Publié le 22/02/2018
Installé à Oberentzen et à Heiteren, Sébastien Mary entend sécuriser son système en diversifiant son assolement et stabiliser ses prix en s’orientant vers le bio.
Les exploitations des familles Hebding à Heiteren et Mary à Oberentzen disposent chacune à l’origine de 50 ha. Elles sont réunies en une SCEA en 2000. Sébastien Mary en est le gérant depuis son installation en janvier 2016. Andrée, sa mère, est salariée de l’entreprise et Lucien son père, en reste associé non exploitant. À 29 ans, DUT de génie biologique en poche, Sébastien réfléchit d’entrée à la meilleure manière de tirer un revenu d’une surface qu’il peut entièrement irriguer avec un pivot couvrant 18 ha, deux enrouleurs dont un d’appoint, et deux rampes pour 11 et 25 ha dont une en copropriété. Ses sols sont pour un quart argilo-limoneux et pour trois quarts superficiels de Hardt dans lesquels la réserve hydrique ne dépasse guère les 60 mm. L’assolement a toujours comporté au moins trois cultures même à l’époque où le maïs pouvait régner seul en maître. Mais Sébastien décide de le diversifier encore davantage en réduisant le maïs pour intégrer le tournesol semences, davantage de soja et le colza. « Je pense que plus de cultures, c’est plus de stabilité » dit-il. Il engage en même temps une conversion au bio. « J’y passe d’une part parce que la stratégie de doses faibles de mes parents par motivation pour l’environnement n’a jamais été rétribuée. D’autre part, les prix en bio sont plus stables qu’en conventionnel ». Si tout va bien, Sébastien projette d’avoir passé toute sa surface en bio d'ici 2022 avec une rotation allongée à cinq ans. Il a commencé en 2016 par un bloc de 33 ha composé de diverses cultures (voir encadré) et le blé. Il désherbe la céréale d’hiver avec sa nouvelle herse étrille rotative qui a pour avantage d’éviter les bourrages. Il pense l’utiliser sur maïs jusqu’au stade 6-8 feuilles ainsi que sur soja. À partir de 2019, il sèmera son soja en ligne avec son semoir à maïs qu’il utilise déjà pour son colza en semant successivement en décalé à 80 puis à 40. Cette disposition lui permet de biner les mauvaises herbes. L’implantation de 5 à 6 ha de luzerne sera une autre étape dès l’an prochain. La légumineuse aura pendant deux à trois ans la mission de nettoyer les parcelles et de ramener de l’azote pour la culture suivante. Le soja en tête de rotation « Nos charges sont les plus élevées en Europe. Il faut arrêter de faire seulement du volume. Il faut faire de la marge. Le bio est indispensable pour que mon projet tienne la route » analyse Sébastien. En 2017, les marges brutes de son maïs à 130 q/ha (1 139 €/ha), de son colza à 47 q/ha (1 126 €) et de son soja à 41 q/ha (1 087 €) se sont tenues dans un mouchoir de poche. Sébastien a un petit faible pour le soja. Déjà parce qu’il approvisionne une filière locale qui lui garantit un débouché et un prix connu, moins dépendant du marché mondial. Ensuite parce que c’est une culture simple à conduire. Le soja suit un maïs et précède un maïs ou un blé. « C’est ma tête de rotation. Au deuxième passage de vibroculteur après charrue et herse lourde, j’enlève le rouleau de rappui pour permettre aux racines de liseron de sécher. Je sème la variété Kassidy à 625 000 grains/ha à 2-3 cm de profondeur et je roule la parcelle pour améliorer le contact entre la semence et la terre. Cette année, je désherbe pour la dernière fois avec 1,25 l/ha de chloroacétamide et 1,4 l/ha de pendiméthaline. Je n’attends pas que les plantes montrent qu’elles ont soif pour irriguer. En 2017, elles ont bénéficié de huit tours d’eau de 22 mm chaque ». D’un point de vue économique, Sébastien attend que ses cultures de vente fassent encore de meilleures marges brutes une fois payées au tarif bio. « La demande est là » insiste-t-il. Il n’a pas encore décidé des circuits de vente qui prendront en 2019 le relais d’une commercialisation encore confiée en 2017 pour une moitié à une coopérative, pour l’autre à un négoce. Mais il est convaincu qu’il lui faut maîtriser l’écoulement de ses productions grâce au stockage à la ferme. Il a donc commencé à installer d’anciennes cellules octogonales en tôle sous un hangar. Sébastien chiffre à 500 000 € son investissement en matériel de culture, en stockage et en bâtiments d’élevage (voir encadré). Ces derniers sont aidés à hauteur de 30 % par le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) ainsi que par la Région Grand Est.












