Cultures

Publié le 01/01/2018

Spécialisée dans la prestation de services aux agriculteurs, Presta’Terre-Les Jardins d’Altaïr s’est lancée dans le maraîchage bio au début des années 2010. Une question de survie pour une entreprise dont la finalité demeure l’insertion par l’action économique.

En 2006, Luc de Gardelle a créé son entreprise de prestation de services en agriculture à Oberhoffen-sur-Moder, près de Bischwiller. Pour les travaux de saison, de nombreux agriculteurs faisaient appel à l’entreprise qui mettait à disposition ses salariés, pour la plupart en insertion. Mais très vite, par manque de compétitivité, Presta’Terre a dû élargir ses missions à d’autres secteurs d’activité. Elle n’a pas abandonné pour autant le champ de l’agriculture : au contraire, en développant le maraîchage bio sous le nom « Les Jardins d’Altaïr », l’entreprise de Luc de Gardelle est parvenue à se faire une place dans le paysage agricole du Nord Alsace. Cette réorientation n’aurait pas été possible sans la ténacité et la capacité à se remettre en question de Luc de Gardelle. Originaire de Mulhouse, le quadragénaire a d’abord travaillé dans une association parisienne d’aide aux personnes en difficulté. Cette expérience auprès d’adolescents l’a décidé à entreprendre des études d’éducateur spécialisé à Strasbourg. Il découvre l’insertion par l’action économique auprès des Jardins de la Montagne Verte, où il œuvre en tant que bénévole pendant quelques années. Lui qui n’est pas originaire du milieu agricole se frotte au travail de la terre. Et ça lui plaît. « J’ai tout appris sur le tas, se remémore Luc de Gardelle : au départ, je mettais des heures à atteler un tracteur à son outil. Mais je n’ai jamais eu peur de prendre les choses à zéro. » Ce qui l’interpelle alors, c’est que l’agriculture est capable de donner de l’emploi à un public en insertion comme à des experts. Il crée Presta’Terre avec l’ambition d’embaucher des personnes en insertion à l’année pour leur garantir une stabilité qui leur fait défaut. Parallèlement, il entreprend un intense travail de démarchage auprès des agriculteurs, afin de trouver des missions susceptibles de se succéder dans le temps : récolte des légumes, des fruits, entretien et taille des vignes, nettoyage des pissenlits… En période hivernale, l’entrepreneur complète le programme de ses salariés par de l’ensachage de légumes à la coopérative de Hœrdt et par du façonnage de bois. Car il a développé en parallèle une activité de bois de chauffage, qui permet d’occuper les temps morts. Presta’Terre emploie alors jusqu’à une trentaine de salariés, qui enchaînent les missions auprès d’une centaine de clients agriculteurs. Mais le modèle économique atteint rapidement ses limites : « À 12,50 € de l’heure, on n’arrivait pas à se rémunérer, ni à avoir un chef d’équipe qui encadre les salariés », commente Luc de Gardelle. Montée en compétences Au creux de la vague, le chef d’entreprise se retrouve face à un dilemme : pour continuer à faire vivre Presta’Terre, il doit embaucher du personnel qualifié et limiter le nombre de personnes en insertion entre 30 % et 35 % de l’effectif. « La montée en compétences nous a permis de nous en sortir, estime Luc de Gardelle avec le recul. Nous avons augmenté nos tarifs. En contrepartie, nous apportons une prestation d’équipe, c’est une énorme plus-value pour l’agriculteur car cela le libère totalement, il n’est plus obligé d’être présent sur le chantier. Nos équipes interviennent en respectant le code du travail, les normes de sécurité, avec un rendu des heures et une facturation dans les règles. » Tout ceci a un coût, que nombre d’agriculteurs ne peuvent plus supporter dans un contexte de prix