Réglementation

Mutualité sociale agricole d’Alsace

La retraite, quand, comment ?

Publié le 09/05/2018

À quel âge puis-je prendre ma retraite ? Quand et comment faire ma demande de retraite ? Quel document dois-je fournir et auprès de quel régime dois-je déposer mon dossier ? Est-ce que je peux continuer à travailler après 62 ans ? Qu’est-ce que le cumul emploi-retraite ? Pour faire le point sur la retraite, la MSA d’Alsace a invité ses délégués à des réunions d’information. La dernière d’entre elles s’est tenue le 11 avril à Schiltigheim.

Chaque événement de la vie peut avoir un impact sur le droit à la retraite, explique Anne Pfremmert, spécialiste de la retraite à la MSA d’Alsace. « Aucune situation n’est comparable à une autre. C’est pourquoi chaque dossier fait l’objet d’une étude personnalisée. » Focus sur les retraites des non-salariés agricoles. La retraite d’un agriculteur est composée d’une retraite de base (forfaitaire et proportionnelle) et d’une retraite complémentaire obligatoire (RCO). « Elle fait l’objet d’un seul paiement. » La retraite forfaitaire rémunère les trimestres (cotisations AVI). Les cotisations AVA valident le nombre de points de retraite proportionnelle, calculés en fonction du bénéfice agricole. Tordre le cou aux idées reçues On entend souvent dire que les retraites des non-salariés sont faibles. Mais il faut tenir compte de l’impact des femmes dans le calcul de la retraite moyenne des exploitants en France. « Les femmes ont rarement cotisé durant toute leur carrière, ce qui explique une retraite très faible. Elles ont souvent eu un statut d’aide familial, de conjoint collaborateur ou de salariée à temps partiel, mais ont rarement payé des cotisations pleines. Cela a forcément un impact lors de la liquidation de la pension. » Des mesures de revalorisation ont été mises en place pour relever cette retraite à un montant minimum. Le rendement de la retraite des exploitants agricoles - c’est-à-dire le ratio cotisations retraite - est comparable à celui des salariés, des artisans et des commerçants, souligne Anne Pfremmert. « Le faible montant de la retraite résulte du bas niveau du revenu déclaré, du fait des mauvaises années agricoles, du choix de l’entreprise de faire de l’optimisation (investissement, placement). Quand on réduit l’assiette sociale, on réduit les droits qui y sont liés. » Prenons le cas d’un assuré non-salarié né en 1958 qui a cotisé durant 40 ans sur l’assiette minimale AVI, AVA et RCO. Le montant des cotisations qu’il a payées est de 68 368 €. « Cela génère une retraite de base et une retraite complémentaire de 10 080 €, un investissement rentabilisé au bout de sept ans. » Sur la base d’un revenu annuel de 39 228 €, le total des cotisations dont s’est acquitté un salarié s’élève à 323 388 €. Le montant de sa retraite de base s’établit quant à elle à 22 067 €. « L’investissement n’est donc rentabilisé qu’au bout de quinze ans. » Trois niveaux de pension Pour valider un trimestre, un salarié doit toucher l’équivalent de 150 Smic horaires. C’est-à-dire que, pour valider quatre trimestres par an, il doit percevoir au minimum 5 928 € de salaire par an. Pour le non-salarié, l’assiette de cotisation est de 7 904 €, soit une cotisation annuelle de 262 €. Chez les salariés, trois niveaux de pension s’additionnent. « Pour y prétendre, il faut justifier de 166 trimestres de cotisation. » Le premier palier est la retraite de base MSA-RSI-Carsat, calculée sur le revenu annuel moyen, de manière identique pour les trois régimes. « Depuis le 1er juillet 2017, la retraite est calculée sur l’ensemble des salaires cumulés dans les différents régimes, selon le principe de la liquidation unique des retraites. » Les régimes spéciaux ne sont pas concernés pour l’instant. Le salaire annuel moyen est calculé sur les 25 meilleures années, une fois appliqués les coefficients de revalorisation. À cette retraite de base s’ajoute la retraite complémentaire. Sur tout salaire perçu, une cotisation complémentaire est versée : auprès de l’ARCCO pour le non-cadre, auprès de l’ARGIC pour le cadre. Cette retraite est valorisée dès le premier euro versé, même pour les petits salaires. Le troisième niveau est la retraite supplémentaire. « Elle n’existe pas dans toutes les entreprises. » Dans le cas d’un double actif non-salarié et salarié, il y a toujours détermination d’une activité principale. Si l’activité salariée est la plus importante, c’est elle qui sera considérée comme l’activité principale. Pour l’activité agricole, le double actif est cotisant à titre secondaire et n’est donc pas cotisant à la retraite complémentaire. S’il y a une évolution dans sa carrière, au bout de trois ans, le revenu le plus important est pris en compte. Le retraité pourra donc avoir deux retraites pleines. Le cotisant de solidarité est une personne qui exploite une activité n’atteignant pas le seuil maximum d’assujettissement. Il verse une cotisation obligatoire, mais elle n’ouvre pas droit à