Plus calme que la précédente d’un point de vue sanitaire, la campagne 2017 se caractérise par des conditions sèches qui, dans les secteurs qui ont été les moins arrosés et/ou non irrigués, deviennent préjudiciables aux rendements.
Les semis de maïs ont été effectués dans de bonnes conditions, le gel hivernal ayant permis d’obtenir de bons lits de semences. Les maïs ont levé rapidement et de manière homogène, puis ont bien poussé, à la faveur des températures élevées. Actuellement, ils atteignent le stade début floraison, avec une dizaine de jours d’avance. Globalement, les parcelles sont belles, mais les récentes précipitations n’ont pas suffi à recharger la réserve hydrique des sols dans de nombreux secteurs et, « le sec va bientôt se faire sentir », estime Pierre Geist, conseiller agricole à l’Adar du Kochersberg. Dans ce secteur, il y a eu 15 mm de pluie, puis 4-5 mm, « c'est peu par rapport aux besoins ». Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal, confirme : « Avec le manque de pluviométrie et les fortes chaleurs, on commence à voir des maïs qui enroulent leurs feuilles pour limiter l’évaporation. Mais cela ne veut pas forcément dire que la plante souffre. C’est le cas seulement si la réserve en eau s’épuise. » Pour éviter d’en arriver là, les irrigants ont commencé à enchaîner les tours d’eau très tôt, dès le stade 10 feuilles du maïs, soit vers le 4 juin, et sur les chapeaux de roue. « Il y a 15 jours, il y a eu des ETP très fortes, et certains ont eu du mal à suivre la cadence », rapporte Didier Lasserre. Après une semaine de répit, avec des ETP plus faibles, l’irrigation repartait de plus belle lundi 3 juillet, après un week-end de trop rares précipitations significatives, et en prévision d’une semaine sèche et chaude. D’autant que la période de sensibilité du maïs au stress hydrique - deux semaines avant la floraison et trois semaines après - est atteinte.
L’état sanitaire de la culture est plutôt bon : « On observe des pucerons, mais aussi des auxiliaires, qui sont encore discrets mais qui vont proliférer », rapporte Pierre Geist, qui a détecté des pucerons sur plus de la moitié de 100 pieds inspectés. « Pour l’instant c’est sans incidence. Les pucerons sont gênants surtout à la floraison parce qu’ils peuvent gêner l’émission du pollen et donc entraîner des problèmes de fécondation. » Le piégeage de la chrysomèle va commencer ce lundi, et la pyrale pond depuis une dizaine de jours. Mais la campagne de prospection menée à l’automne dans le Kochersberg a révélé un faible niveau d’infestation, et il n’y a donc pas de raison d’assister à des attaques carabinées dans ce secteur, du moins dans ce secteur. En outre, si le temps chaud et sec persiste, les larves pourraient ne pas survivre.
Des maïs en avance
Si les conditions climatiques devaient se maintenir sur cette tendance chaude et déficitaire en pluviométrie, les chantiers d’ensilage pourraient être anticipés. C’est ce que prévoit en tout cas Arvalis-Institut du végétal, qui évoque la possibilité que les récoltes de maïs fourrage puissent avoir deux à trois semaines d’avance par rapport à la normale. Certes, à ce jour rien n’est joué. Cependant, « il faut anticiper pour assurer la récolte au bon stade, gage de qualité de l’ensilage. Des travaux récents ont montré que récolter tardivement pouvait permettre de gagner 0,5 à 1 t de matière sèche (MS) supplémentaire par hectare, mais que ce gain s’accompagnait d’une baisse de la valorisation de l’amidon dans le rumen et d’une baisse de la digestibilité des tiges et des feuilles. Au final, récolter tard ne remplit pas plus le tank à lait… Et c’est sans compter sur les risques de moins bonne conservation du fourrage liés au taux de MS élevé d’une récolte tardive. Il s’agit donc de cibler 32 % de MS à la récolte », rappelle une note de l’institut technique, qui conseille de faire une première estimation de la période optimale de récolte à partir de la date de floraison, qui correspond au stade où 50 % des plantes d’une parcelle portent des soies. « À partir de ce stade, il faut environ 600 à 640 degrés-jour pour atteindre le stade optimal de récolte plante entière, soit 45 à 60 jours selon les régions et le climat », explique Bertrand Carpentier, ingénieur maïs fourrage chez Arvalis-Institut du végétal, qui préconise aussi de prévoir un autre contrôle un mois après la floraison, afin d’observer le remplissage du grain et estimer l’avancement de la culture, pour préciser la date de récolte.
Un constat que partage Laurent Fritzinger, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord : « Actuellement, la floraison démarre. Or les ensilages commencent en général deux mois après. Donc si les conditions se maintiennent, l’avance à la floraison devrait se répercuter sur les chantiers d’ensilage, voire se creuser si les températures deviennent caniculaires. » Côté potentiel, rien n’est joué : « Les peuplements sont bons, les gabarits aussi, sans être phénoménaux, car il y a eu de la lumière donc les entre-nœuds sont courts. Mais les maïs sont réguliers. Cependant, 60 % du tonnage est composé par l’épi. » Il ne faudrait donc pas qu’il fasse trop chaud autour de la floraison, afin de ne pas pénaliser la formation de l’épi, composante majeure du rendement.
