Cultures

Publié le 07/12/2017

La CAC a connu un exercice 2016-2017 contrasté entre les mauvais résultats enregistrés en grandes cultures et le dynamisme de sa politique de diversification : croissance de l'activité Ampélys et des filiales Hormalys et Würth, création d’une filière bio et mise en place d’une activité de ramassage de bovins.

Pour son premier rapport d’activités en tant que directeur général de la Coopérative Agricole de Céréales, Jean-Marc Schacherer, aurait certainement souhaité autre chose qu’un « millésime à oublier », en référence à la campagne céréalière 2016-2017 dont le bilan final était présenté lors de l’assemblée générale de la CAC. Baisse de production du maïs de 14 % avec ces taux d’humidité supérieurs à 30 %, rendements en berne en blé avec une qualité « catastrophique », et rendements « décevants » en colza avec seulement 3,7 t/ha contre 4,2 t/ha pour la campagne 2015-2016. Dans ce contexte qualifié « d’exceptionnel », la CAC a pris un certain nombre de mesures durant cette campagne 2016-2017 : pour limiter les impacts liés à la qualité des blés (pas de réfractions protéines, abaissement du poids spécifiques (PS) à 72) ; pour limiter les coûts de séchages des maïs 2015 et 2016 (ristournes séchage maïs humide +1 €/tonne, baisse du barème de séchage de 4 %) ; pour soulager les trésoreries (ristournes urée, complément de prix blé de 35 €/tonne, baisse du prix des semences de blés certifiées, intérêts divisés par deux pour les solutions d’approvisionnement d’automne, possibilité de reports d’échéances, intérêts à 0 % de paiements différées pour les Jeunes Agriculteurs). En 2017, la CAC a décidé de poursuivre sur cette logique en renouvelant plusieurs mesures (ristournes séchage maïs humide pour la récolte 2016, barème de séchage maïs inchangé pour la récolte 2017 malgré la hausse des taxes, reconduction des solutions de financement bancaires pour les approvisionnements du printemps 2018), et en lançant d’autres comme la fixation d’un prix acompte à 152 €/tonne (plus primes protéines) pour la moisson de blé meunier 2017. Collecte record pour le soja Au total, le chiffre d’affaires approvisionnement a marqué une baisse sensible de 8 % durant cette campagne 2016-2017. Une baisse qui s’explique notamment par un repositionnement du marché des engrais. « L’augmentation constante de l’offre de produits par la création de nouvelles unités de production pèse sur les prix. C’est une évolution importante au regard d’un marché céréalier plutôt déprécié. Les prix d’engrais relativement bon marché ont permis de redévelopper des ventes d’engrais en phosphore et potassium dans des situations d’impasses répétées, ce qui a permis de maintenir un bon niveau de consommation en engrais de fond. Le volume d’engrais azoté a même progressé sous l’effet d’une progression de nos parts de marché », développe Jean-Marc Schacherer. En semence, la CAC a accusé une baisse des ventes en maïs, blé et orge. Elle a en revanche accompagné la progression du colza (+ 49%) et du soja (+20%), deux cultures qui « affichent des marges intéressantes depuis plusieurs années ». Le soja apporte un motif de satisfaction tout particulier avec une collecte record de plus de 7 000 tonnes. Une petite fierté pour la CAC qui est le leader de cette production en Alsace. « Grâce à notre partenariat avec Alpro Soja, nous réussissons à être au plus près du consommateur. Néanmoins, nous devons poursuivre nos efforts pour respecter la qualité demandée et ainsi conserver notre position sur ce marché ». Ainsi, le rééquilibrage entre le maïs hyperdominant et le reste des cultures se poursuit. De 75 % des surfaces il y a huit ans, la culture phare de la céréaliculture haut-rhinoise ne représente plus que 65 % des surfaces. Des diversifications qui font du bien Dans ce contexte de trésorerie tendue vécue depuis plusieurs campagnes, la CAC tâche de s’adapter à l’évolution de la demande. « Des programmes plus économiques sont proposés, l’approche par enveloppe budgétaire prédomine. Mais notre savoir-faire technique reste une valeur sûre pour éviter des décisions arbitraires aux résultats économiques incertains. Nos équipes commerciales s’adaptent pour répondre efficacement à ces attentes », précise le directeur général de la CAC. C’est pour cette raison que la coopérative multiplie son activité dans différents domaines depuis quelques années : la relance de la culture de soja qui offre une « réponse supplémentaire » aux obligations d’assolement des agriculteurs ; la création et le développement de la filière « tournesol semences » qui tend vers un accroissement de surfaces et qui a permis d’établir des contacts « constructifs » avec les apiculteurs, sujet souvent « conflictuel dans les médias » selon Thomas Thuet ; la création d’une activité « ramassage des bovins » dans le département afin de soutenir les éleveurs ; le développement réussi d’Ampelys, la marque dédiée à la viticulture du groupe CAC, qui a vu son chiffre d’affaires augmenter en 2016-2017 (+ 17 %), tout comme Hormalys, la filiale spécialisée dans l’arboriculture et le maraîchage (progression de 21 % du CA en 2016-2017) ; la création de l’alliance Packaging Alsace, une collaboration entre Ampélys, Costral et Allure Communication, qui permet aux viticulteurs d’avoir un interlocuteur unique de la mise en bouteille à la commercialisation ; et le développement de la filiale allemande Würth dédiée en majorité aux cultures spécifiques, qui a enregistré une progression de 7 %. Seule ombre au tableau, la mise en liquidation judiciaire d’Optisat qui n’a malheureusement pas apporté les résultats escomptés. « C’est une aventure qui aurait pu aller plus loin. Elle nous a cependant apporté beaucoup d’éléments dans tout ce qui concerne les nouvelles technologies. Cela reste une expérience positive qui aurait pu être encore plus positive », analyse lucidement Thomas Thuet. La campagne 2016-2017 de la CAC a aussi été marquée par la mise en place d’une filière agriculture biologique. « Nous voulons avoir une réflexion intelligente là-dessus. Nous souhaitons accompagner au mieux les agriculteurs dans cette démarche », indique Jean-Marc Schacherer qui souligne aussi le développement de la confusion sexuelle au sein de la coopérative. À l’heure actuelle, ce sont 1 150 ha qui sont protégés avec cette méthode. Une « belle performance » qui représente une « alternative » aux traitements chimiques. « L’innovation et la recherche-développement sont des axes importants de notre activité. Avec ces efforts, tant financiers qu’humains, nous créons un outil performant dans le présent et prêt pour les défis à venir », conclut le président de la CAC.

