste à la radio depuis 1985 et en charge de l’information locale pour les deux stations depuis 1995, Pascal Kury est bien connu en Alsace. À 52 ans, l’homme, passionné de chemin de fer, de théâtre, d’histoire, de cuisine et des métiers de la bouche en général, délivre ses messages et aide ses auditeurs à mieux apprécier la pertinence de l’actualité. « J’aurai pu être boulanger ou boucher. Je suis finalement entré à la radio car elle m’a appelé. Cela s’est fait naturellement. Comme tout ce que j’ai pu faire dans ma vie. À travers les infos, je délivre des messages. J’aide les auditeurs à mieux comprendre certains sujets, à comprendre certaines causes », explique Pascal Kury. L’actualité agricole et viticole n’est jamais oubliée. Elle fait régulièrement l’objet des sujets mis en avant. « Les agriculteurs sont en souffrance, mais n’ont que très peu de moyens pour le dire et l’expliquer. Ils me semblent lasser de cette situation. En tant que journaliste, j’ai un regard admiratif et attristé pour eux. Car ils bossent tout le temps, mais pas au juste prix. Or, ils nous nourrissent. Alors, oui, j’estime qu’il faut parler d’eux. Le problème, c’est que la campagne vient difficilement à la ville. Ils n’ont pas comme premier réflexe d’utiliser la radio pour témoigner. Or, la radio permet pourtant d’être écoutée partout et facilement », ajoute Pascal Kury. « La foire a perdu son cachet agricole » La campagne, le journaliste est pourtant bien placé pour en parler. Il habite Altkirch. « Je suis un paysan du Sundgau. Je suis attaché à ce terroir, ces terres, ces saisons et ces traditions. Parmi elles, la foire de la Sainte-Catherine évidemment ». Il juge son évolution sans complaisance. « Je suis dans l’événement puisque j’habite place de la Réunion qui se trouve au cœur de la manifestation. Par le passé, j’adorais cette excitation la veille et la nuit, pour l’installation des marchands. Ce bruit, ces voix de la vie dans la nuit. Il se passait quelque chose. Aujourd’hui, les gens viennent le jour même et le plus tard possible. Cette frénésie a perdu son cachet historique. Tout comme son caractère agricole. Il ne reste plus que la place Xavier Jourdain et l’avenue Clémenceau. Pour le reste, c’est un fourre-tout commercial », estime Pascal Kury. Pour autant, et comme chaque année, le citoyen qu’il est se rendra sans aucun doute à la manifestation et le journaliste fera son reportage annuel. « L’année passée, j’avais réalisé l’interview d’un éleveur. Malheureusement, ils ne sont plus très nombreux. C’est dommage car je suis très attaché aux animaux de la ferme. Malgré tout, je compte continuer à axer mes reportages sur ce monde agricole. Car cette foire reste le grand rendez-vous de l’agriculture en ville », ajoute Pascal Kury. Il est convaincu qu’il faut faire perdurer cette manifestation. À l’image de la foire Simon et Jude à Habsheim où, à travers les concours de races d’animaux, l’élevage est mis en valeur. « La foire de la Sainte-Catherine doit être dans le même état d’esprit. Elle fait partie du patrimoine de la ville comme, par exemple et la tour de l’Europe et les journées d’octobre à Mulhouse », conclut Pascal Kury.

Foire de la Sainte-Catherine à Altkirch

Tradition respectée

Publié le 02/12/2017

La 516e édition de la foire Ste Catherine d’Altkirch a tenu toutes ses promesses jeudi 23 novembre. À l’image de la météo, elle s’est déroulée tout en douceur.

Une douceur qui s’est tout d’abord vérifiée dans la philosophie de certains exposants, majoritairement des associations locales. À l’image de ce stand où des bénévoles ont en effet profité de cette journée pour distribuer gratuitement des gobelets de soupe afin de sensibiliser le public au gaspillage alimentaire. Les différents potages en dégustation étaient préparés à partir de légumes invendus, récupérés dans les magasins du secteur. « C’est une soupe quasiment bio, puisqu’une grande partie des légumes proviennent de magasins comme Biocoop », explique Anne-Sophie Parant, coprésidente du SEL du Sundgau (Service d’Echange Local). Le collectif présent réunissait six associations : le SEL du Sundgau, les Jardins partagés de Heidwiller, Forum +, le mouvement des Incroyables comestibles, la Maison de la nature d’Altenach et les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). « Les gens ont envie de faire autre chose, d’innover, d’être solidaires. Ici, ils peuvent discuter tranquillement, poser des questions, et déguster les soupes. Toutes nos animations ont pour thème le gaspillage alimentaire », précise Jean-Yves Leroide, coordinateur de ce collectif. Bien qu’à l’étroit, les cuistots bénévoles ont donné le meilleur d’eux-mêmes dans la préparation de ces potages. Venue avec ses platines et ses vinyles, la DJette Céline B. installée depuis peu à Hirtzbach, a assuré l’animation musicale du stand en mixant des morceaux éclectiques qui invitaient les badauds à danser, avec leur gobelet de soupe à la main. « Expliquer notre démarche » Ambiance également militante avenue Clémenceau sur le stand de la laiterie Eurial. Comme prévu, des producteurs de lait sont présents pour faire déguster le désormais bien connu yaourt « A Güeter ! ». Parmi ces professionnels, Michel Rohrbach. « Je suis venu dès la fin de la traite. Nous profitons de cette journée pour faire découvrir aux gens nos yaourts et expliquer notre démarche. Visiblement, ces yaourts sont appréciés. La démarche semble être comprise. Il faut maintenant que les gens demeurent fidèles à long terme », ajoute le professionnel enthousiaste mais également prudent. Dans cette même avenue, les partenaires du monde l’agriculture étaient tous présents, comme chaque année. Tout comme les concessionnaires agricoles, place de la Halle au Blé. Dans la douceur de cette journée d’automne, les gens ont tendance à discuter plus sereinement. Un peu plus loin, le marchand originaire de Savoie est venu avec ses poules, ânes et autres volailles. Tout comme son voisin du Doubs présent avec ses chevaux. Une habitude prise depuis quelques années.

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