Cultures

Publié le 27/07/2018

La visite estivale de Planète Légumes a eu lieu sur l’exploitation colmarienne de Melmin Hodzic, la SARL Burgaentzlen. Les résultats de cinq essais ont été présentés : variétés de salades, désherbage alternatif, greffage de tomates, variétés de tomates rondes bios et melons de plein champ.

Il y a 35 jours, 50 variétés de salades ont été plantées sur une parcelle à l’est de Colmar. Quatre types de salades ont été choisis : batavia, laitue, feuille de chêne blond et feuille de chêne rouge. « Il a beaucoup plu avant l’installation mais quasiment plus depuis, cela a causé un souci au niveau de l’irrigation, avec des températures frôlant toujours les 30 °C », prévient Johanna Bodendorfer, conseillère en techniques alternatives et biologiques. L’observation des résultats en termes de poids, volume, résistance des côtes, développement du cœur, taille du trognon… débute avec les batavias. En la matière et pour cet essai, Henri Beyer, conseiller en production de légumes en Lorraine, plébiscite la BVP15232 de Vilmorin : « une batavia régulière et homogène ». La référence pour ce type de salade, en raison de sa haute résistante, reste la Olana de Enza Laden. « Elle garde une belle présentation pour ce créneau, malgré des résultats hétérogènes ». Le technicien craint même d’y voir apparaître un peu de rhizoctone. La référence en termes de résistance pour la feuille de chêne blond est la Kisheri de Rijk Zwaan (RZ). Sur cet essai, l’une d’elles pèse 550 g. Pour la laitue, Henri Beyer conseille des variétés au vert vif. Celles dont la couleur tire vers le bleu ne sont pas adaptées à la demande actuelle des consommateurs. « Une laitue mangée par les limaces est souvent un signe de bon niveau gustatif », ajoute-t-il. Pour cet essai, c’est le cas de la Mamarina de RZ. Le tour de la parcelle s’achève avec les feuilles de chêne rouges. Réputée pour sa résistance, la Stelix de Enza Laden n’a pas fait ses preuves ici : la salade est cassante et son poids menu (300 g). Macaï de RZ semble tirer son épingle du jeu sur cette parcelle avec plus de volume, de hauteur, de poids et un trognon saillant. « Au moins dix fois plus cher que le glyphosate » Direction le sud de Colmar, près du hangar de la SARL Burgaentzlen où se déroule l’essai concernant le désherbage alternatif. Cette parcelle de 4 300 m2 cultivée en courgette est découpée par des interrangs de 70 cm sur 170, soit 43 % de la parcelle. Lilian Boullard, conseiller en produits maraîchers, annonce que l’essai a débuté le 4 juin : « Il est mené en parallèle de l’interdiction annoncée du glyphosate. Nous cherchons des solutions valables pour l’avenir ». La question du coût reste prépondérante : « Pour avoir un début de résultat, il faut compter au moins dix fois plus cher que le glyphosate ». L’interrang témoin a été traité une fois au glyphosate le 9 juillet avec 5 l/ha et affiche un coût de 21,50 €. La première alternative testée est le vinaigre blanc. Avec 80 l/ha de vinaigre pur appliqué en quatre passages pour un montant de 111 €, le résultat est très mitigé. Lilian Boullard suggère l’ajout de sel, tout en mettant en garde : « On ignore la toxicité du chlorure de sodium sur la parcelle ». « L’utilisation de l’acide pélargonique ou Beloukha (son nom commercial) entraînerait des dangers faibles pour le consommateur et le producteur. Seize litres par hectare sont appliqués lors d’un passage toutes les trois semaines. Pour quatre passages effectués sur cet essai, le coût est de 450 €. C’est ce qui fonctionne le mieux ». Reste que cette solution de biocontrôle n’est pas encore homologuée. Cette homologation pourrait survenir dans les années à venir. Huile essentielle, trèfle, gazon ou occultation plastique L’huile essentielle (Essen’ciel) appliquée à raison de 30 l/ha avec quatre passages pour un coût de 1 135 € révèle une faible efficacité. Un interrang a été semé à la volée par 20 g/m2 de trèfle nain. En comptant un passage de tondeuse toutes les cinq semaines, le prix est de 589 €. « L’occultation est bonne, mais on risque de voir augmenter la population de campagnols et de souris sur la parcelle ». Plus loin, c’est du gazon vivier (fr70) qui a été semé à la volée (40 g/m2) pour un coût de 808 €. Il nécessite le même entretien par tonte et peut causer des problèmes d’humidité, et donc de maladies. L’option de l’occultation plastique est également étudiée. La toile plastique (20 microns, non microperforée) affiche un coût de 137 €/ha avec 10 % de chute. La toile hors sol coûte 1 000 €/ha mais il est possible de l’utiliser durant cinq ans. « Le problème posé par ces solutions est la manutention à l’utilisation », souligne le technicien. La solution mécanique que constitue le robot Oz, de Naïo Technologies, est présentée par la société Thierart Agri. Pour le désherbage, un passage toutes les trois semaines est nécessaire. « Il peut servir à biner, mais aussi pour la récolte avec la possibilité de tracter une remorque de 300 kg et de mettre 80 kg dessus ». Maud Launoy, étudiante en deuxième année de DUT Génie biologique et stagiaire à Planète Légumes, présente la troisième année de l’essai sur le greffage de tomates avec trois variétés de greffons (Élégance, Paola et Gloriette) greffés sur Maxifort en simple ou double tête. Les résultats sont très variables en termes de poids, vigueur, carence et qualité gustative selon le greffon. Johanna Bodendorfer détaille les résultats des essais de variétés de tomates rondes bios. Ces deux essais ont été réalisés sur l’exploitation voisine « Les Chants de la Terre ». Tous les résultats seront compilés dans le prochain bulletin d’information de Planète Légumes. Le dernier essai dévoilé a été mené dans le Bas-Rhin, à la ferme Wilt à Saessolsheim. Il s’agit d’une production de 23 variétés de melons charentais en plein champ, plantés le 23 avril. Avec une production moyenne de 3,5 melons par pied, cette culture intéresse de plus en plus d’agriculteurs alsaciens. Deux voire trois hectares seraient actuellement cultivés en Alsace, les producteurs tentant l’expérience se limitant souvent à une dizaine d’ares pour le moment.