Coopérative agricole de céréales

« Nous vivons un moment charnière »

Publié le 06/12/2017

Pour son dernier rapport moral en tant que président de la CAC, Thomas Thuet a souhaité mettre en avant les capacités de la coopérative à toujours accompagner les évolutions de l’agriculture. Et avec l’apport des technologiques numériques, celles-ci s’apprêtent à fournir aux nouvelles générations d’agriculteurs des « défis passionnants » à relever.

L’agriculture vivrait-elle un moment charnière de sa longue existence ? Pour le président de la Coopérative Agricole de Céréales (CAC), Thomas Thuet, c’est une certitude. Lors de la dernière assemblée générale du groupe coopératif qui s’est tenue mardi à Colmar, ce dernier a souhaité mettre en avant les défis qui attendent les jeunes générations d’agriculteurs. « À une mécanisation maîtrisée par vos aînés, vous devrez rajouter toutes les techniques dues aux innovations numériques, comprendre et adapter les connaissances nouvelles concernant les végétaux. » Une évolution inévitable des pratiques agricoles à laquelle la CAC espère bien contribuer de manière proactive, comme elle l’a finalement toujours fait depuis ses débuts en 1947. « C’est parce que la coopérative a su s’adapter et saisir les opportunités qu’elle a pu grandir pour être aujourd’hui une entreprise incontournable dans le paysage haut-rhinois », souligne Thomas Thuet. En 70 années d’existence, la CAC a évolué au gré des révolutions successives qu’a connues l’agriculture : le début de la mécanisation puis sa confirmation, les évolutions agronomiques, la multiplication des rendements, la construction d’une filière maïsicole « performante » et génératrice de nombreux emplois. Un « nouveau souffle » pour la CAC Mais les modèles d’hier ne seront pas ceux de demain. Avec l’apport des nouvelles technologies (guidage, drones, capteurs, algorithmes, etc.), l’agriculteur haut-rhinois de 2030 à 2040 aura sans nul doute un quotidien bien différent que celui de ses parents et grands-parents. « C’est justement pour toucher du doigt ces évolutions que nous avons organisé la journée « Cultivons l’agriculture du futur » [N.D.L.R. : voir PHR du 15 septembre 2017] », poursuit-il. Un rendez-vous riche d’enseignements qui a mis en lumière l’investissement de la CAC pour toutes ces nouvelles façons de faire de l’agriculture. En tête de liste, on retrouve la modulation intra-parcellaire de semis de maïs concrétisé au printemps dernier. « C’est une première », se félicite le directeur général de la CAC, Jean-Marc Shacherer. « Mettre la quantité de semis adéquat en fonction de l’endroit où l’on se trouve n’avait jamais été fait sur du maïs jusqu’alors. Nous sommes en avance là-dessus, mais nous devons vite en faire quelque chose. Car c’est le rôle d’une coop comme la nôtre de vulgariser ce genre d’outils auprès de ses adhérents afin de leur permettre d’évoluer. » Reste à savoir dans quel type d’agriculture. Conventionnelle ? Biologique ? Agro-écologique ? Agroforesterie ? De conservation des sols ? En permaculture ? La liste à la Prévert présentée par Thomas Thuet illustre les multiples chemins qui se présentent aux agriculteurs de 2017. Le président de la CAC les voit comme des « défis passionnants » à relever. « Espérons juste que le monde politique sache redéfinir les cadres de notre activité, définir une commande publique claire entre les différents types d’agriculture, et éviter les débats sectaires pour nous permettre d’exercer notre métier sereinement. » En parallèle, la Coopérative Agricole de Céréales devra également mener à bien de nombreux défis dans les années à venir. Elle aussi est dans une « étape charnière » de son existence estime Thomas Thuet. Le renouvellement et le rajeunissement important du conseil d’administration (dont le président) ainsi que le changement de directeur (en poste depuis le 1er août dernier) vont « donner un nouveau souffle à notre coopérative ». Dans les prochaines années, la nouvelle équipe dirigeante de la CAC devra terminer et maîtriser la mise en place - déjà bien avancée - du nouveau système informatique, ajuster le fonctionnement des équipes opérationnelles pour « plus d’efficacité », maintenir l’outil au « meilleur de ses performances », et « prendre le temps de la réflexion face à un monde en pleine évolution » et face à des politiques agricoles européenne et française qui se « cherchent ».

