Élevage

Ferme Béatrice et Maurice Heim à Spechbach-le-Haut

En système de paillage automatisé

Publié le 31/01/2018

En rénovant leur bâtiment d’élevage, Béatrice et Maurice Heim, éleveurs à Spechbach-le-Haut, ont opté pour un système de travail différent en se dotant d’une nouvelle installation : un système de paillage automatisé. La paille est ainsi coupée puis injectée dans le circuit pour saupoudrer les logettes comme de la neige.

L’exploitation familiale située au centre du village est actuellement gérée par Maurice Heim. Il était en Gaec avec ses parents dès 1989. Il gère désormais seul, depuis 2005, la ferme, aidé de son épouse, Béatrice. Cette dernière s’occupe du magasin de vente. Tous les quinze jours, elle propose à ses fidèles clients de la viande de bœuf et, une fois par mois, du veau. Une vente directe et en circuit court puisque la ferme a un atelier de transformation. Pour les veaux, Béatrice Heim travaille en GIE avec Bernard Martin, éleveur à Eglingen, un village voisin. La famille Heim élève en moyenne 45 vaches allaitantes de race charolaise. Une race présente depuis toujours. « Les charolaises sont dociles et faciles à élever. Leur viande est excellente et appréciée par nos clients qui viennent à notre point de vente depuis 2005. Nous vendons ce que nous produisons. Ni plus, ni moins », explique Maurice Heim. Sur les 145 hectares de surface agricole utile, la famille Heim a 40 hectares d’herbe et 100 hectares de cultures. Du blé, du maïs et surtout de la betterave à sucre sur 20 hectares. « Je suis le producteur le plus éloigné de l’usine. J’ai toujours aimé en produire. D’autant plus qu’ici, nos terres se prêtent à cette culture », se félicite Maurice Heim. Aire paillée intégrale En 2017, le couple d’éleveur a voulu revoir le fonctionnement de la ferme. Il a donc décidé de rénover le bâtiment d’élevage, mais également de changer sa façon de travailler en conjuguant bien-être animal et bien-être humain. Les travaux ont démarré en avril et se sont terminés en octobre dernier. Ce nouveau bâtiment rénové a une surface de 870 m2. Son bardage est en bois avec des poteaux en ferraille et des porteurs également en bois. Les vaches ne sont plus séparées par des lots en entravé, mais se retrouvent dans un système en aire paillée intégrale. « La facilité du travail est évidente, tout comme le bien-être animal. Je trouve que les vaches sont bien plus dociles. J’avais peur de passer de l’attache à la stabulation libre. Mais je dois faire le constat que les vaches se sont bien adaptées, et très rapidement. Leur comportement n’a pas changé. Je trouve simplement qu’elles sont bien plus calmes. De notre côté, on a moins de travail. On cure deux fois par an. Nous avons également installé une caméra de surveillance pour pouvoir intervenir rapidement. Le bâtiment est bien plus lumineux qu’auparavant, avec des lumières adaptées aux lieux et des panneaux isolés », précise Maurice Heim. 70 répartiteurs Concernant la pailleuse, de la marque autrichienne Schauer, l’éleveur voulait un système qui ne provoque pas de poussière lors de son utilisation. Cela, pour éviter des problèmes de respiration aux vaches, d’éventuelles pneumonies, et préserver les bonnes relations avec le voisinage dans la mesure où la ferme n’est pas à l’extérieur du village. L’objectif a été atteint. « La paille passe dans un démêleur, puis elle est broyée. Ensuite, il y a une unité de transformation qui sépare la paille et la poussière via un tube et un système de galets en plastique avec une unité centrale. Ensuite, cela tombe dans des répartiteurs de paille qui sont suspendus au plafond. Il y a 70 répartiteurs. » 45 machines de ce type sont actuellement en fonctionnement en France, 250 dans le monde. « C’est un principe qui existe depuis 2013. Je l’ai découvert sur internet. Ensuite, je me suis rendu sur une exploitation dans le Doubs qui possédait déjà un tel équipement. J’ai immédiatement été séduit. Ce système permet de dégager du temps et est très efficace. On paille de cette façon trente minutes le matin et trente minutes le soir. Les vaches ne sont pas perturbées. Au contraire, je trouve même qu’elles sont bien plus propres qu’auparavant. On est bien dans ce bâtiment. Il y a également beaucoup moins d’odeurs », précise Maurice Heim qui a investi entre 50 000 € et 60 000 € dans l’opération. Il a été conseillé, notamment dans le cadre de l’intégration paysagère, par Léon Léonard, de la Chambre d'agriculture Alsace.

