Réglementation

Association des viticulteurs d'Alsace

En mode premier cru

Publié le 05/04/2017

Le dossier de hiérarchisation a été approuvé lors de l’assemblée générale de l’Association des viticulteurs d’Alsace jeudi 29 mars à Colmar. Si pour certains professionnels cette décision constitue un « virage historique et positif », d’autres se sont montrés plus dubitatifs.

En faisant le tour des sous-régions avant l’assemblée générale, le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA), Jérôme Bauer, a constaté que les viticulteurs alsaciens étaient divisés au sujet de la hiérarchisation et de cette strate premier cru. « Il est maintenant temps d’arbitrer, de décider. Il faut prendre ce virage historique. Fin décembre, la commission nationale de l’Inao a bien accueilli ce projet. À nous de saisir cette opportunité qui ne se représentera pas avant plusieurs décennies. Nous avons l’occasion de corriger l’erreur historique de positionnement des grands crus ; les rendements autorisés lors de leur création à partir de 1975 avaient été fixés généreusement à 70 hl/ha contre 50 à 55 hl/ha aujourd’hui. Il ne faut pas refuser ce dossier de peur de perdre quelques hectolitres de rendements ». Les premiers crus sont convoités par toute la France viticole. Dans la hiérarchie des appellations, les premiers crus s’intercaleront entre les 51 grands crus et les dénominations géographiques, à savoir les lieux-dits et les 13 « communales », contraintes de tailler plus court. Le cahier des charges de l’appellation premier cru prévoit notamment l’obligation de limiter les volumes à 55 hl pour les blancs, 45 hl pour les rouges, d’élever le vin au minimum jusqu’au 1er juin de l’année suivant la récolte, au 1er octobre au moins pour les pinots noirs. Autre petite révolution : la mention « sec » fera son apparition sur les étiquettes, selon les règles fixées par l’Union européenne. L’objectif pour l’Alsace est de se hisser dans l’élite des vignobles français ; les premiers crus étant notamment une dénomination de la Bourgogne. « Notre vignoble a toutes les cartes en main pour asseoir les terroirs. Soyons responsables de notre avenir. Vous avez les clés de notre futur en main », ajoute Jérôme Bauer. Un enjeu considérable Le président du Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira), Pierre Bernhard, considère cette réforme comme intéressante, mais il émet quelques réserves : « Il faudrait que la modification des rendements s’effectue progressivement, par étapes, et que la petite famille des communales s’élargisse. Il faut en effet construire un projet communal qui tienne la route ». À Ottrott, l’inquiétude est palpable pour le célèbre vin rouge de la commune viticole. « La baisse de rendement demandée est considérable. Si on demandait une telle baisse dans « l’océan » du vin blanc en Alsace, il y aurait les mêmes réactions négatives. J’ajoute que cette réforme oublie un point important. À aucun moment, elle ne parle de typicité de nos vins », s’agacent de concert Bernard Schmitt et Stéphane Vonville, viticulteurs à Ottrott. Jérôme Bauer reconnaît le cas particulier d’Ottrott : « Ça risque de piquer en effet mais, la porte est ouverte. Je veux bien défendre annuellement l’idée d’un rendement butoir de 10 %, en fonction de chaque millésime. Je ne fais la leçon à personne. Mais, nous devons avancer. » La coopération, qui s’est réunie sur ce sujet, a pour sa part marqué sa désapprobation. Jean-Luc Hanauer, président de la cave de Pfaffenheim, a rappelé que la coopération était le « premier metteur en marché de grands crus. La majorité souhaite le maintien des grands crus à 55 hl, et les 60 hl. » Immédiatement, Jérôme Bauer réagit. « OK, mais ce n’est