économie

Centre de gestion agréé du Haut-Rhin

Des TPE toujours « handicapées »

Publié le 04/02/2017

Malgré d’allégement de leurs charges, du CICE, et des facteurs conjoncturels plutôt favorables, les TPE françaises ont encore bien du mal à être compétitives face à leurs concurrents européens. Dans ce contexte, les responsables du Centre de gestion agréé du Haut-Rhin espèrent que les prochaines élections présidentielles permettront de « libérer » la création de richesse marchande dans le pays.

Une croissance qui « résiste » mais qui peine à décoller. Lors de l’assemblée générale du Centre de Gestion Agréé du Haut-Rhin (CGA 68), son président Pierre Lammert a mis en exergue le paradoxe qu’a connu l’économie française en 2016. « Malgré des circonstances favorables - parité euro dollar favorable, taux d’intérêt bas, pétrole pas cher - nos entreprises n’ont pas pu en profiter. La faute à des handicaps structurels toujours trop persistants. » Au premier rang, on retrouve la politique fiscale française toujours trop lourde ainsi qu’une compétitivité en deçà, malgré un « recalage » amorcé depuis 2013 et toujours insuffisant pour les PME du pays. Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et les allégements de charge ont par exemple permis de diminuer la charge salariale de 2,4 %. « Alors, oui, ces mesures ont contribué au redressement partiel des marges des entreprises, mais leurs effets sur la compétitivité sont cependant longs à apparaître », déplore Pierre Lammert. Le besoin de « se rassurer » Un bilan pour le moment mitigé que le président du CGA retrouve également du côté de la Loi Travail. D’un côté, elle a tenté d’apporter davantage de « souplesse » dans la gestion de l’entreprise, tout en ayant un impact positif « aléatoire ». « Les textes actuels ne permettent pas une meilleure adéquation des salaires et de la productivité en période économiquement difficile. De plus, la notion de branche ou d’accord d’entreprise reste prédominante, ce qui exclut le plus souvent nos TPE des intérêts de réformes qui allaient initialement dans le bon sens. » Si tout n’est pas à jeter dans la situation économique actuelle, les inquiétudes demeurent au sein du CGA 68. « Dans bien des cas, le bénéfice des entreprises est dépendant du CICE. Ce qui n’est pas très rassurant. » Se « rassurer », c’est certainement ce dont ont le plus besoin les TPE françaises dans un environnement réglementaire qui continue d’ajouter des « surcoûts », des « contraintes », mais aussi des « inquiétudes » à l’image du prélèvement de l’impôt à la source et de la Déclaration Sociale Nominative (DSN). Dans ce contexte, beaucoup d’attentes sont placées dans les prochaines échéances électorales. « Assurer un cadre réglementaire, juridique et financier propice à l’entreprenariat, et par conséquent à la création et au développement de nos activités économiques, doit être une priorité pour les candidats. Nous verrons si, une fois de plus, il s’agit de vœux pieux. Nos décideurs politiques devraient davantage se préoccuper de la création de richesse marchande plutôt que de communiquer à longueur de temps sur la manière de dépenser de l’argent », ajoute Pierre Lammert.

Publié le 20/01/2017

La fin des quotas sucriers au 1er octobre 2017 ouvre une nouvelle ère, dérégulée et fortement concurrentielle. Mais quel sera le poids des planteurs face aux entreprises et au marché ? Franck Sander, président du Syndicat betteravier d’Alsace, explique comment la Confédération générale des planteurs de betteraves a préparé l’après-quota.

