bio

Au lycée agricole du Pflixbourg à Wintzenheim

Le projet SEFerSol se poursuit

Publié le 31/05/2017

Démarré en 2015, le projet régional SEFerSol permet d’étudier les pratiques culturales en maraîchage biologique. Il mobilise huit partenaires et vise à identifier, tester, évaluer et partager des stratégies innovantes en matière d’entretien de la fertilité des sols en maraîchage biologique diversifié pour faire progresser les pratiques en Alsace.

Le maraîchage biologique diversifié en Alsace a souvent recours à des pratiques intensives d’utilisation du sol, notamment par des interventions répétées de travail du sol, des apports de fertilisants organiques rapidement dégradés, une faible couverture du sol notamment l’hiver. Ces pratiques présentent des risques de diminution de la fertilité du sol dans la durée et de dégradation de la qualité de l’eau. Il existe de nombreuses possibilités pour entretenir la fertilité des sols et les stratégies appropriées font autant appel aux connaissances techniques et scientifiques éprouvées qu’à de nouvelles pratiques à expérimenter. Les leviers techniques mobilisables peuvent se regrouper en différentes catégories : le choix des successions culturales, les apports de matière organique, l’adaptation du travail du sol, l’utilisation des engrais verts et couverts végétaux, la couverture des sols. Les maraîchers disposent de nombreuses références sur ces techniques (outils de pilotage, tables de référence), toutefois celles-ci sont décrites indépendamment les unes des autres. Or c’est la combinaison cohérente et efficace d’un ensemble de techniques traduites en une logique globale (stratégie ou système de culture) qui permet le mieux l’entretien de la fertilité du sol. La mise en œuvre de ces stratégies est complexe en maraîchage biologique diversifié car elles doivent s’adapter à une grande diversité de cultures dans une dimension spatiale (assolement) et temporelle (successions de cultures). Dans ce contexte de nouvelles références, opérationnelles, sont nécessaires pour aider les maraîchers à améliorer leurs pratiques d’entretien de la fertilité du sol. « L’objectif du projet est de produire des références utiles pour les maraîchers et d’accompagner ceux désirant améliorer leurs pratiques d’entretien de la fertilité du sol. Ce travail s’effectue par la mise en œuvre de deux volets d’actions interdépendants : la recherche et l’expérimentation tout d’abord. Il s’agit de tester et d’évaluer des stratégies innovantes d’entretien de la fertilité en maraîchage biologique. Des études et des enquêtes ensuite, pour étudier les pratiques actuelles des maraîchers en matière d’entretien de la fertilité du sol », explique Guillaume Delaunay, chef de projet à Wintzenheim. La démarche repose sur une vision systémique (expérimentation système), la mobilisation de compétences pluridisciplinaires (projet multipartenarial) et un cadre participatif (co-conception de système de culture). Elle vise à favoriser l’intégration des innovations dans les systèmes agricoles. Le projet est piloté par l’EPLEFPA Les Sillons de Haute Alsace et son pôle maraîchage. Il réunit sept autres partenaires qui interviennent de manière complémentaire pour la mise en œuvre des différents volets : l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), l’Atelier Paysan, la Chambre d'agriculture d’Alsace, Rittmo, l’Association pour la relance agronomique en Alsace (Araa), Alsace Vitae et Planète Légumes. Les pratiques sur l’entretien des sols Sur l’atelier de production maraîchère des Jardins du Pflixbourg à Wintzenheim, deux systèmes de culture