économie

Pâtes d’Alsace Grand’Mère

Une nouvelle gamme, so locale

Publié le 06/04/2018

Mardi 20 mars, à Egast, Philippe Heimburger, PDG des Pâtes d’Alsace Grand’Mère, réalisait un rêve : il lançait officiellement la gamme « L’Alsacienne », composée d’ingrédients exclusivement produits en Alsace. Un produit d’exception réservé aux épiceries fines, à la restauration et aux enseignes de la grande distribution, sous forme d’éditions limitées.

La liste des ingrédients est d’une clarté limpide et rassurante : « Semoule de blé dur de qualité supérieure, 30 % d’œufs frais de poules élevées en plein air, soit 230 g par kg de semoule ». Point final. Du blé et des œufs. Ce sont les deux uniques ingrédients qui composent les pâtes de la nouvelle gamme « L’Alsacienne ». Mais pas n’importe quels œufs. Et surtout pas n’importe quel blé ! Des œufs il y en a en Alsace, mais seul le surplus est destiné aux casseries. Or ce sont ces œufs précassés qui entrent dans le process industriel de l’usine. « J’en trouve, mais je les paie cher », constate Philippe Heimburger. Le blé, c’est une autre histoire. Car jusqu’à il y a quatre ans, pas le moindre épi de blé dur ne poussait dans la région. La faute à la rigueur des hivers alsaciens. Car les variétés de blé dur sont sensibles au gel. Mais, peu à peu, le changement climatique tend à estomper cette rigueur et à rendre la culture de cette plante envisageable sous nos latitudes. C’est fort de ce constat que Philippe Heimburger est allé frapper à la porte de Jean-Paul Bastian, qui a répercuté sa requête au Comptoir agricole. C’était il y a quatre ans, en 2014. Des essais ont été mis en place. La récolte 2015 est encourageante. Celle de 2016 est catastrophique. « Mais, rappelle Alain Weissenberger, ça a été le cas pour toutes les céréales. » Pas de quoi refroidir les partenaires donc. Qui se sont lancés dans l’aventure à échelle industrielle en 2017. Les 17 hectares de blé dur ont produit quelque 100 tonnes de blé, qui a été transformé en quatre formats de pâtes : des nids fins, des nids plus épais, des nouilles bouclées et, bien évidemment, des spaetzle. De la qualité sinon rien Pour l’instant, l’expérience est un succès : « Nous avons obtenu du blé dur de bonne qualité, avec peu de fusariose et une bonne teneur en protéines », constate Alain Weissenberger. Une bonne qualité qui ne doit rien au hasard : « Nous sommes très vigilants sur le précédent. Afin de réduire le risque fusariose, nous préférons un précédent tournesol ou colza, à un précédent maïs. En outre, les producteurs doivent respecter un cahier des charges qui impose le fractionnement de la fertilisation azotée en au moins trois, voire quatre, apports afin d’obtenir la teneur en protéines souhaitée », précise Marc Muller, du Comptoir agricole. En contrepartie de cette qualité, Philippe Heimburger s’est engagé à garantir un revenu minimum à ses apporteurs, même en cas de mauvaise récolte. Et en cas de très mauvaise récolte ? « Eh bien nous ne produirons pas de pâtes de ce millésime », répond stoïquement le chef d’entreprise. Après la récolte, l’organisme stockeur est chargé de stocker la marchandise et de l’expédier au moulin. À ce stade, la vertu du produit s’écaille un peu, puisque ledit moulin se situe au Luxembourg. Mais Philippe Heimburger n’a pas l’embarras du choix. Blé dur et blé tendre nécessitent des calibrages de mouture différents. Ils sont donc moulus dans des moulins distincts. Et « il n’existe pas de moulin à blé dur indépendant en France. Ils appartiennent tous à la concurrence », précise Philippe Heimburger. Pour le millésime 2018, c’est une cinquantaine d’hectares qui va être cultivée par six agriculteurs entre Marlenheim et Ebersheim, où les parcelles sont irriguées. Et déjà, un second projet se profile : la production de blé dur bio. Avec toujours des difficultés liées à la sensibilité des variétés au froid et à la fusariose. « Il faut avoir des cartouches pour gérer ça en bio », constate Marc Muller. Premier essai cette année, sur 2 ha. De son côté, Philippe Heimburger annonce d’ores et déjà de nouvelles formes, notamment des pâtes à lasagnes.

