bio

Lait de chèvre bio

De belles opportunités à saisir

Publié le 29/11/2017

Dans le cadre du mois de la bio, l’Opaba, qui a vocation à structurer les filières bios sur le territoire, a organisé une rencontre dédiée à l’élevage caprin qui a rassemblé la fromagerie Monte Ziego de Teningen, en Allemagne, la laiterie du Climont de Saales, et la société Biodéal qui valorise deux sites de production en Franche-Comté. Leur point commun ? La quête de lait de chèvre bio !

« Chaque litre de lait de chèvre fermenté que nous produisons est un litre de lait de chèvre vendu », affirme Christian Haessig, de la laiterie du Climont à Saales. À quelques kilomètres de là, sur l’autre rive du Rhin, la laiterie Monte Ziego, travaille 1 Ml de lait de chèvre. « Mon objectif, c’est de passer à 10 Ml d’ici cinq ans », avance Martin Buhl. Idéalement avec du lait collecté localement. Et ce volume, qui peut sembler colossal, il ne craint pas de ne pouvoir l’obtenir. « Simplement, si ce n’est pas localement, j’irai le chercher ailleurs ». C’est aussi ce que fait, à contrecœur, la société Biodéal qui élabore des produits au lait de chèvre et de brebis en Haute-Saône, mais avec du lait qui provient majoritairement d’Aveyron. Une situation qui ne satisfait pas Adnan Jaoui, fondateur de la société. Les trois entrepreneurs, tous embarqués dans la même quête de lait de chèvre bio, avaient donc pris leur bâton de pèlerin pour prêcher tout l’intérêt de produire localement un produit destiné à être transformé par des industriels à taille - plus ou moins - humaine. Qui plus est, ils sont tous prêts à rétribuer équitablement les producteurs afin d’assurer leur approvisionnement régulier en un produit de qualité. Ils se sont retrouvés face à une assemblée constituée de… trois producteurs et le double de représentants d’organismes professionnels agricoles. Pour eux, alors que la filière laitière s’empêtre dans une crise du beurre révélatrice de ses dysfonctionnements, c’est une déception. Car même si convertir un atelier bovin en atelier caprin - ne serait-ce qu’en partie - ne se fait pas d’un coup de baguette magique, bénéficier d’un juste prix constitue l’opportunité d’envisager l’avenir plus sereinement. De l’Aveyron à la Haute-Saône À tour de rôle, ils ont présenté leur entreprise. Adnan Jaoui, ingénieur AgroParisTech, a créé une première laiterie en 2000, puis il a repris la fromagerie Roussey, à Selles, en Haute-Saône, en 2011, et a redémarré la fruitière de Lavigney en 2013. Un développement qui permet à l’entité Biodéal d’élaborer une gamme de 25 produits frais au lait de chèvre et de brebis collecté en Aveyron. En 2015, il initie une filière de lait de chèvre et de brebis bio en Franche-Comté avec le soutien de l’État et des collectivités locales. « Nous poursuivons la construction de cette filière équitable de lait bio de chèvre et de brebis. » Aujourd’hui, Biodéal travaille avec cinq producteurs locaux, plus une installation en cours et quelques porteurs de projet dans les cartons. Ces cinq producteurs échangent avec Biodéal sur la qualité du lait, les moyens de production, le prix… Mais cette phase embryonnaire engendre un certain nombre de difficultés : « Comme nous n’avons pas assez de producteurs, les volumes ne sont pas suffisants, notamment en début et en fin de lactation. » Et, toujours par manque de volume, ce sont les éleveurs qui prennent en charge la collecte. « Ils sont équipés et dédommagés pour cela », précise Adnan Jaoui. Enfin, le suivi technique nécessaire à l’amélioration de la qualité du lait fait défaut. Les livraisons actuelles ne couvrent en tout cas pas le volume transformé par Biodéal, qui s’approvisionne donc toujours en lait de chèvre dans d’autres bassins de production. Jusqu’où ira Biodéal pour localiser son approvisionnement ? Tout dépend du volume à collecter, répond Adnan Jaoui. Mais la rentabilité de la collecte a été évaluée à 90 km autour des deux laiteries. Un produit santé qui plaît Avant d’être transformateur, Christian Haessig, dirigeant de la laiterie du Climont, a mené de front les activités d’agriculteur et de transformateur, et en a vu « les atouts et les inconvénients. » Avec son épouse, ils ont choisi de se consacrer à la laiterie, qui transforme