Cultures

Publié le 04/06/2018

Le lancement officiel de la saison des fraises d’Alsace a eu lieu mardi à Illfurth alors que la campagne est déjà bien entamée. Après un mois d’avril très chaud, la production est abondante et l’ensemble des variétés sont déjà disponibles à la cueillette et à la vente.

Elle est rouge, juteuse, et cette année bien en avance ! Voilà près de deux semaines que les fraises d’Alsace habillent les étals des magasins, et font le bonheur des libres-cueilleurs. Une arrivée un peu précoce alors que lancement officiel de la saison n’a eu lieu que mardi dernier à Illfurth, à la SCEA Boetsch-Wolff. « Pourtant, on pensait que ça serait aujourd’hui la bonne date. Mais il a fait très chaud en avril, et les fraises sont venues tôt. Du coup, on est déjà en plein milieu de la saison », explique le président de l’association des producteurs de fraises d’Alsace, Olivier Grinner. Alors, un seul mot d’ordre pour tous les amateurs de fraises : à consommer sans plus attendre ! Car la production est abondante avec, précocité oblige, l’ensemble des variétés disponible à la cueillette ou à la vente. « Habituellement, elles arrivent les unes après les autres avec quelques jours de décalage entre elles. Cette année, elles sont toutes là au même moment et elles mûrissent rapidement. C’est la première année où cela se passe si vite », poursuit Olivier Grinner. Qu’elle s’appelle july, salsa, dream, clery ou primi, il y en a clairement pour tous les goûts. Mais qu’elles soient précoces ou non, toutes ces variétés de fraises sont produites selon un cahier des charges commun partagé par tous les membres de l’association présidée par Olivier Grinner. « Notre objectif, c’est d’abord une philosophie commune qui vise à créer un produit plus ou moins homogène en termes de goûts et de formes. Après, chacun est libre du mode de production : plein champ, en buttes, en tunnels ou en hors-sol », poursuit le président de l’association des producteurs de fraises d’Alsace. Un climat particulièrement favorable pour la fraise Dans la SCEA Boetsch-Wolf, Jean Wolf, Ludovic et Bernard Boetsch appliquent les principes de l’agriculture raisonnée sur les 6 hectares de fraises qui sont cultivées sur buttes couvertes de plastique. Ils passent environ dix fois la bineuse mécanique pour éliminer les mauvaises herbes, et environ quatre à cinq fois manuellement pour nettoyer les plants sur le rang. Les produits de traitement sont utilisés avec parcimonie, et quand cela est vraiment nécessaire. Leur production est écoulée via deux points de vente dans le village, la libre-cueillette et, depuis peu, avec la grande distribution. Ils emploient une quarantaine de travailleurs saisonniers pour la récolte des fraises et des asperges qui représentent la production la plus importante de l’exploitation avec 14 ha. « Le souci est qu’on a de plus en plus de mal à trouver de la main-d’œuvre. En Allemagne, ce n’est pas le cas. Cette distorsion de concurrence est inquiétante pour nous. D’autant plus quand leurs produits sont vendus en Alsace sans aucune indication de leur provenance », déplore Bernard Boetsch. Il y a quand même eu une évolution indique Olivier Grinner : « Aujourd’hui, on compare le prix de la fraise d’Alsace aux prix des fraises du reste de la France, soit des fraises produites avec le même coût et les mêmes contraintes. C’est quand même plus logique. » Et avec un climat parfaitement adapté (hiver froid, puis printemps tempéré) et tous les types de sols, l’Alsace est une terre plus qu’adéquate pour la culture des fraises. Reste plus qu’à les consommer avant qu’il ne soit trop tard.

Publié le 26/04/2018

À Gambsheim, François Jung s’escrime à inscrire son exploitation dans les contraintes environnementales et sociétales en travaillant de plus en plus ses choix agronomiques.

