Grandes cultures

Publié le 29/06/2017

Le projet transfrontalier « Innov.AR : Innovations agroécologiques pour le Rhin supérieur » a été présenté le 23 juin à Colmar. L’objectif est d’apporter d'ici 2020 des méthodes agroécologiques pour améliorer la fertilisation et la protection contre les bioagresseurs des cultures majeures.

Quel sera demain le visage de l’agriculture dans le Rhin supérieur ? Parmi les différentes voies à explorer, celle de l’agroécologie fait de plus en plus parler d’elle. Mais au-delà des volontés politiques, c’est surtout les applications pratiques qui intéressent les exploitants agricoles. Et pour obtenir des solutions pérennes et efficaces, rien ne remplace l’expérimentation scientifique. C’est dans ce cadre qu’est né le projet transfrontalier « Innov.AR : Innovations agroécologiques pour le Rhin supérieur » qui prendra fin en 2020. Son objectif est de mettre à disposition du monde agricole des méthodes agroécologiques adaptées au sol et au climat de la plaine rhénane pour les cultures de blé, de maïs et de pommes de terre. « Nous devons être en mesure d’assurer notre suffisance alimentaire tout en tenant compte des attentes sociétales sur les aspects environnementaux », souligne Laurent Wendlinger, conseiller régional Grand Est. Il estime qu’il est temps de sortir du « clivage » qui oppose agriculture conventionnelle et biologique en créant un lien entre les deux. « L’agroécologie est un bon moyen pour y parvenir. » Le projet Innov.AR bénéficie du programme européen Interreg Rhin supérieur à travers une subvention de 942 000 €, et d’un soutien de la Région Grand Est de 38 250 € sur un budget total de 1,88 million d’euros. Il s’inscrit également dans le cadre de la campagne « Avec l’Europe, c’est possible ». Cette initiative émane de Bärbel Schäfer, Regierungspräsidentin de Fribourg et présidente du comité de suivi du programme Interreg, pour montrer ce que l’Europe fait au quotidien pour les citoyens. La fusariose, la septoriose, le taupin et la chrysomèle dans le viseur Concrètement, ce projet porte sur la fertilisation et la protection contre les bioagresseurs des cultures majeures dans la plaine rhénane. La grosse innovation est que le monde agricole est directement impliqué dans le projet. L’Apco, le groupe CAC, le Comptoir agricole ou encore Kuhn font partie des 18 organismes associés. Au total, ce projet porté par Arvalis-Institut du végétal s’appuiera sur les orientations d’un groupe mixte transfrontalier composé d’une soixantaine d’entreprises agricoles et d’une vingtaine d’organismes de recherche appliquée. Une co-création plus que bénéfique pour Laurent Wendlinger : « Quand les agriculteurs expérimentent eux-mêmes, ça les dynamise. On va pouvoir diffuser ce savoir beaucoup plus rapidement grâce à cela. Idem pour le matériel agricole qui pourra être conçu rapidement grâce à la présence de fabricants ». Un premier aperçu de ces expérimentations a eu lieu le 23 juin lors d’une visite d’une parcelle d’essai située à quelques centaines de mètres de l’Inra de Colmar. Une parcelle de blé qui a été brumisée du 22 mai au 6 juin, à raison de deux fois quatre heures par jour, afin de provoquer l’apparition de la Fusarium graminearum, la fusariose responsable des mycotoxines. « Notre idée est de faire apparaître la maladie pour ensuite comparer différentes méthodes de traitement : des fongicides à pleine dose d’un côté, et des fongicides à moindre dose accompagnés d’un biocontrôle, le polyversum dans le cas présent. C’est un champignon capable de tuer d’autres champignons. La difficulté est de trouver le fongicide qui le tolère sans le tuer. Le souci est que les biocontrôles ne sont pas suffisamment efficaces tout seuls. C’est pour cela qu’on doit les associer à des produits plus conventionnels », explique Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis. Cette parcelle de blé a été semée en direct sur des cannes de maïs par Rémi Heim, agriculteur et entrepreneur. La raison est simple : les résidus du précédent sont l’un des trois facteurs favorisant l’apparition de la fusariose avec la sensibilité de la variété et la pluviométrie au moment de la floraison. D’autres essais de lutte « agroécologiques » seront menés au cours des deux prochaines années sur le taupin, la septoriose et la chrysomèle du maïs. L’optimisation des apports d’azote sera aussi finement étudiée afin d’assurer, demain, une meilleure qualité de l’air et de l’eau. L’objectif est de ne plus avoir d’émission d’ammoniac et de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires de 20 %. En parallèle, le projet inclut une enquête menée auprès des agriculteurs afin de connaître leurs freins ou leurs motivations liés à l’adoption de techniques agroécologiques. Pour le président de l’Apco, Thomas Obrecht, l’intérêt du projet Innov.AR est « multiple » pour la profession agricole. « Il y a déjà la rencontre entre deux pays, on peut échanger sur nos pratiques et la gestion des réglementations en vigueur. Pour nous, les réponses doivent venir par l’innovation, par la performance et l’amélioration des pratiques, et non pas par des interdictions administratives à répétition. »

