porcs

Publié le 30/01/2023

Pour valoriser leurs propres céréales et améliorer leur marge, la famille Reinhart a investi en 2020, dans une Fabrique d’aliments à la ferme (FAF), adossée à un microdoseur qui leur permet d’élaborer leur propre mélange de minéraux. Une installation complexe mais efficace, qu’ils ont bâtie de leurs mains.

« Avant, on produisait des céréales, qu’on vendait et on achetait de l’aliment pour nos cochons, à base de céréales », rembobine Jérémy Reinhart. C’est donc pour gagner en autonomie, pour valoriser leurs propres productions végétales dans des aliments dont ils contrôlent la qualité, et pour améliorer leur marge que les éleveurs ont investi dans une FAF, en 2020. Dans l’ancien système, les aliments, livrés par Costal, étaient stockés dans des silos et, la reprise vers les bâtiments s’effectuait à la main ou par des convoyeurs automatisés. Actuellement, les ingrédients sont stockés dans des cellules ou des silos toiles, avant d’être injectés dans la FAF qui fabrique, chaque semaine, plusieurs tonnes d’aliment, stockées elles aussi en silos. Dans le détail, les Reinhart valorisent, désormais, leur propre blé, orge, tournesol et maïs. « Le tournesol, c’est une nouveauté de cette année. Une fois récolté, nous l’avons fait presser par l’entreprise Farmer de Pfaffenhoffen », précise Jérémy Reinhart. Le maïs, quant à lui, est stocké humide en silo tour, à Lupstein. « Il ne passe pas par la FAF mais entre, tout de même, dans l’alimentation des porcs », précise l’éleveur. Pour compléter les aliments, les éleveurs achètent encore de l’avoine, du tourteau de soja, du son de blé, un mélange de fibres pour les truies et des minéraux. Entre l’aspirateur et le monsieur cuisine Lors de la récolte, qui se fait à environ 15 % d’humidité, les grains sont déversés, dans une fosse de réception, et acheminés, grâce à un convoyeur à chaîne, vers un nettoyeur, qui sépare les grains de la poussière et de la menue paille. Ils passent, ensuite, dans un élévateur et des trémies à chaîne, avant d’être déversés dans des silos toiles ou des cellules. Concrètement, la FAF fonctionne un peu comme un aspirateur. Lorsque son surpresseur est sur mode aspiration, elle aspire les ingrédients depuis les silos, selon la recette qui a été incrémentée dans l’automate. « Tout le bloc FAF est monté sur pesons, donc la moindre variation de poids est détectée et enregistrée. Lorsque la quantité d’un ingrédient est atteinte, la vanne correspondante se ferme et le suivant est aspiré… » Les ingrédients sont broyés et mélangés au cœur du système, au fur et à mesure. Lorsque la recette est terminée, l’aliment est envoyé dans un silo de stockage. La reprise s’effectue toujours à la main ou par le système d’alimentation des animaux. Pour les minéraux, un deuxième appareil fonctionne en parallèle de la FAF. Les éleveurs achètent, généralement, un produit du commerce qui leur sert de base pour fabriquer leur propre mélange, en y ajoutant d’autres minéraux (phosphore, calcium…) mais aussi des acides aminés (tryptophane, méthionine, lysine…), du bicarbonate, du sel… Pour ce faire, ils ont investi dans un microdoseur, qui fonctionne grâce à un automate, et un système de pesée d’une précision aux 10 grammes. Chaque ingrédient est situé dans une trémie et tombe dans le microdoseur, jusqu’à ce que le poids désiré (de 200 g/t à 10 kg/t, selon le composé) soit obtenu. Le tout rejoint ensuite la FAF, pour compléter l’aliment. Certains ingrédients craignant l’humidité, une lampe chauffante est positionnée au-dessus des trémies. Six aliments spécifiques Au final, six aliments différents sont fabriqués, en fonction des besoins des animaux : premier âge, du sevrage à 12 kg ; deuxième âge, de 12 à 25 kg ; nourrain, de 25 à 35 kg ; engraissement, de 35 à 125 kg ; et, des aliments spécifiques aux truies gestantes et aux truies allaitantes. Les objectifs poursuivis d’autonomie et de préservation de la marge sont atteints « et, heureusement, étant donné la conjoncture et l’augmentation du coût des matières premières », se félicite Jérémy Reinhart, qui estime le coût de fabrication de ses aliments, énergie comprise, à environ 20 €/t, pour un investissement de quelque 280 000 €. Par contre, le temps consacré à la fabrication de l’aliment a augmenté. Jérémy Reinhart estime y consacrer environ cinq heures par semaine. Il en va de même du temps consacré aux transports, puisque certains aliments fabriqués sur le site de Bossendorf doivent être transportés jusqu’au site de Lupstein. La mise en place de la FAF a été une belle performance technique pour les éleveurs, qui ont installé tout le système eux-mêmes. « Les techniciens d’Asserva sont venus pour nous assister, lors de la mise en fonctionnement, qui s’est bien déroulée », se satisfait l’éleveur. Depuis, l’outil fonctionne bien, sans panne majeure. Et les cochons sont nourris aux petits oignons.    