Publié le 25/01/2018

À Muhlbach-sur-Munster, le lait de chèvre est un bon complément du lait de vache pour les trois associés du Gaec des Trois fours qui livrent en laiterie et transforment de plus en plus à la ferme.

« Mon frère Martin, c’est plutôt les vaches. Moi, c’est plutôt les chèvres. Et mon père Jean-Luc, c’est un peu les deux ». Tom Schott plante rapidement le décor. Voilà tout juste deux ans qu’il s’est installé au sein du Gaec familial avec l’objectif de diversifier l’activité d’une exploitation que Jean-Luc a démarré en 1982 avec douze vaches traites à la main dans une étable entravée. Le troupeau avait un peu plus que doublé en 1990. Depuis 2007 et l’installation de Martin, il loge dans une stabulation à logettes paillées dont la moitié a été équipée à l’automne dernier avec des matelas à eau, histoire de réduire le nombre de jarrets enflés et d’augmenter le niveau de confort proposé. L’arrivée de Tom a été préparée par l’achat d’un robot de traite, opérationnel depuis septembre 2015. « Je devais me libérer du temps pour le nouvel atelier chèvres qui constituait la pierre angulaire de mon projet d’installation » explique Tom. L’aire paillée de l’ancien bâtiment a donc été scindée pour faire de la place aux caprins, les génisses ayant droit à la partie conservée de la surface. Le troupeau laitier a la particularité de réunir quatre races à parts presque égales. « La Vosgienne, c’est de l’histoire, de la tradition. La mixité de la Montbéliarde plaisait à mon père. Nous essayons de garder cette qualité en travaillant avec nos taureaux de vieille souche. La dernière réforme pesait une tonne en vif ! La Simmental est là pour fournir des taux et des veaux bien conformés. La Holstein doit ramener de la productivité » déclare Tom. Leur ration de base se compose de 20 kg de maïs ensilage, 11 kg de mélange suisse à base de trèfle, de dactyle et de luzerne, 6 kg de ray-grass et de 4 kg de foin enrubanné. Elle est complétée par un VL 22 distribué en stalle de traite à partir de 22 kg de lait et limité à 4,5 kg. « Depuis deux ans, l’objectif est de remonter le niveau d’étable. L’installation de Tom nous a valu 250 000 l. Nous ne remplissons pas nos droits à livrer en laiterie et nous souhaitons encore augmenter le volume transformé à la ferme. C’est pour ça que nous venons de passer au mélange suisse » indique Martin. Il se félicite également d’avoir investi dans un robot. « Les informations recueillies permettent de mieux repérer les chaleurs discrètes et d’améliorer le suivi de la reproduction. Le nombre d’IAP n’est plus que de 1,4 pour les deux tiers du troupeau qui est inséminé artificiellement ». Les éleveurs accordent également de l’importance à la longévité car « une génisse coûte de 1 200 à 1 300 € avant d’entrer en production ». Leurs vaches font sept veaux en moyenne, même parfois quatorze ! Un débouché en ferme-auberge Les chèvres reçoivent du foin en hiver, du regain au printemps, avant de pâturer sur les chaumes à partir de la mi-mai. Tom recommence à les complémenter avec un VL 18 une fois par jour avant mise-bas, deux fois par jour après. La dose maximale atteint 600 g/tête/jour. Tom transforme tout leur lait en fromage frais, en tome nature ou aromatisée, en pâte molle fleurie. Il est également à la manœuvre pour fabriquer munster, bargkas, tome, fromage blanc, beurre et crème à partir du lait de vache. En revanche, le Gaec confie à deux prestataires l’élaboration de charcuterie bovine (saucisson, bœuf séché, gendarmes…) et caprine (saucisse à croquer). La production de steak haché pourrait éventuellement s’ajouter. Le lait vendu à la laiterie demeure le premier poste de recettes. La vente directe suit. Depuis douze ans, le Gaec approvisionne la ferme-auberge des Trois fours tenue par Mireille, l’épouse de Jean-Luc et Florent, frère de Martin et de Tom. « Elle dispose d’une centaine de couverts à l’intérieur et de 140 places en terrasse. Elle absorbe environ 80 % des produits transformés à la ferme. Le reste est écoulé auprès de quelques restaurants et supérettes, sur nos deux points de vente à la ferme et à la ferme-auberge » détaille Jean-Luc. Avec l’augmentation prévue de la production et la volonté de transformer 100 000 l de lait de vache, il sera difficile pour les éleveurs de ne pas moderniser leur fromagerie principale aux Trois fours ainsi que leur site secondaire à Muhlbach. Il leur faudra sans doute encore patienter un peu. Car ils se sont endettés de manière conséquente pour notamment s’équiper en peu de temps du robot de traite, d’une nouvelle faucheuse et d’un tracteur de 180 CV bien utile pour remonter chez eux des plateaux lourdement chargés de fourrages.