pas vendable à la commission d’enquête ». « Augmenter de 3 € le prix d’une bouteille d’un grand cru ne doit pas poser de problème. Les vins salins, profonds, les vins de terroir qui procurent de l’émotion se paient. Ces efforts supplémentaires demandés sont nécessaires, vu l’enjeu. Nous ne sommes pas assez fiers de notre travail. La qualité est dans la bouteille et elle se paie au niveau mondial. Pour moi, ce projet semble cohérent », argumente Pierre Gassmann, viticulteur à Rohrschwihr. Jean-Michel Deiss est du même avis. « Nous ne produirons plus de 50 hl/ha. La commission n’a pas dix années d’avance. Elle constate simplement la réalité. Je regrette simplement que vous n’alliez pas assez loin pour les communales ». Olivier Humbrecht, viticulteur à Turckheim qui porte le dossier « premier cru » à l’AVA, estime, pour sa part, que les professionnels qui veulent des premiers crus à 60 hl sont des opportunistes. « La question est de savoir comment je peux faire pour multiplier par deux ou trois nos prix de vente. Quel est le prix moyen des rouges d’Ottrott ? L’important est de se concentrer sur la valorisation, et accessoirement d’éviter de faire du tort aux régions viticoles. Car si l’Alsace rejoint la prestigieuse famille des vignobles à la hiérarchie des crus bien établie, elle devra aussi tenir son rang face aux consommateurs. » Après débat, le président propose de passer au vote. Il innove en demandant aux adhérents de voter avec des bulletins rouges (opposés), verts (favorables) et blanc (abstention). Un vote à bulletins levés donne un vert majoritaire dans la salle du Cref de Colmar. Pour un juste prix À propos des prix et la valorisation des vins d’Alsace, si des progrès ont été constatés, il reste « du chemin à parcourir ». Les vins bradés « donnent une image négative, destructrice. Nous venons d’avoir une belle récolte 2016, tant en quantité qu’en qualité. L’Alsace est la seule région productrice à pouvoir approvisionner les marchés. Nous devons arrêter de vouloir nous vendre au prix le plus bas. Ce n’est pas acceptable », estime Jérôme Bauer. Le directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, Jean-Louis Vézien, donne les derniers chiffres. La dernière récolte a été conforme à la moyenne historique de la région : 1 176 353 hl, soit une hausse de 19 % par rapport à 2015 et une hausse de 12 % par rapport à la moyenne quinquennale. « Nos disponibilités, de l’ordre de 2 637 630 hl, sont également en hausse de 7,4 %. » Pour le vrac, le gewurztraminer est à 3,51 €/l, le riesling à 2,82 €/l, le sylvaner à 1,83 €/l, le pinot noir à 3,08 €/l, le pinot gris à 2,82 €/l et le pinot blanc à 2,18 €/l. Enfin, le marché en bouteille a connu une baisse de 6 % en 2016. Cette baisse est plus importante à l’export (- 11 %) avec 244 441 hl qu’en métropole (- 4 %) avec 715 460 hl. Les ventes dans les pays tiers ont triplé ces vingt dernières années. Par ailleurs, la baisse des ventes de vins d’Alsace constatée en 2016 se poursuit sur les deux premiers mois de l’année 2017. « C’est lié à une insuffisance de l’offre consécutive aux trois petites récoltes 2013, 2014 et 2015. Le fléchissement étant plus important sur nos premiers marchés qui sont aussi les plus sensibles aux prix. » En 2016, 4 005 déclarants sont enregistrés soit une baisse de 13 % (851 déclarants) sur ces cinq dernières années. « Il ne faut pas interpréter cela comme un signe de déprise, mais comme une preuve supplémentaire de la professionnalisation du vignoble alsacien », ajoute Jean-Louis Vézien. L’assemblée générale s’est terminée avec un rappel des orientations pour le millésime 2016 et quelques points d’actualités, comme la lutte préventive contre la flavescence dorée.