agricoles tirés vers le bas. Luc de Gardelle s’en désole : « Aujourd’hui, il y a une vraie difficulté à rémunérer le travail en agriculture, qui est de surcroît un travail pénible ». Si la conjoncture a éloigné Presta’Terre du marché agricole, l’activité de prestation de services a perduré : aujourd’hui, l’entreprise s’est développée dans les travaux paysagers et la logistique (tri de colis, chargement de camions, déménagement). Ayant mesuré la difficulté d’être dépendant des autres, Luc de Gardelle a eu l’idée de s’engager, en parallèle, dans la production maraîchère. « On a commencé en 2009 à Vendenheim, sur des terres mises à disposition par Cora aux Jardins de la Montagne Verte ». L’association n’étant pas en mesure d’exploiter toute la surface mise à sa disposition, Presta’Terre en cultive une partie pendant un an en agriculture conventionnelle. Un pas supplémentaire est franchi l’année suivante : le maire d’Oberhoffen-sur-Moder, qui cherche un repreneur pour des terrains communaux délaissés, accepte de les louer à l’entreprise, via un bail précaire, renouvelable tous les ans. Luc de Gardelle fait appel à Tharcisse Meyer, un professionnel, pour remettre en culture les terrains, situés à la lisière d’Oberhoffen et de Schirrhein. Ceux-ci n’étant plus exploités depuis cinq ans, le passage en bio est facilité. Le chef d’entreprise monte des Algéco récupérés ailleurs, qui servent de bureaux, et une petite laveuse est installée à l’extérieur pour nettoyer les légumes. Les débuts sont rudes mais Luc de Gardelle et son équipe ne manquent pas de courage. Le nom donné à l’exploitation de maraîchage - Les Jardins d’Altaïr, tiré du nom d’une étoile - en témoigne. « Au début, on expédiait toute notre production à Rungis, on s’est fait sacrément étriller par les commerciaux. Mais ça nous a fait les pieds, juge-t-il. Ça nous a permis de progresser sur la qualité des produits. Et maintenant que nous sommes à 100 % sur le marché local, nous sommes reconnus pour cette qualité. » Une deuxième serre en construction Soucieux de maintenir les emplois, voire d’en créer de nouveaux, Luc de Gardelle, qui se définit comme « un travailleur social dans l’âme », envisage rapidement de s’agrandir. Il décide de construire un bâtiment pour le lavage, le conditionnement des légumes et des chambres froides pour le stockage, ce qui nécessite plus de 500 000 € d’investissement. Il réunit les financements grâce à l’aide d’Alsabail et d’Alsace Active, mais les travaux démarrent trop tard pour mettre à l’abri la récolte 2012, qui est perdue. Le quadragénaire ne se décourage pas : il est convaincu qu’« il faut investir tout le temps pour être à la pointe ». Ainsi, cet hiver, il fait construire une deuxième serre de 3 600 m2, qui va s’ajouter à la petite serre de 900 m2 récupérée auprès des Jardins de la Montagne Verte. De même, un séchoir à courges et à oignons va être installé dans le bâtiment. Il permettra de stocker ces produits plus longtemps et ainsi d’allonger leur période de commercialisation d’un à deux mois. Ces lourds investissements, réalisés en phase de démarrage, n’ont pas permis à l’exploitation maraîchère d’atteindre sa rentabilité. Luc de Gardelle espère atteindre cet objectif au courant de l’exercice 2018. La production agricole représente désormais 20 % du chiffre d’affaires de Presta’Terre-Les Jardins d’Altaïr, contre 80 % pour la prestation de services. La satisfaction du chef d’entreprise est surtout liée au fait que les 15 ha de cultures font vivre 13 salariés à temps plein toute l’année et une dizaine de saisonniers, occupés six mois par an. « On y arrive car avec le bio, on a une juste rémunération de nos produits », souligne Luc de Gardelle.

