Cultures

Agriculture de demain

Des observations faites maison

Publié le 09/07/2018

Les causes des problèmes observés sur une culture ne sont pas toujours à chercher du côté des bioagresseurs ou des carences nutritives. Parfois, il s’agit de problèmes de structure du sol. Pour en avoir le cœur net, une seule solution : aller vérifier ce qui se passe du côté du système racinaire. Pour cela, inutile de faire appel à des spéléologues certifiés : une bêche, une tarière, et un peu d’expérience peuvent suffire, et être riche d’enseignements.

« On peut commencer par observer la surface du sol. Car l’infiltration de l’eau sera très différente en fonction de l’état de surface. Il peut y avoir une croûte de battance, qui induit un risque de ruissellement, d’érosion, de coulées de boue. Ou, au contraire des microreliefs et des résidus en surface », introduit Anne Schaub, de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est. Pour aller un peu plus loin sans déplacer des montagnes, le test à la bêche est une solution idéale. Pour le réaliser, il suffit de s’équiper d’une bêche, d’un couteau, d’une grille de notation. Et d’avoir un quart d’heure devant soi. « Ce test se réalise deux fois par an, pour suivre l’évolution de la vie biologique du sol. Il s’agit d’observer la forme des racines, l’aspect des agrégats, la présence de vers de terre… » Pour avoir une réponse précise quant à une intervention de travail du sol (faut-il le travailler ? Comment ? À quelle profondeur ?) ou de vérifier qu’une intervention a rempli son rôle, Anne Schaub préconise de réaliser un profil en creusant un trou au télescopique. Cela permet d’observer les mêmes paramètres que dans le test à la bêche mais plus en profondeur et sur une largeur plus importante. Nommer c’est connaître Enfin, il est intéressant d’observer le sol sur sa profondeur, jusqu’à 1 m, à l’aide d’une tarière. Non seulement parce que les racines prospectent le sol sur une certaine profondeur et que ses caractéristiques sur toute cette profondeur déterminent ses propriétés agronomiques. Mais aussi parce que cela permet de donner un nom au sol, de le rattacher à une certaine catégorie. Ce qui est utile, par exemple, pour paramétrer correctement les outils d’aide à décision. Pour cela, il convient d’observer plusieurs paramètres sur une carotte de sol : couleur, texture, présence et forme des cailloux, traces de rouille, effervescence à l’acide chlorhydrique… À partir de ces observations, l’agriculteur peut décider lui-même de travailler le sol, ou pas. Et s’il décide de le faire, de choisir le bon outil, les bons réglages. Il peut aussi vérifier qu’une intervention a eu l’effet escompté. Et que son sol fonctionne bien. Et, si ce n’est pas le cas, envisager de mettre en place des mesures correctives, comme la couverture des sols, une manière de les travailler différemment, l’apport de matière organique…

Publié le 06/07/2018

La plateforme dédiée à la culture du blé coorganisée par la Chambre d'agriculture d’Alsace et Arvalis - institut du végétal (lire pages suivantes) a permis de faire le point sur la campagne qui s’achève. Elle a été marquée par un manque d’eau pour valoriser les seconds apports d’azote, et par de fortes chaleurs en fin de cycle qui ont pu impacter le remplissage des grains.

« La mise en place des blés s’est effectuée dans des conditions favorables », indique Jean-Louis Galais, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Le mois de septembre humide a provoqué quelques inquiétudes, mais il faisait suite à une année 2017 très sèche. Donc l’humidité n’a finalement pas posé de problème. Au contraire. Les sols se sont rechargés en eau et les semis ont été effectués dans des conditions favorables, avec de très bonnes levées. L’hiver a été relativement doux, ce qui a joué en faveur du tallage. Jean-Louis Galais rappelle que ce processus est lié à la somme des températures : « Il faut 80 à 90 °C pour faire une feuille, donc plus il fait doux, plus l’émission de feuilles est rapide. Et, toutes les trois feuilles, il y a émission d’une talle. » Le mois de janvier a été particulièrement humide, ce qui, en fonction des types de sols, a pu pénaliser les blés dans certains secteurs. Les températures fraîches, voire froides, du mois de février n’ont pas été pénalisantes. Le mois de mars a été sec et maussade. Puis il a fait relativement doux, ce qui pouvait laisser penser que les blés allaient prendre de l’avance. « C’était sans compter sur le verrou de la photopériode, qui a freiné le développement des blés », explique Jean-Louis Galais. Du coup, le stade épi 1 cm a été atteint à la période « normale », soit vers le 1er avril. Une fois que le verrou de la photopériode est levé, les facteurs climatiques ont beaucoup plus d’importance. Or, le mois d’avril a été marqué par des températures très douces, voire chaudes. Et les stades du blé se sont emballés. L’azote mieux valorisé par l’irrigation Durant toute la montaison, le manque de précipitations a compliqué la valorisation du deuxième apport d’azote. Comme le reliquat azoté en sortie d’hiver était assez faible, le pilotage de la fertilisation azotée a fréquemment conduit à réaliser des troisièmes apports relativement importants. Jean-Louis Galais rappelle que l’azote apporté va dans les organes en croissance soit, à ce stade, les épis et les futurs grains, et non les feuilles. Donc l’azote, même s’il a été apporté tard, a été valorisé. Les parcelles qui pouvaient être irriguées ont gagné à l’être car cela a permis de mieux valoriser le second apport, donc, théoriquement, d’économiser sur le troisième. En mai, les températures clémentes ont permis de prendre de l’avance : une dizaine de jours en général. « Les traitements contre la fusariose, qui sont appliqués avant la floraison, l’ont été autour du 17 mai, soit avec une quinzaine de jours d’avance », illustre Jean-Louis Galais. Le remplissage des grains s’est fait en conditions chaudes. « Celui-ci s’opère en deux phases, précise le conseiller. Il y a d’abord la formation des grains, qui conditionne leur taille, et qui est optimale à 14 °C alors qu’il a fait en moyenne 19 °C. Vient ensuite la phase de remplissage, dont l’optimum se situe toujours à 14 °C, et qui s’est effectué à une température moyenne de 21 °C. » D’où des inquiétudes quant à l’impact de ces fortes chaleurs sur le PMG… Verdict aux champs !