innovants sont testés en comparaison à un système de référence. Ils combinent des techniques innovantes et des pratiques intéressantes, pour les principaux leviers d’entretien de la fertilité du sol suivants : utilisation renforcée des engrais verts et couverts végétaux (nutrition, protection et structuration du sol), limitation forte et simplification du travail du sol (horizons du sol moins ou non perturbés) et couverture du sol (protection du sol contre les facteurs climatiques préjudiciables à son activité biologique). Ils ont pour objectif une meilleure fertilité du sol, tout en préservant la qualité de l’eau, en maintenant une bonne autonomie vis-à-vis des intrants et en préservant les résultats technico-économiques (rendements, qualité des cultures, marges). « Ce n’est pas que de l’expérimentation. L’idée est de transférer les résultats obtenus dans d’autres systèmes et de mener ensuite des actions et des animations. C’est un travail collectif mené avec les maraîchers », précise Guillaume Delaunay. Une étude des pratiques de l’entretien des sols a été menée depuis 2015. Les résultats de cette étude ont été présentés. Ils ont été menés sur une base de 56 maraîchers bios en Alsace, orientés principalement en légumes. Et ils sont finalement 18 à avoir été suivis et enquêtés. « Nous avons étudié leurs pratiques, essayé de savoir quels étaient leurs besoins, mais également leur volonté de s’impliquer, de chercher les innovations et de les identifier. Nous constatons qu’il y a une diversité d’ancienneté dans le bio. La moitié des exploitations comptent par ailleurs des ateliers secondaires. Et la majorité des maraîchers cultivent entre 40 et 60 espèces différentes de légumes. Enfin, 100 % des producteurs pratiquent la vente en circuit de proximité, en direct ou dans des magasins spécialisés », explique-t-on à l’Opaba. Concernant la fertilité des sols, plusieurs idées fortes sont évoquées. À commencer par la rotation des cultures : des successions de cultures diversifiées, dans lesquelles l’alternance des cultures est raisonnée, qui concourent à une bonne nutrition des cultures et permettent de garder un sol sain (limitation des maladies et de l’enherbement spontané). Les apports de matière organique jouent un rôle important dans le fonctionnement global du sol. Ils interviennent sur ses propriétés physiques, avec l’amélioration de la structure et de la porosité, biologiques, avec la stimulation de l’activité biologique, et chimiques, avec le stockage et la fourniture des éléments nutritifs. En ce qui concerne les engrais verts, leur utilisation optimisée permet d’agir simultanément sur la fixation des éléments nutritifs du sol, sur la restitution de matière organique, sur la structuration du sol par le travail des systèmes racinaires, sur la protection du sol vis-à-vis des risques climatiques tels que la battance ou l’érosion, et aussi de rompre les successions d’espèces légumières, de contenir le développement des espèces adventices. Enfin, sur le travail du sol, le labour reste préconisé pour la gestion de l’enherbement. Des outils à dents sont nécessaires pour éviter de perturber les sols ou le tassement. La présentation a également permis d’évoquer les éléments de biodiversité, le paillage et la couverture du sol, l’irrigation (l’impact sur la fertilité des sols est rarement pris en considération), ou encore le matériel. Il existe des spécificités sous-abri comme la succession continue de légumes, la présence continue de racines vivantes de différentes espèces ou la présence problématiques de nombreux foyers de limaces et de rongeurs.