Association des producteurs de céréales et oléagineux

Entre agacements et espoirs

Publié le 21/12/2017

Entre les menaces de distorsions de concurrence venues de l’étranger, les problématiques d’accès à l’eau, et trésoreries toujours basses, les producteurs de céréales et oléagineux haut-rhinois n’ont pas connu une année 2017 des plus simples. Heureusement, des motifs des satisfactions et d’espoir restent présents.

Pour le président de l’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco), Thomas Obrecht, l’agriculture haut-rhinoise est aujourd’hui « à l’aube d’une nouvelle révolution ». Il va falloir lutter contre les ravageurs avec toujours moins de molécules, s’adapter à la Pac - ou pas -, et créer les systèmes de culture de demain. C’est l’ambition du projet Syppre mené par Arvalis Institut du Végétal (voir encadré). En attendant les résultats de cette démarche qui doit aboutir d'ici 2025, les céréaliers haut-rhinois doivent composer avec un contexte économique, environnemental et réglementaire qui ne leur facilite pas la donne au quotidien. Dans son rapport moral prononcé lors de la dernière assemblée générale de l’Apco, Thomas Obrecht ironise ainsi sur les « simplifications » qui mettent à mal la compétitivité de la ferme France. En premier lieu, les traités de libre-échange Ceta (avec le Canada) et Mercosur (avec les pays d’Amérique du Sud) qui font courir les agriculteurs du pays vers une « catastrophe », que ce soit d’un point de vue économique ou sanitaire. « Comment justifier l’importation de produits alimentaires traités avec 42 substances interdites chez nous ? D’un côté, on bride nos agriculteurs pour garder une image de la France façon carte postale, et de l’autre, on introduit discrètement des produits ne correspondant pas aux cahiers des charges européens. À croire que l’épisode du Fipronil n’a pas servi de leçon. En outre, les fermes de ces pays n’ont pas à subir un empilement de contraintes réglementaires comme nous en avons chez nous. C’est de la distorsion de concurrence. On ne joue pas dans la même cour », se désole Thomas Obrecht. L’accès à l’eau pour tous Pour conserver une filière céréalière performante dans le Haut-Rhin, Thomas Obrecht compte plus que la jamais sur le maïs (voir encadré), la seule culture « capable de tirer vers le haut les résultats des uns et des autres ». « C’est une plante merveilleuse qui, dans les plus brefs délais, devra être génétiquement capable de nous apporter une réponse quant à son potentiel de dessiccation. Cela devient certainement l’enjeu majeur de notre filière, et pour nous les paysans. Nous ne pourrons pas durablement, face aux pays de l’Est, face aux États-Unis, et autres pays d’Amérique Latine, souffrir d’un différentiel économique de plus de vingt euros à la tonne. Rappelez-vous 2016 et les décomptes finaux, regardez 2017 et l’impact du séchage, plus de quinze euros de différentiel pour certains exploitants », rappelle le président de l’Apco. Mais sans eau, point de salut pour les maïsiculteurs du département. Et ils sont encore nombreux à ne pas avoir accès à cette ressource si précieuse. « Nous devons apporter de l’eau là où c’est nécessaire. Pour y arriver, nous devons nous organiser collectivement pour rendre plus acceptables les coûts inhérents à l’irrigation. C’est à ce prix que notre agriculture pourra être plus performante Je tiens d’ailleurs à saluer l’engagement politique de la région Grand Est qui a débloqué des crédits pour développer l’irrigation là où le milieu l’exige. » Autre motif de satisfaction, la signature d’un arrêté ZNT (zone de non-traitement) le 8 septembre dans le département. « Grâce à un travail collaboratif avec la DDT et d’autres acteurs du territoire, nous avons su convaincre et faire reconnaître le travail engagé depuis deux ans. Ce qui prouve que notre réflexion va dans le bon sens. D’autant plus que de nombreux départements ont vu leur arrêté se faire attaquer par diverses associations environnementales. On peut donc féliciter ce travail mutualisé, et remercier l’ensemble des agriculteurs qui, par leurs analyses, ont permis de faire reconnaître le travail de la profession. » Le soja et le colza gardent la cote Si l’Apco compte beaucoup sur le maïs pour assurer le dynamisme des exploitations du département, elle peut aussi compter sur le colza et le soja, deux cultures qui réussissent à conserver une « certaine rentabilité » dans les assolements relève le représentant haut-rhinois au sein de la Fop (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux), Benjamin Lammert. « Ce n’est pas un hasard étant donné qu’il y a eu une volonté de structuration de ces filières », explique-t-il. Ainsi, 80 % du colza produit en France sert à la conception de bio diesel écoulé sur le marché européen. « Il y a une directive européenne sur les énergies renouvelables qui oblige les pétroliers à incorporer un pourcentage de bio diesel local dans les carburants conventionnels, ce qui fait que le prix du colza se maintient à un niveau important. » Il y a néanmoins de gros enjeux à l’heure actuelle dans cette filière puisque des discussions sont en cours à Bruxelles pour baisser le taux d’incorporation de ces bio diesels. « On fait tout pour empêcher cela. Mais si cela devait arriver, cela voudrait dire plus de biodiesel en Europe d'ici 2030 et la fin de la culture de colza. » Autre nuage qui menace la filière de colza française et européenne, l’autorisation d’importation de biodiesel venu d’Argentine. « Cela représenterait l’équivalent de la production française. Si cela devait arriver, cela voudrait dire la mise en sommeil des usines françaises sur la moitié de l’année prochaine. » Concernant le soja, les cours mondiaux se maintiennent, la demande en tourteau de soja reste très forte, ce qui fait que les prix ont réussi à se maintenir. À ce titre, Benjamin Lammert rappelle l’existence d’autres débouchés pour la filière soja, en plus de la filière soja alsacienne qui est « intéressante » et « bien valorisée ». « Il ne faut pas s’interdire non plus de voir ce qui se fait dans les régions voisines, notamment à Chalons sur Saône où a été montée une usine pour produire du tourteau de soja non OGM. Le marché de l’alimentation animale non OGM est en train de se développer fortement. Et vu la demande qu’il y a, on n’est pas sûr de pouvoir répondre à la demande tourteau de soja non OGM d’origine française. » À noter également que la Fop travaille sur une charte « soja de France » qui doit permettre de tracer du producteur jusqu’au consommateur les sojas utilisés en alimentation humaine et animale. Ceci devrait être lancé à titre expérimental en 2018 et intensifié en 2019.