Publié le 31/03/2017

Comme tous les Français, les viticulteurs participent au choix du nouveau président de la République les 23 avril et 7 mai prochains. Quelles seraient les mesures qu’ils aimeraient lui voir prendre au cours de son mandat ? Quatre d’entre eux donnent leur sentiment.

Un président de la République potentiel sommeillerait-il en chaque professionnel du vignoble alsacien ? Thomas Boeckel, 43 ans, vigneron-négociant sur 24 ha en propriété et 16 ha d’apports à Mittelbergheim, ne se fait pas prier pour décrire le caractère du personnage qu’il voit se glisser dans le rôle : ferme, rigoureux, exemplaire. « C’est ce qui devrait émaner de lui pour que cela rejaillisse sur tout le pays » affirme-t-il. Continuons de l’envisager. D’emblée, les décisions relevant de l’économie et de la fiscalité feraient partie de ses priorités. « La baisse effective et pas seulement symbolique des taxes et des charges est indispensable pour nous rendre plus compétitifs. Il faudrait les faire revenir à leur niveau du milieu des années quatre-vingt-dix » calcule Julien Gsell, 38 ans, vigneron indépendant sur 9 ha à Orschwihr. « Tout travail mérite salaire. Mais avec un coût de 18,56 €/heure charges comprises, nous ne sommes pas concurrentiels comparé à nos collègues allemands qui emploient une main-d’œuvre moins bien rémunérée. Le futur président doit pousser à ce qu’il y ait une harmonisation européenne, même si c’est compliqué » poursuit Pierre-Olivier Baffrey, coopérateur sur 11 ha et président de Bestheim, 450 adhérents et 1 350 ha d’apports. Le régime fiscal n’est pour sa part plus adapté aux aléas climatiques qui connaissent des pics de plus en plus violents. « Le lissage des revenus sur plusieurs années sous la forme d’un crédit d’impôt me paraît plus efficace à une réserve qualitative que l’on aurait en cave » juge Thomas. « Il faut nous fiscaliser sur l’argent extrait de l’exploitation, pas sur le bénéfice de l’année » continue Pierre-Olivier. De la fiscalité à la transmission, il n’y a qu’un froncement de sourcil. S’il était président, Thomas mettrait ce point sur le haut de la pile des dossiers les plus urgents à traiter. « Un domaine, ce n’est pas du patrimoine. C’est un outil de travail. En le taxant par le biais des droits de successions et parfois de l’ISF, l’État oblige la partie de la famille qui doit s’acquitter de l’impôt parce qu’elle en a hérité, à le vendre. Cela concerne beaucoup de domaines ». Julien ne dit pas autre chose. « Quand on travaille avec du foncier, des bâtiments, des équipements, ça vaut moins d’argent. Cela ne devient éventuellement une source d’enrichissement que quand on le cède, mais en Alsace la grande majorité souhaite simplement que ses enfants prennent la suite » estime-t-il. « Réformer la fiscalité dans le bon sens donnerait envie d’avancer aux entreprises familiales » résume Thomas. Un secrétariat d’État à la viticulture Le prochain président est aussi fermement attendu au tournant sur des sujets divers et variés comme le niveau des retraites ou les moyens à consacrer à la lutte contre les maladies du bois, mais la simplification administrative rallie tous les suffrages. C’est la demande expresse de Henri Kaes, 35 ans, vigneron indépendant sur 7,5 ha en bio à Molsheim. Il fait part d’un sentiment général en dénonçant la lourdeur qui s’installe. « La dématérialisation simplifie la vie de l’Administration. Pas la nôtre. Le nouveau système des droits de plantations m’oblige à une déclaration supplémentaire à FranceAgriMer » constate-t-il. « Je ressens trop de pression, trop de tracasseries concernant les contrôles en tout genre, les salaires de mes vendangeurs. Tout ceci manque de souplesse. Je ne demande qu’une chose : qu’on me laisse travailler ! Pas pour gagner plus, mais pour vivre dignement de mon métier, contribuer à l’économie et à l’emploi. Je connais les attentes en matière de respect de l’environnement. Je suis responsable face à mes clients. Il n’y a pas besoin de lois pour tout réglementer, tout imposer. Avec l’excédent commercial dégagé par l’activité viticole, la profession mérite d’être davantage écoutée. En disant cela, je n’ai pas l’impression de demander la lune au futur chef de l’État ». Un dernier point rassemble tout le monde : la communication sur le vin. « Le discours hygiéniste diabolise constamment le vin. Il s’applique à la mauvaise cible. Le vin est un produit culturel, un art de vivre » démarre Pierre-Olivier. « Le vin n’est pas forcément le premier responsable de l’alcoolisme. Le grossissement du logo femme enceinte sur les étiquettes n’apportera rien. Le prochain gouvernement et le futur président devraient se montrer moins prohibitifs avec le vin, comme dans les autres pays où je me déplace » poursuit Julien. Thomas lui, y va de sa proposition : « comme le vin est une fierté et une vitrine du savoir-faire français, pourquoi le prochain gouvernement ne comporterait-il pas un secrétariat d’État à la viticulture ? ». Et qu’en pensent les candidats ? Sans aller aussi loin que Thomas, quand la question leur est posée, presque tous citent facilement des vignobles ou des appellations qui correspondent à leur goût. Et ils ne refusent pas un verre de vin. C’est déjà ça !