« Notre filière est celle qui est restée le plus longtemps dans le système des quotas de production. Et même si elle ne bénéficie plus du prix garanti de la betterave, elle est régie par un cadre spécifique au sucre dans le droit communautaire européen (OCM) », indique Franck Sander, lors de la première réunion d’information betteravière qui s’est tenue le vendredi 6 janvier à Dossenheim-Kochersberg. Dans la perspective de ces profonds changements, « notre priorité était de préserver la négociation collective ». Un nouvel accord interprofessionnel a été signé cet été entre la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), le Syndicat national des fabricants de sucre* et Tereos pour trois campagnes, ce qui donne une meilleure visibilité aux planteurs. Cet accord fixe un cadre clair et précis qui permet aux représentants des producteurs de négocier avec leurs partenaires industriels respectifs. L’accord inclut un contrat type, reprenant l’ensemble des points devant être précisés dans le contrat de chaque producteur. « L’article 125 de l’OCM fixe les conditions d’achat des betteraves, y compris les achats sous le régime des ACP », précise Franck Sander. La négociation interprofessionnelle reste d’actualité La principale difficulté était de ne pas enfreindre les règles du droit de la concurrence : « Les ententes sur les prix sont fortement contrôlées ». Il fallait donc respecter la liberté contractuelle des industriels avec leurs fournisseurs, et séparer clairement les fonctions syndicales et professionnelles. « Nous avons cependant réussi à négocier un accord de partage de valeur qui fera date : cet acte délégué profitera à toutes les cultures. » L’interprofession sera elle aussi amenée à évoluer : au 1er avril 2018, le CIPS (Comité interprofessionnel des professions saccharifères) sera supprimé et remplacé par l’AIBS, dont les membres sont Cristal Union, Saint-Louis Sucre, Lesaffre Frères, Ouvré Fils, Tereos et la CGB. « Une nouvelle interprofession est en route et prépare l’avenir. » Le même scénario que dans le secteur laitier ? La fin des quotas signifie la libéralisation des volumes de production, souligne Franck Sander. Une augmentation de la production de 15 % est attendue au niveau européen, de 20 % en France. Cela aura des incidences directes sur les volumes de sucre commercialisés : ils devraient passer de 4,8 à 5,8 millions de tonnes. Et que se passera-t-il du côté des prix ? Le secteur sucrier vivra-t-il le même scénario que le secteur laitier ? Franck Sander ne le pense pas. Le marché mondial du sucre vient de vivre deux campagnes déficitaires successives, ce qui a entraîné une baisse des stocks, avec à la clé une tendance haussière des prix. « Ce qui va nous sauver, c’est la compétitivité, notamment à l’export. Avant le panel sucre à l’OMC, nous exportions des tonnages significatifs en Suisse. Ce sont des marchés que nous pouvons reconquérir. » D’autres perspectives intéressantes s’ouvrent pour la filière : « La possibilité de récupérer la TVA sur l’essence permettra de trouver de nouveaux débouchés pour l’éthanol, dont nous pourrons profiter. » Le président du SBA en est persuadé, la betterave à sucre reste une culture intéressante pour les exploitations alsaciennes, malgré sa moindre performance en 2016. « Plus un agriculteur se diversifie, plus il limite les risques. C’est vrai aussi pour les marchés : le prix de l’éthanol était à un niveau élevé en 2015 ; il a connu des fluctuations en 2016, mais il est en train de remonter. Et le marché mondial ayant des prix assez élevés, il est plus intéressant que le marché européen. » Jusqu’ici, le prix de la betterave du quota était calculé sur la base du prix de référence du sucre, qui était de 404 €/t. Ce qui faisait un prix de 26,29 €/t de betteraves à sucre. Le prix de la betterave éthanol était, quant à lui, de 22 €/t. « C’était compliqué pour les producteurs de produire de la betterave avec ce niveau de rémunération. La CGB a insisté sur le fait que les planteurs ont besoin au minimum de 25 €/t, pour couvrir les coûts de production et les charges de structure. Cela a poussé les industriels à vendre leur sucre à un prix qui permet de payer ce prix. » « Nous ne pouvons que rebondir » Franck Sander poursuit : « Quand l’Est Agricole et Viticole et le Paysan du Haut-Rhin titrent que nous sommes au creux de la vague (lire notre article dans le numéro du 6 janvier en page 20), cela veut dire que nous ne pouvons que rebondir. Nous avons une capacité de résistance qui nous permettra d’aller de l’avant. » Pour autant, les producteurs devront prendre en compte la volatilité des prix du sucre, qui peut fluctuer de 3,5 %. Nous devrons voir comment absorber ces hauts et ces bas sur nos fermes. Nous avons toute une série de propositions à faire. Au niveau fiscal, il faudrait créer des réserves non fiscalisées dans les bonnes années, c’est-à-dire non soumises aux charges sociales et à l’impôt, pour pouvoir les réintégrer dans la comptabilité durant les mauvaises années. Nous envisageons également la création d’un fonds de stabilisation : les bonnes années, la filière prélèverait 1 €/t de betterave, un montant qui serait cofinancé par l’Union européenne, dans le cadre du second pilier. Les mauvaises années, on pourrait réinjecter cet argent dans les trésoreries des planteurs. La CGB veut également améliorer le système d’assurance récolte, en abaissant la franchise à 20 % et en portant le montant de la subvention à 20 %. Et comme charité bien ordonnée commence par soi-même, la cotisation de la CGB devrait baisser prochainement à 25 cts/t de betterave. Avec la fin des quotas, les missions de la CGB vont évoluer, ce qui permettra de réduire les frais de personnel.

