bio

Publié le 06/03/2017

S’estimant insuffisamment accompagnée par les pouvoirs publics, l’agriculture biologique n’arrive pas à répondre à la forte croissance de consommation de produits bios. Et en Alsace, les producteurs bios attendent encore des aides à la conversion datant de 2015.

La production bio alsacienne, tous secteurs confondus, a doublé depuis 2008, et va encore doubler d'ici 2020. Elle couvre globalement 7 % des surfaces agricoles. Constatant la faible présence des grands représentants de l’État et des collectivités à l’assemblée générale de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) qui se tenait à Muttersholtz le 21 février, ses représentants s’interrogent s’ils ont pleinement pris la mesure « des aspirations sociétales et également des services rendus par l’agriculture biologique à l’ensemble de la société », souligne Julien Scharsch, président de l’Opaba. « La consommation de produits bios a augmenté de 15 % en 2015 et de 20 % sur 2016. » Et la production bio n’arrive pas à répondre à la demande ; le président pointe l’accompagnement des pouvoirs publics : « Très concrètement, il y a aujourd’hui de grosses difficultés sur les aides conversion et maintien en bio, les soldes de 2015 ne sont pas versés, les dossiers de 2016 ne sont pas instruits. Et en Lorraine et Champagne-Ardenne, nous n’avons aucune visibilité sur l’année 2017 pour les fermes qui souhaitent se convertir, explique Julien Scharsch. Cela ressemble davantage à du bricolage qu’à une réelle politique agricole de progrès. » Le moral et des convictions Il faut donc le moral et une certaine dose de conviction pour se lancer. En guise de témoignage, l’assemblée générale présentait la famille Adam, de la ferme la Coccinelle à Witternheim, producteurs de lait tout récemment convertis et qui viennent d’investir 800 000 euros dans une étable. Plus en détail, ce sont 55 nouvelles fermes qui ont rejoint l’agriculture biologique en 2016, soit désormais 24 000 ha cultivés en bio pour 660 fermes certifiées en Alsace. Un rythme de conversion « régulier et dynamique », mais Julien Scharsch observe surtout qu’en 2016 le bio intéresse « un nombre croissant d’opérateurs agroalimentaires, dits conventionnels ». Faut-il craindre du bio à deux vitesses ? « En Alsace nous voulons modérer cette question. Pour nous, les différentes formes d’agriculture bio sont complémentaires. » Le jeune président retient surtout la « démarche de progrès », car « aucun d’entre nous n’a la prétention de dire qu’il est au top ». Le bio s’implante également dans toutes les formes de commercialisation et de distribution : vente directe, circuits courts, marché de gros, filières organisées, transformation, etc. Pour autant, sous la pression de la demande sociétale, le risque « de vouloir simplifier les systèmes de production bio, de vouloir les adapter pour faciliter et augmenter le nombre de conversions, de vouloir standardiser » n’est pas à écarter, observe Julien Scharsch. Avec la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), il assure que tout est mis en œuvre pour préserver « un cahier des charges le plus exigeant possible » et au final que les citoyens « gardent la confiance qu’ils ont envers notre label ». Au-delà de la technique, Julien Scharsch rappelle aux pouvoirs publics et aux collectivités tous les gains économiques et sociaux que procure l’agriculture biologique : « On résout ainsi l’équation qui permet de préserver les ressources naturelles et de fournir une alimentation saine et accessible à tous les habitants de ce territoire, précise-t-il. L’agriculture biologique crée des emplois, et ces emplois sont bien sûr non délocalisables. L’agriculture biologique crée du lien social entre les producteurs, les acteurs économiques, les citoyens consommateurs, et elle crée du lien entre les villes et les campagnes. » Les externalités positives de l’agriculture biologique devraient, selon Julien Scharsch, inciter les élus et acteurs du territoire à utiliser « l’Opaba comme une boîte à outils, pour redynamiser les territoires, pour créer du lien. Les producteurs ont des projets, ils ont des idées, ils ne demandent qu’à être écoutés et soutenus. » Les producteurs bios d’Alsace appellent les élus, les acteurs du territoire, à passer des discours aux actes : « C’est pourquoi nous demandons que les soutiens à la conversion soient bien sûr versés, mais stabilisés pour l’avenir et que soit introduite une vraie politique ambitieuse de reconnaissance des services environnementaux et sociaux de l’agriculture biologique. »

Avec l’Opaba et la Chambre d'agriculture d’Alsace

L’élevage bio se structure

Publié le 05/02/2017

Sous l’impulsion de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), la filière bio est particulièrement dynamique. Un nombre croissant de producteurs s’y intéresse. La Chambre d'agriculture d’Alsace, partenaire technique, est désormais présente pour accompagner les producteurs dans la démarche.

