Publié le 29/09/2017
L’engouement pour la farine et les produits qui en sont issus incite l’abbaye de l’Oelenberg à Reiningue, près de Mulhouse, à accorder plus de surface au blé dans l’assolement de sa ferme et à en revoir le stockage.
Les meules du moulin de l’abbaye de l’Oelenberg écrasent le grain depuis près de deux siècles. Un temps largement suffisant pour faire la réputation de sa farine. Chaque année, cet outil « à l’ancienne » produit environ 1 100 t de farine aux six céréales et aux trois graines, complète, de type 45 et 55. Les trois quarts de la matière première proviennent actuellement des collecteurs locaux qui garantissent la provenance alsacienne des grains. Cette proportion devrait baisser à l’avenir. Le blé cultivé sur la ferme est promis à une plus belle place. François Dietsch, chef de cultures depuis 1989, l’implante après labour et passage d’un rouleau spire et d’une herse rotative dans des parcelles bien pourvues qui lui permettent de faire l’impasse sur P et K. Il sème en ligne à 320 grains/m² autour du 15 octobre. Il répartit le risque d’une mauvaise récolte avec les quatre variétés que sont Absalon, Cellule, Fructidor et Aplomb. « La palette disponible est suffisante. Il n’y a pas besoin de revenir en arrière avec des variétés plus anciennes » estime François. En apportant un total de 185 à 190 unités d’azote dont 40 en sortie d’hiver, 120 au stade épi 1 cm et le solde en mai, il vise un taux de protéines de 11,5, un niveau qu’il a mesuré dans la trémie de la moissonneuse en 2017. Le blé répondant aux critères meuniers souhaités est stocké à plat avant transfert au moulin en fonction de ses besoins. Le projet de l’abbaye est d’acheter un peu moins de charges de blé « prêt à moudre » pour au contraire en stocker jusqu’à 400 t dans de nouveaux silos, le double de la capacité actuelle, et de réaliser des mélanges en propre. Le blé va gagner sur le maïs grain qui se passe d’irrigation. François en échelonne pour l’instant la récolte grâce à six variétés entre 270 et 320 d’indice. « Je ne sèmerai plus les plus précoces » dit-il. D’habitude, il pratique un labour d’hiver et reprend deux fois au vibro avant de semer à 92 000 grains/ha, d’apporter 150 kg de 18-46 sur la ligne en starter, de 80 à 100 unités de potasse au stade 4-5 feuilles et 350 kg d’urée en plein. Un anti pyrale est appliqué sur 40 ha. Mais « ces dernières années, c’est devenu compliqué. Les parcelles alluvionnaires sans réserve utile et les talus autour de l’abbaye se révèlent très séchants en l’absence d’une pluviométrie suffisante ». François juge que la régression de la sole maïs ne sera pas forcément pénalisante pour la ferme. Le retour du colza l’érode elle aussi. Après une pause de vingt-cinq ans, François a semé au 25 août dernier 12,5 ha de Delphi dans les alluvions. Il mise sur 35 à 40 q/ha qui permettront de tester la fabrication d’huile. « Nos clients ont confiance » La pomme de terre conserve sa place. François plante six variétés à chair ferme (Charlotte et Dita), rouge (Manitou et Mozart) et blanche (José et Toscana). Elles sont conditionnées à façon, majoritairement en sacs de 10 kg. « Il y a une forte demande en magasin » explique Philippe Lizier, responsable des activités économiques de l’abbaye depuis cet été. Ce constat vaut également pour les produits élaborés sur place : pâtes, nouilles aux neuf œufs frais (et locaux), petits fours, cakes, fruits et légumes, farines… « Nos clients ont confiance. Ils viennent du secteur, comme d’Allemagne, de Suisse, des Vosges et jusqu’à Lyon ! Ils achètent beaucoup de produits du quotidien. Ils affirment que notre farine est exceptionnelle. Elle donne du goût aux gâteaux. C’est le savoir-faire du meunier. Nous effectuons une dizaine d’expéditions par semaine » se félicite Philippe. Des restaurateurs, une douzaine de grandes surfaces locales en sont également acheteurs. La boutique de 360 m² inaugurée en 1995 reçoit en moyenne chaque jour la visite de 160 personnes. Elle propose 38 % de produits élaborés sur place et bénéficiant du label « monastic ». Le solde de la gamme, du vin aux cosmétiques, des miels aux produits laitiers, provient d’autres monastères avec lesquels les échanges de marchandises sont hebdomadaires. L’objectif est d’augmenter le nombre de références en ajoutant par exemple de l’huile de colza. « L’alimentaire constitue 60 % des ventes. Nouilles et gâteaux ont de plus en plus la cote. Les gens savent qu’ils sont fabriqués artisanalement avec des matières premières locales produites sur place ou à proximité. Le prix moyen est un peu plus élevé que dans le commerce traditionnel car il inclut une grande part de travail manuel. Nous vendons une manière de travailler et un savoir-faire » précise Philippe.












