économie

Commercialisation des matières premières agricoles

Apprendre à dompter les marchés à terme pour mieux gérer les risques

Publié le 05/01/2017

Cet été encore des catastrophes climatiques ont impacté le revenu des agriculteurs. Grâce à ses formations au fonctionnement des marchés à terme, Offre et demande agricole (ODA) propose aux agriculteurs de ne plus subir les aléas des cours et de transformer leurs hausses comme leurs baisses en opportunités.

« Durant leur cursus, les agriculteurs sont formés à produire. Et cela n’a pas changé depuis qu’ils sont exposés à la volatilité des prix. Notre objectif c’est de leur apprendre aussi à vendre leurs productions, et notamment en utilisant les marchés à terme », explique Renaud de Kerpoisson, président d’Offre et demande agricole (ODA), société de conseil indépendante spécialisée dans la gestion du risque des prix des matières premières agricoles, et qui propose de former et d’accompagner les agriculteurs à l’utilisation des marchés à terme. Sécuriser sa marge, une priorité En apprenant d'abord à lire les prix et ensuite à utiliser les marchés à terme, les agriculteurs peuvent avoir une vision anticipée du prix auquel ils pourront vendre leurs productions l’année suivante, les pré-vendre, et faire leurs choix de gestion de leur entreprise en conséquence. En effet, connaissant ses charges, l’agriculteur est en mesure de calculer une marge par hectare. Il peut alors adapter son assolement et ses itinéraires techniques, en levant le pied sur les intrants si les prix s’annoncent bas, et inversement… « Savoir utiliser les marchés à terme représente une aide à la prise des décisions de gestion. Les agriculteurs en retirent des informations particulièrement utiles en cette période de prix bas. Car, avec une bonne utilisation des marchés à terme, on peut absorber jusqu’à 80 % du risque lié à la volatilité des cours », poursuit Renaud de Kerpoisson. Un apprentissage sur la durée Concrètement, l’agriculteur a accès aux marchés à terme via des services proposés par la majorité des banques, certains courtiers ou encore ODA, qui est agréée par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Des agréments qui lui permettent de proposer des formations aux marchés à terme (lire en encadré), ainsi que l’accompagnement des agriculteurs au fil des ans. « Les formations que nous proposons visent à faire découvrir cet univers aux agriculteurs. Mais trois jours de formation, cela reste un peu juste pour maîtriser les marchés à terme. C’est pourquoi il existe des clubs qui ont pour objectif d’accompagner les agriculteurs dans leur transition de la théorie à la pratique. Dans ce cadre, les agriculteurs ont la possibilité de rencontrer un consultant d’ODA une fois par mois, et de bénéficier d’informations et d’analyses sur les marchés », indique Renaud de Kerpoisson. Les agriculteurs restent membres de ces clubs pendant au moins deux, voire trois ans, avant de voler de leurs propres ailes. Durant ce laps de temps, ils seront forcément confrontés à des situations différentes chaque année, que ce soit pour des raisons météorologiques ou économiques. L’objectif est donc de leur donner les outils nécessaires pour appréhender la plupart des situations. Mais Renaud de Kerpoisson souligne : « En faisant le choix d'utiliser les marchés à terme, les agriculteurs font le choix d’apprendre un nouveau métier. Cela va leur demander d’y consacrer au moins un quart d’heure par jour, une journée par mois… » Pour les y aider, ODA propose aussi une série d’outils, comme une application dédiée. Le lait aussi En France 13 000 agriculteurs ont été formés par ODA, essentiellement des céréaliers. En effet les marchés à terme ont d’abord été développés pour le colza, le blé puis le maïs. Mais ils concernent aussi désormais le lait : « L’éleveur passe toujours par sa coopérative, mais celle-ci peut pré-vendre sa production en connaissant le prix du beurre, de la poudre, du lactosérum et en répercutant ces prix sur la rémunération de l’éleveur, qui peut donc se protéger des variations de prix, mieux appréhender les risques et mieux gérer son troupeau, ses rations… »

Aurée Francou, chargée d’études et de recherche au centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC).