Soixante-huit hectares en 1984, quatre-vingt-neuf aujourd’hui. Entre ses débuts et aujourd’hui François Jung n’exploite en tout et pour tout que vingt-et-un hectares de plus. « La commune compte cinq agriculteurs à temps plein et plusieurs double-actifs. Les deux gravières situées sur le ban consomment chacune un hectare par an » explique-t-il. L’impossibilité d’accéder à du foncier supplémentaire a logiquement influencé ses choix. À commencer par le matériel. Depuis dix ans, François possède une moissonneuse-batteuse en copropriété avec trois collègues. « Avant, chacun avait la sienne. L’actuelle a été renouvelée il y a cinq ans. Elle récolte 320 ha. Les chantiers sont communs. Les coûts sont calculés à l’hectare. Pour la main-d’œuvre, nous considérons que la part de travail de chacun est équivalente ». La copropriété est encore de règle pour un vibroculteur, un combiné de semis de 4 m, une herse. « On ne peut plus acheter du matériel performant individuellement » remarque François qui regrette cependant que dans une autre époque son cousin et lui aient investi chacun séparément dans un séchoir à maïs. François appuie également sur d’autres leviers. En 2010, il infléchit son assolement pour laisser une plus grande place au blé. « Je peux semer un engrais vert à dominante de trèfle et de phacélie pour une dizaine d’espèces au total. Je le conserve aussi longtemps que possible. Cette année, je l’ai broyé en février. Je passe ensuite les disques ou le déchaumeur avant de semer maïs ou betterave. Ce choix est très positif. C’est devenu ma tête de rotation. Depuis que le gel hivernal s’est fait plus rare, mes sols se travaillaient de plus en plus difficilement. En huit ans, j’ai obtenu une structure de sol plus soufflée. La vie microbienne a repris » constate François. La prochaine étape pourrait être le semis direct, à tout le moins une technique simplifiée. « Je suis en phase de transition. Je ne laboure plus depuis cinq ans. À la place j’utilise une charrue déchaumeuse qui se contente de travailler à 15 cm. Mes terres sont plus homogènes ». Prudence avec le marché à terme L’objectif de François est d’insister sur l’agronomie afin de diminuer sa fumure de fond dans l’immédiat et l’engrais azoté à terme. Actuellement il mise à l’hectare sur 70 P, 80 K et 200 pour 130 q de maïs grain, 60 P, 60 K et 170 N pour 90 q de blé, 120 P, 240 K et 150 N pour 90 t de betteraves. Il espère pouvoir réduire ces doses d’ici cinq ans. « Quand je me suis installé, l’engrais devait servir à alimenter la plante. Aujourd’hui il doit me permettre de nourrir mon sol » commente François. Quand il traite, il baisse automatiquement sa dose d’un tiers. Il faut dire qu’il met à profit les enseignements qu’il a tirés d’un stage bas volume auquel il a participé en 2007. Aujourd’hui, il passe trois herbicides sur maïs et quatre sur betteraves. Il bine si les conditions de l’année l’autorisent. Il utilise deux fongicides sur blé, trois sur betteraves notamment pour contenir la cercosporiose. « Le bio m’interpelle. Il me faudrait quatre à cinq ans de transition. Mais je ne suis pas économiquement prêt » poursuit François. « Ces dernières années n’ont pas été bonnes. En 2014, 2015 et 2016, j’ai juste pu payer mes charges. C’est mon épouse, qui travaille à l’extérieur, qui fait vivre ma famille. Pas moi. À l’avenir, je m’attends à ne faire aucun bénéfice une année sur deux ». François n’a aucune influence sur le prix de la betterave, mais « 25 €/t, c’est le seuil à partir duquel on peut basculer en maïs ». Il essaye de tirer son épingle du jeu dans la vente de ses céréales. Il écoule généralement ses 600 t de maïs en stock en trois fois en fonction de ses besoins en trésorerie. Il consulte quotidiennement les cours en ligne. Il a suivi une formation pour se positionner sur le marché à terme en blé, mais refuse pour l’instant de s’y engager. « Cela demande un important suivi. C’est une nouvelle activité » estime-t-il. Alors il se contente du prix payé par l’organisme stockeur auquel il livre. Dans ces conditions, il ne se voit pas investir lourdement, par exemple dans un nouvel atelier ou dans un tracteur de tête. Dans les dix ans qui le séparent de la retraite, l’objectif de François est plutôt de limiter son nombre d’heures de travail en « diminuant le nombre de passages et en ne visant pas partout le rendement maximum ». « Installer un jeune sera délicat » juge-t-il. « Le revenu n’est plus suffisant. L’orientation actuelle de la politique européenne laisse seulement à une exploitation comme la mienne le choix de devenir une très grosse structure ou de passer à la double-activité ».  

Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon)

Vers une structure Grand Est

Publié le 19/04/2018

L’assemblée générale de la Fredon Alsace a été l’occasion de faire le bilan des activités menées en 2017. Et d’évoquer l’avenir, notamment le rapprochement des Fredon Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne, en une unique structure Fredon Grand Est. D'ici 2020, prévoit le calendrier.

« Créées il y a 120 pour lutter contre phylloxera, les Fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles (Fredon) constituent un réseau d’experts du sanitaire végétal, qui remplit une mission d’intérêt général au service de la protection de l’environnement, de la santé du végétal et de la santé humaine », a rappelé en introduction Albert Elbel, président de la Fredon Alsace. Depuis quatre ans, les Fredon sont d’ailleurs reconnues Organisme à vocation sanitaire (OVS) pour le végétal. « C’est le fruit d’un travail coordonné avec les autres Fredon, et mené en collaboration avec les Groupements de défense sanitaire, reconnus OVS pour l’animal. » Il incombe donc aux Fredon des missions de surveillance du territoire, de prévention des menaces sur la santé des plantes, l’élaboration de mesures de lutte contre les ravageurs et les nuisibles. Pour remplir ces missions, la Fredon Alsace travaille en partenariat avec la Région Grand Est, l’Agence de l’eau Rhin Meuse, la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA), les producteurs de fruits, le réseau des villes et villages fleuris, le Service régional de l’alimentation (Sral). Albert Elbel a listé les faits marquants de l’année 2017. La traditionnelle journée technique à destination des collectivités publiques a rassemblé 200 personnes à La Wantzenau. La Fredon a orchestré une lutte collective contre les corvidés sur 63 communes du Bas-Rhin (lire en encadré). L’association sanitaire régionale (ASR), regroupant les Fredon et les GDS de la Région Grand Est, a été créée afin de mieux maîtriser les dangers sanitaires en réunissant les organismes techniquement compétents. Cette association « doit maintenant être dynamisée » et accueillir d’autres partenaires techniques. Une structure unique à trois antennes Albert Elbel a également évoqué le renforcement de la collaboration entre les trois Fredon. Un rapprochement qui « se passe bien » et qui est l’occasion de « conforter notre position d’OVS et de travailler en commun sur certains dossiers ». Les trois Fredon ont créé un groupe projet réunissant les trois directeurs et trois présidents. Accompagnés d’un consultant, ils se rencontrent tous les mois pour mener des réflexions. Les équipes des trois structures se sont également rencontrées. Et les trois conseils d’administration ont approuvé les premières propositions du groupe projet. Si bien que les trois structures ont décidé de regrouper leurs activités et de mettre en place une seule entité à l’horizon 2020, qui se déploiera dans les trois régions concernées via trois antennes. « Ce projet de structure unique nous encourage à poursuivre nos travaux », a commenté Albert Elbel. Prospection volontaire de la cicadelle dans le vignoble Sylvie Spoerry, directrice de la Fredon Alsace depuis un an, a décrit les activités qui occupent ses 16 ETP, dont pas mal de travailleurs temporaires en été. Celles-ci se répartissent entre la surveillance, la prévention - notamment « l’accompagnement vers des pratiques moins gourmandes en produits phytosanitaires » - et la lutte contre les nuisibles et ravageurs. La surveillance du territoire concerne différents domaines : les grandes cultures, le houblon, l’arboriculture, la viticulture et les Jardins, espaces végétalisés et infrastructures (Jevi). La Fredon surveille des parcelles, ce qui lui permet de participer à la rédaction du