environ 600 000 l de lait, dont un tiers est valorisé en bio, même si quasiment toute la collecte est bio. Un choix assumé par Christian Haessig, qui préfère voir ses produits bien en vue au rayon traditionnel. La gamme de produits élaborés à la laiterie du Climont comprend le K-philus, un produit « santé » élaboré avec du lait fermenté, que ce soit de vache, de brebis, ou de chèvre. « C’est un marché qui se développe », constate Christian Haessig, qui est donc à l’affût de relations locales pour asseoir l’approvisionnement en lait de chèvre. D’autant que des travaux sont en cours à la laiterie : ils vont se traduire par un doublement de la surface de l’usine. Un investissement qui reflète la confiance de l’entrepreneur quant à la possibilité de « construire une filière locale, équitable, fondée sur un partenariat équilibré entre des producteurs et une unité de transformation à taille humaine ». Il ne lui reste « plus qu’à » rencontrer des producteurs prêts à nouer de telles relations commerciales… C’est le cas d’Alban Wehrle, qui est en train de monter un atelier caprin à Mackenheim. Dans 500 m2, il accueillera 120 chèvres de race alpine, dont le lait sera intégralement livré à la laiterie du Climont. Pour l’instant, la laiterie transforme 2 000 l de lait de brebis et environ 500 l de lait de chèvre par semaine, en provenance d’un unique producteur vosgien. Et ce sont encore les producteurs qui assurent la collecte et la livraison. « Mais nous sommes en train de nous équiper pour collecter à la fois du lait de vache, de brebis, et de chèvre », indique Christian Haessig. Un marché et un outil propres à générer une filière Avec la laiterie Monte Ziego, on reste dans la même division, par rapport aux géants de l’industrie laitière, mais on change tout de même de catégorie : « Nous travaillons avec quinze fournisseurs de lait de chèvre, et nous transformons 1 Ml de lait chèvre par an. Mais dans cinq ans, nous voulons passer à 10 Ml de lait », avance Martin Buhl, dirigeant de la laiterie. Qui plus est, du lait certifié Demeter. Un objectif qui peut sembler utopique, voire carrément irréalisable. Mais Martin Buhl est on ne peut plus sérieux : « Notre activité principale est la laiterie. Mais nous y avons adossé une unité de déshydratation de lait qui permet de fabriquer du lait de chèvre en poudre. » Un investissement de 20 M€ qui permet d’écrêter les pics de production estivaux. En effet, la production de lait de chèvre est fluctuante. Or la fromagerie écoule surtout sa production via la grande distribution, qui a une demande plus forte vers Noël et Pâques. Donc, pour avoir assez de lait à ces périodes, la laiterie a besoin de s’assurer un certain volume d’approvisionnement qui engendre une surproduction en été. Il fallait trouver un moyen de valoriser le surplus estival. À cela s’ajoute un contexte réglementaire favorable. Depuis 2015, les fabricants d’aliments infantiles sont autorisés à intégrer de la poudre de lait de chèvre dans leur recette. Un ingrédient qui intéresse au plus haut point le fabricant Holle, une référence en matière d’alimentation infantile bio. Il y a donc un nouveau marché à saisir. Pour amortir l’unité de déshydratation, Monte Ziego cherche de nouveaux producteurs, prioritairement en Alsace, en Forêt-Noire et dans les Vosges, afin de maîtriser le coût de la collecte. Tous les producteurs actuels sont certifiés Demeter, les nouveaux devront l’être aussi. La laiterie propose un suivi technique poussé à ses fournisseurs. Pour Martin Buhl, le modèle économique qu’il défend représente une opportunité de dynamiser la production laitière en moyenne et haute montagne. Car, pour lui, l’avenir de l’agriculture rhénane ne se construira pas au niveau mondial, mais local, avec une agriculture à haute valeur ajoutée. « Cet outil, c’est un instrument de développement d’une filière locale qu’il faut savoir bien utiliser, estime Martin Buhl. Tous les collecteurs de lait de chèvre sont confrontés à la surproduction estivale. Nnotre projet peut intéresser des collègues. » Un appel du pied visiblement entendu : « Il doit être possible de trouver des synergies entre des opérateurs qui ne sont pas des concurrents mais des partenaires », estime Adnan Jaoui.