Publié le 19/05/2017

Fin 2016, 278 domaines alsaciens avaient reconverti en bio ou en biodynamie 2 339 ha de vigne et s’étaient engagés pour 77 ha supplémentaires. Comment gérer ce passage ?

Frédéric Schmitt est vigneron indépendant sur 13 ha à Orschwihr. Il a commencé par en conduire 3 ha en bio en 2005. Il a étendu cette stratégie à tout le domaine en 2010 avant d’en demander la certification en 2013. « J’y suis allé tout seul. J’ai basculé progressivement pour avoir la maîtrise du travail du sol. Le secret est de disposer du matériel adapté à ses sols et à ses écartements afin d’entretenir le cavaillon. J’ai débuté avec des rasettes. Au bout de quatre à cinq ans, le manque de terre m’a fait acheter des disques crénelés avec lesquels j’ai réalisé un buttage d’hiver. Aujourd’hui, mon parc se compose en plus d’un vibroculteur, de deux décavaillonneuses montées sur châssis, de pattes d’oie et depuis 2012 d’un chenillard en poste inversé qui me permet de travailler en frontal, de réduire la pénibilité du passage et de limiter le tassement. La quatrième, la cinquième et la sixième année ont été les plus difficiles parce qu’il faut impérativement maîtriser la propreté du cavaillon quand la vigueur diminue. Sinon la concurrence de l’herbe poussant sur le rang devient trop forte ». La protection du vignoble a été plus aisée à assumer. « Il faut être plus attentif à la météo et plus réactif. Au cours d’une année classique, je réalise un traitement de plus qu’en conventionnel avec un résultat similaire et un coût de matières actives moins élevé qu’en conventionnel » note Frédéric. Depuis l’an passé, Frédéric convertit son domaine en biodynamie. « Je veux diminuer ma dose de cuivre, avoir une gestion plus globale de la vigne et renforcer les défenses naturelles de la plante. Le passage du bio en biodynamie est plus facile ». Frédéric reste toutefois prudent. Il garde son rythme : 3 ha au début, la totalité de la surface d'ici 2019. Pour s’assurer « d’une transition plus rapide », il a signé un contrat d’appui technique de trois ans avec Christophe Ehrhart, ancien codirecteur de la maison Josmeyer, consultant en biodynamie depuis 2016. « J’établis avec le viticulteur qui me sollicite un programme qui prend en compte le terroir, la vigne, l’objectif de production, l’équilibre économique du domaine avec une moyenne qui varie de 50 à 60 hl/ha. Il doit être motivé et avoir une capacité minimale d’investissement en matériel, même si pour démarrer des pulvérisateurs à dos suffisent. Dans tous les cas, celui qui s’engage dans cette voie doit être conscient que passer en biodynamie, c’est sortir de sa zone de confort » dit-il. La première étape d’une reconversion est de poser à l’échelle de la parcelle un diagnostic sur le matériel végétal en place, le fonctionnement de la vigne, sa vigueur, la structure du sol, les pratiques qui ont eu cours depuis dix ans. « Comprendre ce dont la vigne a besoin » Le sol est le point clé. « Le meilleur moyen d’évaluer la situation est de prendre sa pioche pour aller voir où sont les racines. Si elles courent superficiellement et en parallèle de la surface, il faut rééduquer la vigne, intervenir d’abord doucement en griffant le sol pour lui apprendre à descendre. C’est là qu’elle se mettra à l’abri du froid et qu’elle pourra mieux supporter des aléas de plus en plus marqués de la climatologie actuelle » explique Christophe. L’ouverture du sol est donc primordiale pour « que l’air et l’eau qui le font vivre puissent le pénétrer. Des essais ont montré qu’un sol optimisé absorbe jusqu’à 38 mm d’eau par heure alors qu’il ne peut en encaisser que 2 mm s’il est tassé. Un apport de 1-2 t/ha de compost peut être privilégié en sol léger alors que le travail du sol est davantage préconisé en sol lourd. La biodynamie réfute l’engrais minéral azoté. « La vigne a deux types de racines : l’une avec laquelle elle se nourrit, l’autre avec laquelle elle boit. Mais quand l’eau transforme l’azote assimilable en sel, ce second type de racine boit et mange en même temps. C’est l’excès » affirme Christophe. Très logiquement, les produits de synthèse sont jugés comme « incitant la vigne à ne plus mettre en œuvre ses propres mécanismes de défense. Elle ne fabrique plus d’exsudats qui poussent les racines à plonger dans le sol et de molécules complexes chargées de protéger les raisins en se fixant sur leur pruine ». Pour Christophe, la biodynamie, « c’est observer pour comprendre ce dont la vigne a besoin ». Mais il reste « à chaque viticulteur de se rendre disponible dans sa tête, de se faire sa propre opinion sur les choix à faire, de montrer les bons réflexes à bon escient en se disant que chaque millésime est un nouveau défi avec lequel il demande à la vigne de lui restituer le seul potentiel qu’elle est capable de donner ». Frédéric Schmitt estime que le bio lui a fait franchir un palier. Il constate : « lors d’une dégustation verticale, le changement se perçoit à partir de 2005, et se renforce ensuite de plus en plus ». Il attend de faire un pas similaire avec la biodynamie.

Publié le 23/03/2017

Une trentaine d’élus de Jeunes Agriculteurs se sont réunis récemment dans le Haut-Rhin pour réfléchir aux orientations à mener pour la pérennisation de l’agriculture biologique en France.