Coopérative Agricole de Céréales - Interview de Jean-Michel Habig

« Je veux des sourires sur les visages »

Publié le 19/12/2017

Après Thomas Thuet dans notre édition précédente, c’est au tour de son successeur à la présidence de la CAC, Jean-Michel Habig, de s’exprimer dans nos colonnes et de faire part de ses attentes et ambitions pour le groupe coopératif haut-rhinois.

Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Jean-Michel Habig (JMH) : « J’ai quarante ans, je suis marié et père de trois enfants. Je suis exploitant à Ensisheim sur 130 ha. Je cultive du maïs grain, du blé tendre, du tournesol semences et un peu de prairies en bordure de l’Ill. Je suis président de la Caisse Accidents Agricoles du Haut-Rhin et membre du Bureau de la Chambre d'agriculture d’Alsace. » PHR : Quand avez-vous intégré la Coopérative Agricole de Céréales et pourquoi avez-vous rejoint cette structure ? JMH : « Je suis arrivé à la coopérative en 2006 en tant qu’administrateur stagiaire Jeunes Agriculteurs. J’ai ensuite poursuivi en tant qu’administrateur, avant d’être invité à rejoindre le Bureau et devenir vice-président. » PHR : Pourquoi avez-vous accepté de prendre la présidence de la CAC ? JMH : « J’aime que les gens se rassemblent autour d’un projet. J’ai accepté ce poste car je sais que je suis entouré de gens compétents et motivés, que ce soit parmi les salariés, les administrateurs et l’équipe de direction. » PHR : Comment se prépare-t-on à occuper une telle responsabilité ? JMH : « Il n’y a pas de préparation à proprement parler. Dans le cas présent, on est venu me chercher. J’ai toujours été franc et à l’écoute. Je pense que cela permet de gagner la confiance d’autrui. Après, je dirais que mon passage chez les JA a été très formateur. La présidence notamment, ça a été quelque chose. J’y ai approfondi une méthode de management. Puis j’ai eu la chance de rencontrer des gens très intéressants et d’une autre pointure lors de mon passage chez les jeunes agriculteurs coopérateurs. Et je n’ai pas fini puisque je pars me former pendant un an sur la gouvernance et le management. Je ne veux pas décevoir. » PHR : C’est quoi pour vous l’esprit coopératif ? JMH : « C’est comme une famille. On rassemble plusieurs personnes qui mettent des moyens en commun. Dans les moments difficiles, la coopérative est là pour aider. Ce que j’apprécie aussi, c’est que tout le monde y a sa place. Chaque voix compte. Celui qui est motivé et qui a la volonté de faire peut progresser et apporter sa pierre à l’édifice. » PHR : La CAC s’est construite sur la monoculture de maïs. Un modèle mis à mal depuis plusieurs années avec, notamment, les obligations de rotation. Quelle place pour cette culture dans la filière céréalière haut-rhinoise de demain ? JMH : « Je pense que la culture de maïs est loin d’être une chose finie, bien au contraire. Il y a des débouchés, des innovations et des nouveautés auxquelles la CAC croit beaucoup. Et chaque année, on gagne un quintal grâce aux progrès génétiques. Ce qui nous bloque en revanche, ce sont les contraintes - environnementales, économiques - que l’on nous met derrière. Dans ces conditions, nos semences n’ont pas la faculté d’exprimer leur plein potentiel. De l’autre côté, la demande sociétale n’est plus la même. On se doit d’apporter ce que le consommateur veut. Ce qui est paradoxal, c’est que l’Europe est importatrice nette de maïs, alors que cela devrait être l’inverse, surtout si l’on tient compte des besoins en eau et produits phytosanitaires bien moins importants qu’avec d’autres céréales comme le blé. » PHR : Mais face à des prix bas comme ceux qu’on observe depuis bientôt cinq ans, comment les céréaliers haut-rhinois, et plus globalement français, peuvent-ils tirer leur épingle du jeu dans ce marché libéral et mondialisé ? JMH : « Déjà, on peut très bien avoir à nouveau un maïs à plus de 200 