Désherbage mécanique des cultures de printemps

Une alternative au désherbage chimique

Publié le 26/06/2017

Dans le cadre des opérations Agri-Mieux, la Chambre d'agriculture d’Alsace a récemment organisé une rencontre technique sur le désherbage mécanique des cultures de printemps. L’occasion de découvrir deux outils au travail. Et de faire le point sur la manière d’intégrer le désherbage mécanique dans les itinéraires techniques.

Les outils de lutte mécanique constituent l’un des leviers envisageables pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires, moyennant quelques contraintes. « Il y a, en moyenne, une fenêtre de tir de dix jours par an pour utiliser ces outils », indique Sophie Quié, animatrice à l’Adar d’Obernai. Soit pas grand-chose. Ceci dit, l’objectif n’est pas de passer en tout mécanique, mais plutôt de panacher les solutions agronomiques, chimiques et mécaniques. « Il existe différentes stratégies, différents outils qui peuvent être éligibles à l’obtention de subventions dans le cadre du Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles », poursuit la conseillère. Allier chimique et mécanique Blandine Fritsch, animatrice de l’opération Agri-Mieux dans le Kochersberg, a listé les avantages et les inconvénients de l’adoption d’une stratégie de désherbage mixte, ou complémentaire, c’est-à-dire alliant solutions chimiques et mécaniques. Parmi les inconvénients figure l’investissement dans du matériel supplémentaire, et des conditions optimales de traitement qui ne sont pas les mêmes en chimique qu’en mécanique. Parmi les avantages, outre la réduction des IFT, figure la possibilité d’associer désherbage mécanique et fertilisation localisée, se traduisant par une moindre volatilisation de l’engrais azoté, donc une plus-value. Pour Patrick Rohrbacher, conseiller agricole en Alsace du Nord, le désherbage mécanique est surtout à envisager pour du rattrapage, du nettoyage de bordures de parcelles… Et puis il s’agit aussi de considérer la flore adventice en place : « Le désherbage mécanique est efficace sur dicotylédones, mais moins sur les graminées, qu’il faut atteindre à un stade très jeune. Et, en présence de vivaces, ce n’est pas non plus une solution appropriée. Ni dans les parcelles en pente. » Par contre, le désherbage mécanique est envisageable sur de nombreuses cultures : maïs, sorgho, betteraves, soja, céréales à paille… Un suivi régulier des parcelles est requis afin de pouvoir régler correctement l’agressivité du matériel. Et puis, outre leur action désherbante, les outils de désherbage mécanique présentent l’avantage de casser les croûtes de battance, donc de permettre une meilleure infiltration de l’eau. L’aération du sol procuré pourrait aussi permettre de libérer des éléments minéraux bloqués. Biner et fertiliser à la fois David Kraemer, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a ensuite décrit les outils présentés ce jour-là. « La bineuse est l’outil le plus polyvalent. Son agressivité est définie par la rigidité des dents sur lesquelles sont fixés les socs, qui travaillent l’inter-rang. L’angle de pénétration des socs est également réglable avec des effets différents : plus le soc est parallèle au sol, plus on obtient un travail doux, de scalpage, plus il est perpendiculaire au sol, plus on obtient un travail profond, avec un volume de terre travaillé plus important