EARL Les Nouves à Bretten

Du lait livré en Allemagne

Publié le 18/01/2017

Installé sur l’exploitation familiale à Bretten depuis 1990, Gilles Schnoebelen a toujours été producteur de lait. Son secteur, éloigné des grands axes routiers, est dépourvu de laiterie. Depuis cinq ans, sa production est entièrement livrée en Allemagne. Une expérience intéressante…

Âgé de 48 ans, Gilles Schnoebelen est installé avec son épouse Sylvie. Leur fille, Marie, 23 ans en avril, est salariée sur cette exploitation de polyculture élevage. « Quand j’ai succédé à mon père à sa retraite, j’ai poursuivi l’activité laitière. Aujourd’hui, nous faisons en moyenne 800 000 litres avec nos 90 vaches de race holstein et, depuis 15 ans, 25 % en simmental. Une race que j’ai choisie pour sa viande. Nous élevons tout le cheptel et nous vendons peu de veaux. Pour les cultures, nous avons essentiellement du blé et du maïs. Mais, de moins en moins de maïs car les rendements sont en baisse et on a besoin de paille. Les vaches sont en pâture au printemps avec comme première alimentation, l’herbe. Nous avons suffisamment de prés autour de l’exploitation. Nous avons pensé aux circuits courts pour optimiser nos produits, mais Bretten, c’est un peu loin de tout. Et seul, ce n’était pas possible », explique Gilles Schnoebelen. Un GIEPLSE Pour l’activité laitière, son père faisait à l’époque la collecte pour Schmitlin avant de se consacrer pleinement à l’exploitation. Suite à Schmitlin, le lait a été livré à la coopérative Alsace Lait puis à la coopérative de Belfort et enfin à la laiterie fromagère Mulin à Besançon pour une durée de sept années à chaque fois. Mais, en septembre 2010, Mulin dénonce le contrat liant les deux parties, voulant récupérer du litrage dans une autre zone géographique. « Nous nous sommes trouvés devant une dénonciation de contrat de la part du collecteur. La collecte était assurée par un prestataire (Scherrer). Cela nous a permis d’aller voir ailleurs avec la possibilité de faire du rendu quai. On s’est alors tourné vers les laiteries des environs : Ermitage, Sodiaal, Alsace Lait, Lactalis. Toutes nous ont répondu la même chose. Elles n’avaient pas besoin de volumes supplémentaires ou dans des délais qui n’étaient pas adaptés à notre situation. Sans débouché possible en France, on s’est alors tourné vers l’étranger », explique Gilles Schnoebelen. Dans le même temps, il crée en avril 2011 avec d’autres éleveurs concernés - Christien Schnebelen de Heimersdorf, Thierry Itty d’Altenach, Isabelle Schirck de Novillard dans le Territoire de Belfort, Gilbert Rein à Seppois-le-Bas et Jean Sirlin à Hirsingue - le groupement d’intérêt économique des producteurs de lait du Sundgau et des environs (GIEPLSE). Jongler avec les règles différentes « Cela nous a permis d’obtenir un agrément en tant qu’acheteur de lait et ainsi de pouvoir organiser la collecte auprès des adhérents, de faire la gestion des volumes pour FranceAgriMer, de facturer la production de lait et de vendre sur le marché français ou à l’export. » Après un premier contact finalement négatif et des recherches élargies dans une zone géographique plus importante, les éleveurs trouvent un accueil favorable chez Omira, une coopérative allemande dont l’usine la plus proche était située à Rottweil dans le district de Fribourg-en-Brisgau et le siège à Ravensbourg. « Mais, la crise est également passée par là-bas. En 2013, Omira s’est restructurée avec un nouveau