Les pratiques alimentaires de demain

Publié le 26/12/2016

Les Français consacrent quotidiennement plus de deux heures à l’alimentation, tout en conservant le modèle traditionnel des trois repas par jour. Mais les pratiques alimentaires évoluent largement, au gré de nouveaux outils ou de nouvelles motivations.

Principal moteur de l’évolution des pratiques alimentaires, le numérique : « Ce qui est arrivé en premier, c’est l’aspect achat : l’e-commerce, avec le drive, les comparateurs de prix… », explique Aurée Francou, chargée d’études et de recherche au centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc). Et plus récemment, l’arrivée des services de livraison de repas tout prêts, lancés grâce à des sites bien pensés, des applis et des algorithmes pointus. « La livraison à domicile, avec par exemple UberEATS, rend le service alimentaire immédiat. Comme dans d’autres secteurs, l’achat est plus rapide. Cela a révolutionné l’offre et fait bouger les marchés. Par ailleurs, le numérique impacte aussi le reste du processus, notamment le fait maison. Avec par exemple de nouvelles tablettes adaptées à la cuisine. Grâce au digital, la cuisine se développe », ajoute Aurée Francou. Les outils numériques pour cuisiner soi-même se sont multipliés depuis plus de dix ans, jouant sur le partage de contenus. « On va sans doute assister au développement d’ustensiles pour individualiser la consommation. Par exemple des sondes pour vérifier si les aliments contiennent des pesticides, ou un frigo qui dit quoi manger en fonction du régime », ajoute-t-elle. Besoin de transparence Tous ces outils numériques bénéficient aux évolutions du « repas social ». Car, aujourd’hui, on veut partager nos petits plats et nos manières de manger. Comment ? En voyage ou dans notre ville, on peut manger chez des inconnus, avec des plates-formes qui proposent des repas à la maison pour des rencontres improbables. On peut également commander des bons petits plats à son voisin. Pour limiter le gaspillage alimentaire, on peut télécharger différentes applications pour dénicher un collègue avec qui déjeuner. On peut même organiser un « restaurant éphémère » de quartier. « Tout cela s’inscrit dans la tendance plus large de la consommation collaborative, qui s’est développée d’abord pour des raisons économiques, pour avoir des dépenses plus faibles, tout en étant acteur de sa consommation. En l’occurrence, pour l’alimentation, en promouvant aussi le fait maison », souligne Aurée Francou. À une forte envie de partage, s’ajoute le fait que les consommateurs veulent tout simplement en savoir plus sur ce qu’ils mangent. « Ce besoin de transparence vient des crises sanitaires passées. La crise de la vache folle a été la plus marquante. La prise de conscience de cet écart entre croyances et réalités n’est donc pas récente. Mais l’affaire de la fraude à la viande de cheval a été comme une réplique, accroissant le phénomène. » Plus globalement, les consommateurs sont plus éduqués et demandent plus d’informations. En pratique, qu’est-ce qu’on observe ? « L’industrie agroalimentaire, depuis deux ou trois ans, travaille à plus de transparence. Dans le comportement des consommateurs, cela se traduit par la recherche de l’origine, des produits connus, et l’essor de la vente directe. Le consommateur cherche des moyens de se rassurer, avec des logos comme le label rouge », poursuit-elle.

Publié le 14/12/2016

Mamenés après une année 2016 catastrophique et une concurrence croissante venue de pays de l'est, les céréaliers haut-rhinois s'interrogent aujourd'hui sur les actions à mener pour faire perdurer leur filière.