et une meilleure efficacité pour casser les croûtes. » Les bineuses peuvent être équipées de différents types de socs : vibroculteur, patte d’oie, et plat, ou lame. Il existe aussi des demi-socs, qui permettent de projeter moins de terre. Un large choix de pièces travaillantes donc, sans oublier qu’une bineuse peut se coupler à d’autres outils. Le binage peut être effectué dès le stade 3-4 feuilles du maïs, avec des protège plants et à vitesse réduite afin de ne pas occasionner de dégâts sur la culture. Les inconvénients des bineuses sont qu’elles requièrent un semis soigné, éventuellement un investissement dans du guidage de précision pour plus de confort de travail, et que le rang n’est pas travaillé. À moins d’équiper la bineuse de doigts kress, qui permettent de travailler la ligne de semis. Le modèle présenté, la bineuse Monosem Multicrop, a été décrit plus en détail par Christian Kieffer, gérant de la concession Agrimat d’Hochfelden : « Ce nouveau modèle se règle facilement grâce à un système de butées qui permettent d’obtenir un travail plus ou moins agressif et plus ou moins profond, en fonction notamment du stade végétatif de la culture. Il est possible d’équiper le tracteur d’une trémie frontale pour faire de la fertilisation, de choisir entre différentes formes de socs, d’utiliser ou non les protège plants amovibles… » Roto-étrilleuse : une bonne efficacité pour casser les croûtes La roto-étrilleuse Aerostar-Rotation, du constructeur Einböck, a été présentée par Marius Bach, commercial à la concession Serma, avant d’être testée dans une parcelle de soja. « Le premier levier pour optimiser le désherbage, c’est la rotation. Puis la gestion du déchaumage et de l’interculture », estime Marius Bach, qui voit un autre avantage au désherbage mécanique : « Il n’y a pas de contrainte liée à la vitesse du vent ! » « Cette machine a été développée pour répondre à la problématique des levées tardives d’adventices, afin de pouvoir les détruire en grattant le sol alors que la culture est déjà développée », poursuit Marius Bach. Pour ce faire, le constructeur a misé sur un système d’étoiles de 52 cm de diamètre, montées avec des angles d’attaque différents et grâce à un système de double ressort. De par cette conception, la roto-étrilleuse est un outil qui présente aussi une très bonne efficacité pour casser les croûtes de battance. Benoît Gassmann a présenté les leviers issus de l’agriculture biologique qui sont transposables à l’agriculture conventionnelle en vue de réussir une stratégie de désherbage mixte. « En bio, l’objectif c’est d’avoir les parcelles les plus propres possible avant l’implantation des cultures. C’est pourquoi les semis sont assez tardifs, autour du 15 mai pour le maïs. C’est le temps nécessaire au déstockage des graines d’adventices en pratiquant des faux semis. » L’autre principal levier à actionner, c’est la rotation, avec notamment une alternance étudiée des cultures d’hiver et de printemps : « Après trois quatre années de cultures d’hiver, vous aurez quasiment épuisé votre stock semencier de graminées, dont la durée de vie dans le sol est relativement courte », illustre Benoît Gassmann, qui livre un autre facteur de réussite du désherbage mécanique : la ténacité. « Il faut répéter les passages, aussi bien en période de culture que d’interculture. » Retrouvez cette démonstration en vidéo :  