Publié le 01/12/2017

L’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace a profité du Mois de la bio pour lancer les bases d’une filière céréales bio. En ligne de mire, l’approvisionnement des transformateurs de produits d’épicerie bio. Vendredi 17 novembre, producteurs de céréales, collecteurs et transformateurs se sont retrouvés au moulin Kircher d’Ebersheim pour trouver des solutions.  

Qui veut d’une filière céréalière bio ? Les moulins alsaciens. Car si la demande de farines bios explose, les producteurs d’Alsace ne sont pas assez structurés pour répondre aux exigences des transformateurs. Conséquence, ils passent à côté d’un marché juteux. L’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) a tenté de remédier à ce problème via une table ronde entre tous les acteurs de la chaîne de production, au moulin Kircher, mi-novembre. Les produits d’épicerie arrivent à la quatrième place des aliments bios les plus consommés en France. De quoi attirer les convoitises pour la production de pains et autres huiles. D’autant plus qu’au premier semestre de cette année, la consommation bio totale a bondi de 20 %. Pourtant, en Alsace, les moulins ont du mal à trouver des fournisseurs. En cause, l’absence de filière céréales bio capable de fournir des grains de qualité et en quantité. Si bien que les transformateurs vont voir ailleurs. En Lorraine ou plus loin. « On a réappris à trier » À Ebersheim, Jean Kircher transforme 1 000 tonnes de farine bio par an. Le patron de la minoterie se fournit depuis des années chez Probiolor, une coopérative basée sur l’autre versant des Vosges. L’avantage par rapport à des contrats passés en direct avec les agriculteurs ? Qualité et régularité. « Au sein de notre coopérative, on a réappris à trier, car il garantit un grain de qualité », explique Claude Choux, président du groupement. De plus, les agriculteurs associés dépassent des obstacles logistiques insurmontables pour des paysans isolés. La clé, les fermes relais. Des exploitations spécialisées dans un domaine à côté de leurs activités habituelles. Triage, stockage, elles servent de vrais points d’appui à la coopérative, disséminées partout sur son territoire. « Notre plus gros client commande 6 000 t par an, hors de question de gérer ce flux avec 10 t par ci, 15 t par là, démontre le coopérateur. De plus, il s’agit d’effectuer des livraisons de qualité égale. » Chaque chargement qui part doit être le plus proche possible du suivant. Et cette qualité de service importe beaucoup à Jean Kircher. « Ici, nous pouvons nettoyer le grain, afin d’éliminer les dernières impuretés, mais pas le trier », remarque le chef d’entreprise. De ce fait, il repère tout de suite les arrivages de moins bonne qualité. « Quand on nettoie deux, trois fois et que le résultat n’est toujours pas satisfaisant, on a l’impression de s’être fait avoir. » Autre avantage d’une filière structurée, se décharger des soucis commerciaux. « Quand on passe en bio, il faut savoir anticiper, explique Danaé Girard, de l’Opaba. Cet été, j’ai reçu une dizaine d’appels de producteurs sur leurs moissonneuses-batteuses qui me demandaient où ils pourraient vendre leur récolte ! » Trop tard, évidemment. L’Opaba a bien édité des fascicules avec les contacts des collecteurs et transformateurs, mais cela ne suffit pas. Le sol alsacien, un don empoisonné ? Tout pousse vers la construction d’une filière. Dès lors, quels sont les freins à une telle organisation ? Ils seraient principalement culturels, selon Claude Choux. « L’Alsace a un si bon terroir que les exploitants ne sentent pas la nécessité de s’organiser. Quand c’est facile, on ne se pose pas de question. » Et le Lorrain d’ajouter avec une pointe de malice : « Mais les mauvaises années, c’est la panique totale et je suis inondé d’appels d’agriculteurs alsaciens ». Un écueil plus préoccupant se cache du côté des consommateurs. Selon Jean Kircher, les transformateurs comme lui veulent augmenter leur production bio, mais il ne sait pas s’il trouverait preneur pour de plus gros volumes. « Aujourd’hui, mes clients achètent mes produits bios car ils sont bons, parce que c’est du Kircher. Pas parce qu’ils sont bios. » Pour le meunier, il faut convaincre les gens de payer quelques centimes de plus pour manger bio. Pour ce faire, le minotier va commercialiser un pain 100 % bio et alsacien. Une manière d’introduire le bio via un autre argument en plein boom. Le manger local.

Pages

Les vidéos