euros la tonne, ce n’est pas impossible. La population mondiale continue d’augmenter, et il faudra bien la nourrir. Ensuite, je pense qu’il faut qu’on se démarque en apportant de la valeur ajoutée. C’est ce que nous faisons déjà à la CAC avec notre filière soja, et avec notre filière tournesol semences à laquelle nous consacrons 400 ha. Grâce à elle, nous sommes parvenus à créer un partenariat avec des apiculteurs, et du coup ouvrir un dialogue entre nos deux professions. » PHR : La clé, c’est l’ouverture ? JMH : « Plus que jamais ! Que ce soit avec d’autres professions, d’autres agriculteurs, ou à d’autres idées. Par défaut, un agriculteur est tout seul dans sa ferme, isolé des autres exploitants. En sortant de chez soi, en allant à la rencontre des autres, ça permet déjà de prendre du recul sur ses difficultés, surtout dans le contexte morose que vit la profession actuellement. L’ouverture, c’est aussi la possibilité d’évoluer, et d’accéder à de nouveaux challenges. Et c’est là que notre coopérative a un rôle important à jouer. Nous devons être capables d’emmener nos adhérents vers une évolution. Ils ont besoin de nouveaux défis pour s’émanciper. Mais pour y arriver, il faut sortir de chez soi, échanger avec les autres, être avec les copains. Pour aller plus vite, plus loin, il faut être à plusieurs. » PHR : Avec d’autres organismes professionnels agricoles ? JMH : « Je ne m’interdis rien. Beaucoup de gens font la même chose sans se concerter. Pour moi, c’est détruire la valeur. Si des synergies sont possibles dans certains domaines, je pense qu’il pourrait être intéressant de les étudier. Ce qui est certain, c’est que l’ouverture est l’une de mes plus grosses volontés en tant que président de la CAC. » PHR : Vous parliez de l’évolution de la demande sociétale qui tend - entre autres - vers les produits issus de l’agriculture biologique. Une autre voie à explorer pour la CAC ? JMH : « Une coopérative comme la nôtre se doit d’être en veille permanente pour être capable d’anticiper ce qui peut arriver demain. À un moment, on part dans une direction. Mais il faut toujours avoir à l’esprit que ça puisse aller dans une autre direction. Pour le bio, il n’y a pas, pour l’instant, assez de rentabilité pour construire un silo qui serait dédié. En revanche, grâce à notre partenariat avec Probiolor, nous apportons une réponse à nos adhérents qui voudraient se lancer dans cette filière. Et en interne, nous avons un nouvel administrateur stagiaire qui est personnellement engagé dans le bio. Il est force de proposition sur le sujet. » PHR : Comment voyez-vous la céréaliculture d’ici cinq à dix ans ? JMH : « Je pense que la robotique, les capteurs qui permettent de travailler jour et nuit, les drones ou la modulation de dose feront partie de notre quotidien. Nous allons vivre une révolution équivalente à l’apparition de la mécanisation dans nos campagnes. L’enjeu va être d’expliquer tout cela au grand public et à nos politiques. À ce niveau-là, c’est l’ensemble de la profession agricole qui doit travailler sur le sujet. » PHR : Dans sa dernière interview au PHR, votre prédécesseur, Thomas Thuet, regrettait que le siège social de la CAC n’ait pas évolué durant sa mandature. Qu’en pensez-vous ? JMH : « C’est vrai que la disposition du site n’est pas idéale avec ses deux bâtiments. Pour moi, une famille vit sous le même toit et ne doit pas être séparée. On a quelque chose en réflexion. Mais un tel investissement ne peut pas non plus se faire du jour au lendemain. Tôt ou tard, on y viendra. » PHR : A titre personnel, que souhaitez-vous apporter à la CAC ? JMH : « Le plus important pour moi est que le jour où je partirai, les gens aient des sourires sur leurs visages, qu’ils soient heureux de faire leur métier, et qu’ils en vivent bien. C’est ça le plus important. »

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