Reportage sur les produits laitiers dans l’émission télévisée « Cash Investigation »

« Nous n’avons rien à cacher »

Publié le 25/01/2018

L’émission télévisée « Cash Investigation » du 16 janvier fait beaucoup parler dans les salles de traite. La coopérative Sodiaal a officiellement répondu à ce reportage par un long communiqué. Localement, trois éleveurs impliqués au niveau syndical : Jean-Daniel Steib, Thomas Ritzenthaler et Michel Rohrbach, donnent leur point de vue.

Depuis la diffusion de cette émission, les commentaires sont nombreux. Sur les réseaux sociaux, des éleveurs ne cachent pas leur agacement et leurs griefs. Contre l’émission, la journaliste présentatrice, mais également contre le fonctionnement des coopératives laitières. Plus inquiétant encore, les responsables professionnels ont eu écho de la volonté de certains agriculteurs d’abandonner leur production pour se reconvertir dans d’autres secteurs d’activité. Il est question de « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Le soir même de la diffusion de l’émission, puis les jours suivants, les coopératives et le monde agricole ont réagi. La première concernée, Sodiaal, l’a fait officiellement le 17 janvier en rappelant que « la priorité de la coopérative, c’est le revenu de ses adhérents. Sodiaal s’est toujours battue et continue à se battre chaque jour pour valoriser le lait de ses producteurs au meilleur prix possible. » La coopérative explique, en outre, n’avoir rien à cacher et répond sur tous les points diffusés lors de l’émission. « Au vu du niveau exceptionnel de la crise laitière, Sodiaal a redistribué en 2017 un montant équivalant à 106 % du résultat 2016 à ses producteurs adhérents, soit 25 millions d’euros, et non 3,50 M€ comme prétendu dans l’émission. Il y est par ailleurs véhiculé une confusion technique entre les comptes sociaux d’une seule entité, Sodiaal International, et les comptes consolidés de l’ensemble de la coopérative. En particulier, le montant de 526 M€ indûment qualifié de « trésor de guerre » qui ne correspond qu’à un actif au bilan social de Sodiaal International, et non à de la trésorerie » (lire encadré). Et de rappeler que le « seul trésor de guerre » de la coopérative est le lait de ses producteurs. « Le valoriser au mieux, c’est la mission permanente de Sodiaal, qui l’exerce en totale transparence. » L’entreprise a répondu sur l’analyse financière, le prix du lait, la mécanique des prix A et B, son organigramme ou encore sa filiale Liberté Marque au Luxembourg. Rétablir la vérité Thomas Ritzenthaler, éleveur à Holtzwihr et administrateur de la région Centre Est de Sodiaal, a regardé l’émission. Il reconnaît qu’il a appris des choses ce soir-là. « Pour le Luxembourg, je ne savais pas. Je savais que c’était une marque, mais pas une société. Je regarde régulièrement Cash Investigation, c’est souvent une émission « à charge », réalisée pour faire du « sensationnel ». Sur d’autres points que je maîtrise davantage, il y avait ou un manque de précisions, plus ou moins volontaire, ou des incohérences. Un exemple. Dans l’affaire Lactalis, on parle toujours de lait contaminé. Or, c’est de la poudre de lait dont il est vraiment question. Alors, forcément, cela fait parler. Mais, il faut