Comptoir élevage

Activité et charges en hausse

Publié le 10/11/2022

Vendredi 4 novembre, le groupe élevage du Comptoir agricole a tenu sa réunion annuelle d’information au centre d’allotement de Brumath. L’occasion de faire le point sur l’année écoulée, et de visiter des installations peu connues, où transite néanmoins une bonne partie des animaux élevés dans le Bas-Rhin, avant leur dernier voyage.

« Une fois de plus, nous allons dresser le bilan d’une année atypique, tant au niveau de l’activité porcine que bovine », introduit Dominique Daul, responsable de la section bovine du groupe élevage du Comptoir agricole. Effectivement, l’exercice 2021-2022 a été marqué par des évolutions sur les marchés « inattendues », ainsi qu’une envolée des charges et des coûts de production, tant pour les éleveurs que pour la coopérative Cloé, qui s’attelle à « gérer au mieux ses coûts de fonctionnement afin de préserver le revenu des éleveurs ». Du côté des porcins, l’exercice écoulé s’est caractérisé par des prix bien orientés à l’été 2021, jusqu’à 1,70 €/kg, qui sont repartis à la baisse en hiver, comme classiquement sur le marché du porc, pour atteindre 1,45 €/kg. Au mois de mars, ils sont repartis à la hausse, jusqu’à 1,90 €/kg. Une conjoncture favorable donc, mais gâchée par la hausse du prix de l’aliment à partir d’octobre. Après avoir atteint 2,20 €/kg en octobre, les prix sont en train de dégringoler, et les acteurs espèrent une stabilisation. Quelle sera la tendance pour cet hiver ? Les spécialistes des marchés misent sur des cours à 1,70 voire 1,80 €/kg pour les plus optimistes, rapporte Romain Gerussi. Autre caractéristique de cet exercice : une très forte tension sur le marché des porcelets de 8 kg, dont les prix ont presque doublé. Une tension qui pourrait devenir structurelle. Et, surtout, un prix de l’aliment, qui, au mois d’août, avait déjà pris + 40 %, passant d’environ 240 à 400 €/t, soit un impact de + 60 cts/kg de porc charcutier produit. Autrement dit, avant l’inflation, l’aliment représentait environ 50 % des charges des éleveurs, aujourd’hui c’est presque 80 %. D’où l’intérêt de maîtriser ce poste. À noter d’ailleurs que les systèmes avec Fabrique d’aliment à le ferme (Faf) s’avèrent plus résilients que ceux où l’aliment est acheté. L’Alsace, où de nombreux éleveurs sont équipés de telles installations qui leur permettent de valoriser maïs et coproduits, a donc une carte à jouer vis-à-vis d’autres bassins de production moins autonomes.   Le cheptel porcin aussi concerné par la décapitalisation La décapitalisation, phénomène désormais bien identifié en ce qui concerne le cheptel bovin, est aussi en cours pour les porcins. Dans tous les pays producteurs de porcs, le cheptel s’érode, et notamment en Allemagne, car la Peste porcine africaine limite leurs exportations vers les pays tiers. La France est également concernée : en 20 ans, le cheptel de truies a diminué de 30 % en nombre de têtes. Dans ce contexte, Comptoir élevage a collecté quelque 107 000 porcs charcutiers, un résultat en baisse par rapport à l’exercice précédent, mais qui reste le deuxième meilleur résultat depuis la création de Comptoir élevage : « On atteint un plateau, un certain rythme de croisière », commente Romain Gerussi. La collecte des porcelets à destination des ateliers d’engraissement a, elle, significativement progressé, pour atteindre 15 500 porcelets de 8 kg et 6 100 porcelets de 25 kg. Soit au total quelque 128 000 porcins collectés chez 47 apporteurs. Depuis sa création, Comptoir élevage s’est attelé à la création de filières rémunératrices, pour valoriser au mieux le travail des éleveurs. Sur l’exercice précédent quelque 4 400 porcs ont ainsi bénéficié d’une plus-value et d’un prix minimum. Dernière réussite en date, la création de la filière Porc d’Alsace avec la Maison Adam, filiale du groupe Pierre Schmidt, avec un cahier des charges spécifique. Bientôt, 100 porcs par semaine seront valorisés grâce à cette filière. L’objectif est d’atteindre 200 porcs par semaine mi 2023. « Nous travaillons aussi à ce que davantage d’éleveurs intègrent la filière Label rouge », précise Romain Gerussi. Le taux de pénétration de Comptoir élevage progresse Le marché des bovins s’est lui aussi caractérisé par d’importantes fluctuations des cours durant l’exercice précédent. La cotation des vaches laitières (VL) est passée de 2,80 à 4,90 €/kg de carcasse, celle des vaches allaitantes de 3,70 à 5,30 €/kg de carcasse. Mêmes tendances pour les jeunes bovins (JB), avec des cotations JB viande qui sont passées de 3,90 à 5,20 €/kg de carcasse, des JB mixte de 3,55 à 4,90 €/kg de carcasse et de JB lait de 3,30 à 4,90 €/kg de carcasse. Actuellement, ces cours se dégonflent, notamment pour les vaches, rapporte Romain Gerussi. En effet, « il y a des vêlages, des animaux qui sortent et les abatteurs en profitent ». De manière générale, les volumes d’abattage diminuent, et la décapitalisation du troupeau se poursuit. Dans ce contexte, Comptoir élevage a collecté quelque 15 300 animaux, soit + 17 % depuis la création de la structure. Une activité qui se ventile en presque 10 000 animaux de boucherie - au sein desquels les volumes de génisses augmentent et ceux de JB diminuent - et un peu plus de 5 000 bovins maigres. Une performance à souligner dans un contexte de baisse de la collecte au niveau national, et qui se traduit par une progression du taux de pénétration de Comptoir élevage. « Face à des cours de plus en plus fluctuants, les années atypiques risquent de devenir la norme. Dans ce contexte, c’est une chance de pouvoir s’appuyer sur une structure stable », a conclu Matthieu Schneider, responsable de la section porcine du groupe élevage du Comptoir agricole.