Betterave sucrière

Le marché ne peut que remonter

Publié le 11/03/2018

Le prix mondial du sucre est en chute libre. Conséquence de la fin des quotas sucriers et des augmentations de surface betteravière, notamment en Europe ? Pas que. Timothé Masson, du service économique de la CGB, a fait le point sur la situation d’un marché… qui ne peut que remonter !

« Heureusement que le prix que nous touchons est garanti sur trois ans », constate Franck Sander. Car le prix mondial du sucre est… désespérément bas. Qu’en sera-t-il à l’issue de la période de prix garanti par la contractualisation ? Difficile, voire impossible à dire. Mais Timothé Masson, du service économique de la CGB, est tout de même en mesure de dégager quelques éléments qui permettent d’expliquer l’état actuel du marché. Donc ses possibles évolutions. 6,3 Mt de sucre ont été produites en France cette année, soit 1,7 Mt de plus que lors de la précédente campagne (voire graphique). C’est vrai en France, et dans d’autres pays, qui ont aussi enregistré de bons rendements, combinés à une hausse des surfaces. En face, la consommation française de sucre est stable. « La taxe soda, le développement des édulcorants peuvent éroder la consommation. Mais pour l’instant, les volumes consommés sont stables », précise Timothé Masson. Le volume de sucre exporté en Europe a aussi augmenté (+ 400 000 t), principalement (à 75 %) vers l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni. La dépendance de la France à ces marchés lui fait courir deux risques. Dans le cadre des accords de libre-échange du Mercosur, du sucre brésilien pourrait prendre des parts de marché en France. Selon Timothé Masson, c’est peu probable, contrairement à la prise de parts du marché espagnol par les mêmes brésiliens. Et puis il y a le Brexit. « 8 % de la surface betteravière française approvisionne le marché britannique, qui pourrait se tourner vers d’autres origines une fois le Brexit consommé », prévient Timothé Masson. Les 1,3 Mt de sucre français exportées vers les pays tiers (hors Europe) le sont principalement vers la Suisse, les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, et l’Afrique de l’Ouest. C’est un volume important (20 % du sucre produit en France) et en augmentation. « Nous sommes donc de plus en plus dépendants du marché mondial », constate Timothé Masson, qui illustre : « Nous avons quasiment atteint la parité de sucre exporté vers l’Italie et Israël ». D’où l’importance de suivre ce marché mondial. Actuellement, le niveau de prix du sucre y est très bas. Après conversion en prix betterave, il atteint 15,40 €/t de betterave, quand celui de la betterave à sucre à destination de l’Europe atteint 21 à 26 €/t. Des fondamentaux lourds. Et aussi… Un prix bas qui trouve son origine dans la conjonction de plusieurs éléments négatifs. Avec 190 Mt de sucre produites contre 184 Mt de sucres consommées, il y a un surplus de sucre sur le marché mondial, « dont l’annonce a poussé les cours vers le bas ». À cela s’ajoute un euro fort qui pénalise les exportations. L’impact de la spéculation, qui fait dégringoler les marchés, la position des investisseurs étant surtout orientée à la vente comme pour toutes les denrées agricoles. La lutte des différents pays producteurs pour gagner des parts de marché. La faiblesse généralisée des cours des matières premières. La situation financière et politique au Brésil. Et le fait que cette tendance baissière soit bien enclenchée. Mais Timothé Masson identifie aussi des éléments qui pourraient conduire à une hausse des cours. Certes il y a un surplus de sucre, mais les stocks mondiaux sont bas. Les perspectives d’évolution qui sont établies le sont sans accident climatique. Et tous les éléments baissiers sont déjà à l’œuvre dans le marché. Reste que le prix mondial actuel de 15-16 €/t ne permet pas de couvrir le prix de la betterave qui a été contractualisé entre les producteurs de betterave et les fabricants de sucre. René Schotter, président de la section d’Erstein à Cristal Union s’est néanmoins voulu rassurant : « Ce sera dur pour Cristal Union, mais les prix annoncés seront tenus. » Il a appelé à rester optimiste : « Les prix ne peuvent qu’augmenter. J’en suis convaincu. »

Compétitivité du maïs français dans un marché mondialisé

« Nous avons des arguments à mettre en avant »

Publié le 28/02/2018

Le 22 février, la Coopérative Agricole de Céréales a invité le directeur adjoint de l’AGPM, Mathieu Caldumbide, à faire un état des lieux de la compétitivité du maïs français par rapport aux gros producteurs que sont les USA, le Brésil, l’Argentine et l’Ukraine. Malgré un coût de production relativement élevé et des distorsions de concurrence liées à l’utilisation de certains produits, la production hexagonale conserve des atouts dans sa manche pour continuer à exister dans le marché mondial.