Publié le 25/06/2017

À chaque année, son accident de parcours. Pour cette campagne, ce ne sont pas les maladies, où les excès de précipitations qui ont joué avec les nerfs des agriculteurs, mais plutôt des difficultés de valorisation des apports d’azote en l’absence de précipitations. Au final, les blés ont bien récupéré. Et, s’il y a perte de rendement, elle sera imputable au remplissage des grains, en cours d’élaboration.

Depuis que les blés sont semés, la météorologie s’est caractérisée par un déficit de températures en hiver et un déficit de précipitations en hiver et au début du printemps. En effet, avec des températures moyennes dépassant péniblement 0 °C en décembre et en janvier, les blés n’ont que peu tallé et émis de feuilles. Le tallage s’est donc avéré limité, d’autant plus que le semis était tardif : « Plus les semis ont été réalisés tôt, plus le tallage a été lent et long. Plus les semis ont été réalisés tard, plus le tallage a été rapide et court », détaille Jean-Louis Galais, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Soit le contre-pied de l’année dernière, qui avait été marquée par des excès de talles. Face à des blés clairs et chétifs, la mesure qui s’est avérée la plus efficace a été de réaliser un apport d’azote au tallage : « Réaliser cet apport a permis de ne pas perdre les talles qu’on avait. Par contre ce n’était pas forcément nécessaire de faire un apport important car, à ce stade, les besoins du blé ne sont pas très élevés. D’ailleurs, ce n’est pas l’azote qui fait le tallage, ce sont les températures. Apporter de l’azote a permis de faire plus de végétations. Les talles montent plus, mais on n’en fait pas monter plus », précise Jean-Louis Galais. Et puis cet apport était à raisonner à la parcelle : « Il était surtout justifié dans les situations caillouteuses, hydromorphes, moins face à des blés sains et exubérants. » 600 épis par mètre carré Cette stratégie s’est avérée d’autant plus payante que, par la suite, les agriculteurs se sont trouvés confrontés à des difficultés de valorisation de l’azote liées au manque de précipitations. « Il y a eu des précipitations en février - mars qui ont permis de valoriser les premiers apports. Mais ensuite, du 20 mars à fin avril il n’a quasiment plus plu alors que les blés atteignaient le stade critique d’épis 1 cm. » Ce sont donc des blés assez clairs qui ont abordé la phase de montaison, et la montée des épis s’est parfois effectuée en situation stressée. « À ce stade, nous étions très inquiets mais, finalement, les apports d’azote réalisés tardivement de manière un peu forcée ont permis aux blés de récupérer. » La plupart des blés se sont donc rattrapés en deuxième partie de campagne grâce à des pluviométries et des températures favorables à la fin de la montaison et à la floraison. Dans la plupart des situations, on dénombre quelque 500 à 600 épis par mètre carré, ce qui n’est pas limitant et qui correspond au seuil au-dessus duquel on est relativement assuré d’atteindre un bon niveau de rendement. Coup de chaud à la fécondation Avoir des épis c’est bien. Mais avoir des grains, c’est encore mieux ! Et cela passe par une fécondation efficace, ce qui nécessite notamment du pollen. Celui-ci se forme au cours de la méiose qui, cette année, a été précédée d’un coup de froid qui a fait craindre pour la qualité et la quantité de pollen. Ces craintes sont aujourd’hui levées puisque l’impact sur les blés semble limité. Viennent ensuite l’épiaison et la floraison, qui peuvent mal se dérouler en cas de manque d’azote notamment. C’est au moment de la floraison que se fait la fécondation, donc la formation du nombre de grains par épis. Or, à ce moment-là, un pic de chaleur a été enregistré, induisant un risque de coulure des fleurs. Pour le vérifier, il s’agit d’écarter les glumes et glumelles d’un épillet afin de vérifier la présence effective d’un épi. « Ce coup de chaud a eu un impact limité sur la qualité de la fécondation », estime Jean-Louis Galais. Les températures sont ensuite revenues à la normale, permettant d’atteindre une taille potentielle des grains correcte. La phase de remplissage est désormais en cours. Et le rendement final est donc désormais suspendu au mercure. « On estime la perte de PMG à 0,78 g par jour de température supérieure à 25 °C, rappelle Jean-Louis Galais. Or on a déjà enregistré 14 jours à plus de 25 °C. Cela signifie qu’à chaque fois que le mercure dépasse les 25 °C, cela a un impact sur le PMG, surtout en cas de stress hydrique. Car alors les blés ne sont plus capables de transpirer, donc de réguler leur température. » La semaine qui vient de s’écouler a donc été capitale car « s’il y a une perte de rendement, ce sera à cause du PMG », affirme le conseiller agricole. Début des moissons estimé au 20 juillet « Le PMG est d’ailleurs la composante qui plafonne le plus souvent le rendement final », estime Jean-Louis Galais. Or, pour éviter l’échaudage, les deux seuls leviers sont de jouer sur les dates de semis, en pratiquant des semis plus précoces, et le choix variétal, en choisissant des variétés qui font moins d’épis mais des grains plus gros. « L’an passé, il y avait une relation négative entre le nombre d’épis et le rendement. Autrement dit, ce sont les blés les plus moches qui ont été les plus productifs car il y avait moins de biomasse à entretenir », rapporte Jean-Louis Galais. Vendredi 16 juin, lors de la visite de la plateforme blé d’Arvalis - institut du végétal et de la Chambre d'agriculture d’Alsace (lire aussi en pages 16-17), Jean-Louis Galais a achevé son premier bilan de la campagne 2016-2017 en rappelant qu’entre l’épiaison et la maturité des blés, il faut cumuler 770 °C. La maturité devrait donc être atteinte le 1er juillet. Il ne restera plus alors aux blés qu’à sécher, à raison de 8 % d’humidité tous les 100 °C, ce qui laisse augurer d’un début des moissons au 20 juillet. « Mais s’il faut chaud, ce sera plus rapide ».

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