Quel avenir pour l’agriculture biologique en France ? Comment pérenniser et structurer une filière qui attire à elle un nombre croissant d’exploitants ? Comment inciter davantage de conversions ? Afin de répondre à ces questions et d’établir les grandes orientations à impulser au cours des prochaines années, Jeunes Agriculteurs a organisé la semaine passée une session nationale bio dans le Haut-Rhin. Une trentaine d’élus du syndicat sont venus de toute la France pour partager leurs réflexions et ainsi établir une position commune dans ce dossier. « Avec l’élan de conversion qu’on observe depuis quelque temps dans le pays, il est important de bien structurer la filière bio. C’est un enjeu essentiel pour éviter d’éventuelles perturbations », explique Ange Loing, vice-président de JA National en charge du dossier bio, et éleveur bio à Hachimette. Qui dit « structuration » dit bien évidemment débouchés rémunérateurs et pérennes : vente directe, magasins paysans, paniers, livraison en laiterie ou en grandes surfaces, de nombreuses opportunités existent. Que ce soit à travers des circuits longs ou des circuits courts, toutes sont intéressantes pour les Jeunes Agriculteurs. « Ce sont des débouchés complémentaires qui offrent différentes possibilités aux producteurs », résume Ange Loing. Lui-même « cumule » ces deux aspects de la commercialisation en vendant une partie de son lait bio à Lactalis, et en valorisant l’autre via son atelier de transformation, le tout écoulé dans des magasins paysans du secteur de Colmar. Il y a aussi le marché de la restauration hors domicile (RHD) qui présente des perspectives intéressantes. Enfin, sur le papier. Dans les faits, cela se résume surtout « à de beaux effets d’annonce », témoigne Ange Loing : « C’est très difficile à mettre en place sur le terrain. Entre le donneur d’ordre et le cuisinier qui travaille les produits, il y a plusieurs interlocuteurs à gérer. Et de notre côté, nous devons veiller à livrer des produits adaptés avec un volume suffisant. Il y a encore beaucoup à faire dans ce créneau qui présente des perspectives intéressantes. » Ne pas décevoir le consommateur Face à cette « aubaine » du bio, plusieurs pays européens sont aujourd’hui tentés de revoir les règles qui régissent la filière. « Avec le marché qui se présente, des états comme les Pays-Bas aimeraient alléger certains aspects afin de pouvoir produire plus. En France, nous avons une vision opposée : pour nous, le marché attendra un peu, le temps que les producteurs soient capables de faire un produit de qualité avec toute l’exigence qui va avec. Du coup, nous devons rester très attentifs afin que le cahier des charges européen de la bio conserve son poids et ses règles actuelles », souligne Ange Loing. Les agriculteurs bios seraient-ils plus enclins à la surcharge réglementaire que leurs homologues conventionnels ? Une hypothèse qui fait bien évidemment sourire l’éleveur d’Hachimette : « Sur ce point, on est comme tous nos confrères : on souffre d’une surcharge administrative bien trop importante et tatillonne par rapport à nos voisins européens. Néanmoins, nous avons quand même fait le choix de conserver le contrôle annuel Ecocert qui n’est pourtant plus obligatoire. Cela nous permet de montrer patte blanche et garder la confiance du consommateur. » Une bonne manière aussi de rappeler que l’agriculture biologique n’est pas juste une opération marketing, servant à « greenwasher » l’agriculture. Un phénomène qui a pu être observé sur des produits importés dans l’Union européenne et pourtant labellisés « bio ». « C’est clair qu’il y a eu des problèmes avec des produits qui ne correspondaient pas aux exigences européennes. Heureusement, c’est en train d’être révisé afin qu’il y ait des équivalences plus claires avec le cahier des charges européen. C’est indispensable pour notre filière et sa crédibilité. L’agriculture biologique doit être en mesure de fournir une alimentation de qualité, sécurisée et la plus durable possible. C’est l’engagement que nous prenons auprès des consommateurs. »

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