Dans le cadre du « Mois de la bio » en Grand Est

La conversion doit être un projet professionnel réfléchi

Publié le 22/11/2017

Une journée technique sur l’élevage de bovins lait en agriculture biologique a été organisée jeudi 16 novembre à Ranspach-le-Haut à l’initiative de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace et de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Les participants ont reçu le témoignage de la famille Schmitt. Leur exploitation, la ferme de la Petite Prairie, après une période de conversion, va livrer son lait bio à partir de janvier 2018.

Se convertir en bio. Certains le font. D’autres y pensent, mais ne savent pas toujours comment réaliser leur conversion. Cette journée technique avait pour objectif de répondre à leurs questions. Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), a ouvert cette journée. Elle est bien placée pour témoigner. Agricultrice en Alsace Bossue, elle fait partie d’un petit groupe qui, il y a 25 ans, a opté pour le bio. À l’époque, il s’agissait d’une véritable « révolution » dans la campagne alsacienne. « Aujourd’hui, dans mon secteur, une exploitation sur trois est en bio. Et de nombreux autres professionnels nous observent, regardent ce que nous faisons, comment nous évoluons », témoigne Véronique Klein. Elle est convaincue que le bio a sa place partout, à partir du moment où le projet de conversion est réfléchi et a un sens économique au côté d’un idéal de vie. « Comme en Alsace Bossue, l’agriculture biologique a bien évidemment sa place dans le Sundgau. D’autant plus que la demande de lait bio est là. Et qu’elle répond à des enjeux importants comme la qualité de l’eau. » En 2016, le chiffre d’affaires du bio était de 7 milliards d’euros avec une croissance qui dépassait les 20 %. Une croissance qui s’explique par une demande toujours plus importante des consommateurs en quête de sécurité alimentaire, de respect de l’environnement, ou encore de bien-être animal. En Alsace, on dénombre ainsi 656 fermes bios pour 22 660 hectares, soit 6,7 % de la surface agricole utile (SAU) en janvier 2017. « Nous pouvons encore progresser et atteindre rapidement les 10 %. Mais, cette augmentation doit se réaliser dans le respect de chacun. Nous ne sommes pas là pour opposer les agricultures. Nous avons tous été en conventionnel. Certains ont simplement passé un cap. D’autres ne l’ont pas fait. Et d’autres ne pourront peut-être pas le faire pour des raisons économiques, philosophiques ou géographiques. L’agriculture biologique ne dénigre personne. Nous allons construire ensemble, évoluer ensemble sur des techniques nouvelles qui sont déjà connues ou qui vont arriver », a précisé l’élue. Les nouvelles conversions concernent principalement les grandes cultures et l’élevage. « Cette dynamique s’est poursuivie en 2017 avec plus de 60 nouveaux engagements recensés entre janvier et août 2017. Dans ce contexte porteur pour l’agriculture biologique, il est essentiel de travailler ensemble. C’est aussi pour cela que nous organisons de nombreuses communications comme le « Mois de la bio ». C’est la première action commune, à l’échelle du Grand Est, du réseau des Chambres d’agriculture et des groupements de producteurs bios, explique Camille Fonteny, de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). Des collectes qui offrent des débouchés Après une matinée en salle, les participants ont visité l’exploitation de la famille Schmitt, la ferme de La Petite Prairie à Ranspach-le-Haut. Installé sur la ferme familiale depuis 1982, Pierre Schmitt a expliqué son parcours. « J’ai toujours travaillé en construisant un projet cohérent au niveau du territoire. Mais, c’est vrai que depuis dix ans, je réfléchissais à une autre façon de faire. Je ne me satisfaisais plus de mon système de travail. Peu à peu, je me suis renseigné. J’ai également beaucoup écouté, observé mes