Chambre d'agriculture d’Alsace - Arvalis - institut du végétal

Des leviers pour du blé encore plus durable

Publié le 06/07/2018

La plateforme dédiée à la culture du blé coorganisée par la Chambre d'agriculture d’Alsace et Arvalis - institut du végétal a permis de faire le point sur la campagne qui s’achève (lire en page 15), et de développer des actions à mettre en œuvre pour construire des itinéraires techniques performants, adaptés, et durables.

Cette année, la plateforme blé était installée à Kintzheim, sur une parcelle de l’EARL Kohler. « Le semis a été effectué le 20 octobre, trois jours après un labour, avec la variété RGT Venezio. Il y a eu un premier apport d’azote le 27 février, à raison de 17 uN de sulfate d’ammoniaque et 46 uN d’urée, suivie par un second apport, le 29 mars, de 117 uN d’ammonitrate. Le 3 avril, un régulateur a été appliqué. Il y a eu un traitement herbicide, le 11 avril, avec du kart à 1,2 l. Puis deux tours d’eau, le 5 et le 19 mai, à raison de 35 mm à chaque fois, et enfin un fongicide le 19 mai, soit au stade début floraison, avec du Sakura à 1 l », décrit Marielle Stimpling, conseillère agricole à l’Adar d’Obernai. Irrigation : pour la croissance et pour l’azote « L’irrigation du blé se pilote en fonction des périodes de sensibilité au stress hydrique, qui est la plus élevée aux stades levée et montaison », rappelle Jonathan Dahmani, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Mais aussi en fonction des besoins en eau pour valoriser les apports d’azote. En agrégeant les besoins en eau pour la croissance et pour la valorisation de l’azote, la période d’irrigation s’étend potentiellement du stade deux nœuds jusqu’à 20-25 jours après l’épiaison. « Des études ont montré qu’il convient d’arrêter l’irrigation lorsque la longueur du grain a dépassé 75 % de la glumelle », précise Jonathan Dahmani. Cette année, le premier tour d’eau a généralement été positionné au stade deux nœuds, soit vers le 20-25 avril, avec quelques difficultés en raison du vent. Le deuxième tour d’eau se justifiait non seulement pour valoriser l’azote mais aussi parce qu’il coïncidait avec une période de forts besoins, avec une ETP importante, et en l’absence de précipitation. Un troisième tour a pu être réalisé du 20 au 27 mai. Puis le retour des précipitations a marqué la fin de l’irrigation. Changement climatique : des adaptations à anticiper Année après année, il apparaît de plus en plus certain que le changement climatique va conduire à des adaptations des pratiques agricoles. Pour les anticiper, la CAA a développé un outil qui permet de simuler le climat à l’échelle locale. « Nous avons commencé à effectuer des simulations sur trois périodes de 30 ans, de 1960 à 1990, de 2020 à 2050 (futur proche) et de 2070 à 2100 (futur lointain) », indique François Lannuzel, conseiller agricole à la CAA. Ces simulations reposent sur un scénario d’évolution des émissions de gaz à effet de serre médian, c’est-à-dire où les besoins énergétiques mondiaux sont couverts grâce à un mix d’énergies fossiles et renouvelables, permettant d’aboutir à une augmentation des températures limitée. Deux indicateurs climatiques ont été utilisés pour caractériser le futur climat de Haguenau, Altkirch et Sélestat : la température annuelle, et le cumul des précipitations annuelles. Résultats : « Il faut s’attendre à une hausse importante des températures moyennes dans le futur proche (+ 1,3 °C) et lointain (+ 3,1 °C) », annonce François Lannuzel. Par contre, les températures annuelles continuent à évoluer selon les mêmes amplitudes. Les précipitations annuelles seront marquées par une plus grande variabilité, avec davantage d’années sèches ou humides, et qui le seront de manière plus marquée : « On va vers des extrêmes », résume François Lannuzel. Qui détaille : les précipitations mensuelles tendent à augmenter en hiver, et à diminuer en été. En outre, le nombre de jours sans précipitations entre le 1er mars et le 30 juin, soit la période de sensibilité du blé au stress hydrique, augmente. Et le nombre de jours où les températures dépassent 30 °C du 10 mai au 30 juin, soit durant la floraison et le remplissage du blé, augmentera fortement dans le futur lointain. Ce qui suggère soit de développer l’irrigation, soit d’opter pour des variétés, des espèces moins sensibles au stress hydrique. En tout cas d’exacerber les pratiques qui vont dans le sens d’une gestion rigoureuse de l’alimentation hydrique des cultures. Face à ces premiers résultats, la CAA a la volonté de créer un groupe