Après une année 2016 très mauvaise à bien des égards (prix, rendements, qualité sanitaire), la céréaliculture haut-rhinoise s’interroge. Réunis le 12 décembre lors de l’assemblée générale de l’Association des producteurs de céréales et oléagineux, les responsables professionnels et syndicaux cherchent des raisons d’espérer malgré des résultats techniques et financiers « pas au rendez-vous ». Et si la météo des mois écoulés est perçue comme le « coup de grâce », la cause principale de la crise actuelle est bien ailleurs estime le président de l’Apco, Thomas Obrecht. En ligne de mire, les « réglementations successives » et le « désintérêt de l’État » à l’égard de l’agriculture. « Nous réalisons de sacrés grands écarts entre la commission européenne qui lorgne sur les aides distribuées en osant l’amalgame entre les productions, et notre gouvernement qui méprise l’agriculture traditionnelle pour glorifier un modèle sans en assurer les prix, ni les débouchés », se désole-t-il. Des atouts insuffisants Une pilule d’autant plus difficile à digérer pour les responsables professionnels que le Haut-Rhin - et globalement toute l’Alsace - dispose d’atouts indéniables pour la production de céréales : les infrastructures d’irrigation, la sécurisation des rendements qui représente une « formidable assurance » pour les exploitations, ou encore le réseau des silos de collecte et des silos portuaires. « Beaucoup de nos collègues français nous envient tout cela », tient à rappeler le président de l’Apco. Des qualités reconnues mais malheureusement insuffisantes pour sortir son épingle du jeu en 2016, que ce soit en maïs ou en blé. Dans le premier cas, ce sont les rendements qui n’ont pas répondu aux attentes. Seule satisfaction : une qualité sanitaire « correcte » sur l’ensemble de la collecte. Dans le second cas, c’est la qualité sanitaire qui est la plus problématique, devant la baisse des rendements ou les prix en berne. Les regards tournés vers l’est Une situation d'autant plus délicate que la concurrence venue des pays de l'est augmente, Ukraine, Russie et Kazahkstan en tête.  Des pays immenses comparés à la France avec un potentiel de production - et de surface - très important en fonction des secteurs. « En blé, on observe des rendements équivalents aux nôtres en Russie du sud. Il n’y a pas de contrainte de climat, l’intensification est maximale, et les objectifs commerciaux sont tournés vers l’export. En Ukraine, l’intensification est moindre. Par contre, c’est un gros exportateur pour l’alimentation animale », explique Franck Petit, ingénieur chez Syngenta. Sur ce point, les chiffres présentés lors de l’AG de l’Apco sont assez révélateurs. Alors que des droits de douane à l’importation de maïs subsistent en Europe (avec un seuil de déclenchement fixé à 152 euros/tonne), la Commission européenne a accordé successivement plus de dix millions de tonnes d’importations sans droits de douane au maïs ukrainien. « Même les Bretons en ont importé », s’insurge François Tischmacher, le représentant haut-rhinois à l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM). « Là-bas, les surfaces se développent, chez nous, elles se réduisent. Et ce n’est pas fini car, au nord, le permafrost fond tandis que le fret se développe un peu partout. De plus, on importe des produits qui n’ont pas les mêmes cahiers des charges qu’ici. Il est urgent que l’Europe mette des barrières en place, sinon on va se faire mal. » Vers une filière de « spécialistes » Si Franck Petit reconnaît ces motifs d’inquiétude, il pense néanmoins que la céréaliculture alsacienne conserve certains atouts pour rester présente sur les marchés. La production de semences de qualité en est un bon exemple. Comme le signale Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis Institut du Végétal, des agronomes français sont régulièrement envoyés dans ces pays pour faire la promotion des semences françaises et échanger sur les progrès génétiques en cours. « Et concrètement, si on ne le fait pas, d’autres le feront à notre place », indique-t-il. Des pratiques qui interpellent Thomas Obrecht. « A-t-on un rôle à jouer en devenant fournisseurs de semences ou de techniques ? Est-ce que c’est vers ce positionnement que doit tendre notre filière alsacienne ? » Pour le représentant de Syngenta, cela représente en effet une « belle ouverture ». « Ces pays ont beau avoir un gros potentiel de volume, nous conservons des années d’avance en termes de qualité et de technicité. Et oui, je pense que les semences permettraient de garder des marchés à haute valeur ajoutée. C’est une partie des solutions de demain. Et même si cela représente peut-être quelques contraintes supplémentaires, cela permettra de perdurer. Il faudra très certainement devenir des spécialistes », conclut Franck Petit.

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