collègues, pris des renseignements ici et là. Avant de passer en bio, il faut en effet se poser les bonnes questions. L’installation de ma fille, Émilie, en 2012, conjointe à la construction de l’atelier de transformation, a été importante dans ce parcours. Et, début 2016, il y a eu la première collecte de lait par Biolait. C’est cette possibilité de valoriser notre lait en bio qui nous a poussés définitivement à convertir notre exploitation entièrement en bio », précise Pierre Schmitt. Une exploitation qui compte 40 vaches laitières montbéliardes pour 420 000 litres de lait, soit une moyenne laitière de 7 500 l. « En bio, je compte me maintenir entre 6 et 7 000 tonnes », ajoute aussitôt l’éleveur. La SAU de 58 ha se compose d’une grande partie de prairies permanentes et temporaires. Le reste des cultures se répartit entre du méteil (12 %), du blé ou soja en culture de vente (10 %), du maïs ensilage (7 %) ou encore de l’avoine (3 %). « Nous avons choisi d’être autonomes en alimentation pour le troupeau en axant sur l’herbe et la pâture. Avec d’autres agriculteurs du village, nous avons également réaménagé le territoire grâce à des échanges parcellaires. Et, l’opportunité d’une subvention de l’Agence de l’eau, nous a décidé d’optimiser et de sécuriser la conduite du système fourrager avec le séchage en grange », poursuit Pierre. 90 % du lait est livré en laiterie. Les 10 % restants sont transformés à la ferme en yaourt et en fromage blanc, vendus en direct sur les marchés ou à la ferme. Une activité lancée lors de l’installation d’Émilie qui a investi récemment dans une nouvelle yaourtière pour travailler plus sereinement tout en préservant sa qualité de vie. Ce parcours professionnel de 35 années satisfait Pierre. « Il y a désormais moins de travail au champ, moins de frais de gasoil et moins de stress au quotidien. Je ne pratique plus aucun traitement phytosanitaire et j’ai des variétés de cultures que je trouve plus résistantes aux maladies. Et en bio, les charges en achat de produits sont moins importantes. Je n’ai pas encore suffisamment de recul pour dresser un bilan définitif. D’autant que dans le secteur, et dans ma filière, personne ne travaille de cette façon. Mais je suis désormais davantage à l’aise dans mon métier d’agriculteur », conclut l’exploitant. Préparer, construire, laisser mûrir L’exploitation de la famille Schmitt termine cette période de conversion en janvier prochain. Un exemple parmi d’autres qui est suivi avec attention par la CAA et l’Opaba. Au nom de cette dernière, Julie Gall a profité de cette journée pour rappeler qu’en Alsace, la sensibilisation à la bio a été organisée dès 2010 par le pôle conversion des deux entités. « Et depuis cette année, des sessions de formation sont organisées pour aider les producteurs à mieux s’informer. Les porteurs de projet y voient les bases de l’agriculture biologique avec l’intervention d’un organisme certificateur, puis les dispositifs d’accompagnement, les démarches administratives et l’état des filières bios en local. La prochaine session de formation est prévue le 11 décembre prochain. L’accompagnement se poursuit ensuite de façon individualisée. Il peut aller jusqu’à la réalisation d’une étude technico-économique simulant l’impact du passage en bio sur le système et ses résultats économiques », plaide Julie Gall, qui coordonne ce pôle conversion. Elle insiste sur le temps de réflexion de chaque professionnel souhaitant se convertir. « Il peut aller de un à dix ans. Il faut sentir la chose, puis construire un projet mûr et le porter ensuite. Il y a certes des aides à la conversion, mais le projet professionnel doit être bien préparé », ajoute-t-elle. Alain Marcillet et Pascale Knepfler, de la CAA, ont ensuite évoqué les impacts possibles sur les systèmes d’exploitation après une conversion en bio en répondant aux questions des éleveurs présents.