Publié le 26/04/2022

La famille Rothan s’est lancée avec succès dans la vente directe en 2005. Avec 28 salariés, la ferme familiale est devenue une petite PME agroalimentaire, qui consomme pas mal d’électricité. Il y a un an, Damien Rothan a investi dans deux trackers solaires. Objectifs : réduire la facture d’électricité, et faire un geste pour l’environnement.

Stratégiquement sise au Rond-Point des Trois Croix, entre Batzendorf, Berstheim, Wittersheim et Hochstett, dans le Bas-Rhin, la Ferme gourmande fait, depuis 17 ans maintenant, le bonheur des gourmets de la région. Leur petit local de vente directe est devenu une boutique achalandée en une vaste gamme de viandes et de charcuteries. Chaque année, environ 150 génisses limousines et 2 500 porcs passent directement de l’élevage à l’étal. La ferme, devenue une entreprise, emploi 28 salariés. Élevage, fabrique d’aliment, transformation (fours, cellules de cuisson, machines à laver, réfrigérateurs…), magasin de vente et respect de la chaîne du froid… l’activité engendre certes des emplois, mais aussi une facture d’électricité assez salée. Deux trackers pour 100 000 € Aussi, durant l’été 2021, Damien Rothan a fait installer deux trackers solaires sur le site de l’exploitation, avec pour objectif de réduire la facture d’électricité, et de participer à la lutte contre le changement climatique. « Au cours d’un voyage en Normandie, nous avons vu une ferme équipée de trackers solaires par l’entreprise OKwind, dont le siège se situe en Bretagne. » L’idée d’installer des panneaux photovoltaïques sur les toits des bâtiments d’élevage ne les séduit pas, notamment par crainte d’un éventuel impact des installations sur la santé des animaux situés en dessous. Ils préfèrent donc investir dans deux trackers solaires, pour la somme de 100 000 €. Une production aléatoire L’électricité produite par les panneaux photovoltaïques qui couvrent les trackers est entièrement autoconsommée. Donc, si l’entreprise n’utilise pas d’électricité, les trackers s’arrêtent. « La nuit, ils se mettent à plat, et au lever du jour ils s’orientent vers le soleil, qu’ils vont suivre toute la journée avant de se recoucher le soir », décrivent les agriculteurs. Équipés d’anémomètre, les trackers se couchent aussi lorsque la vitesse du vent dépasse un certain seuil. Après presque un an de fonctionnement, ils constatent : « La production d’électricité est vraiment très dépendante de l’ensoleillement. » Et des aléas météorologiques en général : au mois d’août, un orage a engendré une panne à la suite de l’impact de la foudre dans l’installation électrique de l’exploitation. Les trackers se sont arrêtés de produire de l’électricité le 21 août, et n’ont recommencé à en produire qu’en septembre, après réparation. Pour donner un ordre de grandeur de leur production, Damien Rothan parcourt l’historique. Résultat : 5 742 kWh en octobre, 3 500 kWh en février 2022… Mais mieux que rien ! L’objectif de réduire la facture d’électricité n’est que partiellement atteint. « Au démarrage, avec un mois très ensoleillé, nous avons réussi à réduire notre facture d’électricité de 4 500 € à 3 500 €. Aujourd’hui, nous sommes à 7 500 € d’électricité le mois dernier, malgré les trackers, en raison de la hausse du coût de l’électricité et du peu d’ensoleillement. » Si les deux trackers de la ferme gourmande peinent à réduire la facture d’électricité qui s’envole, ils constituent tout de même le gage d’une certaine autonomie qui, si modeste soit elle, a le mérite d’exister, dans un contexte de grande insécurité énergétique.

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