conseil d’administration et un nouveau directeur. Le site de Rottweil a été fermé. Nous livrons depuis le lait à Ravensbourg, 70 kilomètres plus loin », explique Gilles Schnoebelen. La collecte se fait toutes les 48 heures. Scherrer vient chercher le lait en tant que prestataire pour Omira. « Les débuts ont été laborieux. Comme c’était du lait exporté, nous avons rencontré des difficultés avec l’administration française pour avoir toutes les autorisations. Aujourd’hui encore, il faut jongler avec les règles différentes dans les deux pays. Les analyses de lait réalisées par les laboratoires allemands par exemple, ne sont pas reconnues par la France alors que l’on a les mêmes normes Iso. Nous sommes donc obligés de faire des analyses sanitaires en France que nous payons, évidemment, environ 1 000 € par an. Concernant le paiement du lait, c’est différent en Allemagne. Il faut respecter les normes en vigueur. Il n’y a pas de classification intermédiaire. Ou tu es bon ou tu ne l’es pas. Le paiement allemand est plus simple qu’en France. Il n’y a pas d’engagement à faire sur du volume. Nous appliquons la grille allemande en respectant la réglementation européenne », ajoute Gilles Schnoebelen. En moyenne, peu d’écarts de prix En tout, ce sont 32 producteurs de lait français, essentiellement situés dans le Sundgau et dans le nord du Territoire de Belfort, qui livrent leur lait en Allemagne. Ils représentent 14 millions de litres. Mais comme en France, la crise du lait est une réalité en Allemagne. Elle a même touché plus durement le prix outre-Rhin en raison d’une plus forte réactivité du marché. Le prix est fixé mensuellement en fonction du marché national et des ventes de la laiterie. « Un exemple. On a bien vendu en décembre et du coup le prix du lait augmente en janvier. Il n’y a pas de lissage des prix. Il y a parfois des primes de 10-15 € qui viennent des acheteurs comme Lidl ou Nestlé. On a connu le meilleur avec 420 € les 1 000 litres en 2014 (à l’époque en France, ce prix était de 380 €/1 000 l) et le pire avec 225 €/1 000 l en juin 2016 (en France, 265 €/1 000 l). Si nous prenons une moyenne quinquennale, il y a peu d’écart de prix entre les deux pays. En 2016, nous sommes malheureusement largement en dessous du prix français. En novembre dernier, nous étions, comme en France, à 290 €/1 000 l et là, nous devrions repasser les 300 €/1 000 l. » « Cette expérience est intéressante car elle nous a permis de voir ce qui se fait autour de nous, aussi bien du côté des producteurs que du côté des laiteries. Nous voyons une autre gestion de la filière, très différentes de l’organisation française, même si la frontière est toute proche. La non-contrainte du volume nous permet d’atténuer l’effet de la baisse du prix du lait. Pour être là demain, il faudra faire du volume. Ce qui est possible en Allemagne et pas en France où l’on bride les exploitants performants. Personnellement, je n’ai donc pas envie de revenir en arrière même si, en 2017, nous comptons reprendre contact avec les laiteries françaises pour, éventuellement, avoir la possibilité de partager les volumes et avoir ainsi deux sorties pour notre lait », conclut Gilles Schnoebelen. Dans tous les cas, c'est en assemblée générale que les grandes décisions sont prises. Qu'importe ce que l'avenir lui réserve, l'éleveur souhaite garder sa liberté dans ses décisions acquise par cette expérience.

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