Bulletin de santé du végétal (BSV) et d’étudier l’effet non intentionnel des produits phytosanitaires. Et la Fredon surveille plus particulièrement l’évolution des populations de certains agents, potentiellement nuisibles, tels que le frelon asiatique, le cynips du châtaignier, la drosophile suzukii, la punaise diabolique, ou encore la cicadelle, insecte inféodé à la vigne et qui transmet la flavescence dorée. En 2017, 50 parcelles ont été surveillées visuellement de manière aléatoire. Un maillage qui va être augmenté en 2018, en partenariat avec le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), dans le cadre d’un projet Interreg. En outre, la Fredon surveille aussi l’émergence des cicadelles à l’aide d’un dispositif financé par le Civa. Nouveauté cette année la prospection volontaire de 1 500 hectares de vigne sur 10 communes par les viticulteurs eux-mêmes. Une action qui répond à une demande de l’AVA, et encadrée par la Fredon, la CAA et le Civa… « L’objectif est de prospecter 20 % du vignoble chaque année de manière collective », indique Sylvie Spoerry, qui souligne le côté formateur de cette action qui permet aux viticulteurs de mieux connaître la maladie, de mieux reconnaître ses symptômes, ce qui facilite sa reconnaissance. Inspection : la sharka dans le collimateur Le travail d’inspection de la Fredon se déroule en partie chez les producteurs ou les revendeurs de matériel végétal. Et concerne notamment la surveillance des organismes réglementés (sharka, feu bactérien…). La Fredon effectue aussi des contrôles dans le cadre de mesures ordonnées, qui peuvent déboucher sur des arrachages. Dans les 644 échantillons prélevés dans le cadre de cette activité, le principal agent détecté est le virus de la sharka. En matière de prévention, la Fredon a accompagné 14 collectivités locales dans leur volonté d’aller vers un entretien des espaces publics sans produits phytosanitaires. Un travail qui porte essentiellement sur le désherbage. Mais la responsable de ce volet, Lucie Boissier, souligne que pour 12 de ces collectivités, cette volonté concerne l’entretien global des espaces verts. « Nous effectuons aussi un bilan avec les communes un à trois ans après la réalisation de l’étude », indique Lucie Boissier. Et la Fredon a répondu à des appels d’offres, portant notamment sur l’initiation à la veille sanitaire des gestionnaires d’espaces verts et sur des actions en faveur de la biodiversité. 83 % des communes sensibilisées à la démarche zéro pesticide En matière d’arboriculture, l’activité de prévention de la Fredon s’est traduite par 36 réunions de bout de parcelle, des matinées au verger, des conférences, des formations, des sessions labo vert. En viticulture, 138 réunions Rais’Alsace et sept labos verts ont été coanimés avec la CAA de mai à fin juillet, dont une réunion consacrée à la drosophile suzukii juste avant les vendanges. En zone non agricole, la Fredon accompagne 226 communes, soit 25 % des communes alsaciennes, à une démarche d’entretien des espaces verts sans produits phytosanitaires. Elle accompagne aussi des établissements scolaires, de santé publique… « Depuis 2001, 83 % des communes alsaciennes ont été sensibilisées à la démarche zéro pesticide », précise Lucie Boissier. La Fredon effectue un travail d’animation du club « Communes nature » auprès des 146 communes labellisées « 3 libellules », leur permettant ainsi d’échanger entre elles pour amplifier leurs actions. La Fredon assure aussi la diffusion du bulletin d’information « Comm’une envie de vert ». Enfin, elle a conduit un essai de lutte contre la pyrale du buis qui visait à tester l’efficacité des trichogrammes sur les œufs de la pyrale en complément de l’application de Bacillus thuringiensis.

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