Mois de la bio. Au Gaec de Rosen-Guth à Dettwiller

Concilier robot et pâturage en bio

Publié le 18/11/2017

Même s’ils pratiquaient déjà un élevage extensif, la conversion du Gaec de Rosen-Guth à l’agriculture biologique a bouleversé les assolements, l’alimentation et les pratiques d’élevage. Grâce à des portes intelligentes, ils arrivent à concilier robot de traite et pâturage des vaches, un élément fondamental en agriculture biologique.

Le Gaec de Rosen-Guth est situé à Dettwiller. Plus précisément sur les hauteurs de Rosenwiller, pas très loin de l’autoroute A4 et de la LGV Est européenne depuis qu’une sortie d’exploitation a été réalisée en 1987. À l’époque, la SAU était de 90 hectares, et 50 vaches laitières (VL) produisaient quelque 300 000 l de lait par an. Guillaume Guth a rejoint l’exploitation familiale en 2009. Au départ avec un plan d’installation en conventionnel. Mais la conjoncture en lait bio est bonne, une aide à la conversion incitative est en place… Aussi les agriculteurs procèdent-ils à une étude d’impact de la conversion à l’agriculture biologique, qui s’avère intéressante. La décision est prise en quelques semaines. « Nous pratiquions déjà un élevage extensif et, sortir avec le pulvérisateur, ce n’était vraiment pas ce que j’aimais faire… », argumente Guillaume Guth. « C’était un choix de conversion rapide, confirme Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il a été stimulé par plusieurs facteurs : une coopérative demandeuse, ce qui représente l’assurance d’être collecté et de bénéficier d’un accompagnement, des parents qui n’étaient pas réticents, un mode d’élevage déjà assez extensif, herbagé, avec des vaches pas trop poussées. » La principale difficulté, c’est que les vaches ne pâturaient plus du tout. « Or, même si le cahier des charges de l’agriculture biologique ne donne pas d’objectif chiffré, le pâturage est une obligation », indique Philippe Le Stanguennec. « Nous avons donc recommencé à faire pâturer les vaches en implantant 10 ha de pâture derrière l’étable. Et nous avons ensemencé progressivement de plus en plus de prairies temporaires autour de l’exploitation », rapporte Guillaume Guth. « Au début, c’était une contrainte, reconnaît-il. Mais plus maintenant. Certes c’est du travail, il faut déplacer les clôtures, changer les batteries. Mais nous y trouvons du plaisir et de l’intérêt. » Tant et si bien qu’ils seraient encore prêts à développer la surface pâturée s’ils n’étaient pas coincés par la ressource en foncier. Pas de traite, pas de pâture En 2011, face à la perspective de devoir travailler seul sur l’exploitation - son frère, Jérémy, ne l’a rejoint qu’en 2016 -, Guillaume Guth procède à une extension et à un réaménagement de l’étable afin de faciliter le travail. Les génisses rejoignent le bâtiment principal, le sens des logettes est modifié pour permettre un raclage automatique… Et c’est dans la même optique de diminuer la charge de travail qu’il investit dans un robot de traite Delaval. Les vaches circulent alors librement entre l’étable, la pâture et le robot, ce qui ne va pas sans occasionner quelques difficultés : « Quand on ouvrait les portes de l’étable, toutes les vaches sortaient, et le robot était quasiment inutilisé pendant cinq heures. Or comme il était déjà un peu limite par rapport à la taille du troupeau, il aurait mieux valu qu’il fonctionne tout le temps. Car si on doit tout le temps pousser les vaches pour qu’elles aillent au robot, on perd l’avantage du gain de temps qu’il est censé apporter ! » En 2015, le stade de 90 vaches pour un robot est atteint. Pour le désengorger, Guillaume Guth investit dans un second robot et, pour rationaliser le déplacement des vaches, dans des portes intelligentes. Elles permettent de donner accès ou non aux vaches au pâturage en fonction du délai avant la prochaine traite : si sa dernière traite remonte à trop longtemps, la vache n’aura pas accès à la pâture tant qu’elle ne sera pas retournée au robot pour se faire traire. Leur circulation reste donc libre, mais contrôlée. Du méteil pour l’autonomie fourragère La SAU et l’assolement actuel de l’exploitation ne permettent pas d’atteindre l’autonomie fourragère. Les agriculteurs achètent donc de l’herbe sur pied et des céréales à une exploitation de Weyersheim. Pour accroître l’autonomie fourragère de l’exploitation et mieux compléter le maïs ensilage, Guillaume Guth a essayé cette année sur 10 ha une double culture : du méteil (200 kg de semences fermières de triticale + 50 kg de pois fourrager), suivi d’un maïs ensilage. « L’avantage d’un méteil par rapport à un ray-grass, c’est qu’il va couvrir le sol sans consommer la réserve en eau qui doit bénéficier au maïs », indique l’éleveur, qui avance un second argument : les prairies qui souffrent de manière de plus en plus récurrente de la chaleur et du manque d’eau en début d’été. Le méteil étant récolté avant, il constituerait une forme d’assurance. Pour cet essai, le méteil a été fauché et ensilé le 1er juin, puis le maïs a été implanté au strip-tiller derrière : « J’avais peur d’assécher le sol en le travaillant », témoigne Guillaume Guth. Avec 17 tonnes de MS/ha (10 pour le méteil, 7 pour le maïs), l’essai est concluant. Ainsi les agriculteurs prévoient de réitérer l’expérience cette année, mais sur 30 ha et en enrichissant le méteil avec de la féverole afin d’améliorer la teneur en matière azotée totale (MAT) du fourrage. Un « challenge personnel » que Philippe Le Stanguennec encourage pour des raisons avant tout économiques : « Par rapport au conventionnel, les prix des correcteurs azotés ou du soja bios sont doublés. » Retrouvez aussi notre reportage vidéo :  

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