raison garder », estime l’éleveur. Jean-Daniel Steib, éleveur à Horbourg-Wihr et président de la section Est de Sodiaal, ne cache pas son agacement. « Ce reportage a été réalisé au printemps dernier. Les responsables de l’émission ont reçu à ce moment-là tous les documents nécessaires pour les éclairer. Ils n’en ont gardé et diffusé qu’une partie. Certaines des informations, qui ont été données, ont été volontairement détournées. Nous voulons désormais simplement rétablir la vérité. » Jean-Daniel Steib estime qu’en France, on veut en quelque sorte s’autodétruire. « J’ai l’impression que la vache laitière est devenue depuis quelques mois ce qu’est le maïs aux yeux des écologistes. Une vache laitière qui est dans toutes les communications négatives aujourd’hui : nitrates, gaz à effet de serre, maltraitance animale. Je trouve dommage et incompréhensible que l’on torpille de cette façon notre propre filière laitière. À l’étranger, tout le monde rigole et profite de cet état d’esprit à la française. » Comme Thomas Ritzenthaler, Jean-Daniel Steib invite les éleveurs adhérents à Sodiaal à la prochaine assemblée générale, mais aussi aux réunions techniques de sections qui démarrent à compter du 31 janvier. « Il y en a une vingtaine dans tout le Grand Est. Tous les adhérents peuvent venir librement et poser leurs questions. Ils y trouveront des réponses. Sodiaal n’a rien à cacher. Nous n’avons rien à cacher ». Davantage et mieux communiquer Éleveur à Wittelsheim et président du groupe lait à la FDSEA du Haut-Rhin, Michel Rohrbach, qui n’est pas adhérent Sodiaal, a regardé l’émission le 16 janvier. « Je le fais à chaque diffusion de Cash Investigation. Je n’ai pas été choqué car je sais que la philosophie de l’émission fait partie de sa recette pour faire de l’audience. J’ai, par contre, été surpris des réactions. D’habitude, on considère la presse généraliste nationale comme « anti-paysan ». Là, bizarrement, on l’aime. » Il a trouvé dérangeant « cette façon de tout généraliser ». Par ailleurs, et c’est vrai dans le cas présent comme sur de nombreux autres sujets, il estime qu’il faut davantage et mieux communiquer. « Lors de la diffusion de l’émission, j’ai trouvé que le président de Sodiaal, Damien Lacombe, n’était pas à la hauteur, pas à l’aise. Il a été pris à son propre jeu. Quand tu sais que tu participes à une émission comme Cash Investigation, tu dois être prêt. Ce n’était pas le cas. Or, quand tu représentes un ensemble de producteurs, tu dois avoir du répondant », constate Michel Rohrbach. Plus globalement, l’éleveur insiste sur la nécessité pour la filière laitière d’avoir un véritable plan stratégique pour pérenniser son avenir. « Cette nécessaire stratégie doit, par exemple, être développée dans les négociations à venir avec les GMS. Il faudra réussir à faire passer des hausses de prix pour nos produits et sur nos coûts de production. On est en janvier. Tout le monde attend ces négociations avec une certaine impatience. On ne peut plus communiquer sur les redistributions des résultats des coopératives. De nombreux éleveurs ne voient, eux, qu’une seule chose : la fin du mois, avec quasiment rien pour vivre », conclut Michel Rohrbach.

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