C’est un fait : les surfaces en maïs reculent en France. Le verdissement issu de la Pac, entre autres, est passé par là. Un paradoxe quand on sait que les besoins dans l’Union européenne sont eux en progression. Depuis 2013, ce sont 350 000 ha de maïs grain qui ont disparu dans plusieurs régions françaises. Les perspectives pour 2018 ne sont guère plus réjouissantes pour la filière : une nouvelle baisse de 2 % est annoncée, ce qui ferait baisser la surface totale française sous la barre du 1,3 million d’hectares. Une première. Cette baisse de la production nationale profite aux importations des pays tiers, en premier lieu l’Ukraine qui bénéficie de faibles coûts de transports. Aux Pays-Bas, on peut ajouter le maïs brésilien qui prend de plus en plus de parts de marché. C’est dans ce contexte que se pose la question de la compétitivité du maïs français. Peut-il survivre au sein de cette concurrence féroce ? Et si oui, par quels moyens ? Qu’en est-il réellement des coûts de production dans les autres pays ? Le 22 février, le directeur adjoint de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), Mathieu Caldumbide, a apporté des éléments de réponse lors de la rencontre « Marchés » organisée par la Coopérative Agricole de Céréales (CAC). Il est tout d’abord revenu sur les études menées par l’AGPM et Arvalis Institut du Végétal pendant trois ans dans une dizaine de fermes françaises. « Nous souhaitions mesurer les coûts de production dans des fermes ayant différents profils, situées dans des zones différentes. Entre la ferme la plus performante et la moins performante, nous obtenons une moyenne de 173 euros de coûts de production », explique Mathieu Caldumbide. Un tiers de ces coûts de production est relatif aux charges d’intrants. On retrouve ensuite la mécanisation, la main-d’œuvre, le séchage et les charges diverses. « Cela nous donne des indications sur les leviers à activer ou non. On se rend compte que les coûts de production sont très variables selon les fermes étudiées. Ils sont notamment très impactés par le rendement. De l’autre côté, les prix de vente ne permettent pas systématiquement de dégager une marge. Forcément, on peut s’interroger sur la pérennité d’un tel système. » Les autres pays producteurs de maïs ont aussi leurs contraintes Reste à comparer ces chiffres avec les fermes d’autres pays. Comment font-elles pour produire du maïs avec des prix de marché aussi bas ? Là encore, Arvalis Institut du Végétal a effectué un travail avec des partenaires européens afin d’avoir un regard un peu plus précis sur la situation. À chaque fois, ce sont des fermes performantes qui ont été étudiées. « Ce ne sont pas des cas représentatifs des pays », précise Mathieu Caldumbide. Pour la France, ce sont des exploitations d’Alsace et de la vallée de la Garonne par exemple. Sans surprise, cette étude montre que les coûts de production sont inférieurs que ceux constatés en France : 85 euros au Brésil, 129 euros aux États-Unis ou 86 euros en Ukraine. Comparé aux coûts français, un tel écart semble effectivement ultra-compétitif. Sauf que les prix de vente sont aussi plus faibles. « Du coup, ils n’ont pas forcément de meilleures marges que nous », rassure le directeur adjoint de l’APGM. Ce qui « plombe » les coûts de production français, c’est principalement les charges de mécanisation, de main-d’œuvre, ainsi que les frais de séchage qui sont une particularité qu’on ne retrouve pas dans les autres pays. « En France, on récolte à 27 ou 29 % d’humidité. En Ukraine, c’est à 19 %, et ça baisse jusqu’à 15 % en Roumanie. Au total, cet écart de charge peut représenter une quinzaine d’euros en moyenne à la tonne. » Aux États-Unis, les producteurs de maïs sont pénalisés par le coût important du foncier agricole ; le fermage est actuellement à 450 euros à l’hectare. « On arrive là-bas à des limites de rentabilité, avec des marges proches de zéro, voire carrément négative. Contrairement à chez nous, ils n’ont pas d’aides découplées. En revanche, il y a une politique qui intervient quand les prix descendent en dessous d’un certain seuil. Mais dans l’ensemble, on sent