En 2014, l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) avait lancé une étude de faisabilité auprès de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse sur un projet collectif bio. « Cette étude avait démontré la pertinence du projet car il était relatif au maintien de l’herbe dans cette zone géographique du département du Haut-Rhin et offrait une solution au problème des points de captage d’eau. Nous avons étudié avec différents partenaires, au sein d’un comité de pilotage élargi, des exemples de valorisation du lait en France, mais également en Suisse et en Allemagne. Tout le monde a été impliqué : les producteurs bios ou non, les collectivités, les laiteries, les partenaires techniques, la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), et bien entendu l’Opaba. Cela a bien fonctionné. Et les producteurs bios ont finalement décidé de privilégier la filière longue. Biolait s’est également montré intéressé par la démarche et a accepté de collecter dans cette zone. Cette vision partagée a fait consensus à l’époque », explique Christophe Ringeisen, chargé de mission à l’Opaba et responsable de l’animation territoriale renforcée dans le sud du Haut-Rhin. Biolait est un groupement de producteurs spécialisé dans la collecte et la revente de lait bio un peu partout en France. Après une expérience réussie et toujours en cours, notamment en Lorraine et dans les Vosges, ce groupement a accepté d’élargir sa zone au Territoire de Belfort et au sud du Haut-Rhin à partir de janvier 2015. « Cette nouvelle collecte a débuté avec 800 000 litres provenant de cinq fermes, et la perspective d’une augmentation rapide du volume et d’une extension de la zone de collecte jusqu’au Centre Alsace », explique Sophie Delattre, conseillère référence en agriculture biologique à la CAA. Parmi ces cinq fermes, celle de la famille Scherrer, la ferme du Galgenbourg à Masevaux, ou encore le Gaec de l’Ill, de Frédéric Tritsch à Sausheim. Au printemps 2015, trois nouvelles fermes ont engagé leur conversion en agriculture biologique, dont celle de Cédric Goldschmidt à Dannemarie (lire notre article ci-contre en page 12) et quatre ont fait ce pas en 2016. « La collecte de Biolait a créé un « appel d’air » pour les éleveurs laitiers du Haut-Rhin et du Centre Alsace. D’autres projets sont depuis en cours de réflexion », ajoute Sophie Delattre. Des solutions pour tout le monde Et pour répondre aux spécificités des éleveurs bios dans les secteurs concernés, la CAA a missionné un conseiller d’élevage du Contrôle laitier sur le bio. Depuis le mois de décembre 2016, Alain Marcillet assure le suivi chez les éleveurs et l’accompagnement des conversions, notamment dans le Sundgau. « Je suis conseiller d’élevage depuis trente ans, spécialisé en qualité du lait. J’avais choisi de postuler pour cette nouvelle responsabilité, car le bio est pour moi un mode de production qui véhicule des valeurs essentielles : placer l’éleveur au centre de son exploitation et surtout donner à manger aux vaches ce pour quoi elles sont faites : de l’herbe. La contrainte en bio, c’est que tout ce qui est acheté à l’extérieur est très coûteux. Nous devons donc aider les éleveurs à viser l’autonomie alimentaire et à raisonner l’achat de concentrés. Ma mission est double : proposer aux éleveurs des informations techniques et les accompagner techniquement et collectivement en les réunissant », précise Alain Marcillet. L’herbe occupe une place essentielle dans le système fourrager. Elle prend la place du maïs. Une plus grande attention doit être portée à la conduite des prairies et à la gestion du pâturage. Au niveau de la conduite du troupeau, le conseil est axé sur la prévention. « Dans mon idée, on parle là de bon sens paysan. Il y a des choses simples à faire. Et du fait de la crise actuelle, les gens raisonnent différemment. Désormais, beaucoup de jeunes sont intéressés et ouverts à la production biologique. Il faut les accompagner, les suivre, répondre à leurs questions, leurs inquiétudes. Il y a des solutions pour tout le monde. Individuellement comme collectivement », ajoute Alain Marcillet. À la CAA, le service s’organise autour de Sophie Delattre, Pascale Knepfler, conseillère économique, et Benoît Gassmann, en charge d’un groupe sur les grandes cultures. Ce « pôle » bien structuré complète les actions menées par l’Opaba. Une aide précieuse pour pérenniser dans le temps cette dynamique. Car Biolait cherche du lait jusqu’au sud du Bas-Rhin. De nouveaux éleveurs seront donc les bienvenus. La conversion à l’agriculture biologique est un choix à long terme qui implique des orientations importantes pour un agriculteur dans la conduite de son exploitation. C’est une décision qui doit être mûrement réfléchie et préparée. Accompagner les producteurs Car la première préoccupation de l’Opaba est de pérenniser cette zone de collecte. « L’objectif est d’arriver à une collecte de 2 millions de litres de lait pour avoir une durabilité économique. Pour y parvenir, nous informons les agriculteurs. En 2015, nous avons organisé une journée technique chez Antoine Richart à Roppentzwiller. Il nous avait fait part de sa propre expérience, expliqué son parcours et sa philosophie. Lors de cette journée, nous avions accueilli pas moins de 80 personnes. Cette journée a suscité de l’intérêt et, depuis, il y a eu des gens qui ont entamé des conversions. Elle a contribué à la vision positive de la production biologique. En 2016, il y a eu 55 engagements toutes filières confondues en Alsace, dont trois professionnels en bovin lait dans le Sundgau : la ferme de la Petite Prairie à Ranspach-le-Haut, le Gaec du Morimont à Oberlarg et le Gaec Green Farm à Burnhaupt-le-Bas. Il y a donc une réelle dynamique et une véritable évolution », se félicite Christophe Ringeisen. De nouvelles journées techniques seront organisées pour la filière laitière. En grandes cultures, une recrudescence des conversions est perceptible depuis deux ans. « Là également, nous cherchons à accompagner les agriculteurs concernés et à structurer la filière car il y a des débouchés variés intéressants. Et les collecteurs et les metteurs en marchés sont en plein développement. Il faut donc que les producteurs s’investissent dans ces nouveaux marchés. Et les producteurs alsaciens y ont toute leur place. Dans le Sundgau, la dynamique de conversion est plus récente. Il n’y a pas encore de « piliers » de l’agriculture biologique. Nous consolidons actuellement les demandes. Je suis là pour suivre les projets, développer les circuits, parler du bio, en lien avec les collectivités de ce territoire spécifique », conclut Christophe Ringeisen.

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