l’assurance maladie ou à la retraite. Quand peut-on partir à la retraite ? Il faut remplir deux critères pour faire valoir ses droits à la retraite, avoir atteint l’âge légal et justifier du nombre de trimestres requis. L’âge légal de la retraite est de 62 ans. La durée d’exigence de trimestres de cotisations évolue en fonction de la tranche d’âge, de 166 à 172 trimestres pour les salariés et les non-salariés. « Les cotisations sont toujours prises en compte, mais d’autres périodes entrent en jeu. » L’âge du taux plein est de 62 ans si l’assuré atteint la durée de cotisation exigée. Il est de 67 ans si le nombre de trimestres n’est pas atteint. « À cet âge, il n’y a plus de condition de durée de cotisation. Le minimum vieillesse est aussi applicable à partir de 67 ans. » En cas d’inaptitude au travail, l’âge du taux plein est de 62 ans. Ainsi, le titulaire d’une pension d’invalidité peut toucher, dans certaines conditions, une retraite au taux plein, sans minoration, même s’il n’a pas le nombre de trimestres requis. Les personnes en situation de handicap peuvent également bénéficier d’une retraite au taux plein. En cas de départ à la retraite à 62 ans, le montant de la pension est minoré si la durée d’assurance exigée n’est pas remplie. « La décote est de 0,625 % par trimestre manquant. » La minoration ne peut être supérieure à 20 trimestres. Si cette option de retraite minorée est choisie, elle est définitive. Certaines périodes, dites « assimilées » sont prises en compte : service militaire, perception d’indemnités journalières, chômage, etc. « Les mères de famille ayant élevé un enfant jusqu’au 16e anniversaire bénéficient d’une majoration de huit trimestres par enfant, qu’elles aient travaillé ou non. Depuis 2010, cette majoration peut se partager entre le papa et la maman. La demande à faire avant le 4e anniversaire de l’enfant. » Dans certains cas, il est possible de partir avant l’âge légal de 62 ans, notamment en cas de carrière longue ou de handicap. Mais les conditions pour en bénéficier sont très restrictives. Les périodes d’activité à l’étranger sont prises en compte dans le calcul de la carrière en fonction des conventions internationales. Sur ce plan, il y a une différence entre les salariés et non-salariés agricoles : ces derniers risquent de subir une décote s’ils ont travaillé comme salariés en Allemagne. La pénibilité du travail est également prise en compte : les conditions à remplir pour en bénéficier sont d’être âgé de 60 ans, d’avoir une incapacité permanente (maladie professionnelle ou accident du travail hors trajet) à un taux d’au moins 20 %. S’il est compris entre 10 et 20 %, la durée d’exposition au risque est prise en compte. Quelles sont les démarches à effectuer ? Chaque adhérent a droit à un relevé individuel de situation dès 35 ans, puis tous les cinq ans. Il est disponible en ligne sur le site de la MSA et actualisé régulièrement. À 55 ans et 60 ans, ce relevé est complété par une estimation indicative globale. La MSA effectue des projections selon les dates de départ envisageables (62, 63, 67 ans), accompagnées d’un récapitulatif de l’ensemble des droits dans les différents régimes. « Lorsque vous arrivez à l’âge de la retraite et que vous voulez demander votre retraite, vous allez déposer votre dossier auprès d’un seul régime pour la retraite de base. » Une longue liste de documents est à fournir : carte d’identité ou passeport, justificatif d’état civil ou de nationalité, attestation Pôle emploi, bulletins de salaire, certificat médical en cas d’inaptitude au travail, livret militaire, etc. « Les salariés peuvent télécharger le formulaire sur le site de la MSA, et même faire la demande de retraite directement en ligne. Pour les exploitants agricoles, nous privilégions les rendez-vous physiques », indique Anne Pfremmert. Le dossier doit être déposé six mois avant la date de départ souhaité. « Si le dossier complet est réceptionné quatre mois avant la date d’effet, cela vous garantit le paiement à la date d’effet. » Mais attention : pour les carrières longues, il faut obtenir une attestation d’accord de départ. Une fois le dossier de retraite MSA déposé, il faut également effectuer une démarche auprès du Cicas. « On ne peut les contacter que par téléphone. » Avec le système de liquidation unique des retraites (LURA) RSI-MSA-Assurance retraite, le calcul de la pension et la liquidation du salarié sont faites par un seul régime. Mais un exploitant doit obligatoirement passer par le centre de formalités des entreprises (cessation, modification de statuts, création d’une société dans le cadre du départ à la retraite de l’exploitant, bulletins de mutation des terres). La retraite est un dossier qui s’anticipe, il faut réfléchir bien en amont à ce que l’on veut faire dans le futur. « Une transmission d’exploitation met entre 18 mois et deux ans à aboutir », souligne Anne Pfremmert. Un grand nombre d’informations sont disponibles sur le site de la MSA d’Alsace.