Station régionale d’expérimentation fruitière Verexal à Obernai

Arboriculture fruitière : désherber autrement

Publié le 20/07/2018

Pour les arboriculteurs, la perspective d’une interdiction progressive des produits de désherbage est un vrai sujet de préoccupation. C’est pourquoi Verexal recherche des alternatives au désherbage chimique sur le rang des vergers conventionnels, même si celui-ci reste pour l’instant la solution la plus simple à mettre en œuvre et la moins coûteuse. Démonstration sur le terrain, mardi 10 juillet à Obernai.

Pourquoi désherber ? Le désherbage du rang a pour but de limiter la concurrence alimentaire entre les adventices et les arbres dans la zone de sol à proximité des troncs. La concurrence des adventices perturbe le bon déroulement des travaux sur le verger et diminue l’efficience du système d’irrigation. De plus, elle est consommatrice d’eau et d’éléments nutritifs, ce qui peut être préjudiciable à la pousse des arbres. Susciter des avancées techniques en matière d’alternative au désherbage chimique pour fournir des références aux exploitants qui envisagent de réduire les traitements phytosanitaires, telle est la mission de Verexal, indique son président, Pierre Barth. C’est pourquoi la station teste depuis plusieurs années des techniques pertinentes pouvant se substituer - ou se combiner - à l’utilisation d’herbicides chimiques, en tenant compte notamment de l’âge du verger. Sachant que ces techniques doivent certes être plus respectueuses de l’environnement, mais aussi avoir une efficacité et un coût acceptables. Certaines machines exercent une pression assez défavorable sur les racines. Un travail mécanique trop intensif peut détruire les racines superficielles des arbres et entraîner une perte de vigueur. Sur d’autres modèles, le passage de l’outil a tendance à creuser le rang. Sur jeunes vergers, cette technique provoque un retard de croissance et pénalise la production. Par ailleurs, les effets étant moins persistants que pour un désherbage chimique, les interventions sont plus nombreuses et augmentent la dépense énergétique. En effet, l’entretien mécanique du rang nécessite en moyenne cinq passages, contre deux passages en chimique, ce qui entraîne une consommation accrue de carburant, pas vraiment opportune en cette période de flambée des prix de l’énergie. Ce qui explique que, pour l’instant, les professionnels sont assez mitigés sur ces techniques alternatives. Depuis l’annonce de la suppression du glyphosate dans trois ans, les constructeurs mettent les bouchées doubles pour proposer aux arboriculteurs des matériels mieux adaptés à leurs attentes. Lors de la journée technique organisée le mardi 10 juillet à Verexal, les professionnels ont pu comparer différentes techniques pour éliminer les adventices : par thermisation, par travail mécanique sur le rang avec des outils à lames, à disques, à dents, etc. La vitesse d’exécution pouvant varier de 2 à 10 km/h, selon la machine. La première machine en démonstration ce jour-là était la bineuse à étoile Freilauber (photo 1). Elle ameublit le sol sur la rangée de troncs, en fonction du réglage de l’angle de travail et de la coupe inférieure des disques. La terre est ensuite éjectée dans la zone du tronc, ensevelissant les mauvaises herbes. Différentes possibilités de réglage permettent d’ajuster l’angle de travail et la coupe inférieure, et donc l’éjection, aux besoins des professionnels et à l’état du sol. Cette bineuse à étoile a suscité l’intérêt des arboriculteurs par la qualité du travail effectué, qui se mesure à la propreté du sol entre les ceps et au fait que les racines ne sont pas touchées, mais aussi par la vitesse d’avancement avoisinant 10 km/h. Le porte-outil avant double Arbocep de la société Chabas (photos 2 et 3) peut accueillir toute une gamme d’outils : lame interceps, tête à fil, tête de broyage, fraise rotative, disque à chausser ou à déchausser, etc. Son châssis pouvant supporter deux outils, à droite et à gauche, il est possible de travailler simultanément deux demi-rangs. En version tondeuse à fil, il détruit les mauvaises herbes et les galeries creusées par les rongeurs. Le débit de chantier est de 12 ha/jour, selon le technicien. Basée en Côte d’Or, l’entreprise Boisselet (photos 4 et 5) a développé un système d’outils interceps basé sur le principe d’amplificateur de couple. Attelé sur le relevage 3 points, le porte-outil peut être tiré ou poussé. Le mouvement du servomoteur est activé par commande hydraulique ou hydroélectrique (en option) afin de faire effacer l’outil en action. La correction de dévers est elle aussi en option. Cet appareil polyvalent permet de mettre en œuvre différents outils, comme l’outil de binage rotatif à dents Pétalmatic +, l’outil rotatif à axe vertical Starmatic ou le pulvériseur à disque. Une brosse mécanique est disponible pour l’entretien des vergers plus âgés. « Elle permet de maintenir le sol propre sans travailler le sol », indique le technicien. Dernier matériel en démonstration, le désherbeur mécanique interceps Ladurner (photos 6 et 7) est équipé d’un palpeur hydraulique de chaque côté, ce qui permet un travail très proche du tronc en toute sécurité. Une centrale hydraulique assure l’animation des différents moteurs. La conception de la machine permet son adaptation à des distances de plantation variables et aux terrains plats comme aux vergers sur buttes. La vitesse d’avancement est réglable de 2,5 à 4 km/h en fonction du travail à réaliser - tonte ou travail du sol - et de la densité de plantation. Retrouvez cette démonstration en vidéo :  