Blé : la chaleur précipite la moisson et pénalise le rendement
Avant que le mercure ne s’emballe, les estimations de la Chambre d'agriculture d’Alsace aboutissaient à un début des moissons le 20 juillet. Mais la hausse des températures, avec plusieurs jours où le mercure a dépassé 30 °C, a précipité la maturation du blé. Si bien que, dans le secteur de Sélestat, des blés ont été moissonnés tout début juillet, voire fin juin. « Si les conditions le permettent, certains vont essayer de moissonner cette semaine », indiquait Mickaël Haffner, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord, le 3 juillet. Ce que confirme Pierre Geist : « Si on a des températures élevées, les moissons vont débuter au courant de la semaine. »
La théorie veut que ces températures élevées aient pénalisé le rendement, de l’ordre de 0,78 gramme de perte de poids de mille grains (PMG) par jour de température supérieure à 25 °C. « Théoriquement, on pourrait donc avoir perdu 10 g de PMG », avance Pierre Geist. En pratique, l’impact des températures élevées dépendra du type de sol - les blés implantés dans des sols légers ayant davantage souffert - du stade du blé, de la pluviométrie locale… « Le problème c’est qu’on est déjà un peu limite en termes d’épis, avec 500 à 600 épis par mètre carré, donc pour assurer le rendement il faut un PMG assez élevé ». Néanmoins, en début de semaine, l’aspect des grains n’était pas inquiétant : « Ils n’étaient pas fripés, mais encore bien humides », rapporte Pierre Geist. « Les premiers blés collectés, les plus précoces, auront peut-être échappé à l’impact des températures élevées, mais les plus tardifs vont en pâtir », pronostique quant à lui Didier Lasserre, qui mise sur une « petite collecte, pas catastrophique, mais plutôt dans une petite moyenne ».
Une chose est sûre, cette année a été beaucoup plus calme d’un point de vue sanitaire. Et la qualité de la récolte 2017 ne pourra donc être que meilleure que celle de 2016. Et les premiers échos de collecte des orges sont plutôt bons, ce qui est d’habitude plutôt bon signe pour les blés. Mais Pierre Geist tempère l’adage : « Les orges avaient plus de chance d’être dans des potentiels élevés parce que l’épisode de chaleur n’a pas eu d’incidence sur leur PMG, elles n’ont souffert ni du sec ni d’aucune maladie. »
Colza : peu de ravageurs
Les colzas ont démarré leur cycle dans le sec : « Les conditions de semis étaient très sèches. Certains colzas n’ont même pas levé », rappelle Mickaël Haffner. Et d’autres ont été semés avec trois semaines de retard, mais ont bénéficié du retour des précipitations, ce qui leur a permis de lever directement, et de rattraper les premiers colzas semés. Hétérogènes à l’automne, suite à des pertes à la levée, les colzas ont aussi subi des pertes hivernales, liées au gel. Mais dès la reprise de la végétation au printemps, les pieds qui restaient, même chétifs, sont bien repartis, « si bien que le potentiel de rendement est dans la normale », indique Mickaël Haffner. Pierre Geist quant à lui décrit des colzas « assez petits, avec pas mal de siliques mais qui ne sont pas toutes remplies ». Comme les céréales, le colza a été épargné par les maladies et les ravageurs. La floraison a été très rapide, ce qui a laissé peu de latitude aux méligèthes pour causer des dégâts. Tout au plus un peu de pucerons à l’automne, du sclérotinia et quelques dégâts de charançons… Mais « il était possible de faire l’impasse sur un insecticide au printemps », rapporte Mickaël Haffner.
Herbe : le déficit de pluviométrie entame le rendement
La culture qui a le plus souffert des conditions anticycloniques, pour l’instant, c’est l’herbe. Laurent Fritzinger décrit : « Les rendements sont en baisse par rapport à la moyenne, surtout pour les foins, qui ont été récoltés pour la plupart il y a environ trois semaines, dans de très bonnes conditions. Mais les rendements s’annoncent en baisse de 20-25 voire 50 %. » En cause, le manque d’eau : « Il a fait sec pendant six semaines, de mi-mars à début mai. » Un manque d’eau qui a pénalisé la pousse de l’herbe, et aussi l’efficience des engrais azotés. Si bien que les rendements sont aussi en baisse dans les parcelles destinées à l’ensilage d’herbe, qui sont souvent davantage fertilisées : « Ceux qui ont pu faire une première coupe début mai n’ont pas eu de rendement faramineux. Puis il y a eu de l’eau, qui a permis parfois de belles repousses, mais pas partout », rapporte Laurent Fritzinger qui constate que « la différence entre les parcelles destinées à l’ensilage et celles destinées au foin, souvent des prairies permanentes moins fertilisées, s’est nettement exprimée cette année ». Un phénomène qui s’est accentué sur les versants de collines exposés au sec.
Par contre, la qualité du fourrage est préservée. Quelles que soient les coupes, l’herbe a pu être récoltée aux bons stades, et dans de bonnes conditions, chaudes et ensoleillées. Les foins notamment, ont été faits avec trois à quatre semaines d’avance. Les tout premiers ont été rentrés fin mai. Comme il reste souvent du vieux foin peu ingérable de l’année dernière dans les granges, Laurent Fritzinger constate : « Pour faciliter l’ingestion de ce vieux foin, il est possible de le mélanger avec du bon foin jeune, voire de la paille, qui s’annonce de bonne qualité. C’est suffisant pour remplir la panse et ramener de la valeur alimentaire. » Avec le retour des précipitations fin juin - début juillet, les prairies reverdissent : « Mais, pour certaines, c’était l’extrême limite, elles ont souffert du manque d’eau. Et tous les secteurs n’ont pas eu la même quantité d’eau. 40 mm dans le pays de Hanau, contre 15 mm en Alsace du nord, ce n’est pas la même chose ! 15 mm, cela ne correspond qu’à 3-4 jours d’ETP à 30 °C. » Donc si les températures devaient repartir à la hausse, la pousse de l’herbe pourrait à nouveau être stoppée dans son élan. À mi-parcours de la campagne de récolte d’herbe, Laurent Fritzinger estime cependant qu’il est trop tôt pour dire s’il y aura des ruptures de stock fourrager.