Planète Légumes - Chambre d'agriculture Alsace
Produire et protéger au mieux la pomme de terre
Planète Légumes - Chambre d'agriculture Alsace
Publié le 11/01/2018
Planète Légumes et la Chambre d'agriculture d’Alsace organisaient récemment à Sainte-Croix-en-Plaine et à Obernai deux réunions techniques consacrées à la pomme de terre. L’occasion de faire le bilan de la campagne écoulée, d’évoquer les moyens de lutte contre les maladies ou encore les programmes d’aides de la Région Grand Est pour les producteurs.
Le déficit pluviométrique des huit premiers mois de 2017 a été particulièrement marqué dans certains départements du Grand Est, et notamment dans le Haut-Rhin (- 22 %) et ce, malgré les précipitations du mois de juillet. La faible pluviométrie du mois d’août n’a ensuite pas permis de combler ce déficit, de 13 % sur la région de Strasbourg et 26 % sur celle de Mulhouse. Les températures, elles, ont été légèrement supérieures à la normale en juillet-août ; en septembre, elles sont revenues dans la moyenne. Conséquences pour les pommes de terre : beaucoup de parcelles étaient sèches au moment de la récolte. La campagne écoulée a également été marquée par des dégâts de gel. Toutes les parcelles levées ou en cours de levée (2-3 cm sous la butte) ont été touchées, plus ou moins, en fonction de la présence ou non de bâche, de la durée de l’épisode et de la qualité de l’irrigation antigel. Les pertes ont été fortes dans les parcelles ayant levé sans protection, accusant un retard de développement de deux à trois semaines, une levée hétérogène avec formation de nouvelles tiges (souvent meilleure tubérisation et calibres moyens). Côté maladie, l’alternariose a fait son apparition dès le 10 juin dans le nord de la région. Elle a toutefois été ralentie avec l’arrivée des pluies. L’alternariose se développe de préférence sur les feuilles « âgées » (feuilles du bas), abîmées (par le vent ou la grêle) et sur les plantes stressées ou carencées. Les années sèches sont favorables à la maladie. Il y a peu de formation de nouvelles feuilles car la minéralisation est moins bonne. Dans les parcelles de variétés sensibles, ayant souffert du sec et de stress - hydrique, rotations courtes, carence minérale, etc. -, on a pu voir des symptômes d’Alternaria alternata. Alternaria alternata est un parasite de faiblesse moins virulent que Alternaria solani, considéré comme le pathogène (il faut 10 à 100 fois moins de spores de solani que d’alternata pour générer une infection). Alternata émet moins de toxines que solani, et son impact sur le rendement est moindre. À signaler également, la maladie de la jambe noire, apparue suite à des excès de pluies au printemps et des attaques de rhizoctone. Peu de lots ont présenté des pourritures bactériennes sur des tubercules à la récolte. Les doryphores, quant à eux, sont apparus début mai à mi-mai en secteur précoce, puis à la fin du mois dans les secteurs plus tardifs, malgré la fraîcheur. Leur développement a été plus ou moins contrôlé en conventionnel. En bio, les populations, très importantes, ont causé des dégâts. Fin juin, de nouvelles attaques ont provoqué des dégâts sur des foyers mal contrôlés. Enfin, une troisième série d’attaques a été constatée à la fin du mois d’août. Les populations de pucerons sont restées faibles et contrôlées. Des produits de traitement en moins Sur la campagne 2017-2018, la production française de pommes de terre de conservation 2017 a connu une forte hausse par rapport à la saison précédente. En Alsace, elle progresse de 28,4 %, avec 74 200 tonnes récoltées sur 1 650 hectares et un rendement de 45 t/ha (contre 35 t/ha en 2016). Cette augmentation est la plus importante de l’hexagone. Les grandes régions productrices restent le Nord-Pas-de-Calais (2 408 800 t) et la Picardie (1 512 200 t). Les producteurs de pommes de terre sont accompagnés par les conseillers de Planète Légumes et de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Cette dernière a rappelé les aides qu’elle propose pour l’achat de matériel de traitement des plants et la sécurité de l’utilisateur. « La commission prévention de la Caisse d’assurance accidents agricole (CAAA) a décidé, lors de sa réunion du 19 juin dernier, de renouveler pour cinq ans, dans les mêmes conditions, le contrat de prévention signé le 17 janvier 2012 à partir du 1er janvier 2017. La procédure d’application de ce nouveau contrat exige que le planteur dépose un devis estimatif des travaux auprès de l’Association pour la promotion de la pomme de terre d’Alsace (APPDTA) qui contrôle alors le devis, émet un avis favorable qu’elle soumet pour approbation à la CAAA concernée. Sans avis défavorable dans un délai de deux semaines après le dépôt de la demande, le planteur peut faire l’achat et bénéficier de l’aide. Il présente la facture acquittée et le relevé d’identité bancaire à l’APPDTA qui transmet à la CAAA concernée pour paiement », explique Denis Jung, conseiller spécialisé pomme de terre. Pour finir, il a rappelé aux producteurs la liste des produits de traitement subissant actuellement des évolutions de leur autorisation ou interdiction, et les éventuels produits de substitution. Pour le défanage par exemple, Basta F1 a été retiré. Or, il s’agissait du seul produit à base de glufosinate autorisé en France. « L’agence sanitaire a également retiré les permis d’importation des produits en contenant. Ce qui entraînera la disparition de tous les produits phytosanitaires à base de glufosinate du marché français. Le délai d’utilisation est fixé jusqu’au 24 octobre 2018. Cela nécessitera une remise à plat des techniques de défanage pour la pomme de terre. » Dans ces conditions, la profession s’interroge : le « zéro pesticide » est-il (déjà) possible pour protéger la culture de la pomme de terre ? Le projet Dephy Expe 2018-2022 va dans ce sens. Il a pour objectif de réduire, sur cinq ans, l’utilisation des produits phytosanitaires et de mettre en place des solutions alternatives (filets, biocontrôle). Un essai sera mis en place dans le secteur de Krautergersheim à compter de mars 2018. La rotation choisie concerne la pomme de terre, le chou, la patate douce, le blé et le maïs (voir document ci-contre). La réunion s’est poursuivie avec les interventions de Mélanie Krauth, conseillère énergie chargée de présenter les projets liés aux économies d’énergies, et Yannick Wir, de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), qui a détaillé le nouveau programme d’aides de la Région Grand Est destinées aux producteurs pour l’irrigation, le matériel ou encore le stockage.