Publié le 11/07/2018

Opposés à la mutualisation nationale de la Taxe additionnelle sur le foncier non bâti (TATFNB) décrétée le 3 mai 2017, les forestiers alsaciens ont demandé le financement du nouveau service commun aux Chambres d’agriculture de la région Grand Est : « Valorisation du bois et territoire ». Reste maintenant à consolider les quatre postes de conseillers forestiers présents en Alsace.

Pour les Forestiers d’Alsace, l’année 2017 a été la plus « éprouvante » de toute leur histoire. Lors de leur assemblée générale, le président, Jean-Marie Batot, n’a pas manqué de le rappeler dans son rapport moral. « Nous n’avons pas bénéficié des conditions favorables pour fêter les cinquante années du développement forestier en Alsace. » En cause, le licenciement économique en 2017 de cinq salariés. Une « dure épreuve » pour cette fédération qui regroupe les différentes associations forestières d’Alsace. « En effet, le licenciement contraint de ce personnel qualifié équivaut à la perte annuelle de 800 jours de conseils pour les adhérents et 80 années d’expérience cumulées », souligne Jean-Marie Batot. Très logiquement, cette forte réduction d’effectif a eu un impact « considérable » pour les conseillers forestiers de la Chambre d'agriculture qui ont subi une surcharge de travail d’animation et de conseil. Des conseillers dont le statut a été fragilisé suite au décret Le Foll paru le 3 mai 2017, instaurant la mutualisation nationale de la Taxe additionnelle sur le foncier non bâti (TATFNB), et la création d’un nouveau service commun à la Chambre régionale et aux Chambres départementales de la circonscription appelé « Valorisation du bois et territoire ». En effet, celui-ci dispose à ce jour d’un budget de 1,142 million d’euros (M€) du Fonds national de solidarité et de péréquation financé par les Chambres d’agriculture départementales, et devrait être complété par le Fonds stratégique forêt bois alimenté par l’État. Une somme importante - obtenue grâce au soutien des parlementaires alsaciens et vosgiens - qui ne permet cependant pas à l’heure actuelle de consolider les quatre postes de conseillers forestiers en Alsace. Un enjeu « crucial », souligne le directeur des Forestiers d’Alsace, Daniel Wohlhuter : « Une réduction de l’effectif à trois provoquerait une déstabilisation de l’organisation actuelle qui s’articule autour de dix associations forestières locales. C’est pour cette raison que le financement de ce nouveau service doit être complété par des fonds européens et régionaux pour permettre le maintien des effectifs actuels, soit douze conseillers en Alsace Lorraine, dont les quatre de la Chambre d’agriculture d’Alsace. Le Centre régional de la propriété forestière a prévu d’intervenir prioritairement en Champagne-Ardenne, et les communes forestières du Grand Est ont également besoin de ces fonds pour financer leurs chargés de mission. » L’assemblée générale de Forestiers d’Alsace a voté une résolution demandant pour sa prochaine réunion en 2019, une présentation de la répartition et des utilisations de la totalité de la TATFNB collectée en Alsace.

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