Publié le 25/03/2017

La Chambre d'agriculture d’Alsace, la direction départementale des territoires du Haut-Rhin, la FDSEA et les JA du Haut-Rhin ont organisé plusieurs réunions sur la nouvelle campagne « Pac 2017 » avec pour objectif d’informer les exploitants agricoles et de répondre à leurs interrogations.

Que ce soit à Fessenheim, à Altkirch ou à Schlierbach, les quatre réunions ont connu une belle affluence. Il y a cependant peu d’évolutions réglementaires par rapport à l’année dernière, simplement quelques ajustements. Le calendrier de paiement des aides de la politique agricole commune demeure une difficulté majeure. « Il n’est pas satisfaisant. Il faut cependant rappeler que nous revenons de loin. La France avait sévèrement été sanctionnée en 2012 par l’Europe avec une pénalité de trois millions d’euros. Cela a entraîné une refonte totale des modalités d’admissions de ces aides puis ces retards », explique Jean Deffinis de la DDT du Haut-Rhin. Le premier pilier des aides 2015 est un dossier enfin soldé depuis la fin de l’année 2016. Il concernait les aides couplées végétales, les aides découplées, les aides animales, ou encore l’assurance-récolte. Mais, au milieu du mois de mars, l’instruction était toujours en cours pour les aides du second pilier, celui des mesures agri-environnementales (MAE) et de l’agriculture biologique. « Pour la région Grand Est et notre département, des paiements ont toutefois été effectués au titre des avances de trésorerie. Le solde restant est prévu pour juin 2017 », précise Jean Deffinis. Pour la Pac 2016, les paiements ont été effectués pour les aides ovines et caprines, pour les aides bovines, les aides découplées et les indemnités compensatoires de handicap naturel (ICHN). 90 % des aides payées l’ont été au titre d’une avance de trésorerie entre le 17 octobre 2016 et fin janvier 2017, soit 33 millions d’euros pour 2 245 bénéficiaires. La CAA, la DDT, la FDSEA et les JA constatent qu’environ 350 exploitants agricoles n’ont rien demandé. Par arrêt d’activité ou par oubli. Il reste désormais à payer le solde des aides découplées (certainement en mai 2017), le transfert des droits à paiement de base (DPB), les aides couplées végétales, l’assurance récolte et les ICHN. Tous ces paiements devraient intervenir entre mai et juillet 2017. Bien tenir ses déclarations Pour les mesures agri-environnementales 2016 du second pilier, « nous avons mis en place un système d’avance dont l’instruction vient de débuter avec une revalorisation des montants forfaitaires. Les paiements doivent arriver à la fin de ce mois de mars. Le solde est prévu pour cet automne » prévient Jean Deffinis. Ce calendrier prévisionnel n’a inspiré aucun commentaire dans la salle lors de la réunion à Altkirch. Au mieux, quelques soupirs d’agacement ou de lassitude. La suite de la réunion a permis de donner les explications nécessaires sur les documents à remplir et les procédures à respecter pour les nouveaux demandeurs, pour le calcul de la surface admissible, pour les valeurs des DPB, pour l’admissibilité des surfaces. Il a également été rappelé aux exploitants agricoles de veiller à la bonne tenue de leurs déclarations. « Pour les aides 2016, des anomalies ont été constatées pour une exploitation sur trois. Individuellement, cela peut représenter des pertes financières. Et collectivement, cela peut avoir pour conséquence un durcissement de la réglementation », rappelle Yves Jauss de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Enfin, le directeur de la FDSEA du Haut-Rhin, Michel Busch, a sensibilisé les agriculteurs sur le respect des normes environnementales dans les zones renforcées comme, par exemple, les captages de Blotzheim et de Spechbach-le-Bas.

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