L’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace a profité du Mois de la bio pour lancer les bases d’une filière céréales bio. En ligne de mire, l’approvisionnement des transformateurs de produits d’épicerie bio. Vendredi 17 novembre, producteurs de céréales, collecteurs et transformateurs se sont retrouvés au moulin Kircher d’Ebersheim pour trouver des solutions.
Qui veut d’une filière céréalière bio ? Les moulins alsaciens. Car si la demande de farines bios explose, les producteurs d’Alsace ne sont pas assez structurés pour répondre aux exigences des transformateurs. Conséquence, ils passent à côté d’un marché juteux. L’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) a tenté de remédier à ce problème via une table ronde entre tous les acteurs de la chaîne de production, au moulin Kircher, mi-novembre.
Les produits d’épicerie arrivent à la quatrième place des aliments bios les plus consommés en France. De quoi attirer les convoitises pour la production de pains et autres huiles. D’autant plus qu’au premier semestre de cette année, la consommation bio totale a bondi de 20 %. Pourtant, en Alsace, les moulins ont du mal à trouver des fournisseurs. En cause, l’absence de filière céréales bio capable de fournir des grains de qualité et en quantité. Si bien que les transformateurs vont voir ailleurs. En Lorraine ou plus loin.
« On a réappris à trier »
À Ebersheim, Jean Kircher transforme 1 000 tonnes de farine bio par an. Le patron de la minoterie se fournit depuis des années chez Probiolor, une coopérative basée sur l’autre versant des Vosges. L’avantage par rapport à des contrats passés en direct avec les agriculteurs ? Qualité et régularité. « Au sein de notre coopérative, on a réappris à trier, car il garantit un grain de qualité », explique Claude Choux, président du groupement. De plus, les agriculteurs associés dépassent des obstacles logistiques insurmontables pour des paysans isolés.
La clé, les fermes relais. Des exploitations spécialisées dans un domaine à côté de leurs activités habituelles. Triage, stockage, elles servent de vrais points d’appui à la coopérative, disséminées partout sur son territoire. « Notre plus gros client commande 6 000 t par an, hors de question de gérer ce flux avec 10 t par ci, 15 t par là, démontre le coopérateur. De plus, il s’agit d’effectuer des livraisons de qualité égale. » Chaque chargement qui part doit être le plus proche possible du suivant.
Et cette qualité de service importe beaucoup à Jean Kircher. « Ici, nous pouvons nettoyer le grain, afin d’éliminer les dernières impuretés, mais pas le trier », remarque le chef d’entreprise. De ce fait, il repère tout de suite les arrivages de moins bonne qualité. « Quand on nettoie deux, trois fois et que le résultat n’est toujours pas satisfaisant, on a l’impression de s’être fait avoir. »
Autre avantage d’une filière structurée, se décharger des soucis commerciaux. « Quand on passe en bio, il faut savoir anticiper, explique Danaé Girard, de l’Opaba. Cet été, j’ai reçu une dizaine d’appels de producteurs sur leurs moissonneuses-batteuses qui me demandaient où ils pourraient vendre leur récolte ! » Trop tard, évidemment. L’Opaba a bien édité des fascicules avec les contacts des collecteurs et transformateurs, mais cela ne suffit pas.
Le sol alsacien, un don empoisonné ?
Tout pousse vers la construction d’une filière. Dès lors, quels sont les freins à une telle organisation ? Ils seraient principalement culturels, selon Claude Choux. « L’Alsace a un si bon terroir que les exploitants ne sentent pas la nécessité de s’organiser. Quand c’est facile, on ne se pose pas de question. » Et le Lorrain d’ajouter avec une pointe de malice : « Mais les mauvaises années, c’est la panique totale et je suis inondé d’appels d’agriculteurs alsaciens ».
Un écueil plus préoccupant se cache du côté des consommateurs. Selon Jean Kircher, les transformateurs comme lui veulent augmenter leur production bio, mais il ne sait pas s’il trouverait preneur pour de plus gros volumes. « Aujourd’hui, mes clients achètent mes produits bios car ils sont bons, parce que c’est du Kircher. Pas parce qu’ils sont bios. » Pour le meunier, il faut convaincre les gens de payer quelques centimes de plus pour manger bio. Pour ce faire, le minotier va commercialiser un pain 100 % bio et alsacien. Une manière d’introduire le bio via un autre argument en plein boom. Le manger local.