Une offre clé en main proposée par APIS

Faciliter l’accès des personnes handicapées aux caveaux

Publié le 06/11/2017

Comme toutes les entreprises accueillant du public, les domaines viticoles doivent répondre aux nouvelles normes d’accessibilité aux personnes handicapées ou âgées. Une obligation que nombre d’entre eux sont loin de remplir. Pour les aider à se conformer à la réglementation, la Mutualité sociale agricole d’Alsace vient de monter une offre d’accompagnement clé en main, par le biais d'APIS, association à but non lucratif.

 Le dossier Ad’ap devait être déposé en mairie ou en préfecture au plus tard le 27 septembre 2015, les travaux de mise aux normes devant être terminés, sauf dérogation, avant fin 2018 », explique Séverine Haller, chargée de communication - marketing chez APIS (Association pour l’Innovation Sociale), une association du groupe MSA d’Alsace. Mais dans les faits, nombre de vignerons n’ont pas engagé le processus. Et ils sont victimes de démarchage frauduleux, par téléphone, par mail ou sur internet. « Nous avons été contactés par le Synvira (Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace), avec l'appui de l’Ava (Association des viticulteurs d'Alsace), afin de monter une offre sur mesure pour aider les entreprises concernées à constituer leur dossier Ad’ap et à se mettre en règle. » Séverine Haller précise : « Nous avons commencé par les vignerons, car la demande était forte. » Mais cette offre vient d’être étendue aux professionnels de santé et aux petits commerçants. APIS a décidé d’aller au-delà de la prestation réglementaire en proposant une offre à trois niveaux : offre 1 : constitution du dossier Ad’ap offre 2 : accompagnement dans la réalisation des travaux offre 3 : conception de supports adaptés aux différents handicaps. Le coût de la prestation dépend de l’importance des démarches à effectuer. « À l’issue de la prestation, nous offrons aux vignerons une matinée de formation avec un médecin spécialisé pour les sensibiliser aux différentes formes de handicap, le but étant de faciliter la relation avec les personnes handicapées, qu’elles soient mal voyantes, atteintes de surdité ou en fauteuil roulant. » Une carte des vins en braille Lorsque l’association reçoit une demande de mise aux normes, Séverine Haller prend un premier rendez-vous avec le vigneron pour lui expliquer la démarche. Un deuxième rendez-vous est pris avec le technicien pour élaborer le dossier et dresser la liste des travaux à effectuer. « Je l’accompagne sur place », indique Séverine Haller. Au troisième rendez-vous, le dossier Ad’ap est remis au vigneron pour le déposer en mairie ou en préfecture. Une fois que le dossier est validé par la commission d’accessibilité, il peut commencer à faire les travaux. Si le vigneron opte pour l’offre 2, le technicien APIS recherche les entreprises compétentes pour la réalisation des travaux, avec l’aide du prestataire, fait établir les devis et assure le suivi du chantier. « Quant à ceux qui ont vraiment envie de jouer le jeu, nos prestations complémentaires leur permettent d’aller plus loin. » APIS peut par exemple se charger de mettre en place une signalétique « visible » par tous les handicapés (effets sonores, bandes pododactiles, pictogrammes, etc.), de concevoir la carte des vins en braille ou de réaliser une vidéo en langue des signes. Elle peut également accompagner le client dans l’obtention du label Tourisme et Handicap.

Projet d’arrêté préfectoral des zones de non traitement

« C’est une déclaration de guerre ! »

Publié le 23/06/2017

Face au projet d’arrêté définissant les zones de non traitement dans le département, la FDSEA du Haut-Rhin monte au créneau. Une vraie « déclaration de guerre » pour son président, Denis Nass, qui appelle l’ensemble des agriculteurs à s’exprimer « sereinement » sur le sujet dans le cadre de la consultation publique mise en place le 20 juin. Les observations et arguments seront recueillis jusqu’au 11 juillet inclus.