que la situation se tend dans de nombreuses fermes américaines. Ils avaient fortement capitalisé dans les années 2011, 2012 et 2013 lorsque les prix étaient au plus haut. Aujourd’hui, la question de la rentabilité se pose aussi chez eux, quelle que soit la taille de l’exploitation. » Et même si les producteurs américains restent compétitifs sous certains aspects (accès aux biotechnologies ou à des moyens de lutte contre la chrysomèle interdits en Europe), ils restent confrontés à un gros défi : le renouvellement des générations dans le Corn Belt, la « ceinture de maïs » du Midwest américain. « C’est une population rurale et vieillissante. De moins en de moins de jeunes reprennent le flambeau », témoigne Mathieu Caldumbide. En Argentine, la production de maïs bénéficie de pas mal de facteurs positifs pour son développement : faibles coûts de production, plus de taxes à l’exportation comme c’était le cas il y a quelques années encore, volonté politique de développer les infrastructures de transports… « En revanche, l’instabilité politique reste présente dans ce pays, ce qui peut générer des perturbations. » Au Brésil, l’instabilité est plutôt monétaire. Et la culture de maïs, même si elle progresse, affiche à l’heure actuelle des rendements assez faibles (5 tonnes à l’hectare ces dernières années), et ne devrait pas dépasser la culture de soja en termes de surface, qui devrait rester LA culture phare encore plusieurs années en Amérique du Sud. Reste l’Ukraine qui dispose de marchés captifs à proximité, de coûts de production faible, et a de moins en moins de soucis logistiques. « Par contre, le maïs y est aussi la culture qui demande le plus d’investissement, environ 729 dollars à l’hectare. En parallèle, la concurrence avec les oléoprotéagineux va être importante dans les prochaines années », détaille Mathieu Caldumbide. Du maïs « durable » au « maïs » citoyen Si l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs, il ne faudrait pas non plus qu’elle jaunisse dans notre pays. Au vu des éléments présentés par le directeur adjoint de l’AGPM, les producteurs français ont plusieurs pistes de réflexion à explorer. Sur la mécanisation tout d’abord, il y a des travaux d’optimisation à mener. « Il faut une fiscalité adaptée et non pas qu’une fiscalité incitative à investir dans le matériel. » Sur les intrants, le travail sur le positionnement et la modulation permettraient de devenir plus efficient. Concernant le séchage, la question se pose entre précocification et rendement. « On travaille avec les semenciers pour avoir des variétés plus performantes et plus précoces. Des réflexions sont en cours pour mettre en place des plus des maïs plus adaptés à la parcelle. L’idée serait d’avoir un maïs sur mesure. » Mathieu Caldumbide suggère que les producteurs français « capitalisant » sur leurs forces tout en gardant à l’esprit la nécessité de sécuriser les accès à l’eau. « Il faut qu’on continue à innover, à libérer le potentiel génétique de nos cultures et ce, malgré les distorsions de concurrence que nous subissons. On va jouer avec nos armes, mais on doit améliorer notre productivité. Si on fait sauter cinq euros de droit de douane, c’est un plus. Sur la logistique, il y a encore quelques euros à gagner. Enfin, nous avons tout intérêt à nous positionner sur des marchés premium, là où il y a plus de valeur ajoutée - sans OGM, sans phytos - et sortir des marchés qui ne rémunèrent pas. En amidonnerie ou éthanolerie par exemple, il y a des choses à faire. Il va falloir conserver un contexte européen favorable aux biocarburants, et ne pas offrir notre marché aux États-Unis et au Brésil. Nous devons avoir une politique nationale cohérente, et tout cela dans une société qui change qui attend des choses des agriculteurs. Et même si on pense bien faire les choses, on est dans une société qui nous en demande toujours plus. Il va falloir qu’on engage ce débat, expliquer ce qu’est le maïs, pourquoi on le fait, tout en étant à l’écoute des attentes sociétales. Nous devons passer d’un maïs durable à un maïs citoyen. »

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