d’agriculteurs afin de travailler de concert sur la définition d’indicateurs agronomiques, de faire des projections qui permettent d’identifier des impasses, des leviers pour s’adapter, par exemple en modifiant les itinéraires techniques. Mais aussi en réfléchissant à des actions qui permettraient d’atténuer ce changement climatique. Les référents de ce dossier sont François Lannuzel et Jonathan Dahmani. Les agriculteurs motivés pour participer à ce groupe de travail sont invités à les contacter. Variétés : cumuler les atouts Fructidor, SY Moisson et Cellule forment le trio variétal de tête en Alsace. Mais il en existe tant d’autres qu’identifier les bonnes relève d’un choix cornélien ! Thomas Munch, d’Arvalis-Institut du végétal, a évoqué quelques critères de choix variétaux. Le débouché d’abord. Le principal débouché des blés alsaciens étant la meunerie, les variétés de classe BPS sont à privilégier. La précocité des variétés est un critère de choix important. Il faut distinguer la précocité à la montaison de la précocité à l’épiaison. « Une variété précoce à montaison redémarrera plus tôt en sortie d’hiver et s’exposera donc à un risque de gel tardif. » La précocité à épiaison reflète la capacité de la variété à finir son cycle. Elle est recherchée dans les milieux stressants en fin de cycle. Sinon, des variétés plus tardives à l’épiaison permettent de valoriser leur plus longue période de végétation. D’autres critères sont à prendre en considération, comme l’alternativité, qui correspond au besoin en froid en hiver pour taller et monter ; la tolérance aux maladies ; la teneur en protéines ; la tendance à accumuler les mycotoxines… Il précise : « La dilution de la teneur en protéines par le rendement est une réalité qu’il convient de nuancer, car certaines variétés ont une meilleure capacité à valoriser l’azote en fin de cycle. » C’est le cas d’orloge, une variété qui affiche une très bonne note GPD. « En Alsace, le critère à privilégier reste la fusariose, car il n’existe que des traitements préventifs qui ne sont pas toujours faciles à placer », estime Fabienne Boizet-Noël, conseillère agricole à la CAA. Et mieux vaut composer un bouquet variétal varié afin de cumuler les atouts de chaque variété. Biocontrôle : encore trop onéreux Les produits de biocontrôle sont définis comme « des agents et des produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures », a rappelé Didier Lasserre, d’Arvalis-Institut du végétal. Ils comprennent en particulier les macro-organismes et les produits phytopharmaceutiques qui sont composés de micro-organismes, de médiateurs chimiques, ou de substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale. « Les strobilurines copient une substance produite par un champignon, mais comme un processus chimique est mis en œuvre pour leur synthèse, elles ne peuvent pas être considérées comme un produit de biocontrôle », précise Didier Lasserre. Idem pour les pyréthrinoïdes. Pour l’instant, les produits de biocontrôle ont surtout été développés pour les cultures à haute valeur ajoutée. Il y en a moins en grandes cultures, où le coût de leur mise en œuvre reste encore souvent rédhibitoire, hormis quelques exceptions, comme les trichogrammes utilisés pour lutter contre la pyrale du maïs. Ou encore le Success 4 (Spinosad), composé d’un extrait de bactéries, utilisable pour lutter contre la chrysomèle du maïs, ou contre la drosophile suzukii, mais qui reste cher (80 €/ha). Et d’autres solutions sont en passe de se démocratiser, à l’instar d’un nématode tueur de chrysomèle, dont il parasite les larves, et qui est d’ores et déjà homologué en Autriche. Didier Lasserre prévient : « Biocontrôle ne veut pas dire bio. Certains de ces produits sont toxiques, notamment pour les abeilles ». Lucile Pligot, d’Arvalis-Institut du végétal, a présenté deux essais qui sont en cours pour évaluer l’efficacité de produits de biocontrôle sur la fusariose et la septoriose et qui sont menés en réseau, dans le cadre d’un projet européen, avec un protocole commun. Différentes solutions de biocontrôle y sont testées seules, à différentes doses, associées à d’autres solutions… Pour l’instant, avance Lucile Pligot, le niveau d’attaque, évalué en déterminant le nombre d’épillets touchés, est similaire quelles que soient les modalités sur le site de Kintzheim. Le même essai est mené à Colmar, avec des conditions très favorables au développement des maladies, ce qui permet de mieux discriminer les différentes modalités.

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