Paysan du Haut-Rhin : Quel est le but de cet arrêté ? Denis Nass : « Ce projet d’arrêté départemental doit définir les zones de non traitement. Il doit clarifier ce qu’est un cours d’eau et ce qui ne l’est pas avec, comme référence, les cartes IGN. Un cadre régional a été imposé pour cet arrêté alors qu’on n’a pas du tout la même agriculture entre le Haut-Rhin et la majorité des autres départements du Grand Est. Chez nous, l’agriculture est périurbaine, avec des petites parcelles. Ce qui n’est pas le cas en Lorraine ou en Champagne Ardenne. » PHR : Pourquoi montez-vous au créneau aujourd’hui ? DN : « Il y a un mépris total du travail qui a été fait entre la profession agricole et l’Administration sur la définition d’un cours d’eau. C’est un dernier cadeau fait par les ex-ministres de l’Agriculture et de l’Environnement, deux jours avant de quitter le dernier gouvernement de François Hollande. C’est une vraie provocation. Les agriculteurs qui étaient en avance sur ces dossiers sont maintenant traités comme des voyous. Je suis d’autant plus scandalisé que nos agriculteurs ont fait beaucoup d’efforts. Je pense notamment à la politique des MAE sur laquelle ils ont été exemplaires. Et pourtant, ils attendent encore les paiements pour l’année 2015. » PHR : Que peut faire la profession agricole haut-rhinoise pour changer la donne ? DN : « Notre combat est simple : nous souhaitons que les spécificités locales de chaque département puissent être prises en compte. Pour ce faire, nous demandons à tous les agriculteurs de participer activement et sereinement à la consultation publique qui est ouverte pendant trois semaines. Trois semaines pendant lesquelles tous les arguments devront être utilisés pour construire un arrêté qui corresponde aux spécificités de notre département. Il y a un jeu démocratique, il est essentiel d’y répondre. » PHR : Et si ce « jeu démocratique » ne devait pas porter ses fruits ? DN : « Si on n’est pas entendu, on se garde le droit de réagir autrement. C’est une vraie déclaration de guerre qui nous est faite aujourd’hui. Ce qui se passe doit nous amener à changer notre principe de défense. S’il faut disparaître, on mourra avec les armes. » PHR : Si cet arrêté devait passer en l’état, quel serait le risque pour les agriculteurs du Haut-Rhin ? DN : « Plus de 1 000 ha de production risqueraient de disparaître si rien n’est fait. Très concrètement, il y va de la survie de nos agriculteurs. Cette surenchère technocratique que nous dénonçons depuis des années et cette méprise sont en train de les tuer à petit feu. De l’autre côté, nos exploitants essaient de sauver leurs cultures face à des aléas climatiques de plus en plus fréquents et extrêmes. En ce moment avec la canicule, les quintaux de blé disparaissent tous les jours alors que tout le monde espérait une bonne année pour refaire surface. Cela fait deux ans que notre profession est en crise et qu’on essaie de s’en sortir. Mais là, c’est trop. La coupe est pleine. » PHR : Cela fait plusieurs années que le syndicalisme agricole dénonce ces surenchères administratives et réglementaires franco-françaises. Et pourtant, rien ne semble évoluer à ce niveau-là. Comment l’expliquez-vous ? DN : « Il est vrai que l’on peut réellement s’interroger sur la cohérence de cette politique. Tout ce que je vois, c’est qu’on est en train de sacrifier l’agriculture française. Nous vivons dans une communication qui crée de la peur autour de l’agriculture. On va de surenchère en surenchère, et nos politiques veulent s’en protéger. Du coup, nous devons faire face à un parisianisme totalement déconnecté des territoires ruraux. On veut tout et son contraire alors qu’on ne sait pas de quoi on parle. Notre préfet a pu se rendre compte par lui-même à quel point les dossiers que nous avions à gérer étaient complexes. Le souci est que les représentants de l’État avec qui je discute me disent qu’ils n’ont pas la latitude pour agir. » PHR : Le président Macron s’était engagé pendant sa campagne à supprimer les normes issues de la surtransposition française des directives européennes. N’est-ce pas un motif d’espoir pour la profession agricole qui lutte depuis des années contre les distorsions de concurrence ? DN : « On espère qu’il tienne ses engagements et ses promesses. On demande à voir si les paroles seront bien suivies d’actes. En tout cas, il est urgent de faire quelque chose à ce niveau-là. On nous interdit d’utiliser des produits en France alors qu’on continue à importer n’importe quoi. Des filières, comme la cerise par exemple, risquent de disparaître. Il faut quand même rappeler que l’on n’utilise pas ces produits par plaisir, mais bien parce qu’on nous impose des critères de calibre et de qualité. Si les dossiers doivent se régler, cela doit se faire par l’agronomie, et non par les réglementations à tout va. »

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