Agriculture biologique en Chine
Un grand retour aux sources enclenché
Agriculture biologique en Chine
Publié le 10/06/2018
Le gouvernement chinois a déclaré la guerre à la pollution. Dans le domaine agricole, cela se traduit par la volonté de développer l’agriculture biologique, et de remplacer la fertilisation non organique par un mix de minéral et d’organique. D’importants moyens humains et financiers sont déployés en ce sens.
Dans l’imaginaire collectif, la Chine est composée de grandes villes, très peuplées et de vastes zones rurales, où règnent des conditions de vie encore rudimentaires. La Chine abrite 20 % de la population mondiale, pour 7 % des surfaces arables mondiales, dont une part importante à flanc de montagnes. « Il est donc important de produire, et tout le temps. Donc, comme on ne laisse pas les sols au repos, il faut aussi soutenir leur fertilité », indique An-ni Zhu. Une précaution qui semble avoir été un temps oubliée puisque de nombreux sols manquent de matières organiques. Une des particularités de l’agriculture chinoise, c’est la production de riz. « Les Chinois mangent du riz tous les jours, à tous les repas », précise Ronald Hupin. Aussi les terrasses reçoivent-elles beaucoup de riz sur riz, même s’il est possible de les assécher pour y cultiver autre chose. La Chine compte encore quelque 300 millions d’agriculteurs, dont beaucoup de petits paysans, qui pratiquent encore la traction animale. Autre particularité de l’agriculture chinoise, les paysans sont nombreux à prendre en compte des aspects énergétiques : « Les premiers orages du printemps sont source de festivités car ils sont considérés comme fertilisants », illustre An-ni Zhu. Dans ce paysage, la part de l’agriculture biologique certifiée est très modeste : « Moins de 1 %, plutôt 0,5 % de la production nationale », avance An-ni Zhu. Ce qui représente tout de même une certaine quantité, et qui ne prend pas en compte tout ce qui est produit de manière biologique mais sans certification. Le potentiel de croissance de l’AB en Chine est donc énorme. Sauf que les consommateurs chinois n’ont pas confiance en ces produits. « Ceux qui ont les moyens préfèrent consommer des produits bios importés avec une certification européenne par exemple », rapporte le professeur Wang. Quitte à payer ces produits cinq fois le prix de leur équivalent conventionnel. L’essor de la bio en Chine passe donc par deux voies. Restaurer la confiance des consommateurs en la production locale. Mettre au point de nouvelles techniques. « Celles qui sont utilisées actuellement viennent pour beaucoup du passé, et sont difficilement transposables à plus grande échelle », pointe An-ni Zhu. « Nous ne voulons pas revenir au passé, mais inventer » La Chine a la réputation tenace d’être une nation à l’activité industrielle débridée, peu regardante sur ses impacts écologiques. Or, lors de son dernier congrès, le gouvernement a affirmé sa volonté de réduire la pollution. La fertilisation non organique est dans le collimateur. Et des fonds ont été débloqués pour encourager le recours à la fertilisation organique. En Chine, 90 % des engrais organiques sont fabriqués par des sociétés. Ils sont souvent à base de déjections animales, de résidus de culture, de tourteaux, de micro-organismes. « 60 % du coût d’un fertilisant organique est pris en charge par l’État », indique le professeur Wang. L’argent ne va cependant pas aux utilisateurs, mais aux fabricants pour qu’ils puissent vendre ces engrais moins cher. Déjà, le recours à la fertilisation non organique aurait diminué de 20 %, avance le professeur Wang. Mais la médaille a deux revers. Le premier c’est que de plus en plus de sociétés, plus ou moins sérieuses, se sont lancées dans le créneau de la fabrication d’engrais organiques. Le second, c’est que, souvent, le niveau de production ne suit pas. C’est pourquoi les acteurs de cette révolution verte sont actuellement à la recherche de techniques qui permettraient de combiner fertilisation organique et minérale : « Nous ne voulons pas revenir au passé, mais inventer quelque chose de neuf », indique An-ni Zhu. De la recherche à la pratique Comme en Europe, la Chine a développé un concept qui semble assez similaire à celui du développement durable, puisqu’il s’articule autour de trois piliers : l’économie, l’écologie et la société. Sur ce dernier aspect, le gouvernement alloue d’importants moyens aux actions à même de freiner l’exode rural en dynamisant les campagnes. Ainsi, chaque village peut recevoir un soutien financier du gouvernement s’il engage des actions en faveur de l’environnement. En outre, la volonté politique de réduire la pollution et l’exode rural se traduit par un soutien significatif aux universités agricoles pour financer la formation et la recherche. Les étudiants sont incités à faire de la recherche appliquée dans les villages. « C’est très efficace car les résultats obtenus en recherche sont appliqués automatiquement », constate le professeur Wang. En outre, la présence d’étudiants contribue aussi à l’éducation de la population locale. Les techniques mises au point dans le cadre de ces projets